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A contre-courant de l’islamisme, l’islam de Sidi

13102019

Sidi

Par Mohamed Louizi

Sidi fut agriculteur, meunier, hakem (juge), faqih (juriste) et fin connaisseur de la doctrine de l’imam Mâlik Ben Anas, dont l’école jurisprudentielle, dite l’école mâlikite, est la plus ancienne des quatre écoles de droit musulman sunnite, et celle qu’observe officiellement l’islam marocain …

Quand j’avais 7 ans, à l’aube d’une journée de juin 1985, à côté de Sidi, j’ai pris la direction de Had Al Aounate à Doukkala, à bord d’un bus régulier. C’était la première fois que je voyageais sans mes parents. La compagnie de Sidi avait quelque chose de délicieux et de particulier, d’autant plus que la destination était la campagne, ma destination préférée depuis toujours. À partir de cette année-là, et durant dix ans, passant par l’année 1991, celle du décès de Sidi, toutes mes vacances scolaires, sans exception, je les ai passées à la campagne, seul ou en famille, y compris les vacances intermédiaires et les trois jours de la fête du Trône.

En songe j’avais vu mon grand-père, Sidi, bien habillé et comme s’il était assis seul, à même le sol, sur un tapis traditionnel marocain, au fond d’un salon simple, peint en blanc, éclairé, spacieux et propre. Devant lui, il y avait une table basse, de forme circulaire. Je n’avais pas prêté attention à sa couleur et à ses détails. Au-dessus de la table l’on avait déposé un grand Lire la suite… »




Acte VI : Percer les secrets de fabrication de l’autorité des textes *

11052019

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Par : Mohamed Louizi

Vulgate d’Abou Bakr

La tradition canonique attribue le rassemblement du Livre Saint au troisième calife Othmân. Elle justifie cette décision (politique) par la disparition d’un grand nombre de Qurrâ’a (قرَاء) récitateurs lors de la Bataille d’al-Yamâma, survenue en l’an 1 du califat d’Abou Bakr, correspondant à l’année 633. On raconte que c’est Omar qui a suggéré à Abou Bakr – calife entre 632 et 634 – de retranscrire et rassembler le Livre Saint dans une vulgate pour conserver la Révélation. Ce qui sous-entendrait que le Prophète aurait négligé ce détail. Abou Bakr aurait refusé, au départ, de réaliser ce que le Prophète lui-même n’aurait pas fait de son vivant. Mais, après un temps d’hésitation, il accepta de le faire, en missionnant un jeune compagnon, Zayd ibn Thâbit (611-665), pour accomplir cette tâche.

Ce dernier, natif de Yathrib, n’avait jamais rencontré le Prophète durant les treize années de la période mecquoise, alors que durant cette période, quatre-vingt-six sourates sur cent-quatorze furent révélées. En effet, Zayd ibn Thâbit (زيد بن ثابت) n’avait que onze ans lorsque le Prophète avait immigré à Yathrib. A la mort de Mohammed, Zayd avait vingt-et-un ans. La tradition canonique le considère tout de même comme l’un des principaux scribes de l’époque prophétique. Sa jeunesse, son absence durant toute la période mecquoise, suscitent bien des Lire la suite… »




Jérusalem : du calife Omar au président Trump …

13122017

Trump-OmarPar : Mohamed Louizi

Dès qu’il s’agit de Jérusalem, d’Israël et de la Palestine, des esprits s’échauffent. Des ressentiments, tel un serpent de mer, refont surface. Une partie d’un monde arabe, que presque tout divise, semble retrouver une raison valable pour afficher une union, somme toute de façade ; pour crier sa colère devant des ambassades ; pour bruler des drapeaux à la sortie des mosquées, après les prières de vendredi. Des menaces fusent. Des échauffourées éclatent. Au-delà-même des pays arabes, voici désormais la Malaisie, dont la capitale Kula Lumpur se trouve à plus de 7.700 km de Jérusalem, qui se dit «prête à engager son armée pour défendre al-Qods»[1]: al-Qods (القدس), en arabe veut dire Jérusalem. Le roi Hassan II n’avait-il pas dit, un jour, que «la Palestine est l’aphrodisiaque du monde arabe»? Dans une autre version: «La haine d’Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant du Lire la suite… »




Des frères musulmans, de l’industrie de la mort et des grenouilles.

1052015

Par : Mohamed LOUIZI

(Temps de lecture estimé à 25 minutes)

Les ON et OFF de l’UOIF …

            Durant les vingt derniers mois, du 30 juillet 2013 au 30 avril 2015, l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), a publié sur son site Internet (ici), cent et un communiqués officiels. En moyenne, un communiqué officiel tous les six jours. Ainsi, comme l’indique le graphique ci-dessous, cette organisation, représentant l’idéologie islamiste, et s’inscrivant incontestablement dans le projet Tamkine des « Frères Musulmans », appliqué à la France, s’est précipitée à condamner, ou à exprimer sa profonde tristesse, ou à prendre position « pour » ou « contre » quelque chose, à chaque fois elle a jugé indispensable de le faire. Et à chaque fois où sa prise de position politique devait  préserver quelques intérêts (surtout en terme d’image et de résonance médiatique) et aussi lorsqu’une telle expression officielle ne mettait surtout pas en péril d’autres intérêts politiques et financiers supranationaux.

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             Ses prises de positions peuvent être ainsi classées en six groupes synthétiques : Lire la suite… »




« De l’islam et des musulmans » … vraiment ? (1)

31012015
De l'islam et des musulmans
De l’islam et des musulmans © Mohamed LOUIZI

« De l’islam et des musulmans : Réflexions sur l’Homme, la réforme, la guerre et l’Occident » est le dernier ouvrage – paru en décembre 2014 aux Presses du Châtelet – de Tariq Ramadan, professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford (une chaire financée par le Qatar[1]) et directeur du centre de recherches sur la législation islamique et l’éthique (CILE) domicilié au Qatar[2], fondé et pris en charge, depuis sa création en janvier 2012, par la Cheikha Mozah bint Nasser Al Missned, la troisième femme de l’ancien émir du Qatar, et mère de l’actuel émir, avec le soutien appuyé et la bénédiction bienveillante du Cheikh Youssef Al Qaradawi, président de l’union internationale des savants musulmans (UISM), qui, lors de la cérémonie de l’inauguration du CILE, avait dit ces quelques phrases, que je traduis de l’arabe, à l’endroit de Tariq Ramadan, je cite : « Je suis très content que ce soit le docteur Tariq Ramadan qui prend la responsabilité de diriger ce centre. En effet, Tariq Ramadan est le fils de la da’awa (la prédication islamique). Il est son descendant, son diplômé et il est le petit-fils de l’imam Hassan Al Banna (fondateur de la confrérie des Frères Musulmans**

            « De l’islam et des musulmans » est le premier livre que l’auteur publie, depuis sa prise de ses fonctions à la tête du CILE, autour de l’islam (selon sa conception), de ses sources, de ses principes, de sa pratique, de son ancrage de ses fidèles dans les sociétés, surtout en Occident, et de son avenir. Certes, il a publié, entre temps, en mars 2014 « Au péril des idées : entretiens avec Edgar Morin ». Mais ce dernier n’est pas de la même nature et ne vise pas les mêmes objectifs ni les mêmes desseins que son présent ouvrage. Celui-ci est plutôt à situer dans la continuité de ses précédents ouvrages : « Être musulman européen », paru en 1999 aux éditions Tawhid, entre autres, et surtout de son ouvrage : « Islam, la réforme radicale », paru en 2008 aux Presses du Châtelet.

            Cette contextualisation de son nouveau livre, à la fois dans la continuité de sa propre réflexion religieuse, de sa propre pensée dite « islamique », presque apologique, depuis quelques années, mais aussi dans la lignée de son ancrage spirituel assumé, (quasi-) organique et idéologique frériste d’un côté, et de sa mise au service « intellectuel » subventionné de l’émirat du Qatar, de l’autre côté, et ce depuis plusieurs années, permet, de mon point de vue, d’aborder sa lecture, non pas avec des préjugés ou des hypothèses de lectures partiales – j’essayerai de ne pas me trahir – mais plutôt avec sérieux et en toute conscience des enjeux réels et/ou supposés, qui en découlent. J’y veillerai.

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Ressusciter le prophète !

15032009

Par Mohamed LOUIZI

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Imaginez un instant le prophète Muhammad nouvellement ressuscité et vivant là quelque part, dans ce bas monde désenchanté, appauvri, terrorisé, mal en point …

Qu’aurait-il dit ? Qu’aurait-il fait ? Qu’aurait-il suggéré d’utile pour rendre humain ce qui ne l’est plus ?

Serait-il satisfait de cet état délabré du monde ? Aurait-il admis et admiré « notre » présente condition humaine ? Serait-il reconnu, plus particulièrement, dans « nos » diverses versions de ce que l’on nomme communément « Islam » ? Serait-il plutôt proches des islams des bases populaires ou de ceux des régimes politiques corrompus et impopulaires ?

Et des doctrines dogmatico-juridistes et autres courants théologico-politiques, serait-il plutôt proche des Hanbalites ou des Hanafites ? Des Malikites ou des Chafiites ? Des Salafistes ou des Soufis ? Des Sunnites ou des Chiites ? Des Frères Musulmans ou des Musulmans Laïques ? Du Hamas ou du Fatah ? Du régime oligarchique de Riyad ou de celui des mollahs de Téhéran ? Du grand mufti d’Al-Jazeera ou d’ayatollah d’Al-Manar ?

Imaginez sa réaction lorsqu’il retournerait visiter sa ville natale : la Mecque et sa Mosquée … qui, toutes les deux, sont sous l’autorité politique du régime saoudien wahhabite …

D’ailleurs, serait-il bien accueillit par les cheikhs pétrodollars ; ces alliés inconditionnels du pouvoir ultra richissime ; et ces complices par leur mutisme assourdissant de toutes ces atteintes aux libertés que connait l’Arabie, de toutes ces injustices et ces inégalités sociales qui frappent, en plein fouet, une très large population ? Ou au contraire, serait-il pourchassé, à nouveau, par ces mêmes cheikhs barbus, vers un nouveau non-lieu, ou au mieux, vers une capitale occidentale avec un statut d’exilé ? Un peu à l’image de son précédent statut à Médine, en évitant ainsi de sérieuses menaces de mort, des procès de trouble à « l’ordre public » et d’éventuelles sanctions … d’apostasie !

Imaginez son attitude lorsqu’il franchirait le seuil d’une mosquée, ici comme ailleurs, pour accomplir, comme autrefois, la prière à sa belle manière, lorsqu’il constaterait que cet acte qui était si significatif, car spirituellement purificateur, intellectuellement éclairant, psychiquement apaisant, éthiquement éducateur, socialement égalitaire et humainement fraternisant, est désormais pervertis par un formalisme juridiste terne et par une tentation permanente de politisation forcée, menée sans relâche, par des carriéristes à visage mystique ? Ou lorsqu’il assisterait, dans le silence imposé à coup de hadiths supposés prophétiques (!) à un « sermonologue » de vendredi – sermon/monologue – vide de tout sens humanisant ? Ou lorsqu’il échangerait plus tard, quelques mots avec un imam sectaire et zélé, autour d’une question humaine, où un minimum de bon sens et de clairvoyance devraient, logiquement, l’emporter sur des avis vétustes des mollahs moyenâgeux ?

Imaginez son sentiment dubitatif lorsqu’il découvrirait, surpris me semble-t-il, le Mushaf  dit d’Uthman bin Affâne, ce troisième calife, succédant au pouvoir de Médine, treize ans après la mort du prophète et qui a décidé – avec bonne volonté sans doute ! – de rassembler, selon l’ordre que l’on connait désormais, les chapitres de la révélation dans un même Mushaf/recueil, et de l’imposer comme une seule et unique version du Coran, après avoir brulé les autres versions existantes à cette même époque !

Reconnaîtrait-il d’ailleurs l’ordre suivant lequel ce Mushaf a été établi ? Car, pour le rappel, ce n’était pas le prophète qui avait rassemblé les textes du Coran dans ce Mushaf et de facto, ce n’était pas lui qui l’a mis dans cet ordre ! Que penserait-il à ce sujet ? Comprendrait-il les raisons, politiques et autres, qui ont motivé le troisième calife, à la différence de ses deux prédécesseurs, à rassembler le Coran et à y faire ainsi le manifeste officiel et sacré de l’empire islamique de l’époque, mais aussi de toutes les époques nous dit-on, et ce, jusqu’au jour du jugement dernier ? Cautionnerait-il l’usage que l’on fait aujourd’hui de ce corpus scripturaire ? Serait-il « pour » ou « contre » toutes ces utilisations diverses et variées (littéralistes, jihadistes, politiciennes, juridistes, prosélytes, modernes, herméneutiques, …) dont il est à la fois : l’objet et la victime !?

Imaginez lorsque Muhammad apprendrait l’existence de certains recueils de hadiths, supposés « authentiques », du moins par les institutions des islams officiels et aussi par une immense foule de soumis(es) à « l’ordre » religieux établi, et qui continuent d’alimenter, hélas, la culture religieuse et de l’influencer négativement assez souvent, dans le sens voulu par ces autoproclamés gardiens ultra médiatiques et satellitaires de la parole supposée prophétique !

Que serait sa réaction lorsqu’il lirait, par exemple, dans les supposés « Authenticités de Al-Bukhari » – Sahih Al-Bukhari – que lui, selon un tel compagnon, « commerçait », au sens affectif et sexuel du terme, avec toutes ses femmes – neuf femmes selon le hadith n° 268 de ce même recueil, onze femmes selon un autre hadith – en une seule heure de la journée ou de la nuit. Et qu’on lui aurait donné, figurez-vous, la force sexuelle de trente hommes ?

Admirait-il cette image exhibitionniste et érotique que lui dresse ce hadith, se voulant pourtant authentique ? Se réjouirait-il de cette image, que ne cesse d’entretenir certains imams, sous-entendant un certain désir sexuel enflammé et poussé à l’extrême, et une sorte de soif à la jouissance qui ne serait être satisfaite, s’agissant de Muhammad le prophète, qu’à travers l’enchainement, à la hâte, de neuf ou onze rapports charnels … en une seule heure de la journée ou de la nuit !           

Que dirait-il lorsqu’il lirait dans un deuxième hadith – n° 278 – que lui, le prophète, aurait raconté à ses compagnons qu’une fois Moïse, avant de commencer à se laver, posa son vêtement sur une pierre quand tout à coup, celle-ci prend la fuite en emportant le vêtement avec elle ! Moïse se mit alors à la poursuivre en criant : « Ô pierre ! Mon vêtement ! ». Et ce, jusqu’à ce que les israélites purent le voir tout nu ! Quant à Moïse, il prit son vêtement et commença à frapper la pierre … sans pitié !

Admirait-il ce récit qui fait de Moïse un déséquilibré et qui fait de lui un conteur d’absurdités, dénué de toute raison et versé dans la fantasmagorie effrénée ! Constat qui ne cesse de se confirmer à la lecture de bien d’autres hadiths, faisant état d’un prophète à l’esprit presque enfantin, puisqu’il aurait cru à des histoires chimériques et qu’il aurait raconté et enseigné ces histoires à ses compagnons, comme vérités religieuses nécessaires à la foi : une vache et un loup qui parlaient le langage humain ; Moïse – encore une fois ! – qui crève l’œil de l’ange de la mort ; un serpent nommé « le courageux et le chauve » qui aurait deux excroissances et qui torturerait les riches radins le jour du jugement dernier ; le soleil en se couchant le soir se prosternerait en dessous du Trône de Dieu (!) ; le soleil qui aurait cessé sa course pendant presque une journée au temps de Josué fils de Noun ; Muhammad qui aurait attaché un diable pendant toute une nuit contre une poutre de la mosquée ; Dieu qui mettrait son Pied dans l’enfer pour le remplir et le faire taire … !   

Que serait son attitude lorsqu’il apprendrait que des générations successives des sunnites ont cru profondément au hadith n° 4192 du recueil de Al-Bukhari, car authentique parait-il, qui non seulement affirme que Muhammad ordonnait à certains parmi ses compagnons de se soigner en buvant de « l’urine des chamelles », mais qui torturait sans compassion, et jusqu’à la mort ses prisonniers en leur crevant les yeux, leur coupant les bras et en les abandonnant dans cet état hémorragique, seuls dans le désert, dans l’attente de la mort ou d’une attaque sans merci des carnassiers des sables chauds ?

Se réjouirait-il du profil psychopathique, voire hors qualificatif, que lui fait ce hadith ? Serait-il heureux de savoir que ce hadith existe et qu’il est, en plus, enseigné comme étant une parole de « sagesse » – hikma en arabe – parmi tant d’autres, dans les universités des dites « sciences islamiques » et dans certaines mosquées à moitié éclairées ?

Que serait son  attitude lorsqu’il prendrait connaissance d’autres hadiths qui sont utilisés, désormais – quatorze siècles après sa mort – par des mollahs sunnites et chiites, pour légitimer et statuer la lapidation, la peine de mort, la sanction de  l’apostasie, les censures de tout genre, le voile de la femme, les cimetières et carrés musulmans, la mutilation des organes génitaux des nouveau-nés, les régimes alimentaires, le mariage communautaire et sectarisé, le commerce juteux du halal, mais aussi, l’obéissance aux oligarchies corrompues, l’interdiction de protester contre les injustices des gouverneurs, l’entretien du mythe de la « Terre sainte » en dépit de la sacralité de la vie que l’on sacrifie jour et nuit, … ?

Il me semble que Muhammad, après avoir pris connaissance de toutes ces informations déplorables, de toutes ces extravagances, de tout cet héritage transcrit à tort et à travers, le long des quatorze siècles derniers, dans des recueils qui se veulent tout sauf insoupçonnables, serait révolté, scandalisé, indigné et profondément blessé de constater amèrement, que sa supposée communauté a pu croire et transmettre, de génération en génération, des irrévérences et des insolences insupportables.

Celles d’un prophète qui aurait été barbare et guerrier, avide de sang et de sexe, fou et superstitieux, hégémonique et dominateur, ennemi juré des libertés individuelles, hostile à la liberté de conscience et au droit à la différence, …

Muhammad serait d’autant plus choqué lorsqu’il constaterait, manifestement attristé, que ceux qui entretiennent au premier chef ces clichés, consciemment ou inconsciemment, ne sont peut-être pas ces caricaturistes occidentaux, même de mauvaise foi, mais ils sont bel et bien ceux et celles qui se prétendent être ses fidèles héritiers et qui trahissent en permanence son message et altèrent son image, en trouvant matières premières, alimentant ces clichés sordides, dans les supposés hadiths authentiques de Al-Bukhari, entre autres !

Il serait attristé davantage lorsqu’il constaterait la mort prématurée de cette « raison prophétique » initiée, ou ré-initiée par le Coran, qui fut admirable, et la naissance regrettable d’une déraison inouïe. Une déraison généralisée et pour le moins inquiétante justifiant l’injustifiable, conciliant l’inconciliable et acceptant l’inacceptable, au nom d’une certaine construction dogmatico-politique millénaire, sectaire et hautement sacralisée.

Celle qui se manifeste particulièrement chez une large frange de soumis(es), qu’ils soient analphabètes ou hauts diplômés de prestigieuses universités, lorsque ceux-là, sans se rendre compte peut-être, acceptent la chose et défendent, en même temps, son contraire ! 

Ceux et celles qui admirent dans le Coran que Muhammad était envoyé comme miséricorde pour le monde entier et qui s’accrochent, en même temps, aux hadiths dressant les traits d’un bourreau tribaliste de la conscience qui n’hésitait pas à tuer ses opposants, sans pitié, imposant dans la terreur sa foi, dictant dans la servitude sa loi et ne respectant aucun libre choix !

Ceux et celles qui apprennent par cœur que Muhammad était menaçait de mort par ses adversaires mecquois, du fait qu’il ait renié librement ladite religion de ses ancêtres, et affirment, en même temps, que Muhammad aurait lui-même fait appel ultérieurement à cette maudite pratique inquisitoire en exécutant, à sang froid, ceux qui ont osé renier librement sa propre religion !

Ceux et celles qui lisent, en permanence, dans le Coran que Muhammad était un homme habité par une certaine idée, révolutionnaire à son époque, de la justice et de la gouvernance participative, continuent désormais de croire profondément en l’authenticité présumée de certains hadiths, à la résonance omeyyade et impérialiste, légitimant certaines formes d’injustices incontestables et appelant à l’obéissance aux monarchies tortionnaires et aux régimes corrompus !

Ceux et celles qui considèrent, en se basant sur le Coran bien sûr, que Muhammad était un homme éclairé, intelligent et très rationnel … ceux-là ne trouvent aucune contradiction en continuant à diffuser et à enseigner à leurs enfants des hadiths versés dans la fantasmagorie invraisemblable et dans la superstition contraire même à l’esprit de la foi en l’Unique, et à la faculté majeur caractérisant l’humain qu’est : la raison !

Ceux et celles qui lisent admirablement dans les diverses biographies du prophète, que Muhammad, avant même qu’il ne soit prophète et messager, avait pris le temps nécessaire du questionnement existentiel et philosophique, pour construire ainsi, dans le doute et dans l’angoisse, pas à pas et sans aucune contrainte, le socle de sa foi en l’Unique et le sens pluridimensionnel de toute pratique cultuelle ; ceux-là continuent à discréditer et incriminer toute quête de sens, toute démarche de questionnement et tout cheminement spirituel singulier, hors du commun et débordant des frontières balisées des religiosités héritées du passé.

Pire encore, ceux-là usent même de la violence physique, mettant en pratique un hadith supposé authentique, afin de contraindre les enfants – avec beaucoup de pédagogie ! – et dès l’âge de dix ans, de faire les cinq prières et à l’heure prescrite ou de mettre un tissu sur la tête des fillettes, en se basant sur d’autres hadiths, pour les habituer, nous dit-on, à se soumettre ultérieurement à Dieu … comme si Dieu avait réclamé ce signe vestimentaire distinctif de trop !

Ceux et celles qui répètent jour et nuit l’éloge que fait le Coran à l’égard du prophète vantant son noble caractère, sa bonté du cœur et sa pudeur exemplaire … Ceux-là continuent en même temps à entretenir et à croire en la véracité  de certaines absurdités grossières, violant l’intimité du prophète et exposant, dans les détails, à l’image de certaines téléréalités, ce que l’on a voulu nous faire croire être la vie sexuelle de Muhammad et ses rapports intimes avec ses femmes !

Que de contradictions monumentales habitant ces religiosités de façade et de contrefaçon, face auxquelles le prophète même ne serait en mesure de comprendre la logique, car tout simplement, n’existant pas !

Ressusciter le prophète aujourd’hui ne veut pas dire l’inviter de l’outre tombe pour incarner à nouveau le rôle qui était le sien, mais il s’agit simplement de faire renaître sa « raison prophétique », qui n’aurait pas dû disparaitre avec sa mort et qui était « raison » et « prophétique » à la fois ; humaine dans sa « substance » et humaine aussi dans sa dynamique et orientation ; noble dans son caractère apparent et noble aussi dans son âme profonde ; ouverte sur les gens par volonté de fraternité et ouverte sur Dieu par amour et reconnaissance ; libre dans la formulation de ses choix et respectueuse des libertés des autres quant à la formulation des leurs ; ferme dans les principes et bienveillante dans les négociations…

Il ne s’agit pas non plus de reproduire à l’identique ce qu’était ses habitudes, ses coutumes et ses traditions, comme le font ces courants traditionnistes sous couvert du respect de ladite sunna, mais simplement d’explorer à nouveau les dimensions de son message universel, avec nos yeux d’aujourd’hui, en incluant sans complexe et sans prétention de suffisance : l’élément temporel ; l’évolution historique ; les avancées humaines dans tous les domaines de la vie ; les échanges entre cultures et civilisations ; les nouvelles idées sur l’humain et sur ses environnements, quelles soient religieuses ou non, et quelles soient de chez « nous » ou du voisin d’en face !

L’Humanité a désormais besoin, et surtout en ces temps de crises complexes, d’un nouveau souffle, de nouvelles idées et de nouvelles aspirations pour un monde meilleur. Certes, elle a parcouru un chemin non négligeable depuis la fin des prophéties, depuis que le Ciel a tout dit aux terrestres que « nous » sommes, et depuis qu’Il a décidé de mettre un terme à l’assistanat par la révélation, puisqu’Il avait jugé que « nous » terrestres sommes devenus « adultes » et sommes, intellectuellement, en mesure de « nous » autogérer sans son intervention directe ou par intermédiaires.

Néanmoins, il s’avère aujourd’hui que « notre » maturité n’était pas au complet et que « nous » n’étions pas, par moments de « notre » histoire, à la hauteur de cette mission humaine qui « nous » a été confié et qui « nous » incombe en tant qu’humains !

En effet, les raisons pour lesquelles on justifiait jadis l’apparition des prophètes et des messagers sont toujours d’actualité. Les prophètes et les messagers, en plus du contenu spirituel qu’ils professaient, et à en croire les Ecritures, étaient envoyé pour rétablir et restaurer une humanité épuisée par ses vices : des injustices sociales de tout genre, des inégalités entre riches et pauvres, de l’exploitation des plus vulnérables, de l’iniquité dans le partage des richesses, des pratiques usurières sauvages, de la corruption généralisée, des violences et des guerres … Tous ces vices sont hélas le lot de « notre » existence et sont ancrés davantage dans « notre » quotidien, beaucoup plus ancrés qu’auparavant.

L’humain d’aujourd’hui et de demain est appelé de part sa conscience, comme au temps de l’assistanat par la révélation, de faire preuve de beaucoup de créativité pour s’élaborer en tant qu’humain adulte et responsable et pour avancer, sans trahir ses principes de base : Liberté, Justice, Paix …

Toutes les bonnes réponses, me semble-t-il, sont la bienvenue y compris les réponses religieuses, à condition que celles-ci, comme toutes les autres, soient authentiques, au sens humain du terme, et soient fidèles, non pas à des textes qui se veulent authentiques, mais à des principes et aspirations universellement partagées car humainement authentiques et authentiquement humaines.

Enfin, et s’agissant des héritiers présumés de Muhammad, leur réponse à eux doit être conforme, au moins pour qu’elle soit crédible d’un point de vue coranique et de bon sens, non pas à des hadiths ou à  des formes dépassées, empruntées paresseusement au passé, mais à cette « raison prophétique » délaissée de bon gré, et qui manque manifestement à tous ceux et celles qui clament le nom du prophète avec emphase, et qui défendent, avec une violence exubérante, un héritage rocambolesque que l’on a osé, pour de fâcheux intérêts, lui rattacher à tort !




Mosquée dans la Cité : réalités et espoirs (2)

22022008

 

 

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Par Mohamed LOUIZI


Pour Sadek Al-Nayhoum,humaniste de cœur et de plume,

Vous qui étiez engagés pour la Liberté, reposez en paix,

Votre combat je le porterai jusqu’à ma mort!

 

 

Animosités ; guerres ; intolérance ; violences ; …

 

Avarice ; commerce inéquitable ; exploitation ; usure ;…

 

Clanisme ; oligarchie ; ploutocratie ; tribalisme ; …

 

Discriminations ; inégalités ; injustices ; machisme ; …

 

Esclavage ; servitude ; subordination ; traite négrière ;…

 

Oppressions ; persécutions ; phallocratie ; supplices ; …

 

Ceux-ci étaient les traits distinctifs du visage pâle de la Mecque et de son voisinage à la veille de l’avènement du message de Mohammad.

 

La ville « sacrée » semblait dénouer avec les vertus et valeurs humaines du temps d’Abraham. La Ka’ba paraissait attristée et hantée, de fond en comble, par ces préjudices moraux, intellectuels, sociaux, économiques et politiques.

 

Tout, ou presque tout, ne semblait pas se tenir correctement. Le marasme était généralisé témoignant d’un déficit moral excédent touchant non seulement l’organisation sociale et économique mais aussi, et surtout, la place et la valeur de l’être humain au sein de cette organisation tribale qui était profondément narcissique et extrêmement hiérarchisée et discriminatoire.

 

Humanité brisée

 

L’être humain, féminin ou masculin, et à l’exception de quelques favoris chanceux, ne jouissait pas de ses droits et libertés fondamentales. La majorité des gens n’était ni écoutée, ni consultée, ni estimée. Dans ce contexte, le fait de jouir pleinement de ses droits et libertés dépendait, essentiellement, de la « classe » socioéconomique à laquelle on appartenait, de l’affiliation familiale et tribale, de l’éloquence linguistique, du talent poétique, de l’aptitude et du génie militaire… et encore !

 

L’organisation tribale se faisait autour d’une personne charismatique – le Cheikh – assisté d’une minorité oligarchique restreinte de seigneurs qui, en s’obstinant à sauvegarder leurs privilèges socioéconomiques et politiques, ne se gênaient pas à imposer unilatéralement leurs visions, à défendre leurs intérêts et à pérenniser, de génération en génération, leurs prérogatives.

 

La religion a bien servi d’instrument fatal dans ce jeu d’asservissement forcé ou volontaire. En effet, l’oligarchie s’est bel et bien montrée dévouer aux cultes des dieux statufiés au parvis de la Ka’ba en incarnant ainsi et pour des raisons d’intérêts personnels, le rôle des « marchands de la prière et du pèlerinage». Quoi de mieux alors pour garder sous contrôle la masse et d’éterniser sa loyauté et son abrutissement !

 

Quant aux autres – femmes, hommes, esclaves, enfants, pauvres,… – qui ne faisaient pas partie des rangs de l’oligarchie nantie, ils n’avaient pas grand-chose à dire, si ce n’était de vociférer inlassablement des louanges au Cheikh et à ses collaborateurs, des espérances voués désespérément au ciel, et des gratitudes adressées, à contre cœur, aux seigneurs tyranniques et ploutocratiques !

 

Les seigneurs décidaient de la guerre comme de la paix ; de la mort comme de la vie. Seuls leurs mots comptés. Seules leurs paroles pesées. Les autres humains, qui ne pouvaient pas – non par incapacité mais par asservissement – prétendre à de tel statut, n’avaient qu’une existence accessoire, et de surcroît, ils « vivaient » dépendants, soumis et tributaires des obligations cultuelles et des nécessités tribales et seigneuriales.

 

Renaissance de l’espoir

 

La Ka’ba, prise en otage, par les intérêts des « marchands de la prière et du pèlerinage » avait perdu de vue presque toutes les valeurs enseignées du temps d’Abraham. Le culte mercantile a occupé tout l’espace cultuel, en faisant de la maison de Dieu un lieu de culte (certes), mais aux couleurs du profit. La mosquée était redevenue tel un hypermarché au milieu du désert, sans foi ni loi, où seul le profit matériel comptait.

 

Dans ce contexte, qui était humainement désastreux, apparaissait Mohammad tel un souffle d’espérance, pour rappeler une nouvelle fois, ce que professait Abraham dans cette même terre, 2500 ans auparavant, à savoir : améliorer la condition humaine ; lutter pour la justice ; faire redécouvrir le sens de la liberté ; faire connaître le chemin du salut ; inculquer la solidarité ; prêcher l’humanisme ; éclairer les ténèbres des âmes ; abolir l’asservissement et appeler les gens à se remettre à un Dieu qui croient en eux et non à se soumettre à des dieux qui se servent d’eux.

 

Par conséquent, le contenu du message que professait Mohammad commençait, petit à petit, à déranger sérieusement les « marchands de la prière et du pèlerinage ». Parce que, me semble-t-il, la substance de ce message avait de quoi les inquiéter et non, comme le prétend l’interprétation dogmatique dominante qui elle, laisse entendre que la raison essentielle de la gêne occasionnée, était due au fait que Mohammad prêchait exclusivement « l’unicité de Dieu ».

 

Cette interprétation réduit à tort le message mohammadien dans son attestation de foi anti-associationnisme. Elle le vide aussi de sa vocation à vouloir soulager l’être humain des divers jougs (servitude, violences, clanisme, identitarisme, superstition,…) et des difficultés sociales et économiques qui pèsent sur lui. Elle considère que la question majeure de l’époque était exclusivement d’ordre théologique, métaphysique et cultuelle et du coup, il fallait un nouveau prophète pour redire Dieu, l’Unique, le Grand et le Tout-Puissant et pour apprendre aux gens le formalisme de la prière et les rites du pèlerinage, entre autres ! En oubliant au passage qu’avant même l’avènement de Mohammad, il existait – sans parler des autres religions monothéistes – des « monothéistes purs » (Al Ahnaf en arabe) qui vivaient leur foi en un seul et unique Dieu depuis toujours, sans que cela puisse gêner qui que ce soit !

 

Il me paraît évident que la question théologique/cultuelle, malgré sa centralité dans le message mohammadien, n’était pas la principale raison du conflit qui opposait les « marchands de la prière et du pèlerinage » à Mohammad. Mais ils y avaient d’autres raisons substantielles d’ordre humain, moral, social, économique et politique qui justifiaient les atrocités commises par l’oligarchie à l’égard de Mohammad et de ses compagnons.

 

Prophétie dérangeante

 

Mohammad gênait, à priori, par son discours, dépassant de loin la question théologique et métaphysique, et aussi par son courage, sans équivoque, à s’opposer ouvertement aux injustices subits par les uns et par les autres en rappelant avec obstination la définition de l’humain et de sa juste condition en tout lieu, plus particulièrement dans le contexte déplorable de la Mecque et de l’Arabie à cette époque.

 

Mohammad rappelait que l’être humain est fondamentalement libre et qu’il doit pouvoir savourer ses libertés comme il l’entend. L’oligarchie, quant à elle, se sentait menacée par ce nouveau discours qui risque de soulever les « esclaves » contre les « maîtres » et de causer des dérèglements dans l’organisation hiérarchique ségrégationniste des tribus.

 

Il rappelait que l’être humain a droit de vivre dignement. Ce qui posait la question du partage équitable des richesses ; il dénonçait, par la même, l’exploitation, l’avarice, la cupidité, l’égoïsme et qui interpellait les consciences sur les dangers sociaux réels que représentent, pour toujours, des pratiques financières telle que l’usure et la logique du « tout profit » profitant exclusivement à une poignée de nantis et appauvrissant davantage les nombreux nécessiteux.

 

Il rappelait que les violences, de tout genre, devaient cesser ; que l’on doit mettre un terme aux tortures, aux enterrements des filles vivantes, aux maltraitances des femmes et des esclaves, aux guerres intertribales interminables.

 

Il rappelait que derrière l’idée de l’humain il y a une autre idée, aussi belle et inoffensive, celle d’un divin créateur et invisible auquel on peut, si on le souhaite, se remettre volontairement en toute quiétude sans pour autant faire soumettre, sous une quelconque contrainte, les autres à ce choix spirituel.

 

A bas la servitude !

 

Mais l’idée ingénieuse – à cette époque – et très dangereuse pour la survie de « l’ordre tribal établit » était celle qu’a suggéré Mohammad avec énergie et conviction, déclarant que chaque être humain –non seulement les Cheikhs, les maîtres et leurs inféodés – est responsable. Et qu’il en va de cette responsabilité le droit de chacun à pouvoir choisir, dire librement ses choix, sans craindre pour sa vie, et participer effectivement aux prises de décisions engageant la collectivité tribale, dans son entièreté, en temps de guerre comme en temps de paix. De ce fait, l’oligarchie devait cesser de confisquer les droits des autres et d’imposer ses décisions sur l’ensemble.

 

Il a fait découvrir à ces mecquois soumis qui ne faisaient pas parti de l’oligarchie du pouvoir et qui n’étaient pas du nombre des seigneurs ou des « marchands de la prière et du pèlerinage », qu’ils « sont ». Et qu’ils doivent justement « être » dans la dignité et non dans l’abaissement ; dans l’affranchissement et non dans la servitude ; dans l’élévation de l’esprit et non dans la stupidité de l’intellect.

 

Avec lui, ces mecquois, longtemps exploités, subordonnés et asservis à un « ordre » qu’ils n’ont pas choisi, ont découvert qu’ils avaient leurs mots à dire et qu’il fallait justement, dès à présent, un espace pour le faire entendre. Et ce, parce que, d’un côté, l’oligarchie ne leur reconnaissait pas ce droit et de l’autre côté, elle ne prévoyait pas non plus d’espace/institution pour la parole et le débat publique. L’expression de l’opinion publique n’était pas à l’ordre du jour de cet « ordre » et seules les opinions/décisions des Cheikhs des tribus étaient prise en considération que l’on soit pour ou contre.

 

Prix de l’insoumission

 

Dans un premier temps, Mohammad – nous racontent les biographes – avait choisi la discrétion comme stratégie d’action et de rassemblement. Et ce fut la maison du jeune Al Arqam Ibn Abî Al-Arqam qui, pour des raisons de sécurité, était pendant quelques années le lieu de rencontre du mouvement mohammadien et son espace, restreint soit-il, de l’expression libérée.

 

Cependant, ce mouvement commençait progressivement à prendre de l’ampleur en présageant la fin de la discrétion et le début des épreuves et des souffrances sur la place publique, malgré que celle-ci fût totalement verrouillée et contrôlée par les « marchands de la prière et du pèlerinage ». Par conséquent, ce mouvement se voyait privé d’un lieu de rassemblement et interdit, que ce soit pour la prière ou pour toute autre chose, de se rassembler dans le parvis de la Ka’ba – maison de Dieu.

 

Par ailleurs, les anciens « esclaves » ont pris conscience de leur liberté fondamentale et commençaient à se délier des chaînes de la servitude et à désobéir, sans aucune crainte, les ordres des « maîtres ». Un élan de solidarité sociale s’est produit entre les nouveaux convertis qui comptaient parmi eux certains notables et beaucoup plus de nécessiteux. Le mouvement mohammadien paraissait endurant, résolu et uni. De quoi irriter l’oligarchie qui semblait être déboussolée, désarmée et très embarrassée.

 

Celle-ci conjuguait à la fois négociation, répression, intimidation pour tenter de rétablir « l’ordre » et pour contrecarrer éventuellement le mouvement grandissant. Aucune de ces mesures ne semblait être efficace face à la détermination et au dévouement des nouveaux convertis à la cause qui était la leur. L’oligarchie profitait de sa mainmise sur le lieu de culte, surtout pendant la période du pèlerinage pour salir l’image de Mohammad auprès des autres tribus de l’Arabie. Néanmoins celui-ci était, de son côté, infatigable. Il ne ménageait aucun effort qui pouvait lui permettre de trouver une terre d’accueil où l’on peut vivre son humanité pleinement, librement et dignement. Et ce fut l’émigration vers Médine, après 13 ans passée dans la lutte incessante et pacifique contre l’horrible cruauté mecquoise.

 

Génie collectif

 

A peine arrivés à Médine, Mohammad et ses compagnons –autochtones et immigrés – se sont mis et investis physiquement dans la construction d’une « mosquée/Al-Jami’i » au cœur de la cité. Ce lieu servait notamment à la célébration de la prière – d’où la nomination « mosquée » ou « masjid » en arabe – et il représentait en même temps l’espace de rassemblement et de vie commune – d’où le qualificatif de « Al-Jami’i » en arabe.

 

Ce lieu favorisait la rencontre, la consolidation des liens sociaux, l’intégration des nombreux immigrés dans ce nouvel espace vital, la gestion des affaires de Médine (sociales, économiques, judiciaires, militaires, politiques,…), l’accueil des autres communautés de foi et des députations des autres tribus, l’alphabétisation des jeunes et des âgées,… et bien sûr, il servait aussi à la pratique cultuelle.

 

Les fonctions de la « mosquée/Al-Jami’i » s’étendaient, de plus en plus, en corrélation avec l’ampleur que prenait, jour après jour, la communauté naissante et aussi avec la recrudescence des défis, intrinsèques et extrinsèques, qu’a posé l’émigration massive et l’installation du mouvement mohammadien à Médine.

 

Mohammad créa ainsi un nouveau modèle contractuel d’organisation sociale, différent de celui de la tribu, prenant de la « mosquée/AL-Jami’i », nouvellement construite, une base centrale au sein de la cité de manière à ce que l’humain et le divin, l’éphémère et l’éternel, le temporel et le spirituel, le séculier et le régulier, puissent s’alimenter réciproquement et que l’un puisse donner du sens et de la place à l’autre.

 

Ce modèle hybride – qui ne recèle aucun caractère sacré – se justifiait, me paraît-il, par l’absence à Médine, à cette époque ancienne, d’autres structures et institutions spécialisées qui pouvaient soulager et désengorger la « mosquée/Al-Jami’i » des diverses fonctions qu’elle assurait simultanément et qui pouvaient conduire ainsi à une séparation organique du temporel/séculier au spirituel/régulier.

 

A Cette époque, il n’y avait pas d’établissements scolaires, pas de partis politiques, pas d’institutions économiques, pas de mass médias, pas de centrales syndicales, pas de fondations sociales, pas de structures judiciaires, pas de ministère de la défense,… et il n’y avait pas non plus un lieu de rassemblement – hormis le souk des commerçants caravaniers – permettant aux uns et aux autres – citoyens – de participer au débat public tels étaient « l’agora » chez les grecques et le « forum » chez les romains.

 

De ce point de vue, la « mosquée/Al-Jami’i » avait permis la libération de l’expression de la parole publique, surtout pendant le rassemblement du vendredi. La communauté naissante a trouvé enfin un temps hebdomadaire et un espace où chacun, homme et femme et sans discrimination aucune, pouvait exprimer son opinion sur les affaires temporelles et ses questionnements et réflexions d’ordre spirituel. Point de censure au sein de la mosquée/Al-Jami’i puisqu’il n’y avait plus de Cheikhs despotes ni de « marchands de la prière et du pèlerinage » comme c’était le cas à la Mecque. Mohammad, le prophète, veillait au maintien et au développement de cet état d’esprit émancipateur. Le peuple de Médine a trouvé donc sa voix dans cette voie.

 

Expression libérée

 

Au sein de la « mosquée/Al-Jami’i », le peuple de Médine se consultait en permanence pour mieux gérer sa vie collective. Aucune décision – de guerre comme de paix – n’était prise par une minorité et imposée à la majorité. Le citoyen lambda pouvait prendre la parole, en toute spontanéité et franchise, pour proposer et parfois même pour s’opposer à une proposition qui ne le convenait pas. Mohammad était très attentif aux opinions exprimées, aux débats contradictoires et il faisait en sorte que le consensus soit observé et recherché et que ses propositions à lui ne soient pas prévalues comparées à celles des autres, juste parce qu’il était prophète !

 

Par le biais de la « mosquée/Al-Jami’i », la communauté gérait, dans l’esprit de corps, la vie au quotidien de la cité et se donnait un rendez-vous hebdomadaire, le vendredi, dont la présence était obligatoire, pour faire le bilan et pour rappeler les principes auxquels il fallait rester très attachés.

 

En effet, ce rassemblement était l’occasion pour que chacun puisse savoir ce qui se passe dans sa cité et l’état des menaces et des défis extérieurs qui pèsent sur elle. Par ce même biais, la communauté surveillait le mouvement de l’argent (le capital) dans la cité, réglementait les tarifs dans le marché, trouver des solutions à la pénurie de quelques biens élémentaires, se consultait sur les choix défensifs à envisager, se partager les tâches,… et enfin, achever la réunion publique par la prière comme contrat morale et comme gage de bonne foi.

 

Paradoxe sunnite

 

Le rassemblement était tout sauf un spectacle d’exhortation, de prêches et de monologue, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Car si c’était le cas, on devait normalement conserver le contenu exact de tous les sermons prophétiques comme on a conservé les soi-disant « Hadiths authentiques » – citations présumées être prononcées par Mohammad.

 

D’ailleurs, si l’on fait un calcul simple, le nombre de sermons que Abou Hourayra devait nous rapporter – puisqu’il est considéré par les sunnites comme la mémoire prodigieuse et infaillible de ladite « sunna prophétique » – et que Al Boukhari devait authentifier s’élève à environ 520 ou 530 sermons ! Car, dans une année, il y a bien 52 ou 53 semaines donc 52 ou 53 vendredis et d’après les biographes, on sait que Mohammad a vécu à Médine pendant 10 ans et par conséquent, il aurait célébré 520 ou 530 vendredis qui devraient correspondre à 520 ou 530 sermons !

 

Cependant, et bien que certains s’obstinent à croire davantage que le savoir prophétique a été intégralement protégé et transcrits à la virgule près, sous forme de « Hadiths authentiques », il est quasiment impossible aujourd’hui de mettre la main sur ces 520 ou 530 sermons de vendredi, auxquels il faut rajouter les 20 discours de fêtes (Khoutbah de l’Aïd), que le prophète aurait prononcé de son vivant !

 

Les seuls discours que l’on trouve désormais à la lecture des livres de biographie de Mohammad et des recueils des Hadiths sont, en effet, le discours prononcé lors de son « Pèlerinage de l’Adieu » et quelques très rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que moins de 2 % de l’ensemble des Hadiths, soi-disant authentifiés !

 

Dès lors, deux suppositions me travaillent l’esprit laissant place à plusieurs interrogations. Premièrement, soit Mohammad ne prononçait pas de discours d’exhortation – à la manière de ce que fait l’imam de mon quartier tous les vendredis – et consacrait l’intégralité du temps du rassemblement de vendredi au débat publique. Alors au nom de qui et au nom de quoi, on persiste aujourd’hui à imposer au peuple des mosquées de supporter chaque vendredi et pendant plus d’une heure, dans un mutisme imposé à coup de Hadiths, les nuisances sonores et les bizarreries idéologiques de l’imam ? Cela pose aussi la question du rôle de l’imam, du pourquoi de sa présence,…

 

Deuxièmement, soit Mohammad prononçait justement un sermon chaque vendredi alors comment explique-t-on ce trou noir titanesque dont souffrent les sources et les recueils des Hadiths, dits authentiques ? Où sont passés ces discours ? Pour quelles raisons n’ont-ils pas été conservé ? Ces discours, n’étaient-ils pas des paroles/Hadiths à transcrire et à transmettre ? Comment se fait-il que Abou Hourayra – par exemple – n’ait rapporté le contenu intégral d’aucun discours hebdomadaire ? Ces discours ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire de « la vache qui parle » ? Qui a décidé que l’on ôte ou que l’on ne conserve pas, dans les recueils des Hadiths, cette substance orale de sagesse que le prophète aurait laissé ? A qui profite ce trou noir, s’il y a vraisemblablement un trou noir ?…

 

En attendant des explications que je souhaite, tout au moins, cohérentes et intelligibles, je continuerai à penser que le rassemblement du vendredi à Médine, au temps de Mohammad, était un temps imparti aux citoyens présents pour qu’ils puissent produire et exprimer leurs propres réflexions sur l’organisation sociale de la cité et non de consommer et de se soumettre stupidement à la seule et unique réflexion de Mohammad.

 

La traversée du désert

 

Toutefois, après la mort de Mohammad, les choses commencèrent à se défigurer foncièrement. D’abord, l’organisation sociale non étatique, qu’il a initiée de son vivant a pris l’allure d’un Etat – le Califat – le lendemain de sa mort. Ce Califat était présidé par une personne – le Calife – choisie par le peuple médinois selon des modalités critiquables certes, mais qui restent, plus ou moins, démocratiques au vu de ce que c’étaient les us et coutumes tribales de l’époque.

 

Les quatre premiers califes orthodoxes – malgré leur tendance à soulager la mosquée du poids des fonctions qu’elle assurait auparavant et à créer des institutions parallèles spécialisées pour ces fonctions – ont toujours préservé le rôle de consultation populaire que la « mosquée/Al-Jami’i » assurait si bien. Il n’était pas question pour eux de faire volte-face sur cet acquis démocratique majeur et révolutionnaire des habitudes tribales.

 

Le revirement significatif dans la conception du rôle de la « mosquée/Al-Jami’i » était ressenti de façon sensible lorsque les Omeyyades, en la personne de leur pionnier Mouawiyah Ibn Abî Soufiane, se sont emparés illégitimement de la gouvernance, en faisant parler le cliquetis des sabres et non la voix du peuple. Et ce, après l’assassinat du quatrième calife. Dès lors, ils ont déclaré, unilatéralement et de manière démentielle la naissance de la dynastie royale Omeyyade à Damas, en substitution du Califat, relativement légitime, installé depuis la mort de Mohammad à Médine.

 

La dynastie omeyyade n’était pas prête à entendre la voix du peuple. D’ailleurs, elle ne représentait pas son choix, et encore moins, ses aspirations. Elle était l’expression intempestive du sabre et du complot, en rupture fulgurante et catégorique avec l’héritage récent de la prophétie car sa proclamation était survenue après environ trente années seulement de la mort du prophète. Elle témoignait plutôt de l’effondrement hâtif de presque toute l’organisation sociale, centrée sur l’être humain et sur sa valeur, qu’avait initiée Mohammad à Médine. L’héritage récent de la prophétie s’est fait anéanti sous le poids des traditions tribales et bédouines anciennes.

 

Il s’agissait bien évidemment d’un retour aux temps de la tribu, du Cheikh et des « marchands de la prière et du pèlerinage ». Sauf que cette fois-ci, la tribu était caractérisée par son immensité babylonienne et expansionniste ; le Cheikh/empereur Mouawiyah se proclamait de Dieu – en dissimulant judicieusement son affiliation à Abou Soufiane, son père, qui était depuis peu le Cheikh de la tribu omeyyade à la Mecque et qui a été déchu de ses pouvoirs au moment de la reconquête pacifique de celle-ci par Mohammad. On dirait même que Mouawiyah s’est vengé, trente ans plus tard, de la défaite de son père ! – et les « marchands de la prière et du pèlerinage » étaient, sans conteste, des « théologiens mercenaires » et des « religieux de service » qui prêtaient main-forte à la dynastie. A l’image du fameux Abou Hourayra qui n’hésitait pas, malgré son allégeance franche et loyale aux omeyyades, à s’approprier sans pudeur le patrimoine prophétique !

 

Depuis, toutes les mosquées de l’empire se sont vues standardiser selon les caprices et les intérêts du palais sultanesque. Une nouvelle fois, la maison de Dieu était retombée hélas entre les mains de l’oligarchie d’un côté, et des « marchands de la prière et du pèlerinage » de l’autre.

 

Silence ! On vous abrutit !

 

A partir de ce moment précis, la « mosquée » a cessé d’être « Al-Jami’i ». Le divorce entre les deux concepts était plus que consommé. Elle devait dire l’intérêt général, elle ne diffusait plus que les désirs de sa majesté le monarque. Elle devait dire comment s’épanouir collectivement dans la vie, elle ne disait plus que comment se préparer individuellement à la rencontre de la mort. D’ailleurs, elle ne parlait de vie que lorsqu’il fallait prier le bon Dieu pour accorder une heureuse et longue vie à sa majesté, et que le peuple aille en enfer. Elle devait dire la justice mais elle ne faisait plus que justifier, au nom de l’obéissance et de l’allégeance, les injustices du palais. Elle devait interpeller le pouvoir sur la pauvreté et sur la détérioration des conditions de vie mais elle faisait la sourde oreille en acquiesçant la tyrannie et en promettant aux sujets de sa majesté un monde meilleur – le paradis – après la mort. Elle devait inciter les sujets à prendre conscience de leur condition et à demander justice et réparation mais elle ne faisait que les encourager à perdre toute conscience et attendre patiemment le jour du jugement dernier !

 

La mosquée est devenue la tribune hebdomadaire et exclusive du palais – qui a placé ses serviteurs en fonction d’imams, de conteurs, d’anecdotiers, de moralisateurs presque corrompus,… – et son outil fatal servant à anesthésier les esprits et à inhiber l’intelligence collective. Depuis, et jusqu’à nos jours, il est plus question en son sein de traiter des questions du paradis et de l’enfer, des supplices de la tombe et des signes de la fin du temps, des menstrues et des ménorragies, du formalisme technique de la prière et du pèlerinage, de la lapidation de Satan et des sacrifices des moutons,…

 

Les questions d’ordre sociétal et moral et les questionnements d’ordre philosophique et métaphysique n’étaient pas, et ne sont pas toujours, les bienvenues au sein de la mosquée parce qu’ils peuvent conduire, paraît-il, au réveil indésirable du raisonnement et de la conscience collective. Ces questions n’y ont été abordées, débattues et traitées que lorsqu’il y avait un intérêt politique certain qui a poussé le souverain à les tolérer momentanément ou lorsque certains intellectuels et philosophes ont osé les aborder en public sans craindre la colère du palais.

 

Généralement, pour le (ou les) palais, vaut mieux abrutir qu’éveiller. De ce fait, seules les questions touchant les détails techniques des rites, du partage de l’héritage, du statut de la femme,… y ont été abordé excessivement. Cela explique en partie, pourquoi par exemple, le fiqh – la jurisprudence dite islamique relative à la pratique cultuelle entre autres – s’est développé de manière tentaculaire alors que la pensée philosophique n’a pas réussi à pousser ses ailes et à tirer son épingle du jeu.

 

Et à nous de constater désormais au sein du monde arabe, dit musulman, et même au sein des dites communautés musulmanes orientales et occidentales, les conséquences chaotiques et les dégâts d’un abrutissement collectif, millénaire et intensif administré au nom des palais, depuis belle lurette, par des imams sous-ordres – Denis Diderot avait raison de constater dans sa « lettre sur le commerce de la librairie », je cite : « La condition d’un peuple abruti est pire que celle d’un peuple brute » !

 

Le peuple des mosquées d’antan a joué le jeu de l’abrutissement – peut être forcé et contraint – en acceptant l’inacceptable, en tolérant l’intolérable et par-dessus tout, en préférant l’apparence de la « mosquée » à l’essence de « Al-Jami’i ». Le peuple des mosquées d’aujourd’hui a hérité de cette tradition qu’il considère comme sacrée et irréprochable. Il est conditionné – peut être à son insu – à la conception omeyyade despotique et dirigiste de la « mosquée » et il est loin d’être initié et ouvert sur l’idée inventive, humaine et révolutionnaire que fut jadis « Al-Jami’i ».

 

Un monde qui marche sur la tête

 

L’abrutissement intellectuel dont il est question, ne cesse de se décliner sous diverses formes anecdotiques. En effet, que dire donc d’un peuple des mosquées qui, en assistant au sermon assourdissant d’un imam tous les vendredis, a toujours peur que l’on lui dérobe ses paires de chaussures – car les mosquées ne sont pas d’ailleurs des lieux surs ! – sans qu’il se rende compte que l’imam en face de lui, lui a déjà volé, et depuis les omeyyades, sa liberté d’expression, sa raison, son droit à dire « non »… et il ne lui a laissé que le devoir de dire « Amen » !

 

Que dire donc d’un peuple des mosquées qui ne cesse, malgré les injustices subites à cause du régime en place, de prier Dieu pour qu’Il puisse accorder sa grâce, sa miséricorde, sa générosité et son salut à ce même régime qui n’est ni gracieux, ni miséricordieux, ni généreux à l’égard de ses sujets !

 

Que dire d’un peuple des mosquées qui continu à croire sur parole l’imam qui prétend que la pauvreté, la misère, l’illettrisme, le chômage dont souffre la majorité n’est qu’une épreuve et un « heureux » destin céleste, auquel il faut témoigner soumission et bonne foi. Au moment même où le pouvoir et ses hommes richissimes prospèrent dans la surabondance !

 

En constatant cela, je ne peux qu’être en accord, sans que je sois nécessairement marxiste, avec ce qu’a écrit Karl Marx dans sa «Critique du Droit politique hégélien », je cite : « La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple ». Je crois que la religion professée par de nombreux imams est un opium à effet collectif et que la mosquée – dont sa configuration omeyyade passée et présente – en est la seringue !

 

Devoir d’avenir

 

Il est temps désormais, de se dire, entre peuples des mosquées, les quatre vérités en face et sans langue de bois. Au risque même d’offenser quelques sensibilités vulnérables, afin d’opérer radicalement les modifications tant attendues en jetant dans la poubelle de l’histoire ce qui doit être jeté, en réformant ce qui doit être réformé et éventuellement, en inventant de toute pièce, un nouveau concept et une configuration moderne de la « mosquée/Al-Jami’i » de France, d’Europe et d’ailleurs.

 

Un nouveau concept qui tiendra compte de la dynamique de l’Histoire, de l’évolution des mœurs, des spécificités culturelles, de l’organisation sociale, des dispositions juridiques, de l’imaginaire collectif, des défis sociétaux, des aspirations futures,…

 

Un nouveau concept qui se refusera, du moins pour le contexte français, aux arrangements politiciens de forme auxquels on assiste et auxquels sont attachés d’un côté, les présents « gardiens des mosquées », les actuels « marchands de la prière et du pèlerinage », leurs références théologiquo-politiques et leurs commanditaires supranationaux et consulaires. Et de l’autre côté, les services de la République qui, par une bonne foi me paraît-il, veulent traiter égalitairement au nom de la laïcité, toutes les religions, et c’est leur devoir après tout. Cependant, ils approuvent, consciemment ou inconsciemment, les dérives, les atteintes et les restrictions des libertés fondamentales caractéristiques de nombreuses mosquées «en» France.

 

Un nouveau concept qui ne veut aucunement que la « mosquée/Al-Jami’i » de France et d’Europe souhaitée soit identique – dans sa forme et ses fonctions,… – de ce que c’était jadis, la « mosquée/Al-Jami’i » du prophète qui était marquée par la coexistence et par la juxtaposition du temporel et du religieux. Cela serait une absurdité grotesque de ma part et un contresens d’une stupidité monumentale.

 

Il n’est pas question pour moi de faire l’apologie d’une structure qui se chargerait, à nouveau, des affaires sociales, familiales, éducatives, économiques et politiques. La République laïque a d’ailleurs ses innombrables structures et établissements publics qui gèrent au quotidien, et séparément de la sphère religieuse et de ses institutions, la vie sociale, éducative, économique, et politique. Et c’est un atout républicain formidable au demeurant, auquel je souscris volontiers et sur lequel aussi, tout revirement de situation me paraît préjudiciable au vivre ensemble et aux équilibres sociétaux.

 

En guise d’introduction…

 

Le concept/modèle que je compte promouvoir, avec humilité et franc-parler, dans le prochain et dernier article de cette série, tente de revivifier l’esprit collectif – et non la forme ou les détails fonctionnels – qui régnait autrefois au sein de la « mosquée/ Al-Jami’i » de Médine.

 

Ce concept sauvegardera de ce modèle prophétique son « esprit libérateur » de l’expression individuelle et collective et aussi son « essence éthique » visant à mieux gérer les divergences d’idées et d’approches, engendrées naturellement par l’expression libérée.

 

Comme cela a été déjà mentionné auparavant, cette réflexion visant à repenser la « mosquée/AL-Jami’i » se fait en tenant compte du contexte qui est le notre. A travers ce travail, des idées qui me préoccupent seront exposées, des propositions concrètes d’ordre pratique seront présentées pour qu’enfin, la mosquée de mon quartier, comme toutes les mosquées de France et de Navarre, puisse retrouver son originalité et sa vivacité d’autrefois.

 

Des propositions qui toucheront à la fois, la raison d’être d’une structure nommée « mosquée/Al-Jami’i » au sein de la cité ou comment faire de cette structure un cap spirituel aux couleurs de la liberté et de l’épanouissement humain ; la gestion contractuelle et multi associative de cette structure ou comment faire pour qu’elle ne soit plus pris en otage par une seule association ou un courant idéologique dominant ; l’ouverture de celle-ci sur la cité ou comment faire en sorte que « la journée portes ouvertes » soit célébrée pendant les 365 jours de l’année ; le rassemblement de vendredi ou comment libérer l’expression et rendre la parole confisquée aux fidèles ; la formation des présumés imams ou comment délivrer définitivement la structure des imams carriéristes et des recteurs autoproclamés ; le rôle du CFCM ou comment sauver la structure d’une mainmise idéologique nationale et supranationale et bien d’autres propositions.

 

Enfin, le moment est certes venu pour que le peuple des mosquées « en » France exprime sa voix, libère sa parole et cesse d’être le sujet de l’abrutissement à outrance. Sans doute, cela nous permettra un jour de nous débarrasser définitivement des entraves idéologiques ancestrales empêchant la cité de France et d’ailleurs de concevoir sa propre « mosquée/Al-Jami’i » qui contribuera à la pacification des esprits et à la renaissance de l’unité plurielle et solidaire par sa spécificité spirituelle, par sa dimension humaine, par son esprit libérateur de l’expression et par sa vocation de l’ouverture à qui le souhaitera.

 

A suivre très prochainement.




Mollahs : Genèse et responsabilités historiques !

29082007

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(Texte extrait du livre: Mollahs de la consommation – Mohamed LOUIZI) 

Genèse :

Le Coran, à l’image des autres Ecritures révélées, est descendu pour réformer la vison que les gens peuvent avoir de Dieu, pour remettre de l’ordre dans la vie spirituelle et intellectuelle de l’Homme, pour rétablir la foi de l’unicité à la place de la multitude de divinités, et pour montrer les limites, voire même les contradictions, abritant les différentes traditions religieuses païennes et polythéistes, associant d’autres divinités au Dieu unique.

De ce fait, le Coran refuse toutes les formes d’associationnisme et d’intercession entre le serviteur et son Seigneur. Personne, pas même les Prophètes et les Messagers, n’a le droit d’intercéder ou de prétendre une quelconque entremise entre l’Homme et Dieu. Dieu dit dans le signe 79 de la sourate La Famille de Imran : « Convient-il que l’homme à qui Dieu a donné le livre de la sagesse et le don de prophétie dise aux hommes : Soyez mes adorateurs ? Non, soyez les adorateurs de Dieu, puisque vous étudiez la doctrine du livre et que vous cherchez à le comprendre ». Les Messagers sont venus juste pour apporter la bonne nouvelle à ceux qui adorent un Seul et Unique Dieu et pour avertir ceux qui sollicitent des divinités intermédiaires des conséquences de leurs choix.

Méditons ce signe coranique de sourate la Table, quand Dieu dit, en s’adressant à Jésus : « Ô Jésus, fils de Marie, est-ce que c’est toi qui a dit aux hommes : « Prenez-nous, ma mère et moi, pour divinités en dehors de Dieu ? » – « Gloire à toi ! Dit Jésus, il ne m’appartient pas de dire ce qui n’est pas une vérité pour moi. Si je l’avais dit, ne l’aurais-tu pas su ? Car tu connais le fond de ma pensée, et je ne connais rien de la tienne. En vérité, les mystères n’ont point de secret sur Toi. Je ne leur ai dit que ce que Tu m’as ordonné de leur dire, à savoir : « Adorez Dieu, mon Seigneur et le vôtre ! » Et je fus témoin contre eux, aussi longtemps que je vécus parmi eux. Mais depuis, que Tu m’as rappelé à Toi, c’est Toi qui les observes, car Tu es le Témoin de toute chose. » (1).

A travers les temps, et dans le quotidien de toutes les traditions religieuses sans exception, des hommes, hormis les Prophètes et les Messagers, se sont imposés comme intermédiaires entre le serviteur et son Seigneur, que ce soit dans l’interprétation des textes révélés ou de montrer des certaines façons, très divergentes, de pratiquer les offices et les actes à caractère cultuel et rituel.

Le Coran cite des exemples visant attirer l’attention des croyants des dangers que représentent les intermédiaires religieux sur la vie spirituelle, intellectuelle et même sur la vie sociale et ce, afin que les adorateurs d’un Dieu unique ne commettent plus les mêmes erreurs que celles de commises par leurs ancêtres. Dieu dit, aux sujets d’un certain nombre de juifs et de chrétiens : « Ils ont élevé au rang de divinités en dehors de Dieu leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Messie, fils de Marie, alors qu’ils avaient reçu ordre de n’adorer que Dieu l’Unique, en dehors duquel il n’y a point de divinité. Gloire à Lui ! Il est infiniment au-dessus de ce qu’ils prétendent Lui associer. » (2). Il dit aussi, dans la même sourate : « Ô vous qui croyait ! Un grand nombre de rabbins et de moines dévorent d’une manière illégale les biens de leurs semblables et les écartent de la Voie de Dieu. » (3).

Depuis la mort du Messager Mohammad, les interprétations n’ont cessé de se multiplier. Des personnes prétendant détenir une certaine connaissance des textes se sont mis et se sont imposés, comme parcours inévitable, entre les croyants et le Seigneur. L’histoire de l’exégèse et des interprétations, celle des écoles de jurisprudence dite « islamiques » et des courants doctrinaux, est témoin d’une nouvelle métamorphose, rapidement grandissante, de cette forme de trinité : (SeigneurIntermédiaireServiteur), et qui s’est installée dans le quotidien religieux en moins d’un siècle après la clôture de la révélation coranique, et y est restée en s’enracinant davantage le long des quatorze siècles derniers. Chose qui traduit le fait qu’entre le serviteur et Dieu, il faut d’abords passer par un intermédiaire, un exégète ou un interprète, un jurisconsulte ou un cheikh, …etc.

L’intermédiaire montre les limites de faire. Les frontières de penser. Les traditions de manger et de se revêtir…etc.

Différentes bannières des Mollahs :

Le Coran fait quelque 600 pages seulement ! Parlant clairement et sagement, aspirant à la tranquillité de l’esprit et à l’équilibre de la vie, et appelant à l’unité dans le respect de la diversité culturelle et de la pluralité sociale. Le patrimoine des intermédiaires, quant à lui, s’évalue à des milliards de milliards de pages, publiant des lectures et des avis, souvent contradictoires et divergents, appelant parfois à la haine et à l’intolérance, causant des conflits et des guerres, déchirant les croyants, d’abords entre musulmans et non musulmans, et ensuite entre courants différents, des chiites, des sounites et des soufis. Et à l’intérieur même d’une même tendance doctrinale, des sous courants se partagent l’espace géographique et le temps politique, des Hanbalites, des Malikites, des Hanafites, des Chaféites, des Dahirites… Et au sein même de chaque sous courant, l’espace et le temps sont à nouveau répartis en sous groupes divergents, les hanbalites par exemple se déclinent en plusieurs variétés contradictoires, des Salafiya Wahhabites, des Salafiya Frères Musulmans, des Salafiya Jihadistes,…et cela ne s’arrête guère.

Dans ce contexte, les « fatawa » comme « paroles » d’intermédiaires et comme « institutions », ont pris forme de références inéluctables, au fil des siècles. Elles représentent l’intitulé même de la complication de la révélation coranique par les intermédiaires. Le Coran qui est fondamentalement conçu par les soins de Dieu pour qu’il soit clair, évident et accessible à tout un chacun, à condition d’user bien sûr de la raison pour acquérir la foi, est devenu, a travers les fatawa très compliqué, inaccessible et référence instrumentalisée de toutes les controverses qui secouent la société moderne.

Dieu n’a donné à aucune personne le droit de parler en Son Nom, au contraire il rappelle dans le Coran, l’ensemble des devoirs et les limites à observer minutieusement, par tout le monde, religieux ou ordinaire, vis-à-vis des vérités et des prescriptions révélées. Dieu dit : « Ceux qui dissimulent les signes évidents et la bonne direction que Nous avons clairement révélés dans le Livre, ceux-là seront maudits de Dieu et de tous ceux qui peuvent les maudire, à l’exception de ceux qui se repentent, s’amendent, divulguent la vérité. A ceux-là J’accorderai Mon Pardon, car Je suis Plein de clémence et de compassion » (4). Il dit aussi : « Y a-t-il plus coupables que ceux qui inventent des mensonges sur le compte de Dieu ? Ceux-là comparaîtront devant leur Seigneur et les témoins s’écrieront : « Les voilà, ceux qui ont attribué des mensonges à leur Seigneur ! » Que la malédiction de Dieu s’abatte sur les coupables, qui détournent leurs semblables de la Voie de Dieu, qu’ils cherchent à rendre tortueuse et qui ne croient pas à la vie future ! » (5).

Responsabilités historiques des Mollahs :

La « fatwa » a participé durant les siècles révolus à la segmentation de l’espace et des esprits. Elle a causé des séquelles quasi permanentes empêchant les peuples et pays, doctrinalement et historiquement considérés comme « terre de l’islam », de se relever de nouveau pour participer activement dans le progrès pacifique que l’Humanité espèrent vivre dans son ensemble.

Le quotidien sanguinaire que vivent quelques pays arabes, à l’heure même de l’écriture de ce texte, est conséquence directe, ou indirecte, de « l’institution de la fatwa » et de l’instrumentalisation des textes religieux.

Les fantasmes qui alimentent les tensions entre « l’orient » et « l’occident », au moins du côté oriental, se basent essentiellement sur des fatawa très politisées.

Les exécutions de ceux qui sont excommuniés et qualifiés par des Mollahs, comme renégats ou apostats trouvent soutien et appui, uniquement dans des « fatawa » des écoles de jurisprudence et dans des textes mensongères, affectés délibérément au Messager Mohammad. Ni Le Coran, ni le Messager ne peuvent être considérés comme responsables des ambitions sanguinaires d’un certain nombre de Mollahs.

Au contraire, le Coran appelle à la « Liberté », dénonce toutes les entraves et n’impose aucune contrainte en matière de religion à quelque forme que ce soit. Il garantit à toute personne la possibilité d’agir, de penser, de croire, d’exprimer et de publier ses convictions et ses choix.

En plus de cela, Il donne l’exemple de cet esprit de liberté, d’ouverture sans limites et de dialogue, lui qui ne contient pas que les seules paroles de Dieu, mais aussi celles de Satan, de Pharaon, des détracteurs païens que connaît l’histoire humaine depuis la nuit des temps. Il publie ces paroles au même titre que les Sagesses divines !

La liberté est très chère et très précieuse, coraniquement parlant. Dieu dit à son sujet : « Point de contrainte en religion maintenant que la Vérité se distingue nettement de l’erreur » (6). Il dit aussi en s’adressant au Messager Mohammad : « Dis : la Vérité émane de votre Seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra ! » (7).

La lapidation ou le châtiment corporel à coup de pierres jusqu’à la mort, réservé aux femmes au nom de la chasteté, dans des soi disant « régimes islamiques », n’est écrit nul part dans le Coran, mais des Mollahs moyenâgeux, vivant sous l’emprise des régimes totalitaires et corrompus, ont inventé ce châtiment barbare et inhumain, qui rappelle une sorte de cannibalisme primitif et non pas l’esprit de miséricorde habitant le corps de l’idéal coranique.

En un mot, la situation chaotique dont laquelle baignent les pays dit « islamiques » n’est pas débarquée de nulle part, comme ça hasardeusement, mais elle est sortie de « l’utérus » même, de l’institution de la fatwa sous « accouchement » césarien et sans « péridurale ».

Aujourd’hui, des intermédiaires, traditionnels ou modernes, rigides ou adaptatifs, très médiatisés ou souterrains, essayent de maintenir la masse des croyants, sous la houlette des institutions de la fatwa. Ils défendent, corps et âme, l’idée reçue et largement émise, selon laquelle le Coran est très difficile à comprendre et à appréhender. Et que seuls les Cheikhs, ont la capacité mentale et intellectuelle de comprendre et d’expliquer, par la suite, à cette masse d’handicapés rationnels, ce que Dieu a voulu dire et prescrire. En remontant à la surface du débat, au début de ce 21ème siècle, des « momies » jurisprudentielles protégées dans des « pyramides » d’écritures héritées de l’ère médiévalo-abasside, et hautement conservées au moyen de « l’embaumement » politico-religieux.

Notes :

1-

Coran, 5, 116-117

2-

Coran, 9, 31

3-

Coran, 9, 34

4-

Coran, 2, 159-160

5-

Coran, 11, 18-19

6-

Coran, 2, 256

7-

Coran, 18, 29




« Seul le Coran oblige »

26052007

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Mohamed Talbi

Propos recueillis par Catherine Farhi

Le Nouvel Observateur, 4 juillet 2002


Pour le réformateur tunisien, il n’y a pas de conviction sans interrogation. Et toute forme de critique est possible quand on est musulman de conviction.

Historien, ancien recteur de l’université de Tunis, fils du bourguibisme, Mohamed Talbi, musulman pratiquant, est aujourd’hui l’un des penseurs les plus rigoureux et les plus audacieux de la réforme de l’islam.

Le Nouvel Observateur. – En quoi consisterait pour vous, au XXI ème siècle, une bonne réforme de l’islam ?

Mohamed Talbi. – Avant toute réforme, il faut s’affirmer musulman en vertu d’une triple adhésion : adhésion au témoignage, adhésion au langage, adhésion d’observance. On peut discuter l’observance tant qu’on ne réduit pas l’islam à un vague déisme sans pratique. Car on entre alors dans la catégorie dite de « l’athéisme pratique » des sociologues. On se comporte comme n’importe quel athée, mais qui ne veut pas se dire athée parce qu’il croit tout de même à quelque chose, un absolu, une divinité.

La réforme ne viendra jamais du dehors mais de l’intérieur de la mosquée. Et là, tout est possible, si l’on est musulman de conviction, par le libre jeu de la réflexion critique, du doute, de la mise en interrogation, car il n’y a pas de conviction sans interrogation.

N. O.Mais, dans le cas de Salman Rushdie par exemple, on a tenté d’étouffer cette réflexion critique…

M. Talbi. – C’était un cas plus politique que théologique. Rushdie a fait de la provocation, et il s’est trouvé un imam pour en profiter dans un contexte politique. Rushdie est toujours libre d’écrire ce qu’il veut. Des centaines de musulmans se sont exprimés dans un livre pour le soutenir. Il y a un autre ouvrage collectif sur l’islam dans lequel un auteur se déclare athée. Qui l’a jamais inquiété ? La religion musulmane elle-même insiste pour que soit rejeté l’islam mimétique ou la simple imitation de la tradition, le taqlîd. Les réformes sont toujours possibles, tant qu’il n’y a pas rejet définitif du devoir d’observance de la part de celui qui les propose.

N. O.Mais il y a aussi le cas de Fazlur Rahman, le grand réformateur pakistanais, dont le livre « Islam et modernité » a été condamné et qui a dû partir en exil parce qu’on lui reproche d’avoir réduit la parole du Coran à un langage humain…

M. Talbi. – Fazlur Rahman reste musulman sunnite et pratiquant. Il n’a pas dit ce qu’il a dit pour contester le caractère divin du Coran. Je le dis moi-même de manière moins provocante : le Coran, en amont, est une parole divine puisque c’est Dieu qui parle, c’est une parole théandrique (1) selon le terme théologique approprié. Seulement, cette parole n’est pas mots, sons ou écriture. Elle est, comme Dieu, quelque chose qui ne peut être ni conçu par l’esprit ni réalisé en son essence même. Dieu n’a pas parlé qu’au prophète Muhammad, il a parlé à tout le monde. Il a parlé à Abraham, et qui nous dit qu’il n’a pas parlé à Bouddha et à Vishnou ? Dieu parle. Tout parle de Dieu. Quand un oiseau gazouille, il est la manifestation de cette diversité fantastique de l’Etre, Absolu et Unique, mais qui a créé un monde infiniment multiple.

C’est quand cette parole descend dans l’Histoire qu’elle prend une expression humaine, quelle qu’elle soit. Le Coran le dit. Ce peut donc être en russe ou en malgache, pourquoi pas ?

N. O.Il y a le primat de la langue arabe, tout de même ?

M. Talbi. – Absolument pas. Le Coran dit que si ce Coran avait été révélé ailleurs, il aurait été révélé dans la langue des gens au milieu desquels il serait descendu.

N. O.Et l’i’jâz (الإعجاز), le miracle de l’inimitabilité du Coran ?

M. Talbi. – Mais qui vous dit que ce miracle est simplement linguistique ? Si Dieu parle et qu’il veut que Sa parole soit un défi lancé à l’humanité, la dictée est divine, mais l’expression est humaine. Cela peut être dans n’importe quelle langue. Ce n’est pas spécifique à la langue arabe. Fazlur Rahman, pour revenir à lui, ne dit pas que c’est le Prophète qui, le recevant de Dieu, a donné forme au Coran. le Prophète a reçu une parole en langue déjà formulée, et la formulation est divine. Dieu n’est pas incapable ! Je ne pense pas que le prophète Muhammad soit plus capable que Dieu de donner une formulation. C’est une parole théandrique, entièrement divine en amont. Mais, en se réfractant dans l’Histoire, elle ne peut parvenir aux hommes que si elle leur parle dans leur langue… En aval, parole entièrement humaine. Elle est soumise à toutes les approches possibles, philologiques, linguistiques. Les Arabes avaient dépensé des trésors d’ingéniosité dans l’approche de la langue pour comprendre le Coran. Mais l’approche peut être historique, sociologique, anthropologique et utiliser tous les outils d’aujourd’hui.

N. O.Comment réformer sans enfreindre la parole divine quand il s’agit de la charia, de l’apostasie, de la séparation de la religion et de l’Etat, de la sunna, du djihad, du voile ?

M. Talbi. – Voilà bien des points d’interrogation. Ils constituent pour le musulman de bons poteaux indicateurs. Le questionnement – recommandé par la parole divine – s’est imposé de lui-même quand, au Nigeria, Safiya a été condamnée à la lapidation. Etait-ce acceptable pour moi ? Le réformiste se demande : cette loi est certes inscrite dans la charia, mais est-elle conforme à la seule source contraignante, le Coran ? Parce que, du point de vue de la réforme, tout le reste n’est pas contraignant.

N. O.Et si la sunna l’imposait ?

M. Talbi. – Mais laquelle ? Il faut qu’elle soit authentique. Le Coran est authentique, il n’en va pas de même pour la sunna. Elle a été mise en question dès sa naissance. Dans un texte, vous avez trois cents hadith (épisodes rapportés de la vie du Prophète), chez al-Bukhâri vous en avez cinq mille, chez d’autres, trente mille. Les musulmans ne sont pas d’accord sur la sunna. C’est le cœur du problème de la réforme. En vertu de quels critères prendre en compte les hadith ? En prenant appui sur la solidité de la chaîne de transmission, l’isnâd ? Il est aujourd’hui clair que cette approche ne permet pas de discerner l’authenticité d’une tradition. Certains hadith se contredisent, d’autres sont absurdes. Le critère que je propose pour une réforme, c’est le Coran : tout hadith en contradiction avec le Coran, avec sa lettre ou avec son esprit, est à écarter sans appel. Seul le Coran oblige.

Il en est de même pour la peine de mort pour apostasie en vertu du principe « qui change de religion doit être tué ». Or rien de tel n’existe dans le Coran. Au temps du Prophète, on changeait de religion plusieurs fois par jour, des versets nous le disent : des gens étaient musulmans le matin lorsqu’ils étaient avec des musulmans et polythéistes le soir avec des polythéistes. Le Prophète n’a pas pour autant ordonné d’inquisition, il n’a pas fait exécuter les pharisiens et les hypocrites. Le Coran parle des munâfiqûn (« hypocrites »). Le Prophète leur a dit : « Paix sur vous. » Alors ce hadith qui coupe les têtes est en contradiction totale avec le Coran. Je n’entends pas le réformer, je le rejette. La peine capitale prévue pour apostasie, elle aussi, n’existe pas. C’est une peine politique. Voyez Khomeyni avec Salman Rushdie. Et, lorsqu’on me dit que je suis apostat parce que je rejette la loi sur l’apostasie, je hausse les épaules. Cela m’est totalement égal. Je ne conteste pas le Coran, moi, je conteste à l’intérieur même de l’islam. Seul le Coran m’oblige, je suis pour sa lecture vectorielle. Le réformateur doit rechercher la direction la plus rectiligne, dans son sillage.

N. O.Les versets relatifs au djihad sont aussi coraniques…

M. Talbi. – Vous savez ce que le Coran en dit ? Il dit : « La ta’tadoû wa in ouetoudya aleykoum fa’tadoû bi mithli mâ ou’toudiya aleykoum. » (« Ne soyez pas les agresseurs mais si on vous agresse faites de même. »)

Voilà les lignes de front du réformateur : retourner à l’Histoire, au Texte, par une approche anthropologique et sociologique, et décaper la charia de toutes ces scories…

N. O.Vous parleriez d’une nouvelle charia ?

M. Talbi. – Absolument. Cela ne signifie pas qu’il faille tout détruire. Je dis oui au jeûne, à la prière, je dis non au voile. Ma position consiste à dire : Mademoiselle ou Madame, rien ne vous oblige à mettre un foulard sur la tête, sauf si vous êtes chrétienne parce que c’est saint Paul qui le dit. Seulement les chrétiennes, aujourd’hui, l’ont abandonné. Pas un mot dans le Coran sur la femme qui doit couvrir ses cheveux. Que l’on me trouve un seul verset où il y a le mot cheveux (chaar).

Il en va de même pour la question de l’usure, du ribâ. On n’a pas défini cette notion. Il n’y avait pas de banques du temps du Prophète. Ce qui était interdit, c’était l’appauvrissement des gens par la spéculation sur la nourriture.

N. O.D’où peut venir cette réforme à votre idée ? Ne risquez-vous pas de vous retrouver anathématisé comme Ali Abdel Razeq ?

M. Talbi. – Ali Abdel Razeq n’a pas convaincu, parce que nous vivons dans des régimes de dictature. C’est pourquoi je pense que le réformisme va réussir dans les communautés minoritaires d’Occident, là où il y a liberté. Si l’on arrive, au sein des musulmans d’Occident, à condamner la lapidation, par exemple. C’est impossible, m’objecterez-vous. L’essentiel, c’est qu’en conscience ce soit intégré. Que les musulmans d’Europe disent : « Ça, ce n’est pas notre islam. » Et non : « Hélas ! je n’ai pas tué ma femme qui est adultère ! C’est parce que la loi m’en empêche. Mais moi, en tant que musulman, j’aurais dû la mettre dans un trou et la faire lapider. Malheureusement, il n’y a pas de charia ici… » Tant qu’il y a aura des musulmans qui, à Paris, raisonneront ainsi, ce sera la faillite de l’islam. Il faut que les musulmans se réforment de l’intérieur, dans leur conscience musulmane, et arrivent à la conviction intime qu’ils sont en harmonie avec eux-mêmes tout en rejetant ce qui est contre la modernité, la justice, l’humanisme et qui n’est que le produit d’une époque révolue.

Le réformisme consiste à lire le Coran et subsidiairement la sunna avec les yeux des vivants et non avec ceux des morts, en se posant toujours cette question : « Dieu, qu’est-ce que Vous me dites, à l’instant, à moi ? » A moi, il me dit de faire le Bien. Pour un philosophe comme Luc Ferry (auteur de « l’Homme-Dieu »), c’est sa conscience qui le lui dira. Moi aussi, c’est ma conscience. Seulement la conscience de Luc Ferry est éclairée exclusivement par la philosophie, la mienne est éclairée par une lumière que je considère comme divine. Mais sans contrainte ; c’est ma conscience qui me le dit, une conscience qui a intégré en elle-même une lumière divine. Et je suis parfaitement libre devant ma conscience.

Note :

(1) – Où se rejoignent le divin et l’humain.

 

 




LA LAPIDATION : UN CRIME CONTRE L’ISLAM

2042007

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Par: Ikbal El GHARBI  Université EZZEYTOUNA (Tunisie) 

La violence contre les femmes n’est pas, certes, l’apanage des sociétés musulmanes. C’est un phénomène qui touche la grande majorité des sociétés dans le monde. D’ailleurs les nations unis ont décrété la journée du 25 Novembre comme journée mondiale pour l’élimination de la violence contre la femme. Cet intérêt international résulte de l’ampleur  du phénomène. 

En effet les statistiques sont terrifiantes : au USA une femme est battue tout les 15 secondes. 

En Afrique du Sud une femme est violée toutes les 23 secondes. 47% des canadiennes ont été victimes d’au moins un acte de violence physique. Dans le monde 50% des femmes ont subi des abus physiques de la part de leurs proches. 

En terre d’islam à coté de cette violence quotidienne, économique et sexuelle, persiste une injustice barbare à l’égard des femmes: la lapidation. 

Après les procès des nigériennes: Safia Huseini et Amina Lawal qui ont  suscité de forts mouvement de protestation dans le monde, les intégristes musulmans ont passé sur Internet une vidéo filmant la lapidation d’une femme! 

Comment les intégristes justifient-ils cette fureur et cette brutalité? Par l’islam. 

Cet acte barbare est présenté par les intégristes comme une sanction divine de zinaa, CAD l’adultère, dans l’intention de  préserver l’ordre moral. 

Dans cette perspective, il faut rappeler que l’islam est une religion mais aussi une culture qui gère la complexité de la vie en commun. 

Le Coran utilise un langage spécifique mêlant paraboles, récits, exhortations, injonction et autres figures de style. 

Les exégètes l’ont traduit en un langage conceptuel où on trouve les règles auxquelles le musulman doit se conformer. Ces règles ont été classées par les jurisconsultes en deux catégories: -         les Ibadats, règles qui régissent les relations de l’homme avec le divin 

-         les Mouamalat, les règles qui se rapportent à la vie courante, à la relation humaine. 

Dans ce contexte, les Fukaha font la distinction entre les Finalités qui sont éternelles et universelles et entre les lois, les normes, les règles qui elles sont temporelles. Ces règles sont des solutions conjoncturelles qui se sont imposées au prophète à un moment ou à un autre et qui sont de ce fait relatif et historique. Et c’est ce qui explique le mécanisme de versets abrogeant et des versets abrogés, des versets généraux et des versets spécifiques  grâce auquel  le caractère absolu du  Coran s’accommode  avec  la relativité de la condition humaine.    

Afin de clarifier la problématique de la lapidation , il faut mentionner que dans les sociétés anciennes, l’adultère  comme manquement à l’appartenance charnelle exclusive qui définit juridiquement le consortium conjugal a toujours été réprimé.  Les rapports d’un autre homme avec une femme mariée a toujours été répréhensible parce qu’il apparaissait comme une usurpation sur un droit de propriété du mari sur la femme. C’est aussi une atteinte au capital symbolique de l’homme, à son honneur. C’est enfin une faute contre la famille à laquelle la femme avait été intégrée souvent tenu pour un manquement à une obligation de pureté. 

Les  textes littéraires des anciens égyptiens décrivent les supplices qui frappent les amants coupables. Le code de Hammourabi, qui date du XVIIIeme siècle avant notre ère punit de mort par noyade la femme accusée d’adultère. Toutefois, ce code précise que la répression de l’adultère par l’autorité publique dépend de la libre décision du mari qui pouvait pardonner et épargner la coupable. 

La législation hébraïque ne réprime également que l’adultère de la femme, mais la condamnation de l’adultère est formulée d’une façon générale  et elle implique   la mise à mort des deux complices par lapidation. 

Il existe une conscience ches les musulmans, dés les origines, que leur religion n’échappait à aucune des l’influences de toutes les civilisations qui les côtoyaient. Et c’est pour ces raisons culturelles qu’en  islam aussi, l’adultère est considéré comme un péché. Il nécessite un had . Le hadd  est le terme technique  qui sert à désigner la sanction de certains actes interdits ou sanctionnés par le coran donc considérés comme des crimes contre la religion. Le Coran énumère des sanctions pour  le zinaa (commerce charnel illicite), son contre parti, le kadhf, l’accusation fausse du rapport illicite, la consommation d’alccol, le vol et le brigandage. 

Dans le Coran, première source de législation, on ne trouve aucun verset qui mentionne la lapidation. Les peines encourues par les coupables varient selon les circonstances de l’acte, ainsi que de l’  état matrimonial des amants. Par exemple si l’acte sexuel a eu lieu par la coercition physique ou morale, il n’y a pas de délit .En effet le Coran précise ce cas comme suit : «  Celui qui est en détresse mais ni rebelle ni transgresseur, pas de péché sur lui. Oui, Dieu est pardonneur et Miséricordieux. » (Sourate La Vache, verset 173). Si les coupables sont mariés, les sanctions coraniques sont les suivantes: 

1) la flagellation précisée à 100 coups de fouets: «La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les de chacun cent coups de lanière .Et que nulle douceur ne vous prenne à leur égard, en la religion de Dieu, si vous demeurez croyants en Dieu et au Jour dernier .Et qu’un groupe de croyants assiste à la punition des deux. »(Sourate La Lumière, verset 2) et 

2) l’emprisonnement à vie  ou  jusqu’à une date indéterminée: « Quant à celles de vos femmes qui commettent une turpitude, faite témoigner contre elles quatre d’entre vous. S’ils sont témoins, alors confinez  ces femmes aux maisons jusqu’à ce que la mort les achève, ou que Dieu leur ouvre une voie. »  (Sourate Les Femmes, verset 15). 

3) la réprimande  physique ou morale et la désapprobation sociale : «  Et si c’est deux hommes des vôtres qui l’ont commise, alors la torture, s’ils se repentent ensuite, et se réforment, alors passez. Oui, Dieu demeure accueillant au repentir, miséricordieux. » (Sourate La Vache, verset 16) 

4) la procédure de la malédiction liaan: si un mari constate l’infidélité de son épouse mais ne peut pas fournir quatre témoins oculaires. Le mari se présente devant le cadi et répète quatre fois « Puisse la malédiction d’Allah s’abatte sur moi si je mens en accusant ma femme d’adultère ». Le cadi entend par la suite le témoignage de la femme qui doit répéter quatre fois  » je jure devant Allah que mon mari ment en m’accusant d’adultère », elle conclue « Puisse la malédiction d’Allah tombe sur moi si mon mari dit la vérité » . On retrouve cette procédure dans le Coran: « Et quant à ceux qui lancent une accusation contre leur propre épouses cependant ils n’ont de témoignage que d’eux mêmes. alors le témoignage de l’un de ceux là consistera en quatre attestations qu’il est  certes, oui, du nombre des véridiques, et la cinquième:  que la malédiction de Dieu soit sur lui s’il est du nombre des menteurs. Et qu’on écarte de la femme la punition, si elle atteste Dieu, par quatre attestations, que l’autre est certes, oui du nombre des menteurs , et la cinquième:  que la colère de Dieu soit sur elle, s’il est du nombre des véridiques. » (Sourate La Lumière, versets 6,7,8,9).  Le Cadi peut alors prononcer le divorce. La femme n’est l’objet  d’aucune poursuite judiciaires .Cette procédure invalide les crimes d’honneurs qui stigmatisent actuellement la culture arabo-musulmane. 

Ces sanctions peuvent être abrogées par la shubha c’est-à-dire  la ressemblance de l’acte commis avec un autre licite et par conséquent, du point de vue subjectif, la présomption de bonne foi chez les accusés. 

Il existe une forte tendance, d’ailleurs exprimée dans une tradition attribuée au prophète, à restreindre autant que possible le champs d’application des peines et des sanctions sauf pour le kadhf, l’accusation mensongère d’adultère, afin, précisément, de restreindre et de limiter le hadd du zinaa

En outre,  les exigences les plus sévères concernent l’accusation d’adultère. on soumet les témoins  à des conditions  particulièrement difficiles quant à leur nombre (le mari doit rassembler quatre témoins oculaires  digne de foi), à leur qualification (ces témoins doivent voir l’acte charnel avec grande précision), et à la teneur de leurs déclarations (ls doivent faire leur déclaration verbalement, réunis ensemble, d’une manière claire et sans aucun équivoque  et si l’un d’entre eux  se rétracte les trois autres seront punis à recevoir 80 coups de fouet).   Par ailleurs, pour la majorité des musulmans, il est considéré comme plus méritoire de dissimuler les fautes et l’écart que d’en fournir les preuves et d’en témoigner.      

Ces directives de libertés et de tolérance  que nous retrouvons dans le Coran sont les vecteurs d’interprétation qui permettent d’adapter  les droits de l’homme et du citoyen. 

Car comme l’a écrit le penseur Mohamed IQBAL: «Le Coran est certes la première source du droit musulman, cependant le Coran n’est pas un code légal. Le principal but qu’il propose est d’éveiller chez l’homme une conscience plus haute de ses relations avec Dieu et avec l’univers ». 

Cf Le Saint Coran, Traduction et Commentaire de Muhammad HAMIDULLAH, Ed. Amaba Corporation, Maryland 1989







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