• Accueil
  • > Recherche : omar ibn khattab biographie

Acte VI : Percer les secrets de fabrication de l’autorité des textes *

11052019

20170907_112935

Par : Mohamed Louizi

Vulgate d’Abou Bakr

La tradition canonique attribue le rassemblement du Livre Saint au troisième calife Othmân. Elle justifie cette décision (politique) par la disparition d’un grand nombre de Qurrâ’a (قرَاء) récitateurs lors de la Bataille d’al-Yamâma, survenue en l’an 1 du califat d’Abou Bakr, correspondant à l’année 633. On raconte que c’est Omar qui a suggéré à Abou Bakr – calife entre 632 et 634 – de retranscrire et rassembler le Livre Saint dans une vulgate pour conserver la Révélation. Ce qui sous-entendrait que le Prophète aurait négligé ce détail. Abou Bakr aurait refusé, au départ, de réaliser ce que le Prophète lui-même n’aurait pas fait de son vivant. Mais, après un temps d’hésitation, il accepta de le faire, en missionnant un jeune compagnon, Zayd ibn Thâbit (611-665), pour accomplir cette tâche.

Ce dernier, natif de Yathrib, n’avait jamais rencontré le Prophète durant les treize années de la période mecquoise, alors que durant cette période, quatre-vingt-six sourates sur cent-quatorze furent révélées. En effet, Zayd ibn Thâbit (زيد بن ثابت) n’avait que onze ans lorsque le Prophète avait immigré à Yathrib. A la mort de Mohammed, Zayd avait vingt-et-un ans. La tradition canonique le considère tout de même comme l’un des principaux scribes de l’époque prophétique. Sa jeunesse, son absence durant toute la période mecquoise, suscitent bien des Lire la suite… »




Jérusalem : du calife Omar au président Trump …

13122017

Trump-OmarPar : Mohamed Louizi

Dès qu’il s’agit de Jérusalem, d’Israël et de la Palestine, des esprits s’échauffent. Des ressentiments, tel un serpent de mer, refont surface. Une partie d’un monde arabe, que presque tout divise, semble retrouver une raison valable pour afficher une union, somme toute de façade ; pour crier sa colère devant des ambassades ; pour bruler des drapeaux à la sortie des mosquées, après les prières de vendredi. Des menaces fusent. Des échauffourées éclatent. Au-delà-même des pays arabes, voici désormais la Malaisie, dont la capitale Kula Lumpur se trouve à plus de 7.700 km de Jérusalem, qui se dit «prête à engager son armée pour défendre al-Qods»[1]: al-Qods (القدس), en arabe veut dire Jérusalem. Le roi Hassan II n’avait-il pas dit, un jour, que «la Palestine est l’aphrodisiaque du monde arabe»? Dans une autre version: «La haine d’Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant du Lire la suite… »




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (fin)

21112008

Par Mohamed LOUIZI

espoir.bmp

Conclusion

Cette personnalité créative qu’était Abou Hourayra n’était vraiment pas du genre ordinaire. Il n’envisageait pas de partir sans laisser des empruntes gravées dans les mémoires respectives de plusieurs générations.En donnant ainsi l’exemple que rien n’est impossible pour réaliser sa « Légende personnelle »(1) ou comme disait le vieux roi dans L’Alchimiste  de Paulo Coelho : «Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir » !(2)  Abou Hourayra en est l’exemple à méditer … très attentivement !

Né dans la misère, il mourut dans l’aisance.

Inconnu de presque de tous, il reconquit une  célébrité remarquable.

Analphabète durant toute sa vie, son surnom – scandé dans les mosquées des quatre coins du monde – inonde, quatorze siècles plus tard, les manuels scolaires des pays arabomusulmans, la littérature religieuse et les sites Internet.

Sans qualification aucune lui permettant d’approcher les sphères closes du pouvoir, il devint la colonne vertébrale de ce même pouvoir et de ses héritiers.

A la marge d’un texte qui stimule la raison, il réussit à injecter une forte dose d’une superstition qui aliment la déraison.

Au sein même d’une religion qui prône l’abolition du tribalisme, il instaura le Quraychisme(3)  bédouin comme «le » modèle original et originel à reproduire, de manière permanente, dans tous les domaines de la vie, pour rester prétendument fidèle à une illusion de tradition prophétique…

Peut-on parler des fruits du hasard dans tout ceci ? Je ne le pense pas. Car Abou Hourayra fut un personnage qui a su naviguer dans le sens des courants politiques favorables.

Il a su entre autres : gérer son génie créateur ; trouver au fond de lui-même une aptitude relativement singulière pour rendre sa vie utile ; profiter intelligemment des événements douloureux qui ont marqué son époque pour en tirer bénéfice et en sortir indemne ; s’attribuer toute liberté de pensée et d’expression même mensongère en proposant ses services juste à temps au politique ; et par-dessus tout, il a réussi l’accès à l’immortalité théologique, en pariant sur le cheval (le régime) gagnant.

En effet, ses Hadiths ont été retranscrits sous la couverture même des Omeyyades, pendant les trois années du règne de Omar Ibn Abdelaziz(4) qui avait recommandé – environ un siècle après la mort du prophète – de collecter les Hadiths dans des recueils, y compris ceux de Abou Hourayra, pour que ladite sunna ou tradition du prophète ne soit aucunement en reste.

Un siècle après la mort de Omar Ibn Abdelaziz, ce qui veut dire deux siècles après la mort du prophète, ses Hadiths furent  authentifiés … encensés … embaumés … confits et quasiment « momifiés » par Al Boukhari et par Mouslim dans leurs recueils respectifs.

Depuis, il n’est donc plus question de les remettre en question … Le faire – surtout dans le cadre des monarchies théologiques sunnites ancestrales et assimilées – est synonyme d’une exposition volontaire à l’anathème et à la sanction de l’apostasie !

Critiquer les textes portant sa signature signifie renier l’islam  et donc trahir la religion que ces monarchies prétendent représenter et défendre. Puisque, le monarque, épaulé par le religieux de service,  se veut le porte-parole du divin et son bras armé sur Terre. 

Grâce à cette alliance abracadabrante, Abou Hourayra se voit attribuer au fil des années et des siècles, une immunité sans limites, engendrant automatiquement chez les disciples clonés un protectionnisme violent, empêchant les uns et les autres de se livrer par eux-mêmes à un quelconque travail introspectif. Et gare à ceux qui oseront outrepasser cette ligne rouge, tracée et gardée conjointement, par les pouvoirs politiques corrompus et par leurs mercenaires théologiques. 

La remise en question des Hadiths de Abou Hourayra, et de bien d’autres rapporteurs presque divinisés, implique l’écroulement en avalanche de toute une religion basée sur ces Hadiths. Cela signifie aussi l’écroulement de tout ce que l’on a construit ,depuis le temps des ommeyyades, en se basant sur ces mêmes hadiths. En langage théologico-politique, cela veut dire la chute précipitée des régimes qui s’en réclame. Le risque semble être plus que certain donc il faut à tout prix sauver le soldat Abou Hourayra !

Cependant et malgré la limitation de vitesse dans cette zone religieuse à risque, il existe toujours des personnalités – non chiites – de renommée historique qui ont osé crever l’abcès au risque de se voir marginaliser ou même excommunier.

Certes, leurs travaux sont restés inconnus du grand public, même arabophone, car les régimes politiques en place et leur protectorat théologique en ont décidé ainsi. Et ce, par le contrôle des manuels scolaires … le contrôle des prêches hebdomadaires dans les mosquées … le contrôle des articles publiés dans la presse … le contrôle des sujets de thèses dans les universités …

Mais à présent, les choses ont beaucoup changé, fort heureusement, surtout avec l’explosion et la démocratisation relative du numérique et aussi avec la diminution progressive du contrôle  des censeurs de l’information historique et religieuse … grâce à l’effet Internet.

On découvre alors sans détour que Abou Hourayra n’était ni ce personnage exemplaire … ni cette mémoire prodigieuse à laquelle on a voulu nous faire croire !

Des contemporains, à l’image de nombreux anciens, l’ont contesté, critiqué et désapprouvé en démontrant consciencieusement son « mercenariat » théologique au service du pouvoir corrompu de Damas, ses liens suspects avec des conteurs hébreux et sa biographie controversée qui soulève tant de doutes et de suspicions. 

Citons, parmi ces anciens(5) : Aïcha femme du prophète, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb, Abou Hanifah An-Nouamane(6), Soufiane At-Thawri(7), Ibrahim An-Nakh’î(8), Ibn Katibah(9), Al A’amache(10), Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani(11), Ibn Al Athir(12), Abou Jafar Al Iskafi(13)… et bien d’autres encore…

Et parmi les contemporains – historiens, docteurs et écrivains de renommée – que l’on peut citer à titre non exhaustif : Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î(14), Mohamed Rachid Reda(15), Ahmed Amine(16), Taha Hussein(17), Mahmoud Abou Rayyah(18), Ahmed Sobhi Mansour(19), Moustapha Bouhandi(20), Zakaria Ozoune(21), Abderrazak Îde(22), Abdel Jawad Yassin(23)  

Quant à cette étude analytique, elle a rempli – peut-être ? – son devoir d’informer en faisant référence à tout ce patrimoine ancestral et à toutes ces études contemporaines. Et ce, dans le respect des règles d’investigation, en prenant en compte la pluralité des approches et en optant pleinement pour l’ouverture sur toute la littérature accessible, en relation avec la biographie de ce personnage et sans aucune sorte de considération idéologique, dogmatique ou politique.  

Après tout, libre au lecteur, libre à lui de répondre ou non à l’invitation formulée tout au début de cette étude et que je réitère ici une nouvelle fois :

J’appelle à une insoumission totale et à une « désobéissance »(24) éthique, à tout pouvoir théologico-politique ou théologico-associatif se proclamant de cette religion dénaturée – celle des Hadiths entre autres – qui est née de ce mariage ancestral arrangé entre le théologique et le politique et qui porte les empreintes de l’absolutisme, du totalitarisme et de l’obscurantisme, dont les principaux inspirateurs sont Abou Hourayra, ses semblables et ses héritiers et tous ces théologiens de service que l’on connait à l’heure actuelle.

Il est temps que les consciences libres se réveillent enfin… !

Car des guerres sectaires et religieuses s’embrasent ; des enfants meurent ; des femmes sont contraintes à la soumission ; des civilisations millénaires se défont ; des populations se fragmentent en groupes ethnico-religieux guerroyants ; les inégalités se manifestent davantage ; la paupérisation des plus pauvres s’accentue ; les phobies en tous genres s’emparent de nouveau des cœurs ; les régressions diverses se font sentir ; l’inquisition est de retour ; … en grande partie, à cause de la soumission absolue et mentalement aveugle à cette religion dévoyée.

En attendant, je continuerai de rêver tant qu’il est encore Halal et non prohibé par des Hadiths de le faire !

Rêver en écrivant et écrire en rêvant du jour où le Seigneur ne sera plus pris en otage par les petits seigneurs d’ici bas…

Rêver du jour où la religion ne sera plus ni opium ni vitamine mais une approche rationnelle et authentique de la vie et de la mort …

Rêver du jour où la fraternité humaine sera consolidée, une bonne fois pour toutes, pour que nous, humains, puissions nous occuper collégialement enfin des défis majeurs et partagés : écologiques, civilisationnels, économiques… et qui menacent, si rien n’est fait, notre existence collective d’une fin absolument dramatique, scientifiquement prévisible et non pas mystérieusement invisible comme les signes de la fin des temps cités dans les Hadiths de Abou Hourayra !

Informer, inviter, rêver et faire rêver : voilà les quatre fins que je voulais atteindre par cette étude.

Merci à vous !

Notes :

1- Paulo Coelho, L’Alchimiste, Edition Anne Carrière, Paris, 1994, p.36

2- Ibid., p.81

3- Par Quraychisme, on désigne l’ensemble des mœurs et traditions culturelles bédouines de l’Arabie avant l’avènement du prophète Mohammad et après sa mort. Aujourd’hui, des courants salafistes appellent au retour à l’ensemble de ces mœurs et traditions qui, selon eux, font parti de la religion : la barbe, l’habillement Halal, la polygamie,… Tout comme les revendications des mouvements de l’islam politique et/ou de la représentativité  qui, au nom de l’idéologie dite du  Juste milieu – facette intégrable du salafisme –, tempèrent et modernisent leurs revendications « bédouines » dans la forme, sans pour autant penser le bien fondé de ces mêmes revendications : le voile, les carrés dit musulmans, l’abattage dit rituel, la gestion des lieux de cultes… Dans ces sphères, plus on se conforme à ce modèle bédouin mieux on est perçu et vice et versa. Plus on est détaché de la réalité réelle et attachée à une réalité passée plus on est proche de l’islam dit authentique. Le parfait et l’idéal, dans le cadre de ces courants de pensée, comme le dit Adonis(*), n’est pas un futur à construire mais au contraire, il est un passé à reproduire … à l’identique !       

(*) – Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006 (en arabe)

4- Huitième roi de la dynastie omeyyade entre 717 et 720. On le considère aussi comme le cinquième calife orthodoxe – bien guidé – vu son souci d’établir la justice sociale et de bien gérer les affaires de son Etat. 

5- Lire l’ensemble de ces prises de position dans les deux livres cités ci-dessus de Mahmoud Abou Rayyah.

6- Abou Hanifah An-Nouamane (699-767) ; jurisconsulte irakien et maître de l’école Hanafite.

7- Soufiane At-Thawri (719-783) ; spécialiste des Hadiths.

8- Ibrahim An-Nakh’î (672-718) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

9- Ibn Katibah juriste et homme de lettre du neuvième siècle, il qualifiait Abou Hourayra de « premier rapporteur soupçonné de l’histoire des Hadiths »

10- Al A’amache (709-750) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

11- Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani

12- Ibn Al Athir Al Jazri (1177-1252) historien et spécialiste des Hadits, auteur du livre Al Kamil Fi At-Tarikh (en arabe)

13- Abou Jafar Al Iskafi, moutazilite, il jugeait sévèrement Abou Hourayra en le qualifiant de « pas digne de confiance »

14- Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î (1880-1937), littérateur, poète et écrivain égyptien célèbre. Auteur de : Wahyou Al Kalam, I’îjaz Al Coran, Al Balaghah An-Nabawiyah,…

15- Cf. ci-dessus

16- Ahmed Amine (1878-1954) littérateur, poète et écrivain égyptien, auteur de : Fajer Al Islam, Doha Al Islam,…

17- Taha Hussein (1889-1970), surnommé le doyen de la littérature arabe. Auteur de : Al Fitnah Al Korah, Al Ayyam, Fi Achi’r Al Jahiliy,…

18- Cf. ci-dessus

19- Ahmed Sobhi Mansour, égyptien, historien diplômé de l’université Al Azhar et ex-enseignant dans la même université. Réside actuellement aux Etats Unis d’Amériques. Auteur de plusieurs livres et articles remettant en cause les Hadiths, le sunnisme et les Frères Musulmans

(Cf. http://www.ahl-alquran.com)

20- Cf. ci-dessus

21- Zakaria Ozoune auteur de : Jinayate Al Boukhari, Jinayate Achafi’î, Jinayate Sibawayh…Pour sa critique à Abou Hourayra, lire le livre Jinayate Al Boukhari  (que l’on peut  traduire par « Crime de Al Boukhari »).

22- Abderrazak Îde, né en 1950 en Syrie, universitaire, auteur d’une vingtaine de livres. En 2003, il publia son livre Sadanat Hayakil Al Wahm qui analyse et critique la raison juridistes des supposés « savants » de l’islam en prenant l’exemple du discours du syrien Saïd Ramadan Al Bouti. Ensuite il publia un autre livre analysant le discours de Al Qaradawi.  

23- Abdel Jawad Yassin, né en Egypte en 1945. diplômé de la faculté du droit du Caire en 1976, ex-juge. Auteur de plusieurs essais politiques et constitutionnels.

24- J’entends par « désobéissance éthique» une attitude réfléchie, intentionnelle, individuelle et/ou collective, privée et/ou publique, pacifique, respectueuse des exigences de la civilité, ne visant pas à la provocation ou à la confrontation physique avec les pouvoirs en question ; mais au contraire à une prise de conscience collective – y compris celle des religieux et des politiques – des dégâts qu’engendrent depuis plusieurs siècles l’obéissance et la soumission absolue à ces textes – Hadiths – nocifs, rétrogrades et obscurantistes (cf. Annexes) !

Bibliographie

Abou Rayyah, Mahmoud, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994 (en arabe)

Abou Rayyah, Mahmoud, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957 (en arabe)

Ad-Dahbi, Chams Ad-Dîne, Siyar A’alâm An-Noubala’a, Dâr Al Ma’arifah, Beyrouth, 2007 (en arabe)

At-Tabari, Ibn Jarire, Tarikh At-Tabari, Dâr Al Hilal, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Bouhandi, Mustapha, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002 (en arabe)

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, Dâr Al Kotoub Al Ilmiyah, Beyrouth, 1997 (en arabe)

Îde, Abderrazzak, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Tamoudajane, Dâr At-Tali’a, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Khalid, Mohammad Khalid, Des hommes autour du prophète, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 2001 (en français)

Ozoune, Zakaria, Jinayate Al Boukhari, Riad El-Rayyes Books, Beyrouth, 2004 (en arabe)

Yassine, Abd Al Jawad, As-Soltatou Fi’l Islam, Centre Culturel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Prochainement sur ce blog :

Un nouvel article contestant, preuve à l’appui, une manoeuvre scandaleuse des dirigeants de la mosquée de Villeneuve d’Ascq visant à falsifier l’histoire récente de la mosquée et d’effacer, à coup de retouches photographiques, une partie de sa mémoire en recourant à des méthodes digne du parti communiste russe des années 1920.

Cet article sera aussi l’occasion de s’arrêter, brièvement et à notre petite échelle, sur la question de la soumission de l’histoire à l’idéologie.

A suivre !




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (6)

10102008

Par Mohamed LOUIZI

homushadithus.bmp

7- … à la colère de Omar !

Entre le deuxième calife Omar Ibn Al Khattab et Abou Hourayra les relations étaient très tendues. Voilà ce que nous racontent les historiens de cette époque. Et ce, pour deux raisons essentielles :

la première était en relation directe avec la quantité et  les contenus contestables des récits de Abou Hourayra. La seconde raison concernait l’honnêteté et la confiance dans lesquelles Abou Hourayra n’étaient pas non plus un exemple à suivre… 

Selon les historiens, Omar Ibn Al Khattab avait nommé Abou Hourayra gouverneur de Bahreïn en l’an 20 ou 21 de l’hégire(1). Et ce, après la mort de l’ancien gouverneur Abou Al Alaa Al Hadramiy qui avait été, lui, nommé directement par le prophète Mohammed.

Omar s’appuyait pour faire ce choix sur le fait que Abou Hourayra faisait partie de l’équipe qui accompagnait Al Hadramiy bien que les habitants de cette contrée ne connaissaient  Abou Hourayra que comme muezzin [celui qui fait l’appel à la prière](2)  – et non comme imam [celui qui conduit la prière] – dans l’une de leurs mosquées.

On citait aussi d’autres critères qui motivaient ce choix, parmi lesquelles figurait la volonté de Omar de garder les gens d’expérience et de confiance proche de la direction centrale située à Médine et de nommer gouverneurs des contrées lointaines des personnes relativement jeunes pour acquérir de l’expérience(3).

Abou Hourayra rentrait dans cette catégorie puisqu’il était âgé de moins de 40 ans au moment de sa nomination et qu’il n’était pas du tout expérimenté pour rester à Médine à côté du calife, à l’image de Ottmane, de Ali et bien d’autres compagnons.

Deux ans plus tard, Omar releva Abou Hourayra de ses fonctions parce que ce dernier s’était constitué quelques richesses personnelles en faisant mauvais usage de l’argent public et nomma alors Ottmane Ibn Abi Al Asse At-Takafi(4) à la place de cet indélicat.

D’après plusieurs versions, Abou Hourayra avait détourné quelques milles dinars de l’argent public collecté auprès des musulmans et correspondant, entre autres, à leurs zakat(5). L’essentiel n’est pas de savoir exactement et à la virgule près la somme détournée par Abou Hourayra mais plutôt de s’arrêter sur le fait  historique accompli. Et qui vole un œuf vole un bœuf nous dit-on !

A son arrivée à Médine, il dut s’expliquer et rendre compte de cette affaire devant Omar le calife. L’entretien se passa très mal entre les deux hommes. On raconte que Omar dit à Abou Hourayra : « Ennemi de Dieu, ennemi de son Livre ! As-tu osé voler le bien de Dieu ? Sinon, d’où as-tu les dix milles ? »(6) Et Abou Hourayra de répondre : « Je ne suis ni l’ennemi de Dieu ni l’ennemi de son livre. Je suis plutôt l’ennemi de leurs ennemis et je ne suis pas celui qui vole le bien de Dieu ! Quant à ces dix milles, il s’agit des chevaux qui se sont reproduits et des dons qui se sont succédés du ciel !»(7), comme si auparavant, ce dernier avait été propriétaire de chevaux et comme si du ciel, l’or et l’argent pleuvaient !

Dans une autre version, Abou Hourayra justifiait l’acquisition de ces biens par les bénéfices de ses activités commerciales à Bahreïn, en provoquant ainsi la colère de Omar qui répliqua : « Nous vous avons nommé gouverneurs et pas commerçants ! »(8).

Ensuite Omar contraignit Abou Hourayra,cette fois-ci par la force, à rendre cet argent indu à Bayte’mal al mouslimine – le Trésor public  de l’époque(9). Il le mit à sang en le fouettant violemment pour donner ainsi l’exemple aux autres gouverneurs. Et il le menaça même d’expulsion vers son pays natal, le Yémen, pour y goûter une nouvelle fois la misère et pourquoi pas, pour y conduire les « ânes » de cette région au pâturage au lieu de gouverner les affaires de la cité.(10)  

Une deuxième affaire opposa une nouvelle fois les deux  hommes lorsque Abou Hourayra commença à diffuser abondamment et en public des contes, récits et autres sornettes, qu’il attribuait sans aucun scrupule au prophète Mohammad. Omar contesta les contenus et la quantité de ces récits puisqu’il avait accompagné le prophète de très près pendant 18 ans et qu’il était donc en mesure de discerner le vrai du faux dans les récits de Abou Hourayra.

Omar décida d’interdire catégoriquement à Abou Hourayra de raconter tout et n’importe quoi sur le prophète au risque même d’encourir le châtiment corporel et l’expulsion de Médine. On peut reprocher tout de même à Omar cette mesure limitative de la liberté d’expression mais lorsque l’on voit les dégâts que causent aujourd’hui les récits de Abou Hourayra aux quatre coins du monde, on peut comprendre l’intérêt d’une telle mesure sans pour autant l’admettre ou l’admirer sur la forme. Je veux surtout attirer l’attention du lecteur sur tous ces récits et Hadiths appelant à la haine, à la misogynie, aux meurtres …(11) 

Ad-Dahbi rapporte dans ses biographies que Omar tenait Abou Hourayra en le menaçant d’expulsion. Omar disait à Abou Hourayra: « Soit tu mets un terme à tes contes soit je vais te renvoyer vers ta tribu Daous au Yémen ! »(12).

Ibn Abi Al Hadid rapporta ces propos de Omar à Abou Hourayra, dans son livre explicatif de Nahje Al Balagah supposé avoir été écrit par Ali Ibn Abi Taleb. Omar aurait dit à Abou Hourayra: « Mets un terme à tes contes nombreux car il se peut que tu sois mythomane !»(13).

En effet, Omar Ibn Al Khattab appelait les gens à lire le Coran et à se contenter exclusivement de ses contenus, sans aller chercher d’autres informations superfétatoires. Et c’est justement l’attitude que l’on trouve décrite dans le recueil de Al-Boukhari. Dans le même sens, Abdallah Ibn Abbas(14) rapporta un Hadith(15) évoquant les derniers moments du prophète. Ce Hadith laisse à penser qu’avant la mort de celui-ci, il ordonna à ces compagnons de lui ramener de quoi écrire un autre livre – autre que le Coran ! – qui garantirait aux gens la guidance et qui leur ferait éviter les conflits, comme si le Coran seul n’y suffisait pas. Et c’est Omar, selon ce Hadith douteux, qui empêcha le prophète d’écrire un tel livre et qui lui rappela que le Coran était déjà amplement suffisant ! D’autres disent qu’il ne s’agissait pas d’un livre, à proprement parler, mais plutôt d’un testament – wassiyyah en arabe – à dimension politique désignant le nom du calife qui allait lui succéder.(16) 

Néanmoins, il n’est pas question pour l’instant d’analyser de plus près ce Hadith, ni de montrer son insolence à l’égard du prophète ni de découvrir de plus près le personnage de Abdallah Ibn Abbas qui présentait des similitudes comportementales et idéologiques avec Abou Hourayra à plusieurs niveaux. Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’attitude de Omar envers le Coran et envers la diffusion des Hadiths. En optant exclusivement pour le Coran, des contemporains peuvent en déduire à travers cette attitude que Omar était un coraniste affirmé(17) et hostile à ladite sunna prophétique.

En outre, une décision fût prise. Omar empêcha Abou Hourayra de diffuser ses contes. Et ce ne fut qu’après la mort de Omar que Abou Hourayra put de nouveau renouer avec ses mauvaises et vieilles habitudes.

Selon Ibn Kathir dans Al Bidayah wa An-Nihayah, Abou Hourayra disait : « Nous ne pouvions rapporter les Hadiths du prophète qu’après la mort de Omar qui nous faisait craindre son fouet et sa colère ! »(18). Ce que confirma des siècles plus tard le syrien Mohammed Rachid Reda(19) (1865 – 1935), qui fut l’un des principaux maîtres de l’imam Hassan Al Banna le fondateur de la  société des Frères Musulmans, et qui avait écrit dans sa revue Al-Manar ceci : « Si Omar Ibn Al Khattab avait vécu jusqu’à la mort de Abou Hourayra, certainement on n’aurait pas eu tous ces Hadiths ! »(20). Dans ce cas de figure, y’aurait-il eu quelque chose que l’on aurait nommée sunna ? L’islam serait-il pour autant incomplet en l’absence des Hadiths de Abou Hourayra ?…     

Au vu de ces informations historiques, il est clair que Omar désapprouvait totalement les récits de Abou Hourayra. Par conséquent, pourquoi Omar le soupçonnait, le frappait et le menaçait-il si ce dernier était vraiment l’un des compagnons de confiance permanent et proche du prophète ?

Pourquoi n’a-t-il pas fait de lui l’un de ses consultants privilégiés, puisqu’il prétendait être l’hériter du savoir et de la sagesse prophétique ?

Et si Abou Hourayra avait reçu le mandat de diffusion de ce savoir  prophétique complémentaire, pourquoi a-t-il renoncé devant les menaces de Omar sachant que le prophète n’a renoncé devant aucune menace ?

Est-ce cela le bon exemple à donner aux générations futures ?

La vérité ne mérite-t-elle pas d’être dite au risque même de se voir infliger toutes sortes de tortures ?…

On raconte, par ailleurs(21), que Omar allait demander l’avis des femmes du prophète et de certains compagnons pour savoir comment gérer des situations et quelles décisions prendre pendant son mandat de calife, en s’inspirant justement du comportement et de la sagesse prophétique.

Les femmes du prophète et les compagnons de confiance rapportaient des informations et même des citations prophétiques pour aider le calife à faire le bon choix. S’agit-il là de deux poids deux mesures de la part de Omar ? Je ne le pense pas ! Puisque Omar faisait bien la distinction entre le Coran d’un côté, comme texte révélé, source d’orientations générales, et les sagesses prophétiques qui,  d’un autre côté, pouvaient, à un moment donné, apporter un éclairage pratique et procédural.

Et c’est justement ce que demandait Omar aux différents consultants qui rapportaient des paroles de sagesse ne contredisant ni le texte ni l’esprit du Coran et qui sont restées jusqu’à aujourd’hui source d’inspiration et d’admiration. Par contraste saisissant, les Hadiths rapportés par Abou Hourayra sont loins de refléter cette sagesse et cette fidélité à la révélation coranique.

Enfin, entre les récits de Abou Hourayra et les témoignages des proches du prophète, l’invraisemblance est plus que parfaite. Pourquoi donc de tels écarts ?

D’où Abou Hourayra puisait-il ses contes et ses fables ?

Qui était (étaient) son (ses) maître(s) penseur(s) ?

Quelles étaient ses sources d’informations authentiques?…

 

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86

2- Ibid., p.86

3- Ibid., p.92-94

Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar,  1998, n°65, p.99

4- Ibid., p.86

5- Ibid., p.87

   Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a)

6- Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148

7- Ibid., p.148

8- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.88

9- Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148

Khalid Mohamed Khalid rajoute : « …Abou Hourayra accepta de verser puis leva les mains au ciel et dit : « Dieu ! Pardonne à l’Emir des croyants » Quelques temps après, Omar proposa le poste à Abou Hourayra. Ce dernier refusa. Comme Omar demanda      pourquoi, Abou Hourayra répondit : « Pour qu’on n’insulte pas mon honneur et qu’on ne prenne pas mon bien… » Ibid., p.148

10- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90

11- A suivre sur ce blog l’analyse de certains Hadiths de Abou Hourayra exprimant cela.

12- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90

13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.113

14- Abdellah Ibn Abbas était très jeune, entre 9 et 13 ans, au moment de la mort du prophète mais malgré cela il a rapporté plusieurs centaines de Hadiths ! Quelques 1696 dans le Mousande de Ahmed Ibn Hanbale par exemple ! Les traditionnistes le considère comme « l’érudit de la communauté musulmane » ! Néanmoins, il présente des similitudes avec le personnage de Abou Hourayra que ce soit en raison des contenus étranges de ses Hadiths ou même en raison de ses attitudes politiques. On raconte que lui aussi avait détourné des fonds publics au moment de son mandat de gouverneur à Bassora en Irak en l’an 40 de l’hégire sous le califat de Ali Ibn Abi Taleb ! Pour plus de détails, lire :

Abderrazak Îde, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Namoudajane, At-Tali’a,   Beyrouth, 2003, p.69-77  

15- Al Boukhari, op.cit., Vol. 4, p.434

16- Adonis, op.cit., p.161

17- Ce néologisme est utilisé par les Cheikhs de Al Azhar – université et pouvoir d’inquisition égyptien – les prédicateurs du courant salafiste et la machine théologico-politiques des Frères Musulmans à travers le monde – à l’image de Al Qaradawi  pour désigner et excommunier toute personne musulmane, mettant en question l’authenticité présumée de la sunna et des supposés Hadiths prophétiques, et appelant à une réévaluation du patrimoine religieux et surtout la portée humaine et pacifique de l’ensemble des textes hérités.    

18- Ad-Dahbi, op.cit., Internet

19- Mohammed Rachid Reda (1865-1935), réformiste et penseur de la renaissance islamique à la fin du 19ème et le début du 20ème siècle. Influencé par la pensée de Jamal Dîn Al Afghani et de Mohamed Abdu. Le 15 mars 1898, il publia le premier numéro de  la revue Al Manar, qui tachait de partager ses idées, son exégèse du Coran, ses avis jurisprudentiels avec les lecteurs du monde arabe. Quatre ans après sa mort survenu le 22 août 1935, c’est  Hassan Al Banna, le fondateur du mouvement des Frères Musulmans qui s’est chargé de la direction et de la rediffusion de cette revue. Hassan Al Banna était aussi très marqué par la pensée de Mohammed Rachid Reda.

20- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.114 (Cf. Revue « Al Manar », Vol. 10, p.851)

21- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.115




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (4)

26092008

Par Mohamed LOUIZI

capemagiquedeabouhourayra.bmp

4- Était-il compagnon ou imposteur ?

Au-delà des calculs mathématiques élémentaires qui risquent de froisser la sensibilité littéraire de certaines âmes – mais calculs mathématiques élémentaires qui eux, au moins, ne peuvent pas mentir ! –, si Abou Hourayra était vraiment un – voire le – compagnon intime du prophète, comment explique-t-on son absence au moment de la mort de son maître Mohammad ? Car la moindre des choses eut été de rendre compte de cet événement douloureux et marquant pour toute une communauté.

Pourquoi n’a-t-il pas rapporté de Hadiths traitant les détails des derniers jours de la vie du prophète et ce qui s’est passé le jour de son décès(1)?

Comment explique-t-on son mutisme, lui qui aimait rapporter la tradition, lui qui n’a pas rendu compte des débats politiques(2) qu’a connut Médine le jour même de la mort du prophète et qui avaient conduit à la désignation de Abou Baker comme premier successeur du prophète à la gestion sociale, politique et économique de la cité ?

D’ailleurs, pourquoi n’a-t-on pas choisi Abou Hourayra comme premier calife, s’il était vraiment aussi talentueux que certains veulent nous le faire croire, c’est-à-dire « un compagnon exceptionnel doté d’une prodigieuse mémoire, de qualités incomparables, et le gardien infaillible de la sagesse prophétique » ?

Autre élément de réflexion : le prophète administrait, chaque vendredi de son vivant, le rassemblement hebdomadaire. Et on sait que dans une année il y a bien 52 ou 53 vendredis.  Si l’on admet que Abou Hourayra a effectivement accompagné le prophète, de manière permanente et ininterrompue, durant les quatre dernières années de sa vie, il aurait dû logiquement assister à plus de 200 rassemblements. Et puisqu’il jouissait, nous dit-on, de cette mémoire si prodigieuse et d’une volonté inflexible visant à préserver le patrimoine et la parole prophétique (présumée deuxième source de la religion islamique), il aurait dû normalement nous rapporter sans faute l’intégralité des 200 discours ou débats publiques correspondant à tous ces 200 vendredis !

Où sont donc passés ces discours et le contenu de ces débats publics ?

Comment se fait-il que Abou Hourayra n’ait rapporté le contenu d’aucun discours hebdomadaire et le rapport détaillé d’aucun échange ?

Ces discours et ces échanges ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire passionnante de « la vache qui parle » (cf. l’article « Mosquée dans la cité 8 » sur ce blog) ?

Les seuls discours dits prophétiques que l’on retrouve aujourd’hui à la lecture des livres de biographie de Mohammad sont, en effet, son discours prononcé lors de son Pèlerinage de l’Adieu (3) en l’an 10 de l’hégire et quelques rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que moins de 2% de l’ensemble des Hadiths rapportés !

Mais Abou Hourayra a-t-il accompagné le prophète lors de son dernier pèlerinage puisque ce n’est pas lui qui a rapporté ce discours(4) ?

5- La fabuleuse histoire et fable de la cape magique !

Face aux critiques nombreuses et incessantes, Abou Hourayra éprouva de plus en plus le besoin de se justifier en tenant un discours visant à faire taire les soupçons des uns et des autres. Le voici(5) : « Vous dites qu’Abou Hourayra abonde trop dans la transmission des Hadiths du prophète. Eh bien ! Mes compagnons immigrés [les Mouhajiroun] étaient occupés par leurs commerces dans les marchés et mes compagnons indigènes [les Ansâr] faisaient accroître leurs richesses (Et dans une autre version, les Ansâr étaient occupés par leurs terres). Pendant ce temps, j’étais un homme pauvre qui ne se détachait pas du Messager de Dieu.  Je tenais à être toujours présent quand eux s’abstenaient et je retenais dans ma mémoire quand eux oubliaient. Et puis un jour, le prophète nous a dit : Que celui qui étale devant moi son habit tout en écoutant ma parole (Hadith) puis le retire à lui, celui-ci n’oubliera jamais ce qu’il aura entendu de moi. J’ai alors étalé ma cape et il m’a dit des Hadiths, puis je l’ai retiré à moi. Par Dieu ! Depuis, je n’ai rien oublié de ce que j’ai entendu du prophète. De plus, je ne vous aurais jamais rapporté des Hadiths si cela n’était pas une obligation, car Dieu dit : « Ceux qui dissimulent ce que nous avons fait descendre de preuves et de guidance, après même les avoir explicitées aux hommes dans l’Ecriture, ceux-là Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira »(6) »  

Il reconnaissait, en bref, dans ce récit qu’il faisait l’objet de critiques incessantes de la part de ses contemporains. En riposte à leurs attaques, il a essayé de redorer son image tout en dénigrant implicitement les actions de ses autres compagnons pour lesquels, selon lui, l’apprentissage du savoir prophétique n’était qu’activité subalterne. Puisque, toujours selon Abou Hourayra, les uns et les autres étaient pris par le commerce, l’agriculture et les richesses de ce bas monde. En plus, il soupçonnait ces mêmes compagnons d’omettre ce savoir et de manquer à leurs obligations quant à sa transmission aux générations futures, en dissimulant ce qui devait être propagé. Pour lui, qui a même osé ainsi se hisser au même rang que Dieu, ceux-là méritaient d’être maudits : « Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira » !

Par ailleurs, le Coran témoigne en faveur de certains hommes qui glorifient Dieu matin et soir dans Ses Maisons, Il dit : « C’est cette lumière qui éclaire les temples que Dieu a permis d’élever afin que Son Nom y soit invoqué, et où Le glorifient, matin et soir, des hommes qu’aucun négoce ni transaction ne détournent de la joie d’exalter le Seigneur, d’accomplir la prière et de faire l’aumône, car ces hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante »(7). En recoupant ce signe coranique avec le témoignage de Abou Hourayra de nombreuses questions surgissent spontanément :

Les compagnons du prophète étaient-ils tous à l’image de ce que décrivait Abou Hourayra ou au contraire reflétaient-ils cette image du dévouement sans limites qu’inspire ce signe coranique ?

Est-ce vrai que des compagnons (comme Abou Baker As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb…) oubliaient ce que leur enseignait le prophète, au moment où Abou Hourayra s’en rappelait ?

Est-ce vraisemblable que ces compagnons manquaient à leurs obligations de transmettre le savoir prophétique : le Coran ? 

Est-ce vraisemblable que ces compagnons dissimulaient ce que Abou Hourayra avait choisi de diffuser ?

De quelle(s) dissimulation(s) parle-t-on, parce que le signe coranique cité justement par Abou Hourayra parle explicitement de la dissimulation du Coran (l’Ecriture) et non pas d’autres textes – Hadiths en l’occurrence ?

Et cette histoire magique – pour ne pas dire superstitieuse – de la cape que Abou Hourayra avait étalé devant le prophète, n’est-elle pas montée de toutes pièces par Abou Hourayra ? Pourquoi personne d’autre n’en a-t-il parlé ?

Pourquoi les autres compagnons n’ont-ils pas étalé leurs habits afin de « collecter » un maximum de savoir prophétique ?

Si le prophète avait fait un don « magique » à Abou Hourayra pour lui permettre de ne plus rien oublier de ses enseignements, pourquoi celui-ci n’a-t-il pas alors appris le Coran par cœur(8) ?

Le prophète cachait-il des enseignements sur ses compagnons pour les apprendre exclusivement à Abou Hourayra ? 

Profitait-il de l’absence de ses compagnons pour rester en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?

N’éduquait-il pas les compagnons pour qu’ils aillent travailler et qu’ils puissent ainsi subvenir à leurs besoins élémentaires(9) ?

N’avait-il rien d’autre ou de mieux à faire que de rester avec Abou Hourayra ?

Et ses enfants(10), ses femmes, ses proches, où étaient-ils pendant que le prophète restait en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?…

On s’aperçoit sans trop de difficulté, et avec un minimum de bonne foi, que Abou Hourayra n’est absolument pas crédible. Car, même en supposant qu’il ait resté collé au prophète pendant les trois dernières années de sa vie, il y a de nombreux éléments objectifs de la biographie du prophète qui rendent ses prétentions inacceptables et même insupportables tant à l’égard du prophète que de ses compagnons. Une simple lecture des chapitres de la biographie prophétique correspondant aux quatre dernières années de sa vie – bien que l’écriture et la transcription de celle-ci soulèvent également moult interrogations – montre que le prophète avait d’autres obligations que de rester en compagnie de Abou Hourayra pour lui raconter des histoires insensées et à la limite de la superstition dignes de la cartomancie ou du père Noël !  

En effet, bien que cette biographie soit écrite principalement sous l’angle guerrier(11) pour servir, comme nous le verrons au chapitre 9, la propagande « va-t-en-guerrière » des Omeyyades, elle aide néanmoins à mieux approcher le quotidien éreintant du prophète. Il se trouve qu’à partir du premier mois de l’année 7 de l’hégire (Muharram) jusqu’à sa mort en début de l’année 11, le prophète – déjà âgé de 60 ans ! – avait un emploi du temps harassant et rigoureux. Car en plus des 29 expéditions défensives(12), déployées en cette période, dont le nombre de combattants variait de 10 à 3000 personnes(13),  le prophète a dirigé en l’an 7  une armée de 1600 personnes durant la bataille de Khaybar(14). Il a organisé le petit pèlerinage (Umra) à la Mecque avec 2000 personnes(15). Il a envoyé des émissaires diplomatiques(16) aux différents rois et empereurs persans, byzantins, coptes…

Après 7 ans d’exil à Médine, il a conduit la prise de la Mecque (Al Fath), à la tête de 10.000 hommes(17), en l’an 8 de l’hégire. Il a dirigé la bataille de Hunayn et le siège de Ta’if à la tête de 12.000 hommes(18) et une marche vers Tabûk au nord de la péninsule avec 30.000 hommes(19)

Tout au long de l’an 9, baptisé Année des députations(20), il est resté à Médine pour recevoir les émissaires des tribus de la péninsule arabe, afin de conclure avec eux des alliances régionales et de signer des conventions de paix. C’est la raison pour laquelle il n’a pas pu guider les pèlerins à la fin de cette année, et c’est pour cela aussi qu’il a chargé Abou Baker As-Seddik d’accomplir cette mission, tandis que lui restait à Médine pour continuer d’accueillir des émissaires tribaux(21).

En l’an 10, il a conduit des dizaines de milliers de pèlerins pendant son Pèlerinage de l’Adieu  qui était l’un des derniers grands moments de sa vie de prophète et de Messager, puisque Mohammed mourut quelques semaines plus tard(22).

Que de grandes entreprises qui demandaient de la disponibilité, de la planification, de la maîtrise des données objectives de la péninsule arabe et de ses alentours, de la vigilance à l’égard des menaces et des dangers venant de tous bords et qui planaient sur Médine, de l’orientation et de l’éducation de ses compagnons pour réussir une mission compliquée, dont les paramètres se multipliaient proportionnellement avec l’élargissement de la communauté.

Ce faisant, le plus dur n’était pas le fait de réussir en soi mais d’assurer, dans un premier temps, la sécurité de la communauté naissante, d’avancer sans faire trop de dégâts, sans trahir les valeurs ni violer les principes de son propre message et, dans un deuxième temps, d’éduquer les gens à l’humilité, à la modestie et à ne pas transformer les réussites de la veille, en échecs douloureux et inhumains des lendemains… comme à l’image de ce qui arriva quelques heures seulement après sa mort, au moment de la désignation du premier calife ! (23) 

Le prophète se chargeait, en plus de sa mission de Messager de Dieu, de la gestion sociale de Médine qui représentait une terre d’accueil pour une immigration massive et hétéroclite(24), immigration qui posait de réels problèmes sociaux, économiques et culturels. Et d’ailleurs, Abou Hourayra prétendait être l’un des « sans domiciles fixes » de l’époque, au beau milieu d’un groupe de 70 personnes(25) qui s’abritaient dans l’annexe de la mosquée/Al-Jami’i et dans l’attente d’une solution économique et sociale trouvée par le prophète.

Sans oublier bien sûr que Mohammad avait aussi une vie privée, neuf ou dix foyers conjugaux à gérer financièrement et surtout à combler d’amour et d’attention. En plus, il entretenait un cycle spirituel exigeant(26) en sa qualité de Messager, priant toute une grande partie de la nuit. De surcroît, il ne dormait que peu de temps, pour accomplir dès l’aube la prière et s’attaquer ensuite à la gestion des affaires de la cité : assurer sa sécurité, garantir à tout un chacun de quoi faire et survivre au jour le jour… 

Il me semble que Mohammad qui assurait toutes ces fonctions, toutes ces responsabilités complexes et qui devait accomplir sa mission parfaitement en donnant l’exemple aux autres et en enseignant(27) le sens de la responsabilité, de la perfection, de la justice, de la solidarité, de la bonté… ne pouvait que manquer cruellement de temps. Et même s’il disposait de quelques minutes de répits de temps à autre, il me semble qu’il ne les consacrait pas à raconter à Abou Hourayra des histoires superstitieuses et des fables surréalistes qui, dépossédées du caractère sacré et dogmatique, ne pourraient éventuellement que servir les enfants en stimulant leurs sens de l’imagination et de l’affabulation.Toute affabulation qui, si on lui attribue un caractère sacré et dogmatique qu’elle ne possède en aucune façon, conduira nécessairement à une double catastrophe intellectuelle et éthique de tous ces « petits » enfants devenus, au moins dans leurs apparences physiques, des « grands » adultes !

Quoi qu’il en soit, Abou Hourayra, à travers les éléments connus de son identité, nous met face à des décisions et des choix cruciaux à faire absolument et en tout état de cause. Et ce, pour mieux comprendre ses prétentions et ses aspirations dans le passé et aussi pour mieux évaluer l’ensemble de ses récits/Hadiths qui sont considérés comme deuxième source de l’islam par les mollahs sunnites dans le cadre de toutes leurs institutions.

En effet, si ce personnage était bien le compagnon intime du prophète, pourquoi a-t-il alors donné des versions contradictoires, pour ne pas dire mensongères, sur des éléments de sa propre biographie (son nom, son âge, l’année de sa conversion par exemple) ?

Comment peut-on prétendre avoir une mémoire prodigieuse et infaillible retenant des milliers de Hadiths, sachant que la moindre des choses est d’abord de se rappeler des éléments de sa propre vie, et au détail près ?

Doit-on croire une personne sur parole sachant qu’elle a menti sur son passé ?

Au final, cette personne est-elle crédible ? Ma réponse est bien sûr que NON ! 

Et si au contraire Abou Hourayra n’était pas du tout un compagnon du prophète, comme cela a été démontré par les travaux de Mustapha Bouhandi, qu’allons-nous faire alors de l’ensemble de ses récits mensongers ?

Allons-nous continuer à considérer le recueil de Al Boukhari comme « la » deuxième source sûre(28), sacrée et infaillible de l’islam sunnite, sachant que plus de 26% de ses Hadiths sont rapportés par Abou Hourayra ?

La même question vaut pour les présumées authenticités de Mouslim composées à plus de 68% des récits de Abou Hourayra ?

Devons-nous revoir les éléments de nos religiosités respectives, en terme de compréhension comme en terme de pratique cultuelle, qui sont basées sur des récits de Abou Hourayra ?

Qui pourra continuer de croire en un Dieu taillé sur mesure par l’imagination mythique, débordante et farfelue de Abou Hourayra ?

Allons-nous continuer à transmettre à nos enfants l’islam version Abou Hourayra, comme les mensonges sur le père Noël et avec tous les dangers que cela comporte en terme de perte totale de la confiance ? …

Autant de questions qui sont occultées désormais par les Abou Hourayra(s) contemporains qui passent les plus clairs de leurs temps cultuels à vouloir maintenir les gens dans l’illusion grossière et néfaste d’une « religion armée », alors qu’autrefois, comme nous allons le voir,  ce même personnage provoquait déjà de son vivant les soupçons des uns et les colères des autres.

A suivre …

Notes:

1- Aucun des 51 Hadiths compilés par Al Boukhari dans son recueil (*), racontant les circonstances de la maladie et de la mort du prophète n’est rapporté par Abou Hourayra !

(*) – Al Boukhari, Sahih Al boukhari, Vol. 3, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 1998, p.131- 140

2- Il s’agit du débat politique mené au sein de la réunion dite As-Sakifah qui a conduit à la désignation de Abou Baker As-Seddik comme premier calife succédant le prophète après sa mort. Abou Hourayra n’est cité nul part dans les récits rendant compte de cette réunion !

3- Pèlerinage du prophète en l’an 10 de l’hégire pendant lequel il a prononcé son discours historique récapitulant l’essentiel de son message et témoignant devant des milliers de pèlerins qu’il a accompli sa mission  en répandant la lumière du message coranique révélé.

4- Ce discours est rapporté par le biographe Ibn Hicham qui lui l’a rapporté en se référant à Ishak(**) et non pas à Abou Hourayra !

(**) – Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.349

5- Al Boukhari, op.cit., Vol. 1, p.39 & Vol.4, p.431

6- Coran, 2, 159

7- Coran, 24, 36-37

8- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957, p.170 et 185

9- Méditer le signe coranique suivant : « Ô vous qui croyez ! Lorsque l’appel à la prière du vendredi se fait entendre, hâtez-vous de répondre à cet appel en cessant toute activité ! Cela vaudra mieux pour vous, si vous le saviez ! Une fois la prière achevée, répandez-vous sur la Terre, à la recherche des bienfaits de votre Seigneur… » Coran, 62, 9-10. Lire aussi : « Emploie plutôt les richesses que Dieu t’a accordées pour gagner l’ultime demeure, sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde » Coran, 28, 77

10- Le prophète a eu sept enfants ; trois garçons : Al Kassem, Abdallah et Ibrahim et quatre filles : Zayneb, Rokayyah, Oum Kalthoum et Fatima. Ses enfants sont tous morts de son vivant sauf Fatima, la femme de Ali Ibn Abi Taleb et la mère de Al Hassan et de Al Hussein.

11- L’approche guerrière de la biographie du prophète reste très répandue dans les écrits historiques couvrant les événements marquant de la vie de Mohammad. Elle donne l’impression que sa vie ne se résume, surtout dans sa période médinoise, qu’à une succession ininterrompue de guerres (Jihad militaire). Moustapha As-Soubaî (1915 – 1964), une personnalité emblématique du mouvement des Frères Musulmans de la Syrie, a réservé plus de 67% de son livre Biographie prophétique(*) – en arabe – à la dimension guerrière de la vie de Mohammad. Aussi, 50% du livre de Mohamed Al Ghazali Fiqh As-Siyrah(**)  – en arabe – est réservé à cette dimension militaire. Il y a aussi des auteurs qui ont publié des ouvrages entiers exclusivement dédiés à ces guerres, comme le livre publié en 1990 par Abdelatif Zayd et Mahmoud Chite Khattabe intitulé : Leçons militaires de la biographie prophétique (***) (en arabe)

(*) – Moustapha As-Soubaî, As-Siyrah An-Nabawiyah, Al Maktab Al Islami, Riyad, 1998 (en arabe)

(**) - Mohamed Al Ghazali, Fiqh As-Sirah, Dar Ac-Chourouk, le Caire, 2000, p.276 (en arabe)

(***)- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990 (en arabe)

12- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990, p.118-124

13- Ibid.

14- Ibid., p.111

15- Ibid., p.112

16- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.271-278

17- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, op.cit., p.112

18- Ibid., p.112

19- Ibid., p.113

20- Tariq Ramadan, Muhammad – Vie du prophète, Presse du Châtelet, Paris, 2006, p.287

21- Ibid., p.288

22- Ibid., p.296-299

23- Il s’agit des débats troubles pour la désignation du premier calife. Bien avant l’enterrement du prophète, des prétendants au pouvoir s’étaient fait connaître. Du côté des Ansâr le candidat était Saâd Ibn Oubadah qui fut contraint, d’abord par la douceur puis par la force, de céder sa place à Abou Baker As-Séddik soutenu essentiellement par Omar Ibn Al Khattab. Ce dernier joua un rôle déterminant dans cette désignation, en faisant appel, pour convaincre et pour contraindre, par son fort caractère puis sous la menace physique, les derniers candidats qui ne voulaient pas déclarer leur allégeance à Abou Baker. Pour plus de détails/analyses sur ces moments déterminants de l’histoire politique de l’islam et de la théorie du califat, lire Les différents recueils d’histoire : Ibn Khaldoun, At-Tabari,… et aussi :

Abd Al Jawad Yassine, As-Soltatou Fi Al Islam, Centre Cultuel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.161-172 (en arabe)

24- Tariq Ramadan, op.cit., p.128-142

25- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.56

26- Lire et méditer : « Ô toi [Mohammad] qui es enveloppé d’un manteau ! Lève-toi pour prier la plus grande partie de la nuit, ou la moitié, ou un peu moins ou un peu plus et lis le Coran une lecture avec éloquence et méditation. Nous allons te charger d’une parole de grand poids. En vérité la prière de la nuit laisse une profonde empreinte et permet une plus grande concentration alors que durant le jour tu as à vaquer à de multiples occupations. Invoque sans cesse le Nom de ton Rabb – Educateur – et fais don de ton être [communie avec Lui] intensément » Coran, 73, 1-8

27- Lire et méditer : « Vous avez, dans le Messager de Dieu, un si bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au Jugement dernier, et qui évoque souvent le Nom du Seigneur » Coran, 33, 21

28- Pour ne citer que la position des Frères Musulmans par exemple, qui est aussi le dogme de tous les courants salafistes, la référence aux Hadiths – ou sunna dite verbale – représente le deuxième principe idéologique et la deuxième référence normative de cette mouvance : « Le saint Coran et la sunna pure sont la source de chaque musulman désireux de connaître les règles de l’islam. Le Coran ne peut être compris qu’à la lumière des règles de la langue arabe sans raffinement superflu ni exagération de style. Quant à la sunna pure, il faut, pour la comprendre, se fier aux transmetteurs dignes de confiance » (*). Je ne sais pas comment est-ce que les Hadiths de Abou Hourayra constituent une source pure de l’islam ? Abou Hourayra était-il un transmetteur digne de confiance ? La confiance seule suffit-elle comme base pour formuler des concepts et pour comprendre et/ou pratiquer une religion ?… 

(*) – Youssef Al Qaradawi, Hassan Al-Banna – 20 principes pour comprendre l’islam, Médiacom, Paris, 2004, p.43 (Traduit par : Moncef Zenati)




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (3)

19092008

Par Mohamed LOUIZI

abouhourayra.bmp

3- Et aussi un peu de mathématiques, s’il vous plaît !

Une troisième version conclut que Abou Hourayra n’était pas du tout compagnon du prophète ! Il s’agit de l’un des résultats de recherches comparatives conduites par l’universitaire marocain Mustapha Bouhandi qui figure dans son livre (1) mentionné précédemment et qui a pu provoquer, depuis quelques années, la colère des imams marocains ! Bien que Bouhandi n’ait fait que rassembler et recouper les différentes informations, dévoilées intégralement par Abou Hourayra, et qui figurent bel et bien dans les références historiques reconnues par les sunnites, en respectant minutieusement les règles d’investigation et de recherche historique, pour pouvoir aboutir enfin à de telles conclusions !

Bouhandi nous propose un moment « mathématique » agréable visant à préciser exactement l’année du calendrier hégirien(2) durant laquelle Abou Hourayra aurait pu embrasser l’islam, en partant des données suivantes :

Premièrement : « Le prophète est décédé en l’an 10 ou 11 de l’hégire ». (3)

Deuxièmement : « A l’annonce de sa nouvelle conversion Abou Hourayra confirmait avoir entre 33 et 39 ans ». (4)

Troisièmement : « Il a vécu, selon les différentes versions, entre 75 et 78 ans ». (5)

Quatrièmement : « Il est décédé entre l’année 57 et l’année 60 de l’hégire ». (6)

En quelle année hégirienne Abou Hourayra se serait-il converti à l’islam ? S’interrogeait l’universitaire marocain !

Pour répondre à cette question en quatre pages de son livre, Bouhandi a fait appel à quelques connaissances élémentaires de mathématiques, en l’occurrence les opérations d’addition et de soustraction, au risque même de ne pas permettre à quelques imams traditionnels – vieux routiers de la manipulation des textes et non pas des chiffres et qui l’ont de ce fait critiqué et maudit du haut de leurs tribunes hebdomadaires – de suivre sa logique !

Pour faciliter la compréhension du travail de Bouhandi à l’ensemble des lecteurs, je me suis amusé à le décliner sous forme d’étude de cas, en supposant que Abou Hourayra ait vécu 78 ans. Les conclusions ne changeront pas si l’on suppose qu’il ait vécu 75 ans. 

Mes quatre cas de figures sont :

Premier cas : Conversion à l’âge de 33 ans et décès en l’an 57 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 45 ans.

Car : 78 – 33 = 45

L’année de sa conversion serait 12 hégirienne.

Car : 57 – 45 = 12

cas1abouhourayra.bmp

Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 12 de l’hégire.

Un à deux ans après la mort du prophète.

Deuxième cas : Conversion à l’âge de 33 ans et décès en l’an 60 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 45 ans

Car : 78 – 33 = 45

L’année de sa conversion serait 15 hégirienne.

Car : 60 – 45 = 15

cas2abouhourayra.bmp

Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 15 de l’hégire.

Quatre à cinq années après la mort du prophète.

Troisième cas : Conversion à l’âge de 39 ans et décès en l’an 57 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 39 ans.

Car : 78 – 39 = 39

L’année de sa conversion serait 18 hégirienne.

Car : 57 – 39 = 18

cas3abouhourayra.bmp

Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 18 de l’hégire.

Sept à huit ans après la mort du prophète.

Quatrième cas : Conversion à l’âge de 39 ans et décès en l’an 60 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 39 ans

Car : 78 – 39 = 39

L’année de sa conversion serait 21 hégirienne.

Car : 60 – 39 = 21

cas4abouhourayra.bmp

Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 21 de l’hégire.

Dix à onze ans après la mort du prophète. 

Conclusion :

Ce dernier cas de figure me semble le moins plausible car il y a d’autres éléments de sa biographie qui montrent qu’il fut nommé gouverneur de Bahreïn, par Omar Ibn Al Khattab, en l’an 20 de l’hégire, ce qui signifie qu’il se serait converti à l’islam bien avant cette date.

De ces calculs, rassemblant et recoupant des informations rapportées, en grande partie, par Abou Hourayra et par d’autres récits historiques sur sa vie, l’universitaire Bouhandi conclut que celui-ci n’a embrassé l’Islam en vérité que pendant quelques années(7), de deux à dix ans, après la mort du prophète Mohammed. Et ce, juste avant ou pendant le mandat du deuxième calife Omar Ibn Al Khattab.

Continuer à prétendre, désormais, qu’il était compagnon intime et permanent du prophète ne tient pas debout et manque cruellement de crédibilité et de solidité historique.

Difficile donc de confirmer qu’il était compagnon très proche du prophète à la mémoire prodigieuse, comme cela est confirmé dans certains récits/Hadiths que l’on présente comme authentiques et immuables !

(A suivre…)

Notes :

1- Moustapha Bouhandi, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002

2- Calendrier hégirien (Hijri) : est l’un des rares calendriers lunaires modernes largement répandu. Ce calendrier est caractérisé par des années de 12 mois lunaires qui sont plus courtes que les années solaires. Une année lunaire compte 11 jours de moins qu’une année solaire. L’an 1 de ce calendrier a débuté le premier jour de l’hégire – migration du prophète de la Mecque vers Médine, le 1er Muharram le 15 ou le 16 juillet 622 de l’ère chrétienne. Ce calendrier a été adopté dix ans après cet événement. On indique qu’une date est donnée dans ce calendrier en ajoutant la mention (calendrier musulman), (calendrier hégirien), (ère musulmane) ou (ère de l’Hégire); ou en abrégé, (H) ou (AH). Chaque mois démarre au premier croissant de Lune visible à partir de la nouvelle Lune : selon l’endroit d’où est effectuée l’observation, le mois peut démarrer plus ou moins tôt. (Source : Wikipédia)

3- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.45-48

4- Ibid., p.45-48

5- Ibid., p.45-48

6- Ibid., p.45-48

7-   Ibid., p.45-48 




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (1)

5092008

Par Mohamed LOUIZI

dessinintroductionabouhourayra.bmp

Introduction :

« Connaissez-vous l’origine du surnom donné au personnage de Abou Hourayra ? » demanda l’un de mes instituteurs quand j’étais encore à l’école primaire. « Et bien, il fut surnommé ainsi parce qu’il prenait soin de sa petite chatte, sa seule richesse qu’il possédait du vivant du prophète. Et c’est bien le prophète Mohammad qui l’a surnommé « Abou Hourayra » ! [ce premier terme « Abou » signifiant père, et « Hourayra » : petite chatte, en arabe « Abou Hourayra » signifie donc « père/ propriétaire de la petite chatte »], nous a-t-il expliqué il y a environ 18 ans !

Abou Hourayra est devenu, depuis, le surnom que j’ai le plus souvent entendu durant toute ma scolarité ! Encore mille fois plus que n’importe quelle autre personnalité marquante de l’histoire des religions, de la philosophie, des sciences, de l’art, du génie et même de la bêtise ! Il est aussi le surnom que j’ai entendu et lu des centaines de milliers de fois, sans exagération aucune, que ce soit durant les prêches dans les différentes mosquées, dans les journaux et les revues religieuses, les émissions audiovisuelles et les rassemblements de fête ou de deuil. Lorsque j’ai tâché d’étudier de plus près la biographie du prophète et le contenu de ses supposés Hadiths (ses récits, c’est-à-dire ce que le prophète « a dit »), Abou Hourayra restait l’éternel narrateur-accompagnateur à presque chaque page des recueils de ses Hadiths !

Une telle omniprésence, textuelle, pédagogique et audiovisuelle, laisse à supposer qu’il ait été de la partie depuis le premier jour de la prophétie de Mohammad, qu’il ait accompagné le prophète durant les 23 années de sa mission de façon constante et ininterrompue, qu’il ait été témoin des grands événements qui ont marqué cette période remarquable de l’histoire médiévale, qu’il ait été là, non pas seulement comme témoin oculaire passif ou vague participant mais comme acteur effectif et influant directement sur le cours même des événements, qu’il ait été apprécié et estimé unanimement par les historiens et spécialistes de cette période, au même titre que les 4 califes orthodoxes : Abou Bakr As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ottmane Ibn Affane et Ali Ibn Abi Taleb et au même rang que celui des compagnons dévoués supportant le coût fatidique, en termes de sacrifices, comme prix à payer à l’aune de leurs adhésions réfléchies aux enseignements coraniques, c’est-à-dire au même rang que tous ceux qui ont répondu présents en défendant, corps et âme, leurs libertés de conscience, de croyance et d’expression, durant les 13 premières années, dures et pénibles, de la vie du prophète et de sa petite communauté de foi à la Mecque !

À toutes ces premières suppositions que j’ose formuler, il convient d’ajouter un autre élément qui devrait lui aussi pouvoir nous instruire sans faute : il s’agit de la quantité astronomique de ces récits – présentés comme paroles prophétiques authentiques ou assimilées ainsi – que Abou Hourayra a pu diffuser après sa conversion qui, nous le verrons, intervint à un stade relativement tardif.

L’historien égyptien des Hadiths, le cheikh Mahmoud Abou Rayyah(1), a comparé le nombre de Hadiths rapportés par Abou Hourayra avec la quantité, relativement négligeable, de récits rapportés par d’autres personnalités, très proches du prophète de son vivant et pourtant plus influentes que Abou Hourayra à cette époque. Dans ses deux livres Lumières sur la tradition mohammadienne (édité en arabe pour la sixième fois en 1957) et Abou Hourayra, cheikh de la Madirah (édité aussi en arabe pour la quatrième fois en 1993), l’historien s’est mis à éclairer les nombreuses zones d’ombre de la vie de ce personnage et à analyser en profondeur ses récits. L’une des conclusions communes qui émerge de la lecture de ces deux ouvrages est qu’entre les milliers de Hadiths rapportés par Abou Hourayra d’un coté, et les quelques dizaines de Hadiths rapportés par d’autres personnalités emblématiques de l’autre , une évidence semble s’esquisser : y’a plus photo !  

En effet, Abou Bakr As-Seddik, deuxième homme à avoir reconnu la prophétie de Mohammad, devenu son compagnon intime durant toute sa mission puis premier calife après sa mort, n’a pu rapporter que 124 Hadiths dont 104 cités dans L’histoire des Califes de As-Sayyouti et seulement 24 Hadiths dans le recueil de Al Boukhari !(2)

Omar Ibn Al Khattab, après avoir rejoint les rangs des croyants six ans après l’annonce de la prophétie, devenu compagnon influent et très actif puis deuxième calife après la mort de Mohammad, n’a pu rapporter, lui non plus, que 50 Hadiths selon Ibn Hazm(3) sans même parler de son hostilité confirmée à l’égard de l’écriture des Hadiths. Car n’a-t-il pas usé de la violence physique, pendant son califat, pour empêcher des gens comme Abou Hourayra de publier des récits immortalisant les mensonges sur les comptes de Dieu et de son prophète ? (4)

Ottmane Ibn Affane, un des premiers à répondre à l’appel prophétique, deux fois gendre de Mohammad et troisième calife après sa mort, n’a pu rapporter, quant à lui, que 9 Hadiths compilés dans le recueil de Al-Boukhari et seulement 5 Hadiths dans celui de Mouslim!(5)

Ali Ibn Abi Taleb, cousin et gendre du prophète, premier mecquois témoignant de la foi en l’Unique et quatrième calife orthodoxe, estimé par ses talents littéraires et par ses connaissances étendues, n’a pu rapporter, lui, que 58 Hadiths selon As-Sayyouti, 50 selon Ibn Hazm et dont seulement quelques 20 Hadiths figurent dans le recueil de Al Boukhari ! (6)

Az-Zoubeir Ibn Al Awam, cousin du prophète et un des sept premiers à embrasser l’islam, n’a pu rapporter que 9 Hadiths retranscrits dans le recueil de Al-Boukhari et 1 seul – pas plus ! – récit dans celui de Mouslim ! (7) 

Abderrahmane Ibn Aouf, cousin de Mohammad, un des tous premiers, lui aussi, à reconnaître sa prophétie et une des personnalités providentielles et très influentes avant et après sa mort, n’a pu rapporter, lui, que 9 Hadiths cités dans le recueil de Al-Boukhari ! (8)

D’autres compagnons n’ont rapporté aucun Hadith, malgré la longue période qu’ils ont passé aux côtés du prophète. Et ils se comportaient d’ailleurs très majoritairement de la sorte !

graphique1introduction.bmp

Par comparaison, selon les recherches de Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra a 5374 Hadiths à son actif, dont 446 sont considérés authentiques par Al Boukhari ! (9) « Y’a donc vraiment plus photo ! » comme dirait Mahmoud Abou Rayyah ! Quant aux travaux de l’universitaire marocain Mustapha Bouhandi(10), résumés dans son livre Aktara Abou Hourayra et édité en arabe en 2002, ils remettent en question les récits de Abou Hourayra tant sur le plan quantitatif que sur le plan conceptuel et dogmatique ! Le chercheur dénombre plutôt 8740 Hadiths rapportés par celui-ci sur un total de 62169 récits compilés dans les neufs recueils reconnus comme références sacrées chez les sunnites. Ce qui représente tout de même plus de 12% du volume total des Hadiths retranscrits. Soit 26,25% du volume total des Hadiths dans le recueil de Al-Boukharai et, excusez du peu (!), tout de même 68,5% dans celui de Mouslim (!), comme le représentent les 3 graphiques suivants :

graphique2introductionabouhourayra.bmp

Comment expliquer de telles disproportions à la lumière des données historiques ?

A travers l’histoire, Abou Hourayra a pu focaliser sur lui et sur l’ensemble de ses récits les contestations et les soupçons de plusieurs personnalités emblématiques, que ce soit de la part de ses compagnons (As-Sahabah), de leurs successeurs (At-Tabi’ines) ou même de la part des oulémas et de nos universitaires contemporains !

En effet, ces mises en garde ne nous parviennent pas seulement des chiites, bien que ces derniers le rejettent (pour des raisons politiques initiales devenues ensuite doctrinales), pour son acceptation/reconnaissance de la légitimité politico-religieuse des Omeyyades – en se mettant au service cupide de son leader Mouawiyah et en se refusant, par là même, par purs intérêts personnels, à soutenir la cause du pauvre Ali Ibn Abi Taleb ! Il semble bien que l’ambition rende aveugle !

Mais d’abord, qui est cette personne ? Comment se fait-il qu’il ait pu soulever un tel tollé historique ? Quelles relations entretenait-il avec Mohammad et avec son entourage ? Combien de temps a-t-il passé à proximité du prophète ? Quels étaient ses qualités et ses défauts visibles et nuisibles ? Quels rôles jouait-il au sein de la cité médinoise ? Quelles fonctions remplissait-il du vivant et après la mort de Mohammad ? Que lui a-t-on reproché depuis ? Comment expliquer son omniprésence écrasante dans les recueils des Hadiths ? Quels étaient ses sources d’information et ses réseaux de diffusion ? Pourquoi s’intéresse-t-on autant désormais à ce personnage et à ses récits ? Quels impacts, positifs ou négatifs, ont ses récits sur la compréhension du message coranique et sur l’image du prophète, 14 siècles après sa mort ?

En voilà des questions « qu’elles sont bonnes » et auxquelles je vais tenter de répondre, afin de permettre à tout lecteur francophone de découvrir la biographie d’un personnage qui, bien qu’il ne soit pas une figure nationale gauloise, s’impose néanmoins comme légende indispensable à la compréhension de ce que l’on nomme communément la religion musulmane – avec la pratique cultuelles, l’intégration de ses fidèles dans les sphères culturelles, sociales et juridiques de la société post-moderne… Plus encore, la référence aux récits théologiques de ce personnage est de rigueur quant à la formulation des revendications des protagonistes de l’islam de la représentativité – l’autre variante de l’islam politique !

Cette étude propose donc une approche critique de la biographie controversée de Abou Hourayra pour différencier les traits fondamentaux  de sa personnalité, de son passé antéislamique, de sa conversion, de son statut social et religieux au sein de la communauté de l’époque, de ses penchants idéologiques et politiques…

A la fin de cette série d’articles, une bibliographie présentera succinctement une liste non exhaustive de la littérature parue autour de ce personnage et qui reste relativement méconnue du grand public, même au sein de ladite communauté musulmane et cela pour 2 raisons essentielles : la sempiternelle censure d’un côté et la sempiternelle autocensure de l’autre côté !

En présentant une synthèse de l’ensemble des critiques historiques et contemporaines portées sur  Abou Hourayra et ses Hadiths, je ne vise surtout pas à dénigrer ce personnage ou à amplifier injustement ses défauts en profitant de sa disparition physique depuis 14 siècles -même si sa défense reste assurée par toutes ses « armées » d’héritiers, mais je compte remplir essentiellement un contrat à 3 clauses et 4 verbes à l’infinitif : Informer, inviter et faire rêver !

Informer d’abord le lectorat francophone des éléments historiques méconnus dudit héritage islamique qui sont désormais, idéologiquement amputés et théologiquement cachés sous haute surveillance et à grand renfort médiatico-juridico-politique. En conséquence, ce lectorat ne voit et ne lit, en vérité, qu’une image/littérature religieuse tronquée et biaisée de ce que l’on a permis de traduire, de produire et même de commercialiser. Il est ainsi réduit à se contenter, vu la barrière linguistique, de ce que l’on trouve habituellement dans les librairies « Halal » et dans les centres culturels islamiques ! Tel que : « Les 99 noms de Dieu » ; « Recueils des Hadiths » ; « Supplices de la tombe » ; « Comment faire la prière ? » ; « Signes de la fin des temps » ; « Iblîs fait-il partie des anges ? » ; « Dialogue avec un djinn musulman » ; « Ruses de Satan » ; « Mariage en Islam » ; « Horreurs de Géhenne » ; « Curation par la graine noir » ; « Dormir selon la tradition prophétique » ; « Sanction de l’apostasie » ; « voile islamique » ;… etc. Une littérature qui inonde le marché du livre dit islamique, au voisinage des rares essais critiques visant une élite universitaire bien particulière et en déphasage total avec la réalité des mosquées de proximité.  

Inviter ensuite, les consciences libres à procéder, par elles-mêmes, à une analyse critique et approfondie de l’ensemble des textes religieux – Hadiths entre autres – surtout ceux qui entretiennent la servitude ; qui justifient l’absolutisme et le totalitarisme et qui appellent à la haine, à la misogynie, aux discriminations, au racisme, à la violence, à la guerre, à la stupidité et à la subordination intellectuelle, à l’esclavage volontaire de tous nos cerveaux humains !(11)  

Faire rêver du jour où l’Humain, quels que soient son sexe, sa race, sa condition sociale, son âge, sa religion,… sera considéré, protégé, soutenu et surtout libéré de l’emprise de toute servitude au politique justifiée par le religieux – mollah et texte – et aussi de toute subordination au théologique protégée par le politique !

J’espère de tout mon cœur que cette étude pourra relancer les débats intra- et extra- communautaires sur les sujets occultés en partie par les héritiers/disciples inconditionnels de Abou Hourayra et par les institutions de l’islam officiel qui, au nom de cet héritage controversé et problématique, s’accaparent le droit – divin (12) paraît-il – en orchestrant la mise en musique idéologique d’une parole au nom de Dieu, en empêchant, par tous les moyens, toute autre personne de penser à haute voix, de penser à Dieu sans ses présumés saints !

Enfin, je remercie chaleureusement Abdelaziz  LAHOUAICHRI, Benjamin Yamine WEIL, Frank PETER, Joël MOUYSSET, Marie-Paule HEBLE, Mohamed Raouf RAHMANIA, Sami Awad ALDEEB ABU-SAHLIEH, Youssef BELGHEYATIYAH et aussi toutes les autres personnes qui ont relu, corrigé et suggéré d’utiles modifications afin d’assurer à cette étude fluidité, clarté et précision. En invitant ainsi le lecteur à se livrer par lui-même à la découverte d’un « continent » religieux ancestral et méconnu, face auquel l’intelligence collective semble être entrée – par la violence de l’histoire et du monde des hommes et par la volonté acharnée d’une caste de bien-pensants – en hibernation profonde et inquiétante pour notre futur immédiat.

Notes :

1- Cheikh Mahmoud Abou Rayyah ; égyptien ; né le 15/12/1889 et décédé le 11/12/1970 ; historien et spécialiste de l’histoire de l’écriture des Hadiths ; a publié, dans un climat très hostile, plusieurs ouvrages en arabe : Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Abou Hourayra cheikh Al MadirahSayhate Jamal Al-Dîne Al-AfghaniRassa’îl Ar-Rafi’î,  Histoire des Hadiths… (en arabe)

2- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994, p. 139 (en arabe)

3- Ibid., p. 140

4- Plus de détails dans le chapitre 7.

5- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.141

6- Ibid., p.140

7- Ibid., p.141

8- Ibid., p.141

9- Ibid., p.139

10-Mustapha Bouhandi ; universitaire marocain ; professeur de l’exégèse et des religions comparées à la faculté Ben Msik – Université Hassan II à Casablanca (Maroc), directeur de l’UFR « Avenir des religions et des doctrines religieuses » dans la même faculté ; auteur de plusieurs ouvrages en arabe : Aktara Abou Hourayra, Nahnou wa Al Coran, At-Ta’atire Al Massihi fi tafssir Al Coran,…

11-D’autres études et articles analysant certains de ces Hadiths viendront compléter et enrichir cette étude. A suivre sur ce blog très prochainement.

12- Le droit divin concerne la justification d’un pouvoir non démocratique par le choix de Dieu. Ce choix est souvent exprimé par l’affirmation d’une généalogie, d’une race choisie,…







Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus