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Joyeuses fêtes !

19122007

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A ma famille de France et d’ailleurs,

A mes parents, mes soeurs et frères,

A mes beaux-parents, mes belles-soeurs et mes beaux-frères,

A ma femme qui, en mélangeant joie, amour et quiétude,  m’apporte joie de vivre et soutien pour avancer. 

A toi ma fille Safiya, celle qui me fait redécouvrir le sens de la fête et le goût des belles choses et des beaux-arts.

A toi mon petit Souléïmène qui en s’acharnant sur mes livres exprime son enthousiasme pour l’écrit, ton sourire innocent et pure me fait oublier les aléas de tous les jours.

A vous :

Abdelaziz, Abdelhak, Adil(s), Arnauld, Asma, Benoît, Chafik, Chantal, Farid, Fatima(s), François(s), Frank, Hussein, Idriss, Issam, Joël, Karima, Khales, Locman, Marie-Claude, Marie-Paule, Myriam(s), Mohamed(s), Nabil(s), Naïma, Najwa, Nordine(s), Rachid(s), Raouf, Tareq, Sabah, Salah, Samir, Zakaria,…

A vous chères lectrices et chers lecteurs,  

A vous mes collègues de travail,  

Permettez-moi en ce(s) jour(s) de fête(s) de vous souhaitez, à vous toutes et à vous tous, tout le bonheur et toute la joie!

Fraternellement, Mohamed 




« Seul le Coran oblige »

26052007

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Mohamed Talbi

Propos recueillis par Catherine Farhi

Le Nouvel Observateur, 4 juillet 2002


Pour le réformateur tunisien, il n’y a pas de conviction sans interrogation. Et toute forme de critique est possible quand on est musulman de conviction.

Historien, ancien recteur de l’université de Tunis, fils du bourguibisme, Mohamed Talbi, musulman pratiquant, est aujourd’hui l’un des penseurs les plus rigoureux et les plus audacieux de la réforme de l’islam.

Le Nouvel Observateur. – En quoi consisterait pour vous, au XXI ème siècle, une bonne réforme de l’islam ?

Mohamed Talbi. – Avant toute réforme, il faut s’affirmer musulman en vertu d’une triple adhésion : adhésion au témoignage, adhésion au langage, adhésion d’observance. On peut discuter l’observance tant qu’on ne réduit pas l’islam à un vague déisme sans pratique. Car on entre alors dans la catégorie dite de « l’athéisme pratique » des sociologues. On se comporte comme n’importe quel athée, mais qui ne veut pas se dire athée parce qu’il croit tout de même à quelque chose, un absolu, une divinité.

La réforme ne viendra jamais du dehors mais de l’intérieur de la mosquée. Et là, tout est possible, si l’on est musulman de conviction, par le libre jeu de la réflexion critique, du doute, de la mise en interrogation, car il n’y a pas de conviction sans interrogation.

N. O.Mais, dans le cas de Salman Rushdie par exemple, on a tenté d’étouffer cette réflexion critique…

M. Talbi. – C’était un cas plus politique que théologique. Rushdie a fait de la provocation, et il s’est trouvé un imam pour en profiter dans un contexte politique. Rushdie est toujours libre d’écrire ce qu’il veut. Des centaines de musulmans se sont exprimés dans un livre pour le soutenir. Il y a un autre ouvrage collectif sur l’islam dans lequel un auteur se déclare athée. Qui l’a jamais inquiété ? La religion musulmane elle-même insiste pour que soit rejeté l’islam mimétique ou la simple imitation de la tradition, le taqlîd. Les réformes sont toujours possibles, tant qu’il n’y a pas rejet définitif du devoir d’observance de la part de celui qui les propose.

N. O.Mais il y a aussi le cas de Fazlur Rahman, le grand réformateur pakistanais, dont le livre « Islam et modernité » a été condamné et qui a dû partir en exil parce qu’on lui reproche d’avoir réduit la parole du Coran à un langage humain…

M. Talbi. – Fazlur Rahman reste musulman sunnite et pratiquant. Il n’a pas dit ce qu’il a dit pour contester le caractère divin du Coran. Je le dis moi-même de manière moins provocante : le Coran, en amont, est une parole divine puisque c’est Dieu qui parle, c’est une parole théandrique (1) selon le terme théologique approprié. Seulement, cette parole n’est pas mots, sons ou écriture. Elle est, comme Dieu, quelque chose qui ne peut être ni conçu par l’esprit ni réalisé en son essence même. Dieu n’a pas parlé qu’au prophète Muhammad, il a parlé à tout le monde. Il a parlé à Abraham, et qui nous dit qu’il n’a pas parlé à Bouddha et à Vishnou ? Dieu parle. Tout parle de Dieu. Quand un oiseau gazouille, il est la manifestation de cette diversité fantastique de l’Etre, Absolu et Unique, mais qui a créé un monde infiniment multiple.

C’est quand cette parole descend dans l’Histoire qu’elle prend une expression humaine, quelle qu’elle soit. Le Coran le dit. Ce peut donc être en russe ou en malgache, pourquoi pas ?

N. O.Il y a le primat de la langue arabe, tout de même ?

M. Talbi. – Absolument pas. Le Coran dit que si ce Coran avait été révélé ailleurs, il aurait été révélé dans la langue des gens au milieu desquels il serait descendu.

N. O.Et l’i’jâz (الإعجاز), le miracle de l’inimitabilité du Coran ?

M. Talbi. – Mais qui vous dit que ce miracle est simplement linguistique ? Si Dieu parle et qu’il veut que Sa parole soit un défi lancé à l’humanité, la dictée est divine, mais l’expression est humaine. Cela peut être dans n’importe quelle langue. Ce n’est pas spécifique à la langue arabe. Fazlur Rahman, pour revenir à lui, ne dit pas que c’est le Prophète qui, le recevant de Dieu, a donné forme au Coran. le Prophète a reçu une parole en langue déjà formulée, et la formulation est divine. Dieu n’est pas incapable ! Je ne pense pas que le prophète Muhammad soit plus capable que Dieu de donner une formulation. C’est une parole théandrique, entièrement divine en amont. Mais, en se réfractant dans l’Histoire, elle ne peut parvenir aux hommes que si elle leur parle dans leur langue… En aval, parole entièrement humaine. Elle est soumise à toutes les approches possibles, philologiques, linguistiques. Les Arabes avaient dépensé des trésors d’ingéniosité dans l’approche de la langue pour comprendre le Coran. Mais l’approche peut être historique, sociologique, anthropologique et utiliser tous les outils d’aujourd’hui.

N. O.Comment réformer sans enfreindre la parole divine quand il s’agit de la charia, de l’apostasie, de la séparation de la religion et de l’Etat, de la sunna, du djihad, du voile ?

M. Talbi. – Voilà bien des points d’interrogation. Ils constituent pour le musulman de bons poteaux indicateurs. Le questionnement – recommandé par la parole divine – s’est imposé de lui-même quand, au Nigeria, Safiya a été condamnée à la lapidation. Etait-ce acceptable pour moi ? Le réformiste se demande : cette loi est certes inscrite dans la charia, mais est-elle conforme à la seule source contraignante, le Coran ? Parce que, du point de vue de la réforme, tout le reste n’est pas contraignant.

N. O.Et si la sunna l’imposait ?

M. Talbi. – Mais laquelle ? Il faut qu’elle soit authentique. Le Coran est authentique, il n’en va pas de même pour la sunna. Elle a été mise en question dès sa naissance. Dans un texte, vous avez trois cents hadith (épisodes rapportés de la vie du Prophète), chez al-Bukhâri vous en avez cinq mille, chez d’autres, trente mille. Les musulmans ne sont pas d’accord sur la sunna. C’est le cœur du problème de la réforme. En vertu de quels critères prendre en compte les hadith ? En prenant appui sur la solidité de la chaîne de transmission, l’isnâd ? Il est aujourd’hui clair que cette approche ne permet pas de discerner l’authenticité d’une tradition. Certains hadith se contredisent, d’autres sont absurdes. Le critère que je propose pour une réforme, c’est le Coran : tout hadith en contradiction avec le Coran, avec sa lettre ou avec son esprit, est à écarter sans appel. Seul le Coran oblige.

Il en est de même pour la peine de mort pour apostasie en vertu du principe « qui change de religion doit être tué ». Or rien de tel n’existe dans le Coran. Au temps du Prophète, on changeait de religion plusieurs fois par jour, des versets nous le disent : des gens étaient musulmans le matin lorsqu’ils étaient avec des musulmans et polythéistes le soir avec des polythéistes. Le Prophète n’a pas pour autant ordonné d’inquisition, il n’a pas fait exécuter les pharisiens et les hypocrites. Le Coran parle des munâfiqûn (« hypocrites »). Le Prophète leur a dit : « Paix sur vous. » Alors ce hadith qui coupe les têtes est en contradiction totale avec le Coran. Je n’entends pas le réformer, je le rejette. La peine capitale prévue pour apostasie, elle aussi, n’existe pas. C’est une peine politique. Voyez Khomeyni avec Salman Rushdie. Et, lorsqu’on me dit que je suis apostat parce que je rejette la loi sur l’apostasie, je hausse les épaules. Cela m’est totalement égal. Je ne conteste pas le Coran, moi, je conteste à l’intérieur même de l’islam. Seul le Coran m’oblige, je suis pour sa lecture vectorielle. Le réformateur doit rechercher la direction la plus rectiligne, dans son sillage.

N. O.Les versets relatifs au djihad sont aussi coraniques…

M. Talbi. – Vous savez ce que le Coran en dit ? Il dit : « La ta’tadoû wa in ouetoudya aleykoum fa’tadoû bi mithli mâ ou’toudiya aleykoum. » (« Ne soyez pas les agresseurs mais si on vous agresse faites de même. »)

Voilà les lignes de front du réformateur : retourner à l’Histoire, au Texte, par une approche anthropologique et sociologique, et décaper la charia de toutes ces scories…

N. O.Vous parleriez d’une nouvelle charia ?

M. Talbi. – Absolument. Cela ne signifie pas qu’il faille tout détruire. Je dis oui au jeûne, à la prière, je dis non au voile. Ma position consiste à dire : Mademoiselle ou Madame, rien ne vous oblige à mettre un foulard sur la tête, sauf si vous êtes chrétienne parce que c’est saint Paul qui le dit. Seulement les chrétiennes, aujourd’hui, l’ont abandonné. Pas un mot dans le Coran sur la femme qui doit couvrir ses cheveux. Que l’on me trouve un seul verset où il y a le mot cheveux (chaar).

Il en va de même pour la question de l’usure, du ribâ. On n’a pas défini cette notion. Il n’y avait pas de banques du temps du Prophète. Ce qui était interdit, c’était l’appauvrissement des gens par la spéculation sur la nourriture.

N. O.D’où peut venir cette réforme à votre idée ? Ne risquez-vous pas de vous retrouver anathématisé comme Ali Abdel Razeq ?

M. Talbi. – Ali Abdel Razeq n’a pas convaincu, parce que nous vivons dans des régimes de dictature. C’est pourquoi je pense que le réformisme va réussir dans les communautés minoritaires d’Occident, là où il y a liberté. Si l’on arrive, au sein des musulmans d’Occident, à condamner la lapidation, par exemple. C’est impossible, m’objecterez-vous. L’essentiel, c’est qu’en conscience ce soit intégré. Que les musulmans d’Europe disent : « Ça, ce n’est pas notre islam. » Et non : « Hélas ! je n’ai pas tué ma femme qui est adultère ! C’est parce que la loi m’en empêche. Mais moi, en tant que musulman, j’aurais dû la mettre dans un trou et la faire lapider. Malheureusement, il n’y a pas de charia ici… » Tant qu’il y a aura des musulmans qui, à Paris, raisonneront ainsi, ce sera la faillite de l’islam. Il faut que les musulmans se réforment de l’intérieur, dans leur conscience musulmane, et arrivent à la conviction intime qu’ils sont en harmonie avec eux-mêmes tout en rejetant ce qui est contre la modernité, la justice, l’humanisme et qui n’est que le produit d’une époque révolue.

Le réformisme consiste à lire le Coran et subsidiairement la sunna avec les yeux des vivants et non avec ceux des morts, en se posant toujours cette question : « Dieu, qu’est-ce que Vous me dites, à l’instant, à moi ? » A moi, il me dit de faire le Bien. Pour un philosophe comme Luc Ferry (auteur de « l’Homme-Dieu »), c’est sa conscience qui le lui dira. Moi aussi, c’est ma conscience. Seulement la conscience de Luc Ferry est éclairée exclusivement par la philosophie, la mienne est éclairée par une lumière que je considère comme divine. Mais sans contrainte ; c’est ma conscience qui me le dit, une conscience qui a intégré en elle-même une lumière divine. Et je suis parfaitement libre devant ma conscience.

Note :

(1) – Où se rejoignent le divin et l’humain.

 

 




Faire ou accomplir la Salãt* ? (1)

21032007

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          Safiya a quatre ans, et pourtant, elle fait la Salãt tout en respectant sa forme et son rituel apparent. Elle murmure debout. Et parfois elle sourit. On peut entendre de sa fine bouche des mots avec sa petite voix comme ALLAH (Dieu), ALLAHOU AKBAR (Dieu est Grand), AL HAMDOULILLAHI RABBI ALALAMINE (louange à Dieu Souverain de l’univers) et bien d’autres Ayates (signes coraniques) prononcées à sa façon !          Safiya ne connaît ni les « Hadiths », ni le recueil de « Al Boukhari » ni celui de « Mouslim ». Elle n’a jamais lu un « Hadith » pour apprendre à faire la Salãt comme le Messager, paix sur lui, l’a fait. Car tout simplement, elle ne sait pas lire, pour l’instant ! 

         En effet, comment se fait-il que Safiya sache faire la Salãt ? Comment se fait-il qu’elle se mette debout quand il le faut ? Qu’elle s’agenouille ? Et qu’elle se prosterne quand il le faut aussi ?           La réponse à ces questions est la clé même de la réponse à toutes les questions en relation avec la forme rituelle, en quelque sorte, de la Salãt

         Safiya voit, bien évidemment, quelqu’un qui fait la Salãt chez elle. Elle ne fait qu’imiter sa façon de faire, en prenant un grand plaisir et en considérant cela comme une sorte de jeu. Pour elle, le rituel de la Salãt s’apprend par la voie d’imitation et de reproduction à l’identique de ce que l’on voit et non pas de ce que l’on a pu lire, en tous cas pas à son âge.          Les parents de Safiya font la Salãt aussi, et ce, depuis leurs jeune âges, à peu près depuis l’âge de Safiya. Ont-ils lu les « Hadiths » de « Al Boukhari » pour pouvoir accomplir le gestuel de la Salãt ? La réponse est : « Non ! ». Ils ont, comme la petite Safiya, vu certainement quelqu’un de leurs familles respectives faire la Salãt. Leurs premiers pas vers la Salãt étaient plutôt imitatifs, reproduire à l’identique, que réflexifs. 

         Les grands parents de Safiya font la Salãt encore et toujours. Ont-ils lu des « Hadiths » pour accomplir sa forme ? Ou pour savoir ses horaires ? Peut être ! Mais la réponse la plus plausible : C’est qu’ils ont vu, comme Safiya, des gens de leurs entourages qui faisaient la Salãt, quand ils étaient tous petits.          Les arrières arrière grands parents de Safiya, ont-ils, à leur tour, eu accès à la lecture des « Hadiths » pour savoir comment prier ? Ni quand prier ? Ni combien prier ? Certainement pas, et cela pour maintes raisons. J’en citerai deux : 

          D’abords, en vivant dans une société maghrébine marquée par la présence de l’islam en général, et de la Salãt en particulier, en moins de cent ans après la mort du Messager Mohamed, paix sur lui, la Salãt, dans ce contexte, se transmettait de père en fils, génération après génération, fondamentalement par le modèle pratique, et relativement par des textes descriptifs, qu’on appelé « Hadiths » par la suite, et qui restaient entre les mains d’une poignée de gens, puisque l’écrit n’était pas démocratisé à l’époque et qu’il n’ y avait pas encore d’imprimerie qui pouvait le rendre accessible à grand échelle.          Rappelant que le monde « arabomusulman » n’a connu l’imprimerie qu’au 18ème siècle, après que l’institution politico-religieuse a toléré son usage restreint ! Et même, en présence de l’écrit, il ne faut pas oublier l’illettrisme, comme frein sérieux à l’accès à la lecture, qui frappait et qui frappe toujours le monde arabomusulman. 

         Aujourd’hui même, et d’après le rapport de la l’Organisation de la Ligue Arabe pour l’Education, les Sciences et la Culture (ALESCO), 70 millions d’arabes sont analphabètes. Au Maroc, on parle de 11 millions de marocains qui sont analphabètes. Selon les statistiques officielles, le taux d’analphabétisme était de 41 %  juste en 2004. Dans le milieu rural ce taux dépasserait les 60% de la population. Chez les femmes, il dépasserait les 70% selon les régions…etc. Mais malgré ces taux colossaux, il ne faut pas tout de même nier les efforts déployés aujourd’hui par l’Etat en matière d’alphabétisation qui reste, au minimum dans les discours politiques, une priorité nationale.          Que peut-on dire de l’illettrisme dans ces même pays, il y a : Un siècle ? Deux siècles ? Dix siècles ? …etc.      

         Ensuite, et à en croire « Al Boukhari » en personne, son recueil n’a été écrit que deux cents ans après la mort du Messager Mohammad, paix sur lui ! Si l’accomplissement de la Salãt ne pouvait – mais aussi ne peut et ne pourra selon les dires des gardiens du Temple « sunnite »- se faire qu’en lisant les « Hadiths » descriptifs rapportés par « Al Boukhari » dans son recueil, comment est-ce que les arrières arrière arrière grands parents de Safiya faisaient-ils la Salãt ? Et surtout ceux qui ont vécu dans la période juste après la mort du Messager et juste avant la naissance de « Al Boukhari » ? Reniaient-ils la « sunna prophétique » ?          Maintenant, supposons que Safiya est née en Iran, là où l’islam chiite duodécimain est majoritaire, entre 70 % à 90 % de la population adhère à cette forme de religion. Les « chiites » duodécimains ont leur « sunna prophétique » à eux, qui est différente de celle des « sunnites ». Ils ne considèrent pas le recueil de « Al Boukhari » comme authenticité, encore moins comme une référence religieuse. Ils ont leurs propres recueils. L’un de ces compilations de « Hadiths » s’appelle AL KAFI  (le suffisant), de son auteur Mohamed AL KELLINI AR-RAZI. Ce livre contient environ 16199 « Hadiths », dont 5072 considérés comme authenticités par leurs Mollahs. Et pourtant, la forme de la Salãt, son nombre et ses horaires, sont les mêmes que chez les « sunnites ». 

         Comment se fait-il, donc, que Safiya, la supposée chiite duodécimaine  par naissance et par héritage religieux et culturel,  fasse la même Salãt  et pareillement comme l’autre Safiya, la française, dont les parents sont d’origine marocaine, là où le sunnisme malikite est majoritaire ?          Comment se fait-il qu’avec deux formes différentes, et souvent contradictoires et guerroyantes, de ladite « sunna prophétique », on arrive a reproduire la même forme de la Salãt ? 

         Et cette unité dans la forme apparente n’est-elle pas conséquence directe de ce que les « sunnites » et les « chiites duodécimains » partagent en commun : Le Coran ?          En effet, que vous soyez en Iran ou en Arabie Saoudite, la forme apparente de la Salãt est la même ! Je parle bien de la forme. Quant au fond, côté « sunnite» comme côté « chiite duodécimain », on a rajouté, le long des 14 siècles précédents,  des choses et des choses. Et cela est un autre sujet à détailler et à traiter ultérieurement !           

         Il est clair que l’apprentissage de la forme rituelle de la Salãt, de ses gestes, de ses paroles et de ses horaires se faisait par le biais de la transmission pratique, génération après génération, jusqu’à nos jours.           Et même en présence des écrits descriptifs, dits « Hadiths », la  Salãt, comme d’autres actes d’adorations s’apprennent d’abord par le biais de l’imitation visuelle,  par héritage de génération en génération, et à moindre degré par le biais de la lecture du recueil de « Al Boukhari ». 

         Chacun, je suppose, a des souvenirs de son premier jour de jeûne pendant le mois de Ramadan. Ne me dites surtout pas que c’est grâce au recueil des « Hadiths » de  « Al Boukhari » que vous avez endurez une journée de jeûne. Mais c’est plutôt parce que l’entourage le faisait, que nous le faisions ! Et c’est à l’âge adulte, quand les habitudes s’encrent davantage et deviennent une partie de notre identité composée (la façon de manger, de se vêtir, de boire, de penser, d’aimer, … etc.) que l’on se met à se poser des questions, si on est conscient de notre condition bien sûr, sur notre façon de vivre son rapport avec Dieu et avec sa créature.          Il s’agit, à ce stade, du passage de l’imitatif au réflexif. De la stagnation à la dynamique. De l’absorption au tri sélectif. Des appartenances inconditionnelles à la distanciation critique. Et ce n’est pas parce que Safiya atteindra l’âge adulte biologique qu’elle atteindra automatiquement l’âge adulte intellectuel. Tout dépendra primo : de son entourage et des valeurs qui façonne celui-ci et secundo : de ses choix personnelles. Car il s’agit bien, et il faut le dire et le signaler, d’un être à part entière qui va/doit choisir et qui, par la suite, va/doit s’assumer individuellement et pleinement devant la Société, devant la Vie, devant la Mort et enfin devant Dieu !       

         Quant à moi, et sans pour autant m’éloigner du sujet principal qui est la Salãt, telle que nous la connaissons aujourd’hui, personnellement, je la vit et je la considère comme l’incarnation de cette responsabilité dont tout un chacun est dépositaire.          La Salãt est le moment parfait permettant d’établir un lien direct, et sans intermédiaires, entre nous et le Seigneur à travers le Coran, qui est la Seule Parole révélée (AL WAHYE) sur le Prophète Mohammad, paix sur lui. 

         Elle est le purificateur qui nous accompagne cinq fois par jours, pour nous rappeler l’essentiel de notre condition humaine ainsi que les valeurs qui doivent être en tête de cette condition, telle que liberté, amour de son prochain, paix permanente, fraternité inconditionnelle et non pas « fraternisme » institutionnel,… etc.          Elle est aussi l’occasion de dire nos besoins au Seigneur qui nous répondra simultanément que nous avons tous les moyens pour les satisfaire. Et cela grâce aux Ayates que nous lisons et que nous devons les méditer attentivement. 

         En effet, je n’ai jamais vu, ni entendu, fort heureusement, quelqu’un dire qu’on peut lire les « Hadiths » de « Al Boukhari » à la place des Ayates coraniques quand on est debout dans la Salãt! Car, si ces « Hadiths » ont une valeur comparable avec les Ayates, et font partie intégrante de la révélation, en suivant cette même logique, on peut – voire même on doit – substituer la lecture d’une Sourate par la lecture d’un « Hadiths » considéré authentique. Par exemple, on peut lire le « Hadith » de Abou HOURAYA qui dit, je cite : « Lorsqu’une femme renonce une nuit à faire l’amour avec son mari, les anges se mettent à la maudire jusqu’au matin  » à la place de la Sourate Al FATIHA.  Néanmoins, si cela s’avère possible, d’abord, de grâce veuillez excuser mon Ignorance et ensuite dites-moi quels « Hadiths » dois-je lire/méditer à la place de Sourate AL FATIHA (Le Prologue) ?!           Enfin de cette introduction, il est important de rappeler que le Coran – dont Mohammad, paix sur lui, était le fidèle transmetteur et aussi celui qui a donné l’exemplarité comportementale en suivant ses recommandations à la virgule près – a été révélé non pas pour proposer aux gens une nouvelle religion, en rupture totale avec ses précédentes, et par la même décréter une nouvelle façon de faire et d’accomplir la Salãt, mais plutôt, ce message est venu pour confirmer ses prédécesseurs, pour s’inscrire dans la continuité, pour réformer ce qui a été déformé, pour reconstruire ce qui a été détruit, et par la même, pour redonner du sens et du fond au gestuel de la Salãt  pratiquée dans sa forme apparente depuis toujours, et aussi pour nous dire que « faire  la Salãt » et « accomplir la Salãt » n’ont ni le même sens, ni la même raisonnasse !          Car on peut se considérer soi-même comme quelqu’un qui fait la Salãt mais, en aucun cas, on ne peut facilement avoir la certitude quant à l’accomplissement de la Salãt. Ce sont plutôt nos actes, nos dires et nos attitudes qui témoignent et témoigneront de cela, dans l’ici-bas et aussi dans l’au-delà.

Salãt*: terme coranique se traduisant par le mot prière.

(A suivre)







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