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Procès Abou al-Qassam : plume contre quenelle.

25112018

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Par Mohamed Louizi.

Dans la grande Histoire du droit français, le 15 novembre correspond au jour anniversaire de la promulgation, en 1887, de la loi sur la liberté des funérailles[1]. Dans ma petite histoire personnelle, cette date correspond désormais à ce jour de l’année 2018 où une Chambre civile (et non correctionnelle) au Tribunal de Grande Instance de Lille a décidé de condamner la liberté de ma plume au nom du peuple français, donnant ainsi raison à la requête de Soufiane Iquioussen qui, encore faut-il le rappeler, avait exécuté impunément une quenelle dans les salons du Sénat pour un Trophée que la représentation nationale venait de lui décerner. J’ose écrire : au commencement était la quenelle, et la quenelle était islamiste.

Certes, entre les deux dates, je ne vois aucune coïncidence même si les signes qu’elles évoquent, dans une sorte de dissonance caractérisée, peuvent chatouiller ma conscience tranquille presque acquise à la philosophie du Langage du Monde comme le développe Paulo Coelho dans l’Alchimiste. En effet, la liberté des funérailles a trait à la mort. La liberté d’expression célèbre la vie. Quand l’une organise la fermeture définitive de l’intervalle temporel d’une existence matérielle, l’autre ouvre un horizon sempiternel, prolongeant la vie par la force des mots au-delà même de toute matérialité physique. Quand l’une réduit l’animal en nous à sa composition organique basique, à sa finitude, l’autre élève l’humain en nous vers son émancipation, vers sa plénitude. Chez les islamistes, habitués à célébrer la mort sur les Lire la suite… »




Hakim El-Karoui: to Qatar or not to Qatar?

30092018

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Par Mohamed Louizi

Zéro est le nombre de fois où Hakim El-Karoui cite le Qatar dans la version papier de « son » Essai, paru le 11 janvier 2018 aux éditions Gallimard : L’islam, une religion française. Hakim El-Karoui semble être le conseiller « islam » de l’Institut Montaigne et aussi l’un des proches amis influents (mais non-officiels) d’Emmanuel Macron. Inutile de chercher la trace du Qatar dans le classement qui suit, par ordre alphabétique, de ces quelques trente-huit pays cités, une ou plusieurs fois, dans cet Essai[1]. On y trouve ça et là :  l’Afghanistan, l’Algérie, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Arabie Saoudite, la Belgique, la Bosnie [Herzégovine], la Chine, la Croatie, Cuba, Daesh, l’Egypte, les Emirats [-Arabes-Unis], l’Espagne, les Etats-Unis [d’Amérique], la France, la Grande Bretagne, la Hollande, l’Inde, l’Indonésie, l’Irak, l’Iran, Israël (cité aussi sous la désignation : Etat Hébreu), la Jordanie, le Liban, la Libye, le Maroc, le Pakistan, la Palestine, les Philippines, la République Slovaque, la Russie, la Syrie, la Tunisie, la Turquie, le Vatican et le Yémen … mais pas le Qatar !

Dans ce tour du monde en 304 pages, sont cités vingt-et-un pays où l’islam(s) est la religion majoritaire. Parmi lesquels, se trouvent quatorze pays arabo-berbères, incluant la Tunisie dont est originaire le géographe Hakim El-Karoui.  Pas une seule phrase, pas une note de bas de page, ne laissent apparaître expressément le nom du Qatar. Walou ! diraient les Marocains. C’est comme si l’on traitait la question des cartels de la drogue et que l’on mettait en sourdine l’implication de pays comme le Mexique, la Colombie ou l’Afghanistan. Comme si l’on parlait  de la mafia italienne sans évoquer les réseaux de la mythique Camorra napolitaine. Cela manquerait de sérieux. Ainsi, le silence d’Hakim El-Karoui autour du Qatar est Lire la suite… »




Les jalons de François Burgat sur la route des Frères.

31122017

02.pngPar : Mohamed Louizi.

 Le fichier PDF illustré de cette enquête est à télécharger ici :

fichier pdf Les_jalons_de_Francois_Burgat_sur_la_route_des_Fre`res_V2018

François Burgat est aux Frères musulmans, ce que le champion est à la stratégie Starfish[1]. Ce qu’une clef de voûte est à l’arc-croissant. Ce que la quatrième roue est à la voiture. Ce que la courgette est à la ratatouille: (presque) indispensable. Je ne connais pas un «frère» qui ait autant fait pour les Frères musulmans, à l’échelle nationale, comme à l’échelle internationale, que François Burgat. Il ne m’appartient pas d’expliquer le pourquoi du comment de son activisme pro-Frères : il peut s’en expliquer s’il le souhaite. Je me limite donc à relater des faits, à les interroger, à les interpréter de façon subjectivement objective. Cela suffirait, à mon sens, pour mesurer l’étendu de l’impact d’un «universitaire» sur le processus d’«islamisation»[2], en cours dans l’Hexagone, avec son lot de ruptures et de terreurs. Telle une caution «académique» consentante, François Burgat se plaît ostensiblement au service assurément conscient de Lire la suite… »




Jérusalem : du calife Omar au président Trump …

13122017

Trump-OmarPar : Mohamed Louizi

Dès qu’il s’agit de Jérusalem, d’Israël et de la Palestine, des esprits s’échauffent. Des ressentiments, tel un serpent de mer, refont surface. Une partie d’un monde arabe, que presque tout divise, semble retrouver une raison valable pour afficher une union, somme toute de façade ; pour crier sa colère devant des ambassades ; pour bruler des drapeaux à la sortie des mosquées, après les prières de vendredi. Des menaces fusent. Des échauffourées éclatent. Au-delà-même des pays arabes, voici désormais la Malaisie, dont la capitale Kula Lumpur se trouve à plus de 7.700 km de Jérusalem, qui se dit «prête à engager son armée pour défendre al-Qods»[1]: al-Qods (القدس), en arabe veut dire Jérusalem. Le roi Hassan II n’avait-il pas dit, un jour, que «la Palestine est l’aphrodisiaque du monde arabe»? Dans une autre version: «La haine d’Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant du Lire la suite… »




Marlène Schiappa avait signé l’appel post-Charlie : «#NousSommesEnsemble» !

17052017

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Par : Mohamed LOUIZI

A l’occasion de l’annonce de la composition du gouvernement Macron-Philippe, je rédige ces quelques lignes depuis la retraite. Naturellement, j’attends voir ce qui va être fait, ou pas, avant de tirer des conclusions définitives, en souhaitant toute la réussite, à tous les ministres, dans l’exercice de leurs fonctions respectives, avec l’espoir que leurs feuilles de route protègent, en priorité, les plus vulnérables ; redressent, dans l’équité sociale, les différents secteurs vitaux affaiblis : l’école, la santé et le travail ; redonnent sens et force à tout ce qui fait la grandeur de notre République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

La composition de ce gouvernement souhaite refléter une certaine volonté de faire bouger quelques lignes. Ce mélange «gauche-centre-droite», augmenté de quelques visages issus de la société civile, pourrait fonctionner. Toutefois, des doutes légitimes subsistent. Par manque de temps, je me limite à trois exemples : Jean-Yves Le Drian, François Bayrou et Marlène Schiappa.

Alors quele président de la République, Emmanuel Macron, avait annoncé vouloir Lire la suite… »




De quoi la quenelle au Sénat est-elle le nom ?

9052016

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Par : Mohamed Louizi

Vous pouvez télécharger en trois parties (sous format PDF) la présente enquête ici :

fichier pdf De quoi la quenelle au Sénat est-elle le nom – illustré – 1 sur 3

fichier pdf De quoi la quenelle au Sénat est-elle le nom – illustré – 2 sur 3

fichier pdf De quoi la quenelle au Sénat est-elle le nom – illustré – 3 sur 3

Ils l’ont fait, au sein du Sénat, en octobre 2013. Leur passage dans ce lieu symbolique de la République a été immortalisé, entre autres, par une « quenelle », en bonne et due forme, visiblement à l’honneur de Dieudonné M’bala M’bala. Cette quenelle au Sénat, était-ce un sacre de l’insolence ? Everest de l’insouciance ? Ou au contraire, un bras de déshonneur lancé à la face d’une République qui se rétrécit jour après l’autre ? Lorsque l’on sait que cette institution majeure de l’Etat, chambre haute du parlement, symbole du pouvoir législatif, et dont le président pourrait assurer, selon les articles de la Constitution en vigueur, la présidence de la République par intérim, cette quenelle prend le sens au moins d’une « profanation » préméditée de ce haut lieu de la République !

Cette photo a défrayé la chronique, timidement somme toute, dans le territoire du denaisis lors des élections municipales de 2014. Une liste de l’opposition l’a utilisé contre la liste de la majorité. Le temps d’une campagne électorale. Mais seulement le temps d’une compagne électorale. Et puis, c’était tout. Du côté de la rue de Solferino, aucune sanction à ma connaissance. Car au moins trois personnes qui y figurent étaient candidates du parti socialiste et Divers Gauche à Denain, Escaudain et Haveluy pour devenir Lire la suite… »




Hassan Al-Banna et la jeunesse (2/4)

24052015

Par : Mohamed LOUIZI

Hassan Al-Banna et la jeunesse (2/4) dans Actualites 1-_HassanAlBanna_Scouts.png
© ML

(Temps de lecture estimé à : 59 minutes)

    


Jeunes « frères » : Allégeance, Coran et pistolet !

Le discours d’Hassan Al-Banna (cf. article 1/4 ici)séduisait une large masse d’une jeunesse désorientée, dans une Égypte colonisée, de 1882 jusqu’à 1953, par les britanniques. De cette jeunesse endoctrinée et embrigadée, par un tel discours idéologique, émergeait, et dès la création de la confrérie, des groupes organisés et disciplinés, inspirés du  scoutisme, tel qu’il a été initié par le militaire britannique Robert Baden-Powell (1857- 1941). 

Les groupes des scouts de la jeunesse frériste portaient, au départ, le nom d’« équipe de voyages » et puis « équipe Jawala »[1]. Ces jeunes recrues, officiellement âgés de dix-sept ans au moins, recevaient, en plus d’une éducation spirituelle aux standards de la confrérie, une formation aux sports de combat, ainsi qu’une préparation physique et militaire, pour qu’ils soient aptes à répondre à l’appel du Jihad armé.  Lire la suite… »




Amar LASFAR répond à Soufiane ZITOUNI : le déni !

11022015
Soufiane ZITOUNI
Par : Mohamed LOUIZI

Quelques interrogations 

            Comment une minorité idéologique, de quelques centaines de personnes, disséminées sur tout l’Hexagone, mais bien installée depuis une trentaine d’année à la tête de nombreuses mosquées et de nombreuses associations et institutions, contrôlant au passage, presque tout, du contenu spirituel de la foi musulmane à son expression  et ses revendications au quotidien, puisse continuer à prendre en otage toute une communauté de foi, de quelques millions de français et de résidents ?

            Comment cette même minorité, qui a certes contribué par un activisme qui force le respect, à construire des mosquées, des établissements et bien d’autres murs et d’espaces de partage communautaire – mais essentiellement avec le concours magistral et décisif des fidèles – persiste à refuser d’assumer ce qu’elle est simplement, de faire son autocritique vitale et de cesser d’assujettir les intérêts globaux et salvateurs de la communauté de foi à ses propres intérêts idéologiques et politiques ?

            Comment cette même minorité arrive à vivre, en conscience, avec une sorte de duplicité malhonnête, de fausseté assumée, de mensonges légitimés et à répétition – qui sont par ailleurs insupportables pour le commun des mortels – et nie scrupuleusement, les yeux dans les yeux, des évidences de sa propre conception religieuse, de sa propre rhétorique idéologique, de ses passés antérieur et récent et de ses desseins, déclarés ou clandestins ?

            Comment cette même minorité activiste arrive à séduire, encore et toujours, par la ruse, par les jeux d’alliances, par les jeux de mots et à s’imposer mordicus, telle une fatalité, sans qu’il n’y ait une réelle opposition consciente ou alternative salutaire, émanant de la large masse des fidèles, qui puisse s’exprimer et déconstruire ce guet-apens idéologique géant, dans lequel toute cette communauté de fidèles est entraînée et prise en otage ?

            N’y a-t-il pas parmi les membres de cette minorité, ou parmi les fidèles de cette majorité silencieuse,  des personnes sages qui se lèveront, un jour, contre cette mise sous tutelle idéologique permanente, contre cette instrumentalisation qui déshonore, et qui risque, dans les temps qui courent, d’hypothéquer et de mettre en danger de disparition, pure et simple, tout ce que des générations de fidèles musulmans ont pu bâtir et construire, par les sacrifices récurrents des parents et des grands-parents, durant les trente dernières années, et même avant. Et ce, à cause d’erreurs, des fautes mêmes, des aveuglements et des intérêts particuliers d’une petite caste d’islamistes bien installée, d’un petit groupe de marchands de la « parole sacrée » dans tous ces sanctuaires musulmans profondément asservis ?

Ripostes

            J’écris ces lignes et je formule ces interrogations, qui me paraissent nécessaires, car vitales, après avoir vu hier soir, au journal régional 19/20 du Nord Pas-de-Calais sur « France 3 »[1], un reportage sur le lycée de l’UOIF – baptisé grossièrement « Lycée Averroès » – donnant la parole à une élève, au directeur-adjoint, Monsieur Eric DUFOUR, et au président de l’UOIF, Monsieur Amar LASFAR, suite aux accusations portées par Monsieur Soufiane ZITOUNI, professeur de philosophie démissionnaire depuis trois semaines, à l’endroit de ce lycée et de ses dirigeants et publiées le vendredi 6 févier dernier dans le journal Libération, sous l’intitulé : « Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès »[2].

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« Pourquoi l’affaire Coupat nous concerne tous » – Par Edwy PLENEL

27042009

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Tarnac est un petit village de Corrèze, avec à peine trois centaines d’habitants, situé sur les versants du plateau de Millevaches. Tarnac est aussi le premier nom d’une affaire d’Etat qui ébranle les principes fondateurs de notre droit et dont le pouvoir actuel porte la responsabilité. Un jour viendra où ce point de vue, encore minoritaire, semblera une évidence.

Dans l’immédiat et pour l’opinion moyenne, l’affaire de Tarnac reste l’histoire d’un groupe de jeunes anarchistes radicaux, entre doux rêveurs et extrémistes illuminés. Constitués en communauté autonome dans ce coin perdu du Limousin, ils sont soupçonnés par les policiers de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) d’être les auteurs d’au moins un sabotage sur une ligne TGV de la SNCF. Arrêtés lors d’une opération très médiatisée, ils sont neuf à avoir été mis en examen, dans le cadre de la législation contre le terrorisme. Un seul est toujours en détention provisoire depuis le 15 novembre 2008, Julien Coupat, accusé de « direction d’une association de malfaiteurs et dégradations en relation avec une entreprise terroriste ».

Tandis que leurs défenseurs clament que le dossier est vide, le pouvoir, justice et police à l’unisson, de la ministre de l’intérieur au procureur de la République en passant par le patron de la DCRI, assure qu’il n’en est rien. Deux discours contradictoires dont l’affrontement n’a, pour l’heure, guère mobilisé les partis et les consciences. Le plus souvent, ce feuilleton est suivi de loin, comme une histoire qui se dénouera d’elle-même avec le temps. Comme une dossier qui ne mettrait en jeu rien d’essentiel, de central ou d’urgent. Comme une affaire marginale en somme, située en lisière des grands débats et des graves questions, tout comme les jeunes concernés avaient choisi de se placer en marge de l’ordre dominant et de vivre à l’écart de la société urbaine, industrielle et marchande.

Il n’en est rien, et c’est ce que l’on voudrait plaider ici: l’affaire de Tarnac nous concerne tous. Parce que son déroulement met en péril plusieurs principes démocratiques vitaux: la présomption d’innocence, les libertés d’opinion et d’expression, voire, au-delà, la liberté de conscience, c’est-à-dire le libre choix des valeurs qui conduisent une existence. Et elle nous concerne d’autant plus si nous ne partageons pas les positions idéologiques ou les engagements militants de ceux qu’elle met en cause. Car, à quoi bon défendre des principes, des droits et des libertés, si l’on ne s’en soucie pas quand ils sont piétinés, transgressés ou ignorés, au prétexte que les victimes de ces abus nous seraient étrangères ? « Qui ne gueule pas la vérité quand il sait la vérité, se fait le complice des menteurs et des faussaires ! » Cette apostrophe de Charles Péguy, au sortir de l’affaire Dreyfus dont il fut l’un des combattants de la première heure, vaut pour tous ceux qui, aujourd’hui, restent trop indifférents, silencieux et timorés devant le scandale judiciaire et policier que constitue l’affaire de Tarnac, qui vaut à Julien Coupat d’être emprisonné depuis bientôt six mois.

D’une affaire à l’autre, de la haute tragédie d’avant-hier à la farce sinistre de maintenant, les deux histoires n’ont certes pas de commune mesure et sont, par bien des aspects, dissemblables. Mais ce qu’elles mettent en jeu est du même ordre, aussi essentiel, aussi décisif : l’individu contre l’Etat, les principes contre leur abandon, la vérité contre le mensonge. « Nous disions, poursuivait Péguy dans Notre jeunesse en 1910, une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, une seule injure à l’humanité, une seule injure à la justice et au droit, surtout si elle est universellement, légalement, nationalement, commodément acceptée, un seul crime rompt et suffit à rompre tout le pacte social, tout le contrat social, une seule forfaiture, un seul déshonneur suffit à perdre d’honneur, à déshonorer tout un peuple. »

Tel fut l’enseignement de l’Affaire, qui a transformé le nom du capitaine Alfred Dreyfus en symbole universel: les principes se jouent toujours à échelle d’homme. Non pas d’humanité abstraite, générale et désincarnée, mais d’humanité concrète et solitaire – d’individu tout simplement. Et ils sont encore plus mis à l’épreuve quand, spontanément, tout ou presque, l’éducation que vous avez reçue, les préjugés de votre milieu, les convictions de votre entourage, vous tient à distance de cet homme précis et vous porte à l’indifférence envers son sort particulier. On le sait : il fallut aux premiers dreyfusards vaincre les résistances de ceux qui, à gauche, ne se sentaient pas concernés par les mésaventures d’un militaire discipliné, officier patriote, symbole de l’ordre, juif de surcroît – l’antisémitisme n’étant pas réservé aux seuls réactionnaires.

Les failles de l’enquête, les faiblesses du dossier

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De même aujourd’hui, s’agissant des neuf de Tarnac, la peur de l’ultra-gauche, l’épouvantail de l’extrémisme, la crainte de la radicalité sont autant de prétextes à l’immobilisme, au silence et à l’indifférence – particulièrement à gauche. Julien Coupat et ceux qui l’entourent ne font pas mystère de leurs convictions, d’autant moins qu’ils les ont revendiquées dans des écrits publics, notamment ceux de la revue Tiqqun, proche du philosophe italien Giorgio Agamben. S’ils refusent de se situer à l’ultra-gauche, dans ses variantes libertaires et autonomes, affirmant même lui être étrangère, ils affichent des engagements radicaux, associant goût du style et style de vie, inclinations littéraires et causes politiques. La généalogie qu’ils entendent prolonger, interroger et actualiser pourrait aller du blanquisme au situationnisme, et fait pleinement partie de notre histoire politique, sociale et intellectuelle.

On est en droit de ne pas goûter cette radicalité extrême, quelque peu élitiste et esthétique. Et la société est en droit de demander à ceux qui s’en réclament des comptes sur leurs actes dès lors qu’ils choisissent de passer à ce que les anarchistes de la Belle Epoque appelaient « la propagande par le fait », laquelle se traduisit à la fin du XIXe siècle par plusieurs attentats meurtriers. Mais nous ne pouvons accepter qu’au prétexte de la dangerosité supposée de leurs idées, on les accuse sans autre preuve que leurs écrits, on les criminalise en vertu de leurs mauvaises pensées, on les soupçonne non pas de ce qu’ils ont réellement fait mais de ce qu’éventuellement, ils auraient pu faire ou penser faire.

Or telle est bien la réalité, la pauvre réalité du dossier policier de Tarnac, désormais largement documentée. Des indices sans doute, des coïncidences probablement, mais pas de preuves matérielles, aucune trace ADN, aucun témoignage crédible. A tel point que le seul témoin accusateur dans le dossier policier est non seulement anonyme (témoignage recueilli sous X…), mais que, de plus, sa crédibilité est aujourd’hui sérieusement mise en doute, ainsi que l’a révélé Mediapart. Le plus important élément à charge, qui fut au point de départ de la surveillance dont ces jeunes firent l’objet et de la suspicion aujourd’hui mise en scène, reste donc un livre, paru en mars 2007, L’Insurrection qui vient, signé d’un anonyme « Comité invisible » dont on leur attribue la paternité, ce qu’ils contestent. Si l’on en doutait, l’audition récente de son éditeur, Eric Hazan, des éditions La Fabrique, par la sous-direction de l’anti-terrorisme confirme que les policiers en sont toujours à tourner autour du point de départ de leur enquête.

Un livre où, en effet, l’on trouve une allusion au sabotage de lignes ferroviaires, au détour d’une réflexion sur le « blocage des flux » d’une société étourdie par la vitesse, la circulation et les connexions : « Comment rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique ? Comment trouver les points faibles des réseaux informatiques, comme brouiller des ondes radios et rendre à la neige le petit écran ? » Mais on y trouve aussi ce passage où la violence est à la fois revendiquée et mise à distance, dans le rêve d’une insurrection inédite contre l’ordre établi : « Il n’y a pas d’insurrection pacifique. Les armes sont nécessaires : il s’agit de tout faire pour en rendre l’usage superflu. Une insurrection est davantage une prise d’armes, une « permanence armée  », qu’un passage à la lutte armée. On a tout intérêt à distinguer l’armement de l’usage des armes. [...] Un authentique pacifisme ne peut pas être refus des armes, seulement de leur usage. [...] En vérité, la question pacifiste ne se pose sérieusement que pour qui a le pouvoir de faire feu. »

Ceux qui ont écrit ces lignes se vivent en guerre collective contre l’ordre existant, comme dans toute eschatologie révolutionnaire. Mais qu’ils le pensent ne prouve pas pour autant qu’ils aient basculé dans une guerre véritable où la violence des armes tient lieu d’action politique. L’excès des mots ne prouve pas automatiquement la démesure des actes. Il y avait aussi violent, quoique moins nuancé et moins inspiré, dans Vers la guerre civile, ouvrage de l’ultra-gauche maoïste paru en 1969 et diffusé par Denoël. Deux de ses trois signataires, Alain Geismar et Serge July, ont depuis cheminé en notoriété et respectabilité, ayant fréquenté cabinets ministériels pour l’un (auprès de Claude Allègre) et grands médias pour l’autre (Libération hier, RTL aujourd’hui). Ce rappel, non pas pour prédire forcément la même évolution aux auteurs de L’Insurrection qui vient, mais pour inviter à garder raison et mesure. Pas plus que Vers la guerre civile, le livre L’Insurrection qui vient n’a été assigné en justice par la puissance publique. Ni poursuivie ni condamnée, c’est donc une parole que notre démocratie admet et accepte, aussi excessive, audacieuse ou scandaleuse soit-elle.

Sa contestation, sa critique ou sa réfutation, voire sa condamnation, a sa place dans le débat d’idées. Pas dans une enceinte de justice où ces pensées, ces idées et ces écrits seraient tenus pour preuve d’un complot terroriste. Le terrorisme, ce sont des actes. Des faits, des preuves, des crimes factuellement prouvés. Pas des intentions supposées. Pas des gamberges intellectuelles. Pas des divagations théoriques. Or tout le scandale de l’affaire de Tarnac est résumé dans ce fait que, partis de ce livre anonyme pour soupçonner, et donc surveiller ce groupe de jeunes, les policiers n’ont pas réussi à établir la moindre preuve solide ou flagrante du complot qu’ils leur prêtaient. Et ceci malgré l’ampleur des moyens mis en œuvre pour assurer cette longue surveillance, aussi assidue que rapprochée, dont le lointain déclencheur fut un ouvrage paru il y a maintenant deux ans. Comme l’a révélé Mediapart récemment, les enquêteurs en font d’ailleurs l’aveu, courant février, alors que les interpellations sont déjà vieilles de trois mois, en se souhaitant un « jour de chance» car « il nous en faut », au détour d’échanges avec le juge d’instruction.

La criminalisation judiciaire des pensées radicales

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Dans un Etat de droit, ce n’est pas aux mis en examen de prouver leur innocence ; c’est à l’accusation de prouver leur culpabilité. Et des constructions intellectuelles bâties a posteriori pour faire tenir un dossier mal ficelé ne font pas des preuves. Sauf dans un Etat policier, où le droit n’est plus qu’une fiction, une intention ne fait certainement pas une preuve, une pensée dissidente ne fait pas forcément un crime avéré, une insurrection rêvée ne fait pas automatiquement un groupe terroriste. Disproportionnée par rapport à la réalité tangible de l’enquête, la mise en scène policière des arrestations de Tarnac, affichage d’un groupe terroriste menaçant dont Coupat serait le chef, relève dès lors d’une criminalisation judiciaire de ces pensées radicales.

Tout défenseur des libertés fondamentales qui a quelque mémoire des combats fondateurs sait, d’expérience, qu’une telle évolution est alarmante, pour l’avenir. L’accepter sans protester, c’est cautionner un engrenage fatal où la raison d’Etat supplante l’Etat de droit. C’est ici que l’on retrouve l’affaire Dreyfus, sa genèse et ses enseignements. Elle eut en effet un prologue qui n’est pas sans rappeler notre affaire de Tarnac : le procès dit des Trente, procès de figures de l’anarchisme, dont la mise en scène suivit l’adoption précipitée de lois d’exception, sous le choc des attentats anarchistes. Ces lois furent qualifiées par la suite de « lois scélérates » par les défenseurs des droits de l’homme. Or l’on y retrouve tous les raccourcis judiciaires qu’invoquent les pouvoirs qui utilisent la peur comme levier contre les libertés.

Fin 1893, dans la semaine qui suit l’attentat de l’anarchiste Vaillant dans l’enceinte du Palais-Bourbon, deux lois sont adoptées. L’une, du 18 décembre, introduit le crime d’association de malfaiteurs qui fait passer les responsabilités collectives devant les responsabilités individuelles. L’autre du 12 décembre, modifiant la loi de 1881 sur la presse, introduit l’infraction de provocation au crime contre la sûreté intérieure de l’Etat ainsi que d’apologie de ce crime, visant ainsi les idées autant que les actes. Suivra, après l’assassinat du président Carnot, la loi du 28 juillet 1894 sur les menées anarchistes qui, dérogatoire du droit commun, vise tout autant la propagande que l’action de ces courants.

A l’instar de la séquence qui, en 2001, mena des attentats du 11 Septembre à l’adoption rapide du Patriot Act, cet épisode de notre histoire républicaine illustre l’engrenage habituel de cette « politics of fear » mise en évidence dans le récent débat américain, où l’argument de la peur collective devient une arme contre les libertés individuelles. C’est par le détour tardif de l’affaire Dreyfus – le capitaine est arrêté en octobre 1894, mais le retournement symbolisé par le « J’accuse » d’Emile Zola dans L’Aurore attendra janvier 1898 (ci-contre l’impact du «J’accuse» vu par Félix Valloton) – que les républicains démocrates et sociaux prendront progressivement conscience de ce piège. Car, dans un premier temps, ils se taisent, voire approuvent ces législations d’exception – tout comme la majorité des démocrates aura d’abord soutenu le Patriot Act. Après tout, se disent-ils, ces anarchistes sont des criminels irresponsables qui, par leurs attentats, font la politique du pire. Or le paradoxe, trop souvent oublié, c’est que ce sont ces mêmes anarchistes libertaires qui sauront, les premiers, réveiller les consciences en faveur de Dreyfus, tout simplement parce qu’ils avaient pris la mesure de la régression démocratique en cours, pour en être les cibles et les victimes.

Cette scène inaugurale, ce sera le procès dit des Trente, qui se tient devant la Cour d’assises de la Seine en août 1894 (ci-contre un croquis du box des accusés dans la presse de l’époque). Mêlant politiques et droits communs, militants libertaires et voleurs anarchisants, ce procès met en accusation les idéologues, publicistes et propagandistes de l’anarchie. C’est d’ailleurs à cette occasion, et non pas comme on l’affirme souvent avec l’affaire Dreyfus, qu’émerge le mot « intellectuel », avec son sous-entendu péjoratif. « Nous, les intellectuels, ainsi que nous nommait le président », dira à sa libération Félix Fénéon, principale figure de cette bataille judiciaire dont la stature et les reparties s’imposeront aux audiences, tandis que d’autres inculpés notables, Emile Pouget – le syndicaliste du Père Peinard – ou Paul Reclus – le neveu du grand géographe Elisée Reclus – avaient préféré se réfugier à l’étranger. Des intellectuels dont les idées sont tenues pour criminelles par l’accusation, supposées porter la responsabilité des crimes qu’elles auraient inspirés.

Ce procès se terminera à la mi-août 1894 par une pantalonnade, avec l’acquittement des principaux prévenus. L’attitude de Fénéon (ci-contre son portrait par Valloton), employé au ministère de la guerre dont la plume se distinguait dans les publications libertaires, y sera pour beaucoup, tant il sut démonter l’accusation, ses illogismes et ses absurdités. Ses répliques aux questions du président, proférées avec une ironie pince-sans-rire, firent événement – et il n’est pas interdit d’en retrouver l’écho dans les réponses détachées de Julien Coupat au juge d’instruction. « Il est établi que vous vous entouriez de Cohen et d’Ortiz », l’interroge le président des assises. Réponse de Fénéon : « Pour entourer quelqu’un, il faut au moins trois personnes. » Tandis qu’une explosion de rires traverse la salle, le président poursuit : « On vous a vu causer avec des anarchistes derrière un réverbère. » Réplique de Fénéon qui, avec sa fine barbiche et sa haute taille, semblait une incarnation française de l’Oncle Sam américain : « Pouvez-vous me dire, Monsieur le Président, où ça se trouve, derrière un réverbère ? »

Le précédent des anarchistes et de l’affaire Dreyfus

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Or voici non pas une coïncidence, mais un enchaînement logique : l’avocat de Félix Fénéon n’était autre qu’Edgar Demange qui, avant la fin de la même année 1894, sera le premier avocat d’Alfred Dreyfus. Et l’un des premiers défenseurs publics de Fénéon fut Bernard Lazare, dénonçant immédiatement une arrestation qui « désarme par la monstruosité même de sa sottise ». Ce Bernard Lazare qui sera le premier artisan du combat pour l’innocence de Dreyfus, frappant à toutes les portes, forçant les murs de l’indifférence, bousculant les préjugés du moment. Tout comme le journaliste Félix Fénéon, devenu l’âme de La Revue blanche après sa libération, en fera la tribune intellectuelle du dreyfusisme et, plus largement, de toutes les avant-gardes intellectuelles, politiques et artistiques du moment (ci-dessous, par Valloton toujours, Fénéon en rédacteur en chef de LaRevue blanche).

De la défense des intellectuels de l’anarchie au réveil démocratique autour de Dreyfus, la continuité n’est pas abstraite mais concrète : les artisans les plus entêtés, les plus entiers, du second combat seront les protagonistes les plus lucides du premier. Du coup, les républicains qui se mobilisèrent pour Dreyfus s’interrogèrent rétroactivement sur leur passivité face aux lois scélérates. C’est ainsi qu’on put lire, en juillet 1898, dans La Revue blanche, un article signé « Un juriste » et intitulé « Comment ont été faites les lois scélérates » dont l’auteur n’était autre que le jeune conseiller d’Etat Léon Blum. « Telle est l’histoire des lois scélérates : il faut bien leur donner ce nom, c’est celui qu’elles garderont dans l’histoire, écrit-il en conclusion. Elles sont vraiment les lois scélérates de la République. J’ai voulu montrer non seulement qu’elles étaient atroces, ce que tout le monde sait, mais ce que l’on sait moins, avec quelle précipitation inouïe, ou quelle incohérence absurde, ou quelle passivité honteuse elles avaient été votées. »

Six mois plus tard, en janvier 1899, dans la même Revue blanche, c’est au tour de Francis de Pressensé, compagnon de Jean Jaurès et fondateur de la Ligue des droits de l’homme, d’enfoncer le clou, sous le titre « Notre loi des suspects ». Il nous faut méditer ce qui s’énonce alors tant nos temps incertains et troublés ne sont pas à l’abri des mêmes paniques : « La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques, provoquées par certains attentats, savamment exploités par la réaction et qui ont toujours fait payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse. » Et de poursuivre : « Quand un régime promulgue sa loi des suspects, quand il dresse ses tables de proscription, quand il s’abaisse à chercher d’une main fébrile dans l’arsenal des vieilles législations les armes empoisonnées, les armes à deux tranchants de la peine forte et dure, c’est qu’il est atteint dans ses œuvres vives, c’est qu’il se débat contre un mal qui ne pardonne pas, c’est qu’il a perdu non seulement la confiance des peuples, mais toute confiance en soi-même. »

Il faut être aveugle ou s’aveugler volontairement pour ne pas voir que l’actuelle présidence de Nicolas Sarkozy cherche en quelque sorte son 11-Septembre : sa peur fondatrice, cette peur qui la légitimerait, la renforcerait et l’autoriserait. De la mise en avant des jeunes libertaires de Tarnac à la mise en cause récente des bandes banlieusardes, elle est en quête affolée d’un épouvantail protecteur, à l’abri duquel elle pourrait consolider son pouvoir et réduire plus encore les contre-pouvoirs. C’est ainsi que l’on voit resurgir la loi anticasseurs promulguée en 1970, dans le contexte de l’agitation post-soixante-huitarde. Venue au pouvoir en 1981, la gauche fera immédiatement abroger cette loi que le garde des Sceaux, Robert Badinter, qualifiera de « scélérate », convoquant les mânes de Blum et Pressensé et, par conséquent, celles des libertaires Lazare et Fénéon. Or la loi annoncée contre les bandes est un décalque de la loi anticasseurs, près de quarante ans après, exhumant cette même « horreur juridique » (Badinter toujours) : la responsabilité collective, étendue au sens large, en lieu et place de l’individualisation des responsabilités.

L’affaire de Tarnac ne concerne apparemment que neuf jeunes, leurs familles et leurs proches. Elle n’en est pas moins la scène primitive où se joue, pour nous tous, ce théâtre de peurs et de répressions, de libertés menacées et de principes piétinés. S’en emparer, défendre la liberté de Coupat, être solidaire de leurs avocats, ce n’est pas soutenir leurs idées, leurs écrits, leurs engagements. C’est défendre la démocratie contre ce qui la menace en profondeur : non pas la radicalité de ces jeunes, mais la stratégie de la tension qui, face à la crise sociale, à ses révoltes et à ses colères, est aujourd’hui la tentation de cette présidence. Plutôt que de choisir l’apaisement, l’écoute, la discussion, le compromis, la négociation, on la sent jusque dans son langage impatiente d’en découdre, d’affronter, de bousculer, d’ajouter en somme la crise à la crise pour se légitimer autour de valeurs d’ordre, de sécurité et d’autorité. Comme si, par effet de miroir inversé, ce pouvoir appelait de ses vœux cette guerre sociale qu’il prétend combattre en valorisant les anonymes propagandistes de L’Insurrection qui vient.

La prophétie de Sciascia face à la stratégie de la tension

Roman prophétique de la stratégie de la tension italienne des années 1970, Le Contexte de Leonardo Sciascia, porté à l’écran par Francesco Rossi sous le titre Cadavres exquis (ci-dessous l’affiche française du film), raconte l’histoire d’un inspecteur de police qui traque un tueur en série de magistrats, tandis qu’au cœur de l’Etat, une obscure machination veut l’entraîner loin de cette piste, la bonne pourtant, celle d’un assassin solitaire. En haut lieu, on souhaite qu’il trouve d’autres coupables : un groupe d’innocents collectivement désignés coupables par leurs écrits, par leurs pensées, par leurs idées. C’est ainsi que ce policier intègre, lui-même quelque peu intellectuel, est contraint d’écouter les conseils de son collègue de la « section politique » dont les bureaux, écrit Sciascia, « semblaient une succursale à peine installée d’une bibliothèque de bénédictins : à chaque table, un fonctionnaire plongé dans la lecture d’un livre, d’une brochure, d’une revue ». Et bien sûr, c’est un texte anonyme qui désigne les innocents coupables, selon le policier politique, coupables d’autant plus avérés, ajoute-t-il, qu’ils se sont évaporés, ce qui les rend encore plus suspects…

Les écrivains et les poètes sont parfois visionnaires : leurs intuitions disent la réalité avant même qu’elle advienne. Comme s’ils la pressentaient, la devinaient. On comprend dès lors que les pouvoirs faibles se méfient des écrits, les diabolisent ou les redoutent. Ouvert par une suspicion contre un simple livre, le dossier policier de Tarnac révèle par exemple l’intérêt des enquêteurs pour les lectures des mis en examen ou, plutôt, pour les rayonnages de leurs bibliothèques. Parmi les vingt-sept ouvrages saisis chez Julien Coupat, on trouve d’ailleurs un livre fort subversif puisque son auteur est… un journaliste de Mediapart, David Dufresne. Maintien de l’ordre – c’est son titre – est paru en 2007. Cette bibliophilie policière n’est pas un fait anecdotique : dans le sursaut autorisé par l’élection de Barack Obama, éditeurs, libraires et bibliothécaires américains partent actuellement en guerre contre l’une des dispositions du Patriot Act qui les oblige, sans en connaître les justifications, à informer le FBI en lui livrant toutes les données personnelles sur leurs lecteurs, clients et usagers. L’échéance de la bataille est au 31 décembre, ces dispositions d’exception expirant si elles ne sont pas prolongées par le Congrès.

En 1972, Leonardo Sciascia, dont la Sicile natale était une métaphore de notre modernité, s’étonnait que son roman ait devancé la réalité italienne – ses assassinats obscurs, ses manœuvres opaques, ses alliances mafieuses. Mais, ajoutait-il, c’était sans doute parce que le pays imaginaire qu’il avait inventé était « un pays où n’avaient plus cours les idées, où les principes – encore proclamés et célébrés – étaient quotidiennement tournés en dérision, où les idéologies étaient réduites à seules fins politiques, (…) un pays où le pouvoir seul comptait ». Un pouvoir, disait-il pour finir, « qui, de plus en plus, prend la forme obscure d’une chaîne de connivences, approximativement la forme de la mafia ».

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S’il fut, hélas, prophète, hier, en Italie, mieux vaudrait réussir à lui donner tort, aujourd’hui, en France. C’est pourquoi il importe d’en finir au plus vite avec la mascarade de l’affaire de Tarnac, devenue l’affaire Coupat et l’affaire Hazan.

Source : Site MEDIAPART

http://www.mediapart.fr/journal/france/250409/pourquoi-l-affaire-coupat-nous-concerne-tous




Science et non violence

14052007

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Lanza Del Vasto 

Première Conférence du 18 octobre 1977
Découverte de la non-violence
Traduction Yann Forget, 1993 

Je vous remercie pour ce très bel accueil. Je suis très heureux d’être parmi vous, spécialement les jeunes élèves de l’école. Après ce magnifique discours du Premier Ministre (de l’Etat du Gujarat), je me demande ce que je dois dire de plus. Peut-être que tout ce que j’ai à dire est dit. Mais de toute façon, je dois le dire.

Le meilleur moyen d’introduire ces trois conférences serait peut-être de faire allusion à ma propre aventure. Comment je me suis moi-même trouvé ici et pourquoi je suis arrivé en Inde. J’ai été un étudiant pendant longtemps. J’ai fait traîner mes études autant que j’ai pu. Je n’ai pas cessé d’être un étudiant. Ainsi, je vous comprends, jeunes élèves. Quand j’ai obtenu mes diplômes, car je n’ai pu faire autrement que de les obtenir, je me suis demandé comment je pourrais m’introduire dans la grande machine du monde. Le monde des affaires, de la diplomatie, de l’armée, le monde de tout ça. Quelle était ma place là-dedans ? Je ne savais pas exactement ce que je voulais, mais je savais très bien ce que je ne voulais pas. Après avoir voyagé de tous les côtés, dans toute l’Europe, et bien je me suis converti à ma propre religion – le christianisme et j’ai découvert l’Evangile. Et avec l’Evangile, je suis devenu pauvre. Ce qui n’était pas très difficile. C’était seulement ne pas recevoir d’argent de ma famille. C’était bien. J’ai commencé un petit travail en ville, juste assez pour vivre, continuer mes études et rencontrer mes amis.

Niais la pauvreté dans une ville est toujours quelque chose d’artificiel. Alors, je suis parti sur les routes, sans un centime dans ma poche: et je suis devenu un vagabond, comme il est dit dans l’Evangile et comme on en trouve sur les routes. Si vous demandez un morceau de pain ou un verre d’eau, vous l’obtenez toujours, avec un petit ou un gros travail à la ferme. Ce furent les plus beaux jours de ma vie. J’étais libre comme un oiseau et, depuis ce temps-là, je n’ai jamais mieux apprécié la pure joie de vivre, non mélangée avec d’autres joies. Cette belle vie, cette trop belle vie n’a pas pu durer éternellement. Dans les années trente, nous sentions que la guerre allait venir sur nous. Comme je suis international par éducation et par nature, j’ai commencé à redouter la guerre. Pourquoi vient-elle ? D’où vient-elle ? Pourquoi cette peste créée des mains des hommes, les mains des hommes ne peuvent rien contre elle. Ils ne peuvent qu’en souffrir. Bien que je fusse jeune, j’avais déjà compris que la guerre ne nous tombe pas dessus comme une pierre tombe du ciel. Ce n’est pas une calamité naturelle. Notre paix rend la guerre inévitable. Pourquoi donc ? J’avais compris combien puériles sont les explications que les gens donnent de la guerre : la haine et les nécessités économiques des peuples. Pourtant ceci est puéril et futile. Et la guerre apporte d’autres plaies qui accompagnent toutes les civilisations. Je veux parler de la misère, de l’esclavage, de la guerre civile ou de la révolution. Ces quatre plaies sont liées de quelque manière, mais quelle est l’origine de toutes ? Comment l’une engendre l’autre ? Et quel est le moyen d’en sortir ? Ainsi j’ai commencé à penser qu’il n’y en avait qu’un seul qui avait la clé pour sortir de cette prison, et c’était le Mahatma Gandhi.

J’avais entendu parler de lui. J’avais lu quelques écrits de lui dans mes vingt ans, quand les travaux de Romain Rolland ont été publiés. Bien sûr, cela m’avait touché, mais de très loin comme quand vous lisez les histoires des saints de l’ancien temps, ici c’était de très loin dans l’espace. C’était trop pour nous. J’ai donc continué mes études et mes plaisirs, mais bientôt, j’ai commencé à penser que lui seul savait, que je devais le rejoindre et apprendre de lui le chemin de la sortie. Ainsi je suis arrivé à Wardha, à Sevagram, qui était appelé Segaon. J’ai trouvé le cher vieil homme assis devant sa hutte. Il m’a fait asseoir près de lui et il m’a demandé qui j’étais, ce que j’avais fait, d’où je venais. Parlant de moi, j’ai découvert que je n’étais rien, que je n’avais rien fait et que je ne voulais rien, excepté le servir à ses pieds. Peut-être que ce sentiment de néant a plu à Bapu, Il me prit comme son fils et m’instruisit. Ainsi, j’ai appris à filer. J’ai pensé que je resterais pour toujours dans ce pays.

Ici en Inde, j’ai fait comme tout le monde. Je n’avais que deux dhoties (vêtement indien traditionnel des hommes, qui remplace le pantalon), un sur moi et un à laver. Je mangeais avec mes doigts, assis par terre, et je me lavais dehors, comme tout le monde. Je me suis intéressé aux prières et aux méditations, et je croyais ainsi devenir un Indien. Pour m’introduire à la vie indienne, j’ai pensé que le mieux serait d’aller dans l’Himalaya, à Gangotri, à Jamnotri (célèbres lieux de pèlerinages hindous), et ainsi j’ai pris le chemin.

En ce temps-là, il n’y avait pas de routes. Vous n’aviez qu’à contourner les rochers et à grimper jusque là-haut. J’y suis allé. A Narendranagar, l’un des gros villages des collines de l’Himalaya, alors que j’en revenais au début de la mousson, j’ai appris que je devais me préparer pour une chose quelque peu différente de ce que je rêvais. Dans les collines, par une belle nuit, j’ai entendu une voix qui m’a dit : « Shantidas, où vas-tu comme ça ? Rentre à la maison !  » Je me suis retourné mais il n’y avait personne, seulement les étoiles. J’attendais une explication, mais il n’y avait pas d’explications. Je ne savais que faire, que trouver… Pourquoi retourner ? Mais de toute façon, je devais obéir. En même temps, je me suis senti très faible pour commencer quelque chose, pour faire quoique ce soit, spécialement dans mon propre pays. Car je savais quelles sortes d’esprits il y avait en moi-même et dans mon pays.

J’ai écrit à Bapu à propos de mes rêves, de ce que j’avais imaginé, car rien n’est trop grand pour l’imagination. Bien sûr, je suis revenu le voir. Tous les deux jours, il m’accordait deux ou trois heures pour lui expliquer mes grands projets. Il m’a écouté avec beaucoup de patience, puis il a dit : « Tout ceci est très bien, parfait ; mais je veux savoir seulement une chose : es-tu appelé ? Car si tu n’es pas appelé, toute ton intelligence, ton courage, tes vertus te seront de peu d’utilité. Mais si tu es appelé, même les vertus qui te manquent te seront données. » Cela m’a plutôt inquiété. Comment savoir si l’on est appelé ? Beaucoup d’hommes fous pensent qu’ils sont appelés et que Dieu les appelle. Les hommes expriment leurs propres vanités, ils désirent faire de grandes choses et devenir de grands hommes.

Je suis rentré finalement en 1938. Le monde entier était plein de guerre, préparé pour la guerre. J’ai été très bien reçu par mes frères et mes amis. Ils aimaient entendre mon aventure indienne car l’Inde est comme une légende très éloignée. E y a la jungle, des tigres, des singes, des sages et tout ça. Mais quand je parlais de paix, de non-violence, cela passait avec le reste. Tous souriaient. S’ils s’étaient opposés furieusement, je les aurais fracassés avec mes arguments. Mais que faire contre quelque chose de mou, de si mou ? Je ne pouvais être compris. J’ai pensé que le Seigneur m’avait envoyé le signe ‘non appelé’. Mais quel signe me donnera-t-il ?… Je ne parlerai donc qu’aux gens qui me le demandent et à ceux qui veulent savoir ce qu’ils doivent faire. Ainsi j’ai été silencieux. J’ai gardé le silence sur ceci pendant sept ans. Personne ne me demandait rien, et je commençais à penser à ce qu’on peut bien faire dans ce pays. Je suis allé en Terre Sainte, à pied, bien sûr. Une année est passée et quand je suis revenu, c’était la guerre et la nuit pendant lesquelles rien ne peut être fait.

La dernière année de la guerre, un éditeur m’a demandé d’écrire mon voyage en Inde. Ainsi j’ai écrit le Pèlerinage aux Sources. Le livre a eu un énorme succès. C’était le temps de l’occupation, de la misère, de l’humiliation. Les gens étaient emprisonnés dans des camps. Là, ils ont lu mon livre. Par la suite, beaucoup de gens sont venus me dire : « Vous m’avez sauvé la vie. » « J’ai repris goût à la vie en lisant votre livre, parlant de non-violence, de palmiers, de grands horizons, de choses de Dieu. » Plus tard, des gens se sont rassemblés autour de moi et je pouvais leur dire ce que nous devrions faire. Nous ferons ceci et cela, et ça, et encore ça. J’ai commencé à enseigner à Paris, au milieu de la grande cité. Nous avons établi quelques ateliers, avec le rouet d’abord, le métier à tisser ensuite, et en dehors de la cité, en plein air, un atelier de poterie et de travail du bois. Des gens sont venus lorsque nous avons commencé. J’ai enseigné, un enseignement spirituel, sur la connaissance de soi-même, la possession et le don de soi, les trois aspects de tous les enseignements. Après quatre ans comme cela, je me suis marié, et aussitôt après, nous avons fondé la première communauté rurale et gandhienne avec tout ce qui est dans les ashrams gandhiens : méditation, yoga, travail des mains pour tout le monde, décisions par consensus pour tous, règle de vie, rouet, tous les aspects de l’enseignement de Gandhi.

En ce temps-là, personne ne parlait de non-violence. Personne ne connaissait Gandhi, excepté par la littérature et quelques admirateurs. Plus tard, lors des mouvements de résistance non-violente de la guerre d’Algérie, on a commencé à parler de non-violence. Sur le papier, le mot n’existait même pas. Puis nous avons été imités. Beaucoup d’autres groupes sont apparus en Europe. Mais aucun, ni en Europe, ni en Amérique, aucun n’a appliqué tous les enseignements de Gandhi. Et je pense que même ici, en Inde, beaucoup recherchent la non-violence avec grande sincérité et courage, mais ils n’appliquent pas toujours tous les enseignements de Gandhi.

Pourquoi Gandhi m’attire-t-il ? J’ai trouvé en lui tout ce que je cherchais et beaucoup plus. Ce qui m’attire en premier est l’unité de vie. Depuis le travail des mains qui vous donne le pain, jusqu’à la prière, il n’y a qu’un seul sens. C’est ce que je voulais rapporter chez moi. Nous ne devrions pas avoir plusieurs vies, une vie familiale et une vie sentimentale qui n’a rien à faire avec la famille ; une vie intellectuelle avec des livres, qui n’est pas la nôtre ; et puis une vie professionnelle et une vie politique, et une vie religieuse pour le dimanche matin. Toutes ces vies qui sont chacune un monde en soi. Et ainsi nous changeons de vie comme nous changeons de chemise. Quand nous entrons au bureau, nous changeons de masque, et quand nous rentrons à la maison, nous changeons aussi. Et quand nous allons à l’église, nous changeons encore. N’ayons qu’un seul visage et qu’une seule vie, et allons vers l’unité. Depuis trente ans, les communautés ont grandi très lentement, bien sûr à travers d’infinies difficultés. Voilà où nous en sommes après tant d’années. Il y a exactement quarante ans, j’étais dans la hutte de Gandhi, parlant de mes grands projets, exactement jour pour jour en ce mois d’octobre, C’est une grâce réelle de me trouver ici, de retour chez vous, chers amis, chers Indiens. J’ai reçu quelque chose de vous à travers lui et par vous aussi. Mais ce n’est pas le sujet que j’étais supposé traiter. Allons-y et essayons de le traiter sérieusement.

Science et non-violence, donc. Mais qu’est-ce que la science ? C’est ce que nous devons examiner avec beaucoup d’attention. Naturellement,la Vérité est Dieu et la recherche de
la Vérité est le service de Dieu. L’intelligence et la connaissance, la conscience et la sagesse sont les grands privilèges de l’homme, la seule raison d’être homme.
La Bible dit, la loi de Dieu dit : « Créons un homme à notre image et à notre ressemblance. », et une deuxième fois : « Quand Il a créé l’homme à son image et à sa ressemblance, et une troisième : « Il l’a créé homme et femme.  » Ainsi cela est dit trois fois. Mais cela n’est pas dit d’aucune autre créature. Pour créer la lumière, Il a eu seulement à dire : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Cela semble indiquer la triple nature de l’homme. Non seulement, il appartient à une espèce différente, mais aussi à un autre royaume, celui de l’avènement de l’homme. La raison en est l’image et la ressemblance. L’image, bien sûr, toutes les créatures la porte en eux. L’univers entier chante la louange de Dieu. C’est l’image de Dieu dans sa beauté, mais ce n’est pas la ressemblance. Toutes les créatures reçoivent l’image de Dieu, mais seul l’homme peut la renvoyer, peut renvoyer le rayon de la lumière divine. Reçois la lumière, reçois l’image et montre la ressemblance, montre-la avec admiration, avec adoration et avec amour. Et c’est la seule vérité.

C’est la raison d’être de l’homme. Il est dit que quand l’homme a été créé, Dieu a mis autour de lui un magnifique jardin, une place de joie. Vous savez ce qu’il est arrivé à nos ancêtres, qu’ils se soient appelés Adam ou Manou (le premier homme pour les hindous). Vous connaissez ce que les chrétiens appellent péché originel. Vous l’appelez ignorance (avidya). Dois-je vous raconter l’histoire ? Vous savez déjà tout à propos d’Adam et du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Quel était ce péché que nous appelons péché originel ? Bien sûr, la clé de ce mystère est le nom de l’arbre, Et bien sûr, c’est un arbre symbolique. En dehors de ce symbole, l’histoire n’a pas de sens. C’est donc l’arbre de la connaissance, la connaissance du bien et du mal. Adam pouvait manger de tous les fruits. Tous étaient donnés, même sans travail, sans douleur, en abondance. Mais il ne devait pas toucher celui-là. Pourquoi ? Et pourquoi a-t-il pris spécialement celui-là ? Quel est cet arbre ? Et quel mal a-t-il fait ?

Quel est donc ce mal ? Le mal d’avoir mangé du fruit de l’arbre du bien et du mal. Vous voyez ma phrase commence par le mal et finit par le mal. C’est comme une formule algébrique. Il y a une égalité mélangée avec toutes sortes d’opérations. Essayons de mettre au clair ces opérations. Qu’est-ce que manger ? Cela veut dire tuer, saisir, s’emparer, mâcher et détruire, s’approprier et jouir de la destruction de ce que vous mangez. Mangez la connaissance ? C’est une opinion commune que c’est un péché. L’homme a-t-il acquis la connaissance ? Non, c’est une mauvaise lecture des Ecritures. Mais nous avions une connaissance sociale. L’homme a été créé avec la connaissance et avec la conscience. Nous voyons que dans le Paradis, Adam parlait familièrement avec Dieu, voyait Dieu, et quand il parlait, Dieu lui répondait. Mais Dieu ne parlait pas avec les pierres, ni avec les lions, non parce qu’ils n’étaient pas végétariens et non-violents, mais parce qu’ils ne pouvaient répondre ! Il ne parlait pas avec eux parce qu’ils ne comprenaient pas. L’homme le pouvait, il avait la connaissance. Et qu’a-t-il fait ? Il a volé, il a volé le cadeau.

Savez-vous ce que signifie voler un cadeau ? Je vous donne quelque chose avec tout mon cœur. Vous me l’arrachez, vous me regardez, et vous dites : « Bien. Maintenant, c’est à moi Mais je vous connais, et vous dites, c’est le mien. L’intelligence, c’est la nôtre, nous l’avons inventée ! Mon intelligence, je l’ai inventée ! Si c’est la mienne, je peux en profiter. Non. Le fruit, que signifie le fruit ? Si vous n’aimez pas les spéculations symboliques, allez demander à votre banquier ce que signifie le fruit. Cela veut dire jouissance et profit. Maintenant, l’explication est là. Le péché de l’homme a été de détourner l’intelligence de la Vérité vers le fruit. Plutôt que d’utiliser votre intelligence pour rester en contact avec Dieu, pour refléter la sagesse de Dieu, la volonté de Dieu, la beauté de Dieu, vous utilisez, nous utilisons, Adam a utilisé son intelligence pour obtenir le fruit et la jouissance. Vous me suivez ? Maintenant, si la police vient chez moi et m’arrête, je vais protester et dire : « Mais pourquoi donc ? De quoi suis-je accusé ? Je n’ai rien fait. » Non, vous n’avez rien fait, mais votre ancêtre était un grand criminel. Vous devez expier pour lui. Je serais indigné. Et vous tous seriez indignés de cette sorte de justice. Quelle justice est-ce donc ?

Maintenant, Adam est mon ancêtre, mais c’est très éloigné. Pourquoi dois-je supporter les conséquences du seul crime que, j’en suis sûr, je n’ai pas commis ? En êtes-vous si sûr ? Mais qui est Adam ? Mais chers amis, Adam, c’est nous, chacun de nous. Et le péché d’Adam est celui que nous faisons tous ; que nous faisons et faisons encore, et continuons à faire chaque jour depuis l’origine. Presque toutes les intentions derrière notre intelligence vont à penser : quel profit j’obtiendrai de ceci ? Si je fais ça, quel bien cela m’apportera-t-il ? Quel profit ? C’est suffisant, et c’est le péché du monde. Non seulement mon péché personnel, car c’est aussi le vôtre, mais c’est le péché de tout le monde, et donc bien sûr, aussi le mien. C’est un péché différent des autres, qui n’a rien à voir avec la morale. C’est un péché métaphysique, non un péché moral.

Faites du profit, dirigez une affaire, gagnez de l’argent, obtenez du pouvoir. Ceci est moral, et vous pouvez faire cela très honnêtement, pour votre bien et pour le bien des autres. Rien de mal là-dedans, c’est permis. Et les bons et les mauvais sont également dans le monde, dans le péché originel, et le payent car c’est un tout. Je dois expliquer ce péché, montrer quelle est la déformation de l’intelligence comme péché fondamental et quel est le chemin pour en sortir. Maintenant, si nous considérons la science, la science comme la science physique, comme les Occidentaux l’ont développée, et qui est aussi venue ici. La science, qui n’est pas la connaissance (vidya), qui n’est pas la sagesse, mais qui est l’observation de la nature, et l’utilisation que vous en faites. Si vous observez cela, que notez-vous ? Comment décririons-nous cette science ? C’est le plus formidable renouvellement du péché originel ! Tout le génie que Dieu a donné à l’homme est dirigé vers le profit et le fruit. Avec toute notre intelligence, nous nous efforçons de devenir riches, de passer devant notre voisin, de prendre le pouvoir, d’en profiter. Voilà ce qu’en Occident nous appelons science. Et la punition ? Pas de punition, Dieu n’envoie jamais aucune punition. Seulement de bonnes choses viennent du Tout-Puissant, du bon et aimant Seigneur. Et cela vient sur les bons et sur les méchants. La pluie tombe pour tout le monde comme le pardon. Et les méchants ont la grâce de la force de vie et de l’intelligence. Pas de punition, mais la simple conséquence du péché est la mort ; la mort, qui est séparation. Nous sommes séparés de Dieu, car la science ne conduit pas à Dieu. Par la séparation de la science, nous jouissons du fruit, Et vous voyez le fruit de cet arbre Un bon arbre ne donne pas de mauvais fruits, un bon arbre ne donne que de bons fruits.

Quel est le fruit de la science moderne et de la technologie ? Le plus beau fruit ? Le plus significatif? La bombe atomique ! La mort pour tout le monde ! Pour ceux qui l’ont inventée, pour ceux qui seront forcés de l’utiliser, pour ceux qui l’ont préparée pour leurs voisins, et pour les voisins qui l’ont préparée pour ceux-là. Ils ne sont ni bons ni méchants, ni fous ni voleurs. Ils sont simplement engagés dans le péché originel comme nous le sommes. Et nous sommes tous complices tant que nous n’avons pas trouvé le chemin de sortie. Donc, demain, je parlerai du chemin de sortie.

 Merci, chers amis, pour votre attention. 







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