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29042009

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Visite à Jawdat Saïd – Par : Jean Marie MULLER

9042009

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Jawdat Saïd (né en Syrie le 9 février 1931) est considéré comme l’un des premiers penseurs musulmans qui s’est efforcé d’introduire la notion de non-violence dans le monde islamique. Sans conteste, l’œuvre de ce penseur syrien s’avère particulièrement originale et féconde et il faut regretter qu’elle n’ait pas été davantage mise à profit au sein même du monde musulman.

Il expose sa pensée dans un livre publié en 1964 et intitulé « La doctrine du premier fils d’Adam, Le problème de la violence dans le monde islamique. »

Dans ce livre, il entend répondre aux écrits de Sayyid Qutb pour lequel, nous l’avons vu, le Coran légitime la violence pour faire triompher la cause de Dieu.

Il considère que la réponse d’Abel à son frère aîné Caïn qui menace de le tuer : « Si tu portes la main sur moi pour me tuer, je ne porterai pas la main sur toi pour te tuer. » (V, 28) exprime clairement l’attitude que le croyant musulman doit adopter pour faire face à l’homme violent.

« Qu’il s’agisse d’un événement historique ou d’une histoire symbolique, commente Jawdat Saïd, ce qui me semble important dans cette histoire, c’est la voie qu’elle indique pour que l’humanité s’élève au niveau de l’esprit. (…) Il n’existe aucune hésitation ni aucun doute dans la position d’Abel. Il est déterminé et il a la volonté de faire face aux conséquences de son attitude[1]. »

En prenant le risque de mourir pour ne pas tuer, Abel témoigne de la responsabilité morale que l’homme doit assumer en refusant toute complicité avec le mal. Ainsi, selon la mythologie adamique rapportée par le Coran, l’histoire n’a pas commencé par un meurtre, mais par un acte de non-violence. Le récit place d’emblée l’humanité devant le choix existentiel entre la violence et la non-violence. Jawdat Saïd cite un hadith rapporté par l’imam Ahmad selon lequel à un compagnon qui lui demandait : « Si quelqu’un rentre chez moi par effraction pour me tuer, comment dois-je me comporter ? », le prophète répondit : « Sois comme le fils d’Adam[2]. » Jawdat Saïd regrette que la jurisprudence islamique n’ait pas donné à ce hadith toute l’importance qu’il mérite.

Pour sa part, il va construire sa réflexion théologique en se référant constamment à l’exigence de non-violence qui fonde l’attitude du second fils d’Adam. « Comment, interroge-t-il pouvez-vous être un musulman si vous n’acceptez pas de suivre la voie du fils d’Adam[3] ? »

« Le Coran, précise Jawdat Saïd, montre la détermination de tous les prophètes à partager l’attitude du fils d’Adam, à résister au mal et à exercer la patience en face de la persécution que leur propre peuple leur inflige. Ils persévèrent à appeler au dialogue et en supportent toutes les conséquences. Ils refusent de répondre par le mal au mal qui leur est infligé. Ils sont déterminés à ne pas régresser vers la loi de la violence parce que, pour eux, celle-ci constitue un blasphème[4]. »

Ainsi, Jawdat Saïd voit dans la détermination des prophètes à refuser de se défendre par la violence et à rester patients alors mêmes qu’il sont agressés, le principe même de l’attitude non-violente. Il parle encore de « l’intégrité intellectuelle » des prophètes qui entendent faire prévaloir contre toute contrainte la liberté de penser et de croire. Et il cite la parole des prophètes à ceux qui les persécutent telle qu’elle est rapportée par le Coran : « Nous sommes patients dans les peines que vous nous infligez. » (XIX, 12)

Le Coran rapporte que lorsque Dieu voulut établir l’homme sur terre, les anges lui dirent : « Vas-tu établir quelqu’un qui fera le mal et qui répandra le sang, tandis que nous célébrons tes louanges et que nous proclamons ta  sainteté ? » Dieu leur dit alors : « Je sais ce que vous ne savez pas ». (II, 30), comme pour leur signifier que leur prédiction n’était pas une fatalité. Dieu fait confiance aux capacités et aux possibilités de l’homme. « Dieu, dit alors le Coran (II, 31), apprit à Adam tous les noms. », alors même que les anges ne les connaissaient pas. « C’est comme si Dieu disait, commente Jawdat Saïd, que le pouvoir de l’homme vient de sa capacité à nommer les choses de la création, à leur donner des noms symboliques, une capacité à devenir digne d’être le lieutenant de Dieu sur terre[5]. » La science des noms permet à l’homme de parvenir à la connaissance des choses. Ainsi, par son intelligence – Jawdat Saïd par son « système nerveux » -, l’homme, et lui seul parmi les créatures, est capable de nommer le bien et le mal, et les conséquences de l’un et de l’autre. Même si, dans une large mesure, aujourd’hui encore l’homme réalise la prédiction des anges plutôt qu’il n’accomplit la mission que Dieu lui a donnée, le penseur syrien veut affirmer sa confiance dans l’évolution de l’humanité : « Dieu, affirme-t-il, a dit la vérité quand il a dit que les anges ne savaient pas que l’homme dépasserait le stade où il faisait le mal et répandait le sang. En vérité, nous ne sommes pas réduits aux conjectures, car nous voyons dans le monde que cela est une évidence ; cela se vérifiera et cela dans un futur pas très lointain[6]. »

Cependant, pour l’heure, « notre histoire, hélas, remarque Jawdat Saïd, est encore l’accomplissement de la prédiction des anges concernant notre espèce. » Les relations humaines fondées sur l’équité et la compassion sont encore marginales dans l’histoire. Jawdat Saïd estime que ce sont les intellectuels qui ont la plus grande responsabilité dans le fait que les sociétés sont gangrenées par l’injustice et la violence. Car ce sont eux qui, par leur enseignement, façonnent la culture des sociétés, ce sont eux qui font que les peuples vivent dans la connaissance ou dans l’ignorance. Or, aujourd’hui, les intellectuels ont délaissé l’enseignement des prophètes et sont devenus des « guides aveugles » : « ils sont les nouveaux gardiens du dieu de la guerre[7] ». Il est urgent que les hommes accomplissent le rêve des prophètes en prenant le chemin de la paix : « Les prophètes ne sont pas venus pour rivaliser dans un combat violent, ils sont venus pour rivaliser dans la bonté, en voulant construire une société entièrement pacifiée dans laquelle tous les êtres humains sont égaux sous la loi[8]. » La maladie de la violence dont souffre les sociétés rappelle l’époque des épidémies : « Alors, à cause de l’ignorance qui régnait concernant les causes des maladies, les épidémies de la peste dévastaient les communautés, laissant derrière elles des millions de morts. » Mais la science a permis de comprendre les microbes et de trouver les médicaments qui permettent de combattre ces épidémies et de guérir les malades. « De même, affirme Jawdat Saïd, les guerres qui éclatent ici et là sont causées par l’ignorance des microbes intellectuels par lesquels les communautés sont infectées de haine et les individus se laissent influencer au point de commettre des atrocités. Dans le monde d’aujourd’hui qui se fie à la science, nous nous préoccupons de la prévention de la guerre bactériologique, tout en ménageant les virus qui nous détruisent : nos nourritures intellectuelles restent polluées. Nous ne pouvons pas nous permettre de persister dans la confusion ou l’ignorance à propos de ces germes envahissants[9]. »

C’est par ignorance que l’homme recourt à la violence : celle-ci « vient d’une fausse connaissance[10] » qui ignore le bien et le mal. C’est la connaissance du bien et du mal, telle qu’elle est enseignée par la Bible et le Coran, qui permet à l’homme d’emprunter la voie droite, la voie de la sagesse en évitant le mal et en faisant le bien. Combattre le mal par le meurtre, « c’est comme briser une vitre au lieu de la laver ». C’est tuer le malade au lieu de le guérir : « Puisque que nous n’acceptons pas que les médecins tuent leurs patients, il est difficile de comprendre pourquoi nous acceptons que des intellectuels ou ceux qui prétendre être les enfants de Dieu glorifient le meurtre de l’ignorant au lieu de l’enseigner et de le guider[11]. »

Les prophètes ont voulu fonder et établir une nouvelle éthique en se fondant sur l’attitude non-violente du second fils d’Adam dont la position peut se résumer ainsi : « Je connais le bien et le mal et j’ai renoncé à suivre la loi de la jungle. Tu peux me tuer, mais tu ne me transformeras pas en un meurtrier. » C’est comme si Abel avait dit à son frère : « Tu peux me tuer. Je mourrai de toute façon même si  tu ne me tues pas. Mais je ne veux pas faire de ma mort un meurtre légitime. Je refuse de t’accorder le bénéfice du meurtre. Je le ferai en refusant d’entrer dans la bataille des corps avec toi, parce que si je me défends tu croiras à l’efficacité du meurtre. J’abrogerai et j’annulerai le bénéfice du meurtre et je le rendrai abominable à tes propres yeux. Et Abel a gagné quand « Caïn dit à Yahvé : « Ma peine est trop lourde à porter. » (Genèse, 4, 13). Dans le Coran, Caïn devient plein de remords et de regrets. Alors que les soldats considèrent leur victoire dans le combat comme héroïque et même que l’assassinat d’une personne qui est armée et protégée comme un geste habile, le meurtre de ceux qui ne se défendent pas est regardé comme un geste effrayant. En refusant de nous défendre, comme le fils  d’Adam et les prophètes, nous nous libérons de la peur de mourir et nous rendons le meurtre criminel[12]. »

Jawdat Saïd souligne que Jésus a demandé à l’un de ses disciples de remettre son épée au fourreau en précisant : « Celui qui prend l’épée périra par l’épée. » Matthieu, 26, 52) Et il voit dans le fait que « les premiers disciples de Jésus ont résisté à l’État alors qu’ils étaient engagés dans la voie de la non-violence[13] », la preuve que l’histoire nous montre la possibilité de résister à la tyrannie sans recourir à la violence. Jawdat Saïd souligne que « tous les prophètes ont interdit l’usage de la violence en établissant une société où règne l’état de droit, parce qu’on ne peut pas établir une telle société tant qu’on croit à l’efficacité de la violence[14] ». Mais il doit être bien clair que le renoncement à la violence ne doit pas signifier un renoncement à  la lutte pour la justice : « Quand quelqu’un me dit que je veux que nous arrêtions la résistance et que nous nous rendions à notre ennemi, je réponds que nous ne  devons pas arrêter de résister ; mais je dis que s’il y a une autre voie qui est plus efficace, plus profitable et moins coûteuse, alors nous devons choisir cette alternative[15]. »

Les prophètes ont enseigné au soldat à désobéir plutôt que de devenir un criminel de guerre. « Le monde veut qu’un soldat soit comme un fusil qui n’a aucun choix et qui se soumet aux ordres sans le droit d’objecter. » Le premier enseignement des prophètes est d’éviter le mal et de persévérer sur la voie du bien. « Un soldat qui connaît la différence entre le bien et le mal est inutile dans les armées du monde. Qui achèterait des armes qui sont capables de désobéir aux ordres ? Qui achèterait une épée qui distingue le bien du mal ? C’est pourquoi les prophètes n’ont pas voulu fabriquer un fusil fait de chair et d’os[16]. » C’est pourquoi, souligne Jawdat Saïd, toutes les armées du monde entraînent les soldats à obéir sans protester « en leur inculquant que c’est l’autorité qui assume la responsabilité de la décision – ainsi le veut la législation des hommes[17] ». Mais il en est tout différemment dans la législation de Dieu. Jawdat Saïd cite la sourate XCVI (9 et 19) dans laquelle le Coran ordonne formellement au croyant de désobéir à celui qui voudrait lui interdire de prier : « Non ! Ne lui obéis pas ! ». L’attitude qui doit être celle du croyant face aux ordres et aux lois est donc claire : « Un croyant doit apprendre à obéir aux lois quand le commandement énoncé est en harmonie avec les commandements de Dieu et à leur désobéir lorsque le commandement est contraire au commandement de Dieu, comme il en est au sujet de la prière. C’est cette connaissance qui permet à l’individu de prendre conscience qu’il a le pouvoir de changer les choses, avec aucune perte pour aucune partie, avec profit pour toutes les parties[18]. » C’est pourquoi, tout particulièrement, le musulman doit désobéir aux tyrans lorsqu’ils lui commandent de tuer d’autres musulmans : « Les autres attendent que tu commences, comme tu attends qu’ils commencent. Soit le premier à obéir à Dieu et à désobéir aux tyrans[19]. » Ceux-ci continueront à donner l’ordre de tuer tant que les soldats diront : « Yes, Sir ! ».

Selon Jawdat Saïd, les opprimés sont pour une large part responsables de l’oppression qu’ils subissent. Pour affirmer cela, il se réfère à la sourate III (165) : « Lorsqu’un malheur vous a atteints, (…) n’avez-vous pas dit : « D’où vient cela ? » Réponds : « Cela vient de vous ». « Ainsi, commente-t-il, le Coran est le seul livre qui réprimande la victime davantage que le persécuteur. Cela, parce que l’oppresseur ne peut maintenir son oppression qu’avec notre complaisance et notre collaboration ; si nous lui retirions cette collaboration, il s’effondrerait[20]. » L’homme peut se libérer du tyran, non pas en le tuant, mais en refusant  de lui prêter allégeance. Pour cela, il doit cesser de rendre un culte idolâtre au pouvoir des puissants. « L’homme a vénéré et vénère encore le pouvoir, et il vénère celui qui tient le pouvoir[21]. » En faisant appel à sa conscience, à sa raison et à son intelligence, l’homme doit comprendre qu’il a le pouvoir de ne pas être exploité par un autre, par un homme qui est son semblable. « La plus grande vérité, écrit Jawdat Saïd, que les prophètes ont apprise et qu’ils se sont efforcés d’enseigner est qu’un être humain ne peut pas être exploité ou humilié sinon avec son consentement et du fait de son ignorance. Dès lors qu’il  est éclairé par la connaissance, personne ne peut l’exploiter ou l’humilier – il ne le tolérerait pas. (…) La connaissance est un pouvoir, la connaissance est la liberté et la connaissance est universelle. (…) Seul l’ignorant peut être exploité[22]. »

Á propos du conflit israélo-palestinien, Jawdat Saïd cite Malik bin Nabi qui a l’habitude de dire : « Quand vous parviendrez à parler davantage de votre propension à être colonisés que de la colonisation, c’est alors que vous aurez accompli le premier pas vers une solution[23]. »

Jawdat Saïd rejoint ici les réflexions d‘Étienne de la Boétie, d’Henry David Thoreau et de Gandhi, reprises par tous les théoriciens  de la stratégie de l’action non-violente, selon lesquelles c’est en effet la complicité des opprimés avec leurs oppresseurs qui fait la force de l’oppression qu’ils subissent. Étienne de la Boétie (1530-1563) fut l’un des premiers à exprimer clairement l’efficacité potentielle d’une politique de non-coopération dans son Discours sur la servitude volontaire. Constatant que le pouvoir d’un tyran repose tout entier sur la complicité volontaire du peuple, il demande qu’on lui fasse comprendre « comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire[24]« . En réalité, c’est le peuple lui-même qui offre au tyran les moyens dont il a besoin pour l’opprimer. Dès lors, il suffit que les sujets du tyran cessent de lui prêter leur concours pour que la tyrannie s’écroule. « Vous pouvez vous en délivrer, affirme La Boétie, sans même tenter de le faire, mais seulement en essayant de le vouloir. Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le heurtiez, ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser[25]. »

Jawdat Saïd veut voir dans la révolution iranienne de 1979, qui permit de mettre un terme au régime du Shah, l’illustration exemplaire de la possibilité pour le peuple de renverser un pouvoir autoritaire sans recourir à la violence. « La révolution iranienne, écrit-il, fut une révolution populaire, une révolution faite par les femmes davantage que par les hommes. Ce fut un événement remarquable. (…) Quand le Shah imposa le couvre-feu, Khomeiny ordonna : vous devez, les femmes comme les hommes, défier cet édit et aller dans les rues, les femmes doivent offrir des fleurs aux soldats du Shah. (…) C‘est ainsi que le Shah fut expulsé sans qu’une balle ou un missile ait été tiré. » Pour autant, l’exemple iranien n’est qu’à moitié convaincant. Car s’il est bien exact que l’ayatollah Khomeiny parvint à prendre le pouvoir sans recourir à la violence, le régime théocratique qu’il installa fut loin de satisfaire les exigences de la démocratie que Jawdat Saïd tient lui-même pour essentielles pour construire un régime politique qui protège la liberté des citoyens.

Jawdat Saïd veut voir dans l’injonction du Coran « Pas de contrainte en religion » (II, 256) un commandement divin qui doit régenter non seulement la vie religieuse des individus, mais aussi la vie sociale et politique des communautés, des peuples et des nations. Le principe du refus de la contrainte, insiste-t-il, est également vrai dans la sphère du politique. Ce principe trace la frontière entre la voie droite et l’impasse. « La violence, écrit-il, doit être éliminée ; pas de contrainte en religion, ni dans la confrontation des opinions, ni en politique ; c’est plutôt la persuasion, l’appel à la sagesse et l’exhortation au bien qui doivent prévaloir ; c’est le débat et la discussion qui doivent s’instaurer dans une voie pacifique[26]. » Il ajoute encore : « C’est votre devoir, en tant que croyants, de transformer la société par la persuasion et non par la contrainte. Une personne qui recourt à la contrainte, et celle qui réagit en recourant à  la contrainte, l’une et l’autre appliquent la loi de la jungle[27]. »

C’est au nom de ce principe du refus de la contrainte que Jawdat Saïd plaide en faveur de la démocratie. « C’est dans cette voie que les prophètes ont posé les fondements de la démocratie[28]. » Ce principe implique le respect de la liberté de conscience, de la liberté d’opinion, de la liberté de religion et de liberté d’expression. Á la question : « Quel est le sens de la démocratie ? », Jawdat Saïd répond : « La démocratie signifie que toutes les parties se mettent d’accord pour penser que les questions politiques ne doivent pas être résolues par la violence. La démocratie n’est pas instaurée dans un pays dans lequel les gens croient dans la légitimité ou la nécessité d’instaurer l’état de droit par la violence[29]. » Et il s’étonne de voir des musulmans portant des pancartes sur lesquelles ils ont écrit : « La démocratie est une hérésie » et qui endurent de vivre sous la loi de tyrans.

Jawdat Saïd a l’honnêteté et le courage de reconnaître qu’« en vérité, beaucoup de nations mettent aujourd’hui en pratique le principe « Pas de contrainte en religion », alors que les musulmans ne le font pas[30]. » L’histoire est une source de la connaissance et les musulmans doivent confronter les enseignements du Coran avec les leçons de l’histoire. Selon lui, si les musulmans se mettent à l’écoute de l’histoire, ils reconnaîtront que la démocratie accomplit mieux que tout autre régime politique l’exigence de justice qui est au cœur de la foi coranique. « Il doit être dit, affirme Jawdat Saïd, que la démocratie est plus près de Dieu et de son prophète que la vie présente des musulmans – la démocratie et le rejet des tyrans n’ont pas été découverts et réalisés par les musulmans ; la démocratie a été établie par d’autres nations[31]. » Lorsque j’ai rencontré Jawdat Saïd, en juillet 2008, dans sa maison de la banlieue de Damas, il m’a dit qu’il était fort reconnaissant aux démocraties européennes d’avoir supprimé la peine de mort. Celle-ci, pourtant, est clairement inscrite dans la jurisprudence coranique.

Selon lui, la charia, qui est la loi de Dieu, exige la justice pour tous, c’est-à-dire l’équité pour tous, croyants et non-croyants. Au sujet des prescriptions parfois contradictoires de la charia dans le Coran, Jawdat Saïd n’hésite pas à affirmer : « La charia doit évoluer vers ce qui est le meilleur, vers ce qui est le plus bénéfique. Le plus profitable doit abroger ce qui est le moins profitable[32]. » Ici, le penseur syrien prend clairement position dans le débat décisif au sujet de la question de savoir quels versets doivent abroger quels autres. Il ne retient pas la doctrine orthodoxe selon laquelle les versets les plus récents abrogent les versets les plus anciens, mais il plaide pour que les versets qui correspondent le mieux aux exigences de la justice abrogent ceux qui y correspondent le moins.

Quand on lui demande si, en rejetant la violence et en prônant la non-violence, il ne récuse pas le jihad armé qui est communément considéré comme un commandement de Dieu, et s’il n’invite pas les musulmans à se rebeller contre Dieu, son Prophète et son Livre, Jawdat Saïd répond : pensez-vous que « si nous décidons que l’esclavage et toutes les règles qui se rapportent à lui doivent être abrogées, ce serait une annulation des commandements révélés dans le livre de Dieu[33] ? » Et se référant au verset 60 de la sourate VIII qui commande aux musulmans de « tenir prêts des chevaux » afin d’effrayer l’ennemi de Dieu, Il demande malicieusement : « Si quelqu’un dit que la préparation des chevaux pour le jihad est quelque chose qui appartient au passé et qui de nos jours ne peut pas être considéré comme une force pour combattre l’ennemi, un tel raisonnement serait-il un défi lancé à Dieu et à son livre[34] ? » Jawdat Saïd ne cesse de dire qu’il appartient à chaque génération, au bénéfice des enseignements de l’histoire, de découvrir de nouveaux horizons au-delà de la vérité perçue par les générations précédentes. Et il appartiendra aux générations futures de poursuivre cette quête de la vérité qui ne cessera jamais. Á ces yeux, ce serait une erreur de lire  le Coran comme l’expression définitive de la vérité, figée une fois pour toutes. C’est le Coran lui-même qui invite les hommes à être toujours en partance.

Jawdat Saïd a confiance dans l’évolution de l’humanité : « De manière figurative, nous sommes les descendants du fils d’Adam qui est le meurtrier, mais nous commençons à prendre le chemin de l’autre fils. » L’exemple  de « ceux qui ont été tués pour leurs idées comme le fils d’Adam, Socrate, Jésus et Gandhi » commence à éclairer les consciences. En définitive Jawdat Saïd veut croire que « le sang du fils d’Adam n’a pas été versé en vain[35] ».


 

[1] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, www.jawdatqaid.net.

[2] www.bladi.net.

[3] Réponses aux questions de Abdul-Jabbar Al-Rifa’ee, rédacteur en chef du journal iranien Curent Islamic Issues, www.jawdatsaid.net.

[4] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[5] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[6] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[7] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[16] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[17] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[18] Ibid.

[19] Ibid.

[20] Ibid.

[21] Ibid.

[22] Ibid.

[23] Ibid.

[24] Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, Paris, Payot, 1978, p. 174-175.

[25] Ibid., p 183.

[26] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30] Ibid.

[31] Ibid.

[32] Ibid.

[33] Ibid.

[34] Ibid.

[35] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

Remerciements: 

Je tiens à remercier MIR-IRG et son journal trimestriel d’information « Le sentier de la Paix » de m’avoir envoyé ce texte intégral de Jean Marie Muller. 

RDV très important !

Jawdat SAÏD est l’invité du MIR-IRG durant la période du 7 au 14 mai 2009. 

Le samedi 9 mai après-midi, Jawdat SAÏD animera une conférence à Bruxelles autour de la question de:

« La nonviolence en Islam« 

(la traduction arabe/français est prévue)

Si vous êtes intéressés, inscrivez-vous via :

mirirg@swing.be 




L’Islam est une religion de non violence

3042007

photojawdatsaid.bmp

Par : Bashar Humeid 

Publié en 1966, l’ouvrage intitulé « La Doctrine du Premier Fils d’Adam: Le Problème de la Violence dans le Monde Islamique » a été la première publication dans le mouvement islamique moderne à présenter un concept de la non-violence. Ce livre, qui en est à sa cinquième édition, est encore disponible aujourd’hui. 

Il a été écrit par Jawdat Saïd, né en Syrie en 1931, puis parti dès son plus jeune âge en Egypte pour étudier la langue arabe à l’Université Azhar. Il y prit une part active dans la vie culturelle égyptienne. Il entretenait des liens étroits avec le mouvement islamique de cette époque. 

A cette époque déjà, Saïd avait attiré l’attention sur les effets négatifs de la violence qu’entretenait le mouvement islamique en Egypte, et avait écrit son livre comme une réponse directe aux écrits de Sayyid Qutb, mort en 1966, et considéré comme le père de l’Islam militant. 

D’autres intellectuels du monde islamique s’étaient également insurgés contre Qutb à cette époque, parmi lesquels Hasan al-Hudaybi, le leader des Frères Musulmans égyptiens. 

Au début des années 1980, les Frères Musulmans de Syrie commencèrent – en dépit des avertissements de Saïd – à se rebeller contre le gouvernement de Hafez al-Asad. Cette révolte fut matée dans le sang, et se termina en 1982 par un massacre dans la ville de Hama. 

A la suite de cette défaite, le mouvement commença en envisager sérieusement l’idée d’une démilitarisation. A l’époque, les écrits de Jawdat Said connurent une popularité toujours croissante dans les milieux islamiques activistes. 

Le concept de la non-violence selon Said 

Dans l’introduction à son livre « La Doctrine du premier Fils d’Adam », Jawdat Said se place dans la tradition de réformateurs islamiques tels que Abd al-Rahman al-Kawakibi (mort en 1902) et Muhammad Iqbal (mort en 1938), le poète et philosophe mystique indien. 

Saïd y souligne également l’importance de l’écrivain algérien Malik bin-Nabi (décédé en 1973) et de son ouvrage intitulé « Les Conditions de la Renaissance ». 

Ce que ces philosophes ont en commun est l’accent mis sur la réforme au sein des sociétés islamiques. Ils voient les problèmes dans leurs sociétés plus comme le résultat d’évolutions internes défavorables que comme celui de l’intervention coloniale. 

Les travaux de Saïd sur la non violence font partie d’une série d’écrits traitant de problèmes personnels et sociétaux, et qui servent de repères aux activités islamiques. Ils s’adressent en premier lieu à la jeunesse islamique, et présentent un type de vie islamique qui réfute la violence. 

La non-violence comme commandement divin 

Saïd considère cette approche comme fondée sur le Coran. Dans la Sourate 5, versets 27–31, on peut lire comment « Abel, qui craignait Dieu » avait même refusé de se défendre contre son frère, bien qu’à la fin, Caïn le tua. 

Saïd voit cela comme une quête de l’humanité, pour réagir « comme le premier fils d’Adam, qui ne s’est pas défendu contre les attaques de son frère ». La non-violence exprimée par le fils d’Adam constitue, aux yeux de Saïd, « une position à laquelle doit aspirer l’humanité entière, et à y adhérer comme l’un des commandements divins. » 

De plus, Saïd se réfère aux histoires des différents prophètes du Coran et souligne que les seules charges dont ils furent accusés fut leur croyance en un Dieu unique de la création. Aucun d’eux, toutefois, ne tenta de propager ses idées par la violence. 

Saïd y voit l’indication claire que la pratique de la violence est incompatible avec la foi même du Coran. Mais comment Saïd explique-t-il alors les autres versets du Coran qui appellent les croyants à se battre ? 

Différentes interprétations du Coran 

Du point de vue de Saïd, le Coran stipule deux conditions préalables pour une guerre légitime. D’abord, la guerre ne doit être déclarée que si l’adversaire défie le principe fondamental du Coran de « non coercition de religion », c’est-à-dire si l’ennemi viole le principe de « liberté d’opinion. » 

Ensuite, la nation qui déclare la guerre doit elle-même adhérer à ce principe. 

Dans son livre datant de 1988, « Lis! Le Seigneur ton Dieu est Bienveillant », Saïd expose son idée d’un Islam exempt de toute violence en développant une approche importante à l’interprétation du Coran. 

Il souligne que les diverses interprétations du texte du Coran constituaient un défi même pour les premiers disciples du Prophète Mahomet. 

Il cite le quatrième Calife, Ali ibn Abi Talib, qui, en désaccord avec ses adversaires (les Kharijites) exigea que l’on ne tienne pas compte des textes parce que chaque groupe avait sa propre manière de les interpréter. En place, les aspects pratiques devaient être discutés pour tenter de parvenir à une solution satisfaisante. 

Saïd en conclut que le Coran demande aux gens de rechercher la vérité dans le monde réel, et non dans les textes du Coran. L’appel à « parcourir la terre » se répète treize fois dans le Coran. Saïd en tire la conclusion que cela constitue une partie de la révélation divine: chercher la connaissance sur le monde, son histoire et ses sociétés. C’est là que réside pour lui la « signification profonde et le miracle du Coran ». 

De nouvelles interprétations du Coran 

Cet appel à « parcourir » est couplé à l’exigence de la lecture. Après tout, « Lis ! » est le premier mot révélé au Prophète. Saïd interprète cela comme un appel à se familiariser avec l’histoire de l’aventure humaine, à laquelle on accède en premier lieu par le biais de la lecture. 

Etayant son point de vue par des approches provenant de la tradition islamique, Saïd trace ainsi la voie à une nouvelle interprétation du Coran qui ne met plus l’accent sur les textes sacrés, mais place plutôt l’expérience humaine aux avant-postes. 

C’est la raison pour laquelle les interprétations de Saïd ont été sévèrement attaquées par la pensée conservatrice. L’un de ses adeptes, Adel al-Tal, écrivit un livre en 1995 dans lequel il accusait Saïd d’être un « matérialiste déguisé en musulman. » 

Conflit entre science et violence  

Mais à ce jour, Saïd est resté fidèle au texte du Coran. Il cite souvent le Coran pour étayer son point de vue sur la non-violence. 

Le passage qu’il cite le plus souvent est la Sourate 2, versets 30-33, dans laquelle les anges protestent contre la décision de Dieu d’envoyer un représentant sur terre. Leur argument consiste à dire que ce représentant ne fera rien d’autre que semer le trouble et répandre le sang. En réponse, Dieu enseigne à Adam « toutes les choses et leurs noms. » 

Saïd comprend ce passage comme une dispute symbolique entre science et violence. Dans le langage des versets du Coran, cela signifie une dispute entre « donner des noms » et « créer le trouble et répandre le sang ». 

L’humanité, conclut Saïd, devrait et peut utiliser la capacité donnée par Dieu à raisonner pour réaliser la paix sur terre. 

Source : http://www.magharebia.com




Etiquettes !

21032007

 

            Anarchiste, Bouddhiste, Capitaliste, Darwiniste, Extrémiste, Féministe, Gaulliste, Hégémoniste, Islamiste, Jihadiste, Lepéniste, Machiste, Négationniste, Optimiste, Polythéiste, Révolutionniste,  Salafiste, Terroriste, … etc.

 

             Autant d’étiquettes idéologiques animées par des « logiques » partisanes et groupusculaires qui continuent à causer plus de mal que de bien ! Et qu’on utilise fréquemment,  dans le sens d’emprisonner les gens dans des ghettos de « pensée cataloguée », entravant ainsi toute tentative de dialogue serein et de coexistence basée sur une paix permanente !

 

            Comme si, l’appartenance est la destinée indissociable à l’homme. Comme si, il faut être catalogué quelque part pour être quelqu’un. Comme si, l’appartenance pure et simple au genre humain ne suffit pas à elle seule.          

 

            En ce qui me concerne, quelques uns cherchent sans cesse à me coller sur le dos l’étiquette de « coraniste », qui veut dire dans le jargon des « Mollahs », celui qui renie ladite « Sunna (tradition) prophétique », et qui considère que le Coran  suffit à lui seul pour vivre sa « religion musulmane ».

 

            Dans un forum de discussion sur le Net, on se pose cette question, à savoir : Suis-je « coraniste » ? Suis-je quelqu’un qui renie ladite « Sunna prophétique» ? (Constater bien que la terminologie utilisée est le verbe « renier », faisant allusion à une étiquette meurtrière qui est « renégat »).

 

            Cette logique définit le « coraniste » comme étant celui qui, voulant expliquer le Coran par le Coran, renie ladite « Sunna prophétique », et par extrapolation, cela veut dire aussi renier la prophétie même du Prophète Mohammad, paix sur lui, et par conclusion, renier l’islam !

 

            Il s’agit bien évidemment d’une « logique » de raccourcis multiples : coraniste = renégat = diviseur de la communauté = ennemi à battre = Tuez-le !

 

            Une « logique » qui fait abstraction aux droits élmentaires, dont chacun doit profiter pleinement. Et qui veut imposer la terreur comme moyen très efficace, pour garder les « vivants » sans voix et sans avis, sous l’autorité paternaliste et millénaire des « morts » !

 

            « Réfléchir » – en vivant – n’est plus un verbe du deuxième groupe qui caractérise l’Homme qui se sépare du stade animal, mais au contraire, il devient un crime contre « l’humanité morte » depuis des siècles !

 

            « Penser » devient un pêché commis à l’encontre des clergés divinisés dont la seule façon de s’en débarrasser est de se repentir sincèrement. Sinon !?

 

            « Publier » ses avis dans un tel contexte représente une menace et un danger pour une « communauté musulmane » qui est « mal en point » et qui est « assez divisée » !  Surtout si cette même « communauté », déteste que l’on dérange son sommeil profond en préférant rester maintenue sous anesthésie générale. 

 

            Dans ce contexte d’endormissement forcé, la seule parole admise est celle qui propage l’ignorance sous voile de la connaissance, la terreur sous voile de la tolérance, la violence sous voile de l’indépendance, et la pire dictature sous voile de la clémence. Bref, une parole kidnappée et sous-traitée aux différents clergés et imams. Qui font autorité par le biais des chaînes satellitaires ou par les réseaux d’institutions politico-religieuses imposant ainsi le silence aux vivants – à coup de « Hadiths (citations apparentés au Prophète) » – pour faire parler les morts ! 

 

            Quand j’ai décidé d’écrire mon premier livre « Mollahs de la consommation », j’étais conscient de tous ces risques et je le suis toujours. Mais à quoi bon croire en l’unicité de Dieu et vivre déchiré entre Dieu et ceux qui s’autoproclament Ses portes paroles ? A quoi bon croire en l’Unique et vivre schizophrène ? A quoi bon savoir lire le Coran et préférer l’assistanat religieux des Mollahs ?  A quoi bon fermer sa bouche sauf chez le dentiste ? A quoi bon vivre sans aimer ? Exister sans penser ? Ecouter sans parler ? Imiter sans créer ? Consommer sans produire ? …

 

            Et bien, j’ai fait le choix, difficile parait-il mais surtout libérateur. Celui de vivre et d’exister. Malgré la présence des prédateurs et du climat hostile. L’Homme n’est-il pas celui qui compose avec les défis pendant un moment, pour les comprendre, et qui les surmontent quand il dépasse ce stade ?

 

            J’ai fais le choix de vivre ma dignité d’homme, de donner du sens à mon existence, d’être utile, ne serait-ce que pour réveiller les esprits endormis, pour qu’ils se dressent enfin et pacifiquement contre toute manipulation de tout genre !

            J’ai fais le choix de vivre amplement ce monde qui évolue en permanence. De défendre corps et âme, cette conception selon laquelle, le temps des maîtres à penser et des idéologies de confrontations – qui ont façonné le monde ancien et qui ont dominé les consciences – est révolu.

            Je suis de ceux et celles qui ont opté pour l’autonomie individuelle, pour le partage dans la démocratie où il n’y a plus ni élite ni élus de Dieu, mais où chacun a sa place et sa fonction, selon ses capacités, son éthique, son intégrité, son aptitude à servir sans se servir ni asservir.

            Je suis de ceux et celles qui veulent vivre la liberté dans la paix, et vivre la paix dans la liberté et d’acquérir les deux dans la dignité !

            J’ai fais le choix de donner à ma foi une cohérence d’ensemble. Car je n’accepte plus revendiquer à la fois cette cohérence et faire dans mon quotidien tout le contraire.

 

            Et pour cela, un travail d’introspection et d’autocritique, qui est d’ailleurs toujours en marche, me permet de m’arrêter sur mes contradictions personnelles et sur mes incohérences autant dans la pensée que dans l’action. Par exemple :

 

            Il  fut un temps où j’étais emprisonné de cette vision sanguinaire qui veut imposer la foi par la force à ceux et celles qui ont fait le choix de renier cette foi. Ma vision n’avait rien de choquant  du moins pour moi, puisqu’elle était justifiée par des « hadiths » et par des « fatwa » de l’islam officiel.

Quant au « Hadiths », je peux cité deux exemples :

 

1-     « Quiconque change sa religion, tuez-le » rapporté par presque tous les compilateurs. 

  

2-     «  Le sang d’un Musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu que Dieu et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui abandonne la Communauté ». 

 

            Ma position était aussi justifiée par d’autres avis et non pas des moindres : 

 

1-     L’avis de Saïd SABIK, l’un des jurisconsultes des Frères Musulmans, dans son recueil de jurisprudence « fiqh Sunna » (cf. http://www.islamophile.org/spip/article548.html ). 

 

2-     L’avis de Al Qaradawi, considéré comme « La » référence contemporaine en matière de fiqh de cette même mouvance, qui a repris les avis des différents jurisconsultes passés, et qui a rajouté un peu de son imagination créative pour redonner un nouveau sens au mot « apostat », et donc appliquer la peine de mort à plus grand échelle. Mais quel humanisme ! (cf. http://www.islamophile.org/spip/article458.html )

 

            Mais, un bon jour de l’été 1996, en lisant un livre en arabe du syrien Jawdat Saïd, qui traite la question de la violence entre les hommes et les peuples, En se basant sur la genèse du premier conflit de l’histoire humaine, cité dans la Torah et reprise dans le Coran, des points d’interrogations commençaient déjà à encombrer mon espace de réflexion.

 

            Je cite d’abord cette histoire, et je vous livrai après ma pensée à ce sujet. Dieu dit: 

 

            « Raconte-leur l’histoire des deux fils d’Adam telle qu’elle s’est déroulée. Chacun des deux frères avait fait une offrande ; mais celle de l’un fut acceptée, alors que celle de l’autre ne le fut point. –  Je te tuerai, dit ce dernier à son frère, qui lui répondit : - Que veux-tu Dieu n’accepte que de ceux qui Le craignent ! Et si tu portes la main sur moi pour me tuer, je n’en ferai pas de même, car je crains trop mon Seigneur, le Maître de l’Univers, pour commettre un pareil crime ! Je préfère que tu te charges, seul, de mes péchés et des tiens, et tu seras alors voué à l’Enfer qui est la juste récompense des criminels. Mais n’obéissant qu’à son instinct bestial. Celui qui a voulu commettre l’homicide, fut entraîné au meurtre de son frère. Il le tua donc et se trouva de ce fait des nombres des réprouvés. Dieu envoya alors un corbeau qui se mit à gratter le sol pour lui indiquer comment inhumer le cadavre de son frère. Alors le meurtrier s’écria : Malheur à moi ! Suis-je donc incapable d’imiter ce corbeau et d’ensevelir la dépouille de mon frère ? Et depuis lors, il ne cessa d’être rongé par d’intenses remords » (sourate 5 – de 27 à 31).

 

            Je me suis mis à me poser des questions sur la valeur de l’Homme, quelque soit sa religion ? Des questions aussi sur la valeur de la Vie ? Peut-on alors au nom de je ne sais quelle offrande tuer son frère dans l’humanité ? Peut-on tuer une personne juste parce qu’elle pense autrement que moi ? Ou parce qu’elle adore une autre divinité que la mienne ?… etc.

 

            Une partie de la réponse, je l’ai trouvé dans la suite des Ayates (signes coranique ou versets) précitées. Dieu dit : 

 

            « Voilà pourquoi Nous avons édicté cette loi aux fils d’Israël : Quiconque tue un être humain non convaincu de meurtre ou de sédition sur la Terre est considéré comme le meurtrier de l’humanité tout entière. Quiconque sauve la vie d’un seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de l’humanité tout entière ! Malgré les multiples et irréfutables preuves qui leurs furent apportées par Nos prophètes, beaucoup d’entre eux n’en continuèrent pas moins à commettre des excès sur la Terre» (Sourate 5 – 32).

 

            Le Coran a donc rappelé ce principe, sans lequel, la mission de la réforme dans la paix dont l’humanité est tributaire échouera sans aucun doute. Et puisque les imaginations créatives ne manquent pas à ceux qui sont assoiffés du sang humain, quelques qu’ils soient. Ceux-là pourront légitimer les meurtres à leurs façons, et souvent au nom des identités et des étiquettes meurtrières. Puisque bien souvent, les affrontements entre personnes isolées sont relativement rares, ce sont généralement les groupes identitaires qui s’affrontent et qui s’entretuent, les exemples ne manquent pas.

 

            Le Coran, quant à lui, n’a pas laissé cette question sans réponse. Et d’ailleurs, on trouve une partie de sa réponse dans la suite des dernières Ayates, Dieu dit : 

 

            « La seul récompense de ceux qui font la guerre à Dieu et à Son Prophète, et qui provoquent le désordre sur la Terre, est qu’ils soient mis à mort, crucifiés ou amputés d’une main et d’un pied par ordre croisé, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera une dégradation pour eux dans ce monde, en plus d’un terrible châtiment qui les attend dans la vie future, à l’exception de ceux qui se repentent avant de tomber en votre pouvoir. Sachez que Dieu est Clément et Miséricordieux » (Sourate 5 – 33 et 34).

 

            D’autres passages coraniques précisent davantage cette question pour qu’il n’y a ni dépassement des limites ni excès dans la pratique. Et pour que la vie et la mort ne soient pas un jeu entre les mains de ceux qui détiennent les pouvoirs.

 

            En tout cas, il n’est nullement question de tuer une personne pour ses avis ou pour ses convictions. Il est question de sanctionner ceux qui  passent à l’acte meurtrier pour imposer leurs visions et leurs dogmes, qui sèment la terreur et la corruption sanguinaire par la provocation des guerres, par exemple.

 

            Le châtiment corporel réservé à ceux-là – et qu’il faut mettre et comprendre dans son contexte de l’Arabie d’il y a 1400 ans – est comparable à plusieurs niveaux avec les peines adoptés dans d’autres coins du Monde. La peine capitale est jusqu’aujourd’hui appliqué en USA et dans d’autres régimes, pour des raisons similaires. Le Coran propose des options variées, à l’époque du prophète, pour que la sanction soit proportionnelle au crime. Et même dans une autre Ayah, le Coran appelle au pardon !

 

            Par contre, le Coran ne prévoit aucune sanction, dans l’ici-bas, à l’encontre de celui qui renie sa religion. Bien qu’il parle du châtiment qu’attend les « renégat » le jour du jugement dernier.

 

             Tuer quelqu’un pour ses idées ou pour ses convictions est contraire aux textes explicites du Coran. Celui-ci garantie la totale liberté de pensée, de choisir, de publier ses avis et de les rendre public. Par ailleurs, il interdit à toute personne, même à la personne du prophète, d’imposer la foi par la force. Et voici quelques textes qui témoignent de cela :

 

1-     « Point de contrainte en religion maintenant que la Vérité se distingue nettement de l’erreur » (Sourate 2 – 256)

 

2-     « Si Dieu l’avait voulu, n’auraient adoré que Lui ! Tu n’as pas reçu mission de Nous pour être leur gardien ni pour assurer leur sauvegarde ! » (Sourate 6 – 107)

 

3-     « Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes peuplant la Terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi ! Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ? » (Sourate 10 – 99)

 

4-     « Ô mon peuple ! répliqua Noé, que vous en semble ? Si, par la grâce de mon Seigneur, je suis pourvu par Lui d’une preuve évidente qui demeure pour vous incomprise, devrons-nous vous l’imposer en dépit de votre répugnance ? » (Sourate 11 – 28)

 

5-     « Dis : La vérité émane de votre Seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra ! Nous avons préparé pour les infidèles un Feu dans les flammes les cerneront de toutes parts… » (Sourate 18 – 29)

 

6-     « Dis : c’est Dieu que j’adore, en Lui vouant un culte sans partage. Quant à vous, idolâtres, libre à vous d’adorer qui vous voudrez en dehors de Dieu ! » (Sourate 39 – 14 et 15).

 

7-     « Nous savons fort bien ce que disent les infidèles, mais tu n’as pas mission d’exercer sur eux une quelconque contrainte. Contente-toi d’avertir, par ce Coran, ceux qui redoutent la menace de mes rigueurs ! » (Sourate 50 – 45)

 

8-     «  Rappelle-leur tout cela ! Car ton rôle se limite à le leur rappeler et tu n’as sur eux aucune autorité » (Sourate 88 – 21 et 22)   

 

9-     …. Etc.

 

            Le prophète Mohammad, paix sur lui, étais le premier à se conformer à ces recommandations coraniques, pour donner l’exemple à ses successeurs. Lui qui n’a jamais tuer quelqu’un à cause de ses idées, ou parce que cette personne a renié « l’islam ».

 

            Le Coran nous parle des souffrances subits par le prophète à cause des coups entrepris contre lui par les hypocrites, qui non seulement ont renié l’islam, mais en plus de cela ils menaçaient la stabilité de la Médine sur tous les niveaux, social, culturel, politique… etc. Dieu n’a pas ordonné au prophète de les tuer parce qu’ils sèment la zizanie – comme veut nous faire croire l’article de Al Qaradawi cité au-dessus – mais plutôt, il a orienté le comportement prophétique a une attitude pédagogique face aux hypocrites. Dieu dit : « Ces gens là – Les hypocrites -, Dieu sait ce que recèlent leurs cœurs. Cependant, ne leur tiens pas rigueur. Exhorte-les et adresse-leur des propos susceptibles de les convaincre ! » (Sourate 4 – 63).

 

            De la même façon Dieu oriente le vecteur comportemental des croyants vers le pardon et de laisser le reste entre les mais de Dieu qui se chargera du jugement. Dieu  dit : « Dis à ceux qui croient de pardonner à ceux qui n’espèrent rien des journées de Dieu. C’est Dieu Lui-même qui les rétribuera selon leurs œuvres car quiconque accomplit les de bonnes actions le fait dans son propre intérêt et quiconque fait le mal en subira les conséquences. Et c’est à votre Seigneur que vous serez tous ramenés ! » (Sourate 45 – 14 et 15).    

 

            Et lorsque le Coran a parlé explicitement de ce que les jurisconsultes considèrent comme apostasie, il n’a cité aucune sanction d’ordre juridique dans l’ici-bas.

 

            Dans la sourate Mohammad, Dieu dit : « Ceux qui sont revenus sur leurs pas après que la bonne direction leur a été clairement montrée, c’est Satan qui les a séduit et abusés par ses fausses promesses » (Sourate 47 – 25). Après cette Ayah on ne trouve aucune sanction prévue dans l’ici-bas contre eux. On trouve seulement des Ayates qui nous informent de l’état de ces gens au moment de leurs décès : « Qu’adviendra-t-il d’eux lorsque les anges, venant recueillir leurs âmes, les frapperont au visage et sur le dos ? …» (Sourate 47 – 27).

 

            Même chose dans la Aayt 54 de la Sourate 5 : « Ô vous qui croyez ! Si certains d’entre vous renient leur foi, Dieu fera surgir d’autres hommes .qu’Il aimera et qui l’aimeront… » .Il n’a pas dit : « Ô vous qui croyez ! Si certains d’entre vous renient leur foi Tuez-les ! »

 

            En conclusion, chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Chacun est responsable de ses actes et il doit s’assumer complètement.

 

            Lisez ci vous voulez un article de Jamal Al Banna (petit frère de Hassan Al Banna) sur ce sujet :

 http://www.islamophile.org/spip/article635.html

 

            La vie du prophète Mohammad, paix sur lui, était rythmée par le Coran et par ses recommandations. Elle n’est nullement à l’image de ce que des malhonnêtes de l’histoire ont véhiculé, 200 ans après sa mort, et que d’autres ont appelée « Hadiths ».  

 

Mohamed LOUIZI







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