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Tareq Oubrou, l’escobar de l’islamisme

14072019

1-Tareq-Oubrou-Appel-A-la-reconciliation

Par Mohamed Louizi

Il faut être deux pour mentir, dirait Homer Simpson, un pour mentir, l’autre pour écouter. Dans «larchipel français»[1], cette vieille démocratie usée, abusée et défigurée, il semblerait qu’il faille être trois. Certains médias se prêtent hélas à ce jeu d’intermédiaire. Acteurs ultra-puissants, censés honorer ce quatrième pouvoir démocratique indépendant au service du seul intérêt général et du droit à l’information, ils amplifient occasionnellement bien des escobarderies islamistes,  à tel point que l’on ne sait pas s’ils assurent, dans la complicité, un rôle actif de «chiens de garde»[2] de quelques intérêts privés, ou s’ils se plaisent dans un rôle passif, par paresse intellectuelle doublée d’une fascination sinistre pour les «marchands du temple» frérosalafiste. On ne sait s’ils s’arrangent avec la vérité par négligence volontaire, et à l’insu de leur plein gré, ou s’ils relayent par imprudence les mensonges de l’islamisme rompu, à dessein, à la désinformation délibérée.

Tel un sermon funèbre précédant l’inhumation de ce qui reste encore de notre République, tel l’ultime acte politique d’une islamisation en marche depuis plus de quarante ans[3], la vigoureuse promotion multiforme accordée à l’essai signé par  l’islamiste Tareq Oubrou (طارق أوبرو), Appel à la réconciliation, foi musulmane et valeurs de la République française (Plan – 2019), en est témoin. Elle  résonne comme un triste chant du cygne dans l’esprit de tout citoyen rongé par ce sentiment d’impuissance face à un État peu enclin à entendre les alertes au sujet de l’islamisme, et qui ne les entend pas du tout de cette oreille. Les «dix-huit ans de terreur»[4] que l’islamisme a imposés à la terre entière depuis le 11 septembre 2001, et les 146.000 victimes recensées, parmi desquelles des Françaises et des Français, n’y changent presque rien.

Médias de droite. Médias de gauche. Peu importe en vérité la ligne éditoriale. Tareq Oubrou, presque comme hier lors de l’ascension médiatique de son Lire la suite… »




Décryptage : France 2 et la fabrique des icônes islamistes 3G …

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fichier pdf France2 et la fabrique icônes islamistes 3G

Une icône masculine, un réseau …

Au JT de 20 heures du 17 novembre 2015, quelques jours après les attentats de Paris, la chaine publique France 2 a consacré de longues minutes pour dresser le portrait, pour le moins très complaisant, du frère musulman Othman Iquioussen. Elle l’a présenté comme étant un imam moderne et « ultra connecté » [1]-[2]. Cependant, elle n’a dit mot ni sur sa filiation idéologique, remontant jusqu’au « prophète » de l’islamisme, l’égyptien Hassan al-Banna (1906-1949), ni sur sa filiation biologique directe, le reliant à l’islamiste marocain notoire et ultra-protégé, Hassan Iquioussen : son père.

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Quelques semaines plus tard, l’ombre des Iquioussen et de leurs projets a plané une nouvelle fois sur la chaîne du service public. Celle-ci a diffusé le 11 décembre 2015, un reportage de Laurent Hakim, Alice Gauvin et Alexis Fischer, dans l’émission Envoyé Spécial, intitulé : « Les mécanos de la crise » [3]. En première partie, le réalisateur a voulu démontrer la réalité de l’existence de réparateurs clandestins, dans une petite ville pauvre du Nord, entre autres. En fin de deuxième partie, la voix off a vanté les mérites des Lire la suite… »




Journée Mondiale Pour l’Autonomie Génitale : Mon discours (*)

9052014

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Rassemblement devant le Tribunal de Cologne – Allemagne

7 mai 2014

Mesdames, Messieurs … Chers parents, chers amis,

             Je suis venu de Lille, au Nord de la France, pour vivre pleinement avec vous ces moments intenses et chargés de sens. Ici, dans cette ville, dans ce tribunal, s’est écrit le 7 mai 2012 le début d’une « Histoire » et d’une promesse démocratique. Ce premier acte est maintenant acquis et ouvre, je l’espère, la voie à d’autres actes futurs. Un grand hommage à ces juges qui ont pris la mesure du drame en dépit des pressions. L’Histoire retiendra vos noms, votre courage et votre audace.

Ce sont des moments mémorables qui – j’ose espérer – écrivent l’épilogue d’une triste histoire millénaire. C’est l’histoire de cette « circoncision » qui se justifie tantôt par des religions tantôt par des cultures et qui s’invente, suivant les époques, des  prétextes aussi illusoires que farfelus pour perdurer et s’ancrer davantage, y compris au sein de nos sociétés démocratiques et modernes au grand mépris des « droits humains fondamentaux » inaliénables.

Je m’associe à vous, en tant qu’homme libre, en tant qu’homme de foi, en tant qu’homme «circoncis » depuis mes quatre ans, et désormais, en tant que père de trois enfants dont un garçon de huit ans, pour vous dire, d’abord, mon engagement librement choisi, foncièrement sincère et totalement désintéressé à vos côtés, pour défendre cette noble cause : Celle de « l’intégrité corporelle » de chaque enfant,  celle de garantir à chaque personne sa « souveraineté » sur son propre corps et son droit à « l’autonomie génitale », sans aucune discrimination liée à l’âge, à la nationalité, à la couleur de peau, à l’identité sexuelle, à la religion, à la culture ou à la condition sociale.

Je m’associe à vous pour exprimer, en toute conscience et gravité, tout le mal que je pense de toutes les « mutilations génitales » en général, et de la « circoncision » en particulier. Celle-ci défigure à jamais les corps et marque pour toujours les esprits. Elle engendre des douleurs injustes et injustifiées, et provoque des souffrances silencieuses et durables. Elle profite de la faiblesse d’un enfant innocent, au bénéfice de groupes introvertis et puissants. Elle uniformise les corps, pour communautariser les esprits plus tard et jusqu’à la tombe. Elle impose, comme seule règle, comme seul « choix » et comme seul dogme : la servitude forcée et la soumission aveugle aux ordres religieux et culturels établis !

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Je suis venu aussi vous apporter, humblement et en toute conscience, mon témoignage personnel, sur cette sacro-sainte tradition que je connais « intimement » depuis un peu plus de trente deux ans, plus exactement depuis 1982. Car le mensonge de la « circoncision » est gravé, depuis l’âge de mes quatre ans, sur ma propre chair et dans mon esprit aussi. Je dis bien « mensonges », car ma propre « circoncision » s’est faite sous la seule et unique couverture de multiples mensonges aussi cyniques que grossiers. Le plus gros et le plus cynique de tous, était celui inventé par cet étrange homme qui me suggérait de lever ma tête au ciel à la recherche d’un « oiseau » volant, et profiter de cet court instant de naïveté primitive, pour abuser de mon corps et « couper », au nom du Ciel me dit-on, les ailes de mon propre « oiseau » ! Au commencement était le « mensonge » et le « mensonge » était ma « circoncision » !

En 2006, la naissance de mon fils m’avait mis devant ma responsabilité et devant ma conscience de « père ». Je ne pouvais fuir cette conscience car « On peut tout fuir, sauf sa conscience ! ». Que vais-je faire donc ? Reproduire ce que j’ai subi en cédant aux multiples pressions, et en conduisant mon bébé chez le « circonciseur » pour qu’il soit « coupé » parmi les « coupés » ? Ou bien m’abstenir purement et simplement ? Devrais-je graver le mensonge de la « circoncision » sur le corps de mon fils pour qu’il soit, soi-disant, dans la « vérité » ? Mais Bon Dieu, au nom de quelle « vérité » devrais-je graver sur son corps, et pour toujours, ce terrible « mensonge » ? Au nom de quelle « vérité » ?!

Mes coreligionnaires me disent et vous disent aussi que la « circoncision » est un acte de foi musulmane. Soit ils mentent, soit ils ne savent pas ! Ils sont incapables de la justifier sur la base du seul Texte fondateur ! Car le Coran ne l’a jamais cité, ni explicitement ni implicitement. Hélas, ce que mes coreligionnaires refusent d’admettre, c’est que le Coran, lui-même, a été « circoncis », inhibé et neutralisé très tôt, par des paroles étranges, connues sous le nom de « hadiths »,  attribuées au Prophète, constituant les fondements de ladite « Sunna », cette supposée deuxième source, parue au moins deux cents ans après sa mort. Ainsi, le Coran et bien des sagesses prophétiques reconnaissables, par leurs portées vertueuses, ont été « circoncises » et noyées dans un amas de millions d’autres paroles indécentes et inhumaines, rapportées ici ou là.

L’invitation coranique simple d’être « en paix » avec soi-même pour être « en paix » avec les autres, a été « circoncise » par les « hadiths » et la « Sunna ». Le Prophète lui même a été « circoncis » par ses rapporteurs. L’espérance humaniste et avant-gardiste de l’époque, a été « circoncise » par les carcans tribaux et par les intérêts de vilaines créatures hybrides et dévoyées : mi-théologiennes et mi-politiques !

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L’islam, tel que je le vis et je le conçois, ne légitime aucunement la circoncision, bien au contraire. La « circoncision » est plutôt l’un de ces « DEUX » piliers fondamentaux de tous ces autres « islams » frelatés, parus durant les quinze derniers siècles. Des « islams » guerriers, dominants les corps et conquérants les territoires. Des « islams » autoritaires, politisés, totalitaires, inhumains et foncièrement agressifs. Ces « islams » ne peuvent exister d’ailleurs que dans une ambiance de soumission imposée du berceau jusqu’à la tombe. Ils ne peuvent perdurer que dans un climat de peurs et de menaces entretenues en permanence. Ces « islams » ne peuvent exister qu’à travers le mensonge de la « circoncision », comme premier pilier et comme seule et unique « porte d’entrée », et qu’à travers l’autre mensonge de « la peine de mort » pour « apostasie », comme deuxième pilier, et comme seule et unique « porte de sortie » ! Ainsi, ces « islams » se nourrissent continuellement tantôt des « prépuces » de l’innocence … tantôt des « têtes » d’humains libres qualifiés et jugés apostats !

Comme si, vivre une spiritualité croyante n’était possible qu’entre deux flaques de sang … qu’entre deux violences … qu’entre deux crimes ignobles ! Comme si le nom de Dieu ne pouvait être inscrit dans les cœurs qu’en subissant le mensonge de la « circoncision », et ne pouvait en être effacé qu’en subissant l’autre mensonge de « l’apostasie » !

Concernant mon fils, j’ai refusé, je refuse et je refuserai toujours, de céder à la pression et aux menaces. La dignité de mon fils, sa souveraineté inviolable sur son propre corps, son intégrité physique, une et indivisible, et son droit de décider par lui-même plus tard de son appartenance religieuse, ou pas, ne sont pas sujets à un quelconque marchandage religieux, orchestré au nom de Dieu. Dieu n’a strictement rien demandé ! Et quand bien même Dieu l’aurait demandé, je ne le ferai pas, et j’en assumerai, en homme libre et en homme de foi, toutes les conséquences. L’Humain, dans ma conception, est plus sacré que le texte quelque soit son auteur … Cela est aussi l’avis du Coran !

Mesdames, Messieurs … Chers parents, chers amis,

Il est déplorable ce silence assourdissant d’intellectuels musulmans à ce sujet. Qu’ils agissent en femmes et hommes libres et libérés par la pensée. Qu’ils libèrent leurs paroles. Qu’ils arrêtent de se comporter tels des investisseurs frileux, tremblant à l’idée de perdre des parts de marché ou des parts d’audience. Car l’Islam n’est ni un fond de commerce, ni un objet médiatique. L’intellectuel ne doit agir ni en commercial de la parole, ni en commentateur passif et intéressé. Les musulmans ne sont ni des clients à séduire, ni des spectateurs à divertir pour endormir davantage !

Il ne suffit pas, non plus, d’annoncer expéditivement, sur un sujet aussi grave, votre positionnement en 140 caractères sur le réseau Twitter, comme cet respectable islamologue musulman genevois ultra-médiatique, se définissant comme réformateur radical, qui depuis un quart de siècles, a noirci plus de 6 000 pages, et animé de centaines de conférences religieuses, et qui au sujet de la circoncision a fini enfin, en octobre 2012, par lancé un tweet équivoque sur son compte, exprimant, mais sans citer explicitement la « circoncision », je cite : «Quiconque abuse un corps d’enfant – avec ou sans consentement – viole son innocence !»  C’est déjà très bien ! On avance timidement ! Mais Monsieur l’islamologue, merci de détailler votre propos, car le viol de l’innocence mérite plus qu’un tweet … Qu’en pensez-vous ?

Mesdames, Messieurs … Chers parents, chers amis,

Voilà ce que j’ai voulu partager avec vous en cette journée mémorable qui n’est que la poursuite d’un long combat pour protéger l’innocence, nos enfants, contre tout abus, contre toute violation et contre toute violence !

Enfin, permettez-moi de remercier les organisateurs de cette journée de m’avoir invité. Un grand merci à Guy SINDEN et à Victor SCHIERING. Aussi, je remercie et rend un hommage sincère à mon ami Nicolas MAUBERT pour le temps et l’effort, de très haute qualité, qu’il dépense en faveur de cette cause, là-bas en France, à travers le site « Droit au Corps ».

Merci à vous tous pour votre attention !

(*) : Ce discours a été traduit instantanément en allemand.

Voici sa traduction arabe : fichier pdf Discours_Circoncision_Cologne_2014_Louizi

Voici sa traduction anglaise : fichier pdf Mon_Discours_Cologne-EN

Voici sa traduction allemande : fichier pdf Mon_discours_Cologne_DEUTCH




Le juste « prix » de la « terre promise » : Réflexion autour de la circoncision

3072009

« N’est-il pas étrange de nous voir défendre plus farouchement nos erreurs que nos valeurs ? »

Gibran Khalil Gibran – Le sable et l’écume

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Par Mohamed LOUIZI

Au commencement était la liberté …

Certains choix difficiles que l’on opère, à des moments précis de notre vie, impliquent tout naturellement, directement ou indirectement, l’avènement en avalanche d’autres choix coûteux, capitaux et déterminants pour notre devenir.   

Depuis quelques années maintenant, le choix du questionnement systématique, permanent et inaltérable, m’accompagne. Je m’en félicite par ailleurs pour cette chance qui m’est offerte à un moment précis de mon existence, lorsque que bien d’autres, une majorité sans doute, refusent de prendre ce risque et préfèrent se soumettre volontairement à des réponses toutes faites, consomment des fatwas à la demande et se passionnent, naïvement, devant un prêt-à-pratiquer pseudo-religieux infantilisant.

Ce choix de vie, en dehors des effets secondaires indésirables  qu’il a pu engendrer depuis, m’a permis, malgré tout, de reconquérir cette liberté de pensée concédée au fil des années précédentes, et d’être simplement moi-même, face à l’absurdité de certains dires et à l’intolérance de certains actes.    

La vie ainsi menée se refuse alors à la routine et à la désespérance. Pas un jour ne se lève sans son lot d’interrogations restées sans réponses. L’espace de l’Inconnu s’accroît sans fin, et certaines affirmations, religieuses particulièrement, qui paraissaient hier vraies et immuables, se montrent aujourd’hui, sous les projecteurs d’un raisonnement critique assumé, moins évidentes.

Combien de questions refusons-nous de nous poser car paraissant douloureuses ? Combien de sujets tabous n’osons-nous pas briser et approcher par manque de courage intellectuel, et par crainte du blâme ou de la réprobation ? Combien de compromis maladroits avons-nous conclu, au mépris de nos convictions les plus intimes, sous l’effet de la peur de ce « Que dira-t-on » communautaire terrifiant ?

Une des questions qui me tourmente l’esprit depuis quelques temps, est cette tradition que l’on insiste à perpétuer à coup de « paires de ciseaux » et de « couteaux » bien aiguisés, assez souvent sans en connaître l’origine et dont le sens religieux exact –  s’il y en a un –  nous échappe complètement : Il s’agit, vous l’avez compris, de la fameuse circoncision !

Circoncision : sixième pilier de l’islam ?

Cette question, qui au départ, me paraissait secondaire et subsidiaire face à d’autres questions, tenues pour prioritaires, remonte aujourd’hui à la surface de mes préoccupations religieuses et intellectuelles. Elle représente à mon sens, et de manière très profonde, l’occasion rêvée me permettant de cerner, relativement, le sens que l’on donne, au sein d’une religion ou d’une communauté de foi ou d’un système de valeurs quelconque, à l’être humain, à son intégrité physique et à sa dignité de manière générale.

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Discours sur la vertu

7042007

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Par M. Michel Serres 

Le jeudi 2 décembre 1993 (L’Académie Française)

Pourquoi ne parlons-nous plus de la vertu ? 

Parce que nous avons changé tout cela : et de nom et de place. Depuis qu’un mélange de morale puritaine et d’une psychologie aussi luxueuse en lexique lourd que légère en résultats efficaces baptisa mégalomane l’ancien orgueilleux et l’envieux paranoïaque, les vices passèrent du confessionnal au divan et de la prison à l’hôpital. 

L’avarice trahit une rétention fécale : ces matières abondèrent derrière l’or et l’argent ; nous désintoxiquâmes de l’alcool les ivrognes gourmands ; l’obsession servit d’excuse à la luxure. Mais pourquoi, j’y pense tout à coup, jugeons-nous et punissons-nous encore, la corruption et le viol ? 

Miséricorde 

Aimez le pardon miséricordieux qui parut effacer, par un progrès soudain, la culpabilité, pour rapatrier les fautifs dans les lits des malades, et remplaça tout jugement par un diagnostic. Ne condamnez pas, essayez d’apaiser : nous gardons et pratiquons cette devise.  Mais elle pose une question concernant le pronostic : si les anciens vices s’expliquent par la pathologie, pour se soigner dans des cures, une fois reconnus et guéris, comment, de l’autre côté, définir la santé, traduction de l’antique vertu ? À quel critère la reconnaître ? 

La vérité oblige à dire que le traitement ignore ce qui sera dit dans le silence des organes enfin sains. Comment et pourquoi donc chercher à recouvrer une norme sans nom ? Exemple : si la pharmacopée offrait pilules ou piqûres contre le racisme et l’exclusion, qu’aurions-nous encore à faire des vertus de tolérance ? 

L’éthique se réduit-elle au retard de la médecine ? Que des sciences décrivent, avec quelque pertinence, ces maladies, nos anciens vices, et nous ne parlerons plus de santé ni de vertu. 

Le positif éblouit-il nos capacités d’analyse

L’utopie réalisée   

Nous vivons désormais installés dans l’utopie que Samuel Butler, naguère, appelait Erehwon, étrange nom de lieu qui cherche à désigner l’envers de nulle part, dans ce rêve presque réalisé ici même, où s’efface la séparation entre l’hôpital et la prison, la condamnation et les soins, le délit et le malheur.  Le mal de coulpe a cédé, enfin, au poids du destin. 

La miséricorde et la justice réputent victime celui qui comparaissait autrefois comme coupable, mais il arrive aussi que celle-ci, la justice, exige que chacun assume la responsabilité de soi. Pouvons-nous, en effet, affronter, de nouveau, le destin, lorsqu’il nous devient contraire même sous l’aspect de la pathologie, autrement que par vertu ? 

Nous devinons qu’elle ne se réduit point à la santé, silence des organes ou du désir, mais qu’elle chante et danse dans la lutte quotidienne pour la survie. 

II 

Mais nous avons changé tout cela, vous dis-je : les vices laissent place aux maladies ; la vertu n’existe plus, du point de vue des sciences, et, si, d’aventure, nous avons à parler d’elle, nous cherchons à tourner la difficulté.  Mais nous restons fautifs, je le confesse, et, par exemple, violents ou corrompus. 

Revenons donc aux vices, plus aisés à décrire, puisque nous ne savons plus parler de la vertu. L’avarice entasse ; la colère et l’orgueil enflent ; la gourmandise bâfre ou se soûle ; la luxure collectionne ; l’envie creuse le trou noir de son ressentiment ; fatiguée jusqu’à bâiller sans cesse, elle cherche encore du repos, la paresse ; sans ces reprises, point de plaisir aux vices. 

En manque tragique et permanent de compliments, le vaniteux en quête, partout, de tous ; il faut toujours au ladre, inassouvi, un sou pour finir un franc et compléter son bas de laine troué ; gonflé d’ire, le furieux demande à toutes les circonstances des raisons de rage ; le goinfre et l’alcoolique ont à jamais perdu la satiété ; le lubrique allonge en sa rubrique mille et trois femmes, et plus encore, s’il peut ; tous les détails assurent le jaloux en sa haine ; le fainéant s’épuise sur sa couche nécessaire… jamais comblés, entraînés dans la spirale qui les emprisonne, les sept vicieux du canon souffrent tous d’un seul mal : la croissance. Dont l’assuétude leur apprend l’intelligence : qui montre plus d’habileté que l’orgueilleux pour dominer, de ruse que le luxurieux pour séduire, l’avare pour épargner, l’alcoolique pour se procurer sa prise, le passif pour ne rien faire ?… Le monde entier pourrait crouler, croissance névrotique première servie. 

Chacun porte en lui un puits infini qu’une intolérable anesthésie l’oblige à combler : à nouveaux frais, il doit réexciter le dégoût, relever l’insensibilité blasée, réchauffer la froideur. Le vice reprend le vicieux comme la spirale d’un retour éternel, égal et morne, relance une trajectoire extensive et rationnellement prévisible. Faute de comprendre la vertu, voici que l’ensemble des vices prend, sous nos yeux, la belle unité d’une cohérence : une vie entière se voue à l’inflation, à l’agrandissement d’une masse qui s’expanse. 

Croissance générale 

La variable principale de cette croissance évolue selon une pente d’allure narcotique : l’avare, le paresseux et le gourmand se droguent de sommeil, d’alcool ou d’argent ; il faut augmenter la dose de fureur, de haine ou de gloire pour rester longtemps enchanté de colère, d’envie ou d’orgueil. 

 Pourquoi ne parlons-nous plus de la vertu ? 

Parce que le monde où nous vivons se construit, tout justement, sur une croissance, générale et quantifiable, que l’économie, la finance, la consommation et le progrès innovateur des sciences ou des techniques, tout ce qui paraît sérieux et lourd, semblent rendre aussi nécessaire qu’un destin, aussi indispensable que l’assuétude. Du coup, notre culture elle-même ressemble à s’y méprendre à une narcose croissante qui asservit à sa dépendance. 

Pourquoi les enfants se droguent-ils ? Pour imiter leurs parents, intoxiqués d’argent, de travail, d’emploi du temps, de consommation, de représentation… soumis à des prises horaires obligatoires, plongés dans l’enchantement de la croissance. 

Les jeunes générations obéirent-elles jamais avec plus de soumission ? 

Vertu narcotique de la croissance 

Ils faisaient au moins rire, les vices, quand, autour d’eux, le monde ne s’adonnait pas encore à l’augmentation pure de la quantité ; nous ne les voyons plus, désormais, parce qu’ils suivent fidèlement les lignes principales de notre paysage, économique, historique et social ; quand la forme ressemble tellement au fond sur lequel sa silhouette se dessine, elle devient invisible.  Et nous les sentons aussi peu que notre milieu puisque tous les deux jouissent de cette vertu, dormitive ou narcotique. 

La vertu, celle que la tradition de cette maison m’oblige aujourd’hui à rechercher, nous réveillera-t-elle d’un sommeil général, ou nous invitera-t-elle à résister aux croissances toxiques ? Certes, nous ne savons pas désenchanter une civilisation, pour ne point connaître de pharmacien ni de vétérinaire pour le gros animal, mais nous pouvons peut-être résister, individuellement, aux voies de cet entraînement global ou aux charmes de ses extases. 

Comment ? Le regard lucide fixé sur la mort, la reconnaissance de la finitude, désenchantent aussitôt de la croissance. Nous vivons vite, alors, dans l’évidence qu’elle n’a de fin en aucun sens : pas d’arrêt, pas de but, pas de finalité, donc pas d’intérêt. 

Seule, donc, la mort nous retient, quand elle nous retient, rarement. La finitude définit les bornes de cette sagesse. 

Avons-nous trouvé la vertu, réputée introuvable ? 

Croissance positive 

Non. Glacée, morbide, blasée, cette première éthique reste aussi extatique et intellectuelle que la croissance à laquelle elle tente de résister ; nécessaire, peut-être, mais insuffisante, elle caractérise les morales sans passion, dont la prudence évite les vices mais n’exaltent d autre vertu que cette fascination funéraire.  Réveiller donc la croissance, du côté de la vertu, nous oblige à reconnaître nos capacités infinies d’exploits positifs et de productions. 

Nous semblons ignorer nos incroyables capacités : increvable et faite pour la pénurie, la bête humaine peut souquer à l’aviron pendant des mois pour traverser le Pacifique, travailler sa vie entière dans la désapprobation générale, passer sept jours d’orage dans une paroi verticale de glace, en haute montagne hivernale, ou trente années de maladie à composer, dans l’étouffement et la souffrance, une œuvre musicale, traverser le Groenland ou l’Antarctique par des froids mortels à tous les animaux, combattre un État criminellement pervers, jusqu’à faire basculer, à elle seule, tout le contrat collectif qui le conditionne ; certains vieillards courent cent kilomètres en quelques heures ; des jeunes gens souffrent chez les misérables, simplement pour vivre avec eux ; combien de mères patientes affrontent le chômage, la pauvreté, l’insécurité, le désespoir où survit leur famille… Donner sa vie paraît la moindre des politesses à cette bête, sainte pour mépriser, justement, ces limites évidentes. Ces actes ne renvoient point au recouvrement de la santé ni à une sagesse morte et plate dont le conseil n’excède pas le raisonnable. 

Seules les bêtes, dit-on, connaissent leurs bornes : celles, précisément découpées, de l’instinct. Animaux sans instinct, les hommes plantent leur tente fragile et mobile, sans mur ni protection contre l’illimité. Voici donc la question dure, et contradictoire : croître ou ne pas croître, jouir de l’extension ou souffrir sa finitude ? 

  III 

Mais pourquoi ne parlons-nous donc plus de la vertu ? 

Nous dissertons plus aisément sur les vices parce que leur vraie nature, tout intellectuelle, se comprend mieux. D’où ces sciences, la croissance, la toxicité. Ils sortent de la tête et ne cessent de faire des comptes : arithmétique grise et simpliste des plaisirs, des prises, des femmes conquises, des trésors amassés, du volume bruissant de la renommée, des coups comparés portés à l’adversaire, des heures passées à ne rien faire… contrairement à de vaniteuses apparences, rien de tout cela ne concerne le corps, mais tout, au contraire, y désigne des chiffres ou l’extensive homothétie d’une géométrie métrique : les vices, intellectuels, et les maladies, nerveuses, prêtent indéfiniment au discours. 

Même la santé ou la vertu émanent de la raison pure, lorsqu’on inverse la croissance ou la liste des vices. L’analyse, donc, s’y trouve chez soi, tout autant que l’enchantement. Nous nous droguons surtout de langue et de nombres. 

Courage, corps, cœur 

Inversement, mais alors pour de bon, issue du corps ou du cœur, non de l’entendement, la valeur vient du courage : de la reconnaissance, à la fois, et du refus de notre finitude.  Première et seule vertu qui vaille, et dont les autres se déduisent, il ignore la raison autant que le corps se moque de l’esprit et l’invention de la critique. 

De nature corporelle, cordiale, cardiaque, le courage, essentiel et premier, se comprend aussi difficilement que l’élan vital : sa générosité ne réfléchit ni ne médite longtemps la concorde ; sans chercher de médiation, sa fidélité trouve immédiatement la miséricorde… Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’un airain résonnant ou une cymbale qui retentit… La vertu ignore autant la mort que l’intelligence analytique : bavards sonores, nous ne savons donc plus parler de la première

IV 

Mais de quoi parlons-nous donc ? 

Le mot ne signifie pas seulement une qualité morale, mais aussi, et peut-être surtout, le principe ou la cause des choses ; nous célébrons, en effet, la vertu curative de certaines plantes ou la vertu réparatrice du temps, pour l’effacement des douleurs. 

Pour découvrir leur vertu, il faut donc pénétrer jusqu’à l’essence ou à la condition des hommes, aux racines mêmes de la vie, aux réactions chimiques primaires de l’énergie ou aux premiers rythmes du temps ; là naît le courage dans son principe, au secret de son efficacité, à l’expression inchoative de ses forces. Dans la chaleur du métabolisme ou le jaillissement de l’élan vital, au battement élémentaire du cœur… voilà d’où se lance le courage, oubli total et chaleureux de soi vers le monde, les autres, le prochain et les objets. 

Au moment de la naissance sort de la porte du temps ouverte entre les jambes de la femme, un torrent jaillissant, un flux de non-être, un geyser vital et chaud, que les doctes appelleront plus tard courage ou charité, un trésor prometteur de puissance, un cri sauvage, une première expiration rauque appelant des myriades d’autres souffles, aptes à réchauffer l’extérieur. La vertu de vitalité transmet la vie, plus l’amour. 

Mort et vie, risque et sécurité 

Oui, par quel miracle de vie, le courage se moque-t-il de la mort, l’aguiche-t-il sous le nez, la provoque-t-il au royaume sombre de sa loi ? Le cœur nous tire là où nous refusons, de tout notre jugement, d’aller.  Cette vertu se moque de la précédente, et funéraire, sagesse, de même que le corps sait aller au-delà de la tête, quoi qu’elle en pense. 

La mort seule fonde notre humanité, donc toutes nos morales, les vices et la vertu ; le courage devant la camarde trace nos limites et ouvre nos aspirations vers l’illimité ; cette bête, bonne, sait mais ignore qu’elle meurt. Son geste traverse l’obstacle fatal vers quelque chose ou quelqu’un d’autre. Inversement, la santé ou la vie à tout prix involue la vie même vers une conduite animale ou infantile. 

Ainsi le courage se moque de la vie pour elle-même et méprise une civilisation qui l’a prise pour valeur unique : culture vaniteuse, richarde, pleutre, décadente, sans projet, si contraignante dans ses mornes conventions qu’elle ne discourt plus que de confort et de sécurité, au moment où des milliards d’hommes, que la mort talonne, périssent de faim, de maladies incurables et de misère, condamnés, eux, au courage. 

Que vaut la vie sans raison de vivre ?

Avons-nous même perdu le courage de parler de la vertu ? 

Mais pourquoi donc n’en parlons-nous plus ? 

Parce que, continûment consacrés aux mauvaises nouvelles, maux, vicissitudes et meurtres, nos médias, lorsque enfin ils en parlent, masquent le courage en pose et rodomontade : capitaine courageux, dans la mêlée obscure des combats, tel devient Fracasse sur les planches du théâtre. 

Plus bas que le vice, quand elle s’exhibe, triomphante et exaltée, la vertu tombe, là, au ridicule, ou, justement, à la maladie nerveuse de notre début : mégalomane ou mythomane. Et quand la charité s’adultère en publicité, Tartuffe joue aux côtés de Matamore. 

La représentation vicie la vertu. L’exhibition en images publiques – la croissance immense de la gloire, pour l’essentiel – devient le canal obligé qui transforme toute vertu vraie, l’essence de la vie ou l’amour au-delà d’elle, en image de stuc, et l’authentique héros en faux dieu de carton et de plâtre. 

Que penser, par exemple, de la vertu de celui qui s’habille, en séance publique, pour la célébrer devant vous, aujourd’hui ? Dites-lui donc de se taire, par pudeur. 







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