Rage de consommer : des (vaccins) pour se guérir

8042008

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Extrait du Livre : « Mollahs de la consommation »

Par Mohamed LOUIZI

Lire : Un premier « vaccin » !

 

Le Livre « J’achète ! » propose des remèdes pour combattre la rage de consommer. Commençant d’abord par un test diagnostique (1), une façon pas vraiment scientifique, mais utile, composé de 50 questions différentes. Le barème de notation donne à chacun l’antidote convenable et la méthode de libération de soi, la plus adaptée. On peut avoir de 0 à 25 points, dans ce cas, on ne présente aucun signe grave de rage de consommer, le livre conseille de continuer de lire pour rester en bonne santé. Mais on peut avoir de 76 à 100 points, et dans ce cas de figure, on est enragé de consommation, on est peut être contagieux, on n’a pas de temps à perdre, il faut prendre dans l’extrême urgence des mesures appropriées. Ensuite, le livre nous parle des solutions à adopter à titre personnel, d’autres à caractère collectif et des résolutions à connotations politiques et économiques.

 

La simplicité volontaire

 

Au Canada, aux Etats-Unis et en Europe, des collectifs se sont mis en place pour prôner « la simplicité volontaire » (2) qui consiste à adopter un mode de vie moins dépendant de l’argent et qui vise à satisfaire ses vrais besoins.

 

La simplicité volontaire est définie comme étant une façon de chercher la simplification pour améliorer sa qualité de vie. Cette philosophie de vie est née de la constatation que la consommation n’apporte pas le bonheur (3).

 

Dans la société de consommation, on consacre son temps à gagner toujours plus d’argent pour satisfaire des besoins matériels. Le principe de la simplicité volontaire est de moins consommer, donc d’avoir moins besoin d’argent et moins besoin de travailler. En vivant en dessous de ses moyens, on gagne alors du temps pour ce qui est important pour soi. Elle n’est pas la pauvreté ni le sacrifice. C’est un choix de vie délibéré. Elle peut représenter une aide pour des personnes ayant des difficultés financières. Elle contribue, dans le sens où elle limite la consommation de biens matériels, à ralentir la destruction des ressources naturelles. Elle commence par remettre en cause les habitudes prises parfois sous l’influence de la publicité et de la télévision. A-t-on vraiment besoin de 20 détergents différents, un pour chaque type de surface ? A-t-on besoin de 10 crèmes de beautés différentes, une pour chaque partie du corps ? A-t-on besoin du dernier lecteur DVD sorti sur le marché ?

 

La simplicité volontaire est une démarche propre à chacun qui commence par la définition de ses vrais besoins et envies. Son but est aussi d’alléger sa vie de tout ce qui l’encombre et de privilégier « l’être » plutôt que « l’avoir ». Elle valorise les relations humaines et la solidarité. Elle lutte pour le désencombrement de la vie. Par exemple, On ne garde que les papiers vraiment importants et les livres qu’on adore. On a alors besoin de moins de meubles de rangement, de moins d’espace, et donc de moins de produits d’entretien. Le service public est utile quand on veut se simplifier la vie. Le recours aux transports collectifs, aux piscines ou bibliothèques publiques évite des achats, par exemple l’achat d’une voiture. Elle implique souvent de chercher l’autosuffisance, c’est-à-dire faire soi-même au lieu d’acheter.

 

L’idée est aussi de privilégier la valeur d’usage : « avoir » pour « avoir » n’a aucun intérêt. Que l’on ne possède que des choses qu’on utilise vraiment. Un livre qu’on n’a pas relu depuis dix ans, c’est un livre qui aurait plutôt sa place dans une bibliothèque municipale. Un vêtement qu’on n’a pas porté depuis un an pourrait être déposé dans une association caritative. On va rapidement se rendre compte qu’en fait on n’a pas besoin de grand chose, pour vivre en bonheur !

 

A Ithaca, Paul GLOVER entérine le Dollar !

 

Une expérience formidable a vu le jour à Ithaca, ville américaine de l’Etat de New York, début des années 1990. Lorsque Paul GLOVER, journaliste, économiste et ancien publicitaire, a décidé de créer une monnaie locale remplaçant le Dollar dans sa ville de 70 000 habitants. (4)

 

Glover se mis en 1991 à observer les mouvements de l’argent dans sa ville. Ce qu’il voit, a les banalités de base de tous les systèmes ultra capitalistes, de puissantes compagnies, des multinationales, des hypermarchés et de grandes chaînes nationales de magasins qui s’installent à Ithaca pour aspirer l’argent local, et pour pousser les ménages à consommer davantage à travers le matraquage publicitaire, même en se surendettant, avant de réinvestir les bénéfices en dollar ailleurs. La ville d’Ithaca et ses citoyens se voient dépourvus des services de leurs dollars gagnés après tant d’heures de travail.

 

Glover décida alors à résoudre ce problème ainsi que surmonter tous les défis sociaux, économiques et environnementaux qu’il engendre. Un bon jour, la solution commença à se dessiner. Il s’agit de mettre en place un système d’échange local (SEL), des biens et des services qui va désamorcer cette pompe à finance et qui va procéder à son remplacement par un système d’échange en circuit fermé. Que L’argent tourne et circule mais sur place, entre les citoyens d’Ithaca et uniquement sur le plan local.

 

C’est alors que lui vint l’idée de créer Ithaca hour ou l’heure d’Ithaca. Une unité monétaire que l’on ne pourrait gagner et dépenser que dans la Communauté. En vendant ou en achetant des services et des biens produits localement. Et Glover se mis à battre cette monnaie alternative. Ensuite, il a tenté de convaincre les 70000 habitants de la ville sur le bien fondé de celle-ci et qu’elle représente une réelle solution, efficace et performante. Au début, l’affaire ne tournait que sur une centaine de commerces, aujourd’hui, ce sont 1 450 boutiques et entreprises qui acceptant cette devise locale, et une revue publiée tous les deux mois la liste des participants.

 

Le billet de base, l’Ithaca hour, vaut environ 10 dollars, ce qui représente en gros le salaire moyen horaire payé dans cette ville. « Prenons maintenant un fermier qui vend pour 20 dollars de fromage. À la place de se faire payer par le dollar, il reçoit donc deux heures de travail gratuit. Avec ce petit capital, il achète par exemple les services d’un menuisier, qui lui même fait appel au savoir-faire d’un mécanicien, lequel utilise ces heures pour payer son chiropracteur, qui lui se sert de ces billets pour s’offrir quatre places de cinéma, et ainsi de suite. C’est un système sans fin qui grandit de lui-même, une économie écologique, en vase clos, qui s’écarte du dollar et où le temps de travail réel remplace les liquidité abstraites », explique Paul Glover.

 

Joëlle Delvaux, dans un article publié sur le site Internet : silesfemmescomptaient.com, raconte que les citoyens de la ville d’Ithaca sont très satisfait du résultat des échanges permis par la monnaie locale. « Les Ithaca hours sont la meilleure chose qui soit arrivée dans notre cité depuis l’invention du pain en tranche », lançait récemment Michael, graphiste, à Jean-Paul Dubois, journaliste au Nouvel Observateur, parti en reportage à Ithaca. « Cela reflète notre philosophie, stimule notre agriculture, notre artisanat, et responsabilise nos vies », ajoutait Joe, marchand de disques. D’autres encore témoignaient de leur enthousiasme, évoquant les multiples aspects positifs des Ithaca hours: « Grâce à cette monnaie locale, notre argent reste ici et nous nous entraidons, plutôt que d’enrichir des multinationales », disait Danny, électricien. « Cette organisation parallèle crée un lien de solidarité et donne notamment la possibilité à des chômeurs de trouver un emploi », ajoutait Dave, professeur d’économie. « Cette forme de troc nous permet, à ma femme et à moi de manger plus souvent au restaurant », renchérissait Charlie, fabricant de tambours. Quant à Bill et Cris, marchands de légumes, ils expliquaient ravis: « Grâce à cet argent local, davantage de gens achètent des produits du terroir. Cela a fait augmenter nos ventes et nous nous offrons désormais des petits luxes que nous n’aurions jamais pu nous payer en dollars ».

 

Ithaca hour a rendu la valeur à « l’être » et à son savoir faire et non pas à son « avoir » ou à ce qu’il possède. Elle a réduit les écarts sociaux, elle a diminué le taux de chômage, elle a encouragé l’artisanat et la production locale, elle participe aussi à la protection de la nature et permet une répartition équitable des richesses communautaires.

 

Dans ce système tout le monde trouve sa place, même les plus démunies et les nécessiteux provisoires. Les prêts sont contractés sans intérêts, par exemple, pour un prêt équivalent de 1000 $, l’emprunteur s’engage à rendre 100 heures de travail au service de la communauté.

 

Ithaca est certainement un « cas » particulier, mais il n’est plus isolé. Ce système de monnaie locale connaît une présence dans d’autres villes des Etats-Unis, au Canada et au Mexique. La chaîne TV5 Monde a diffusé, courant août 2006, un reportage sur les monnaies locales et les systèmes d’échanges locaux, parlant de plus de 3000 monnaies locales à travers le monde, dont 180 seulement dans l’archipel japonais.

 

Simplicité volontaire … partout ailleurs

 

Le réseau de la simplicité volontaire tisse sa toile à l’échelle planétaire en Belgique, en Espagne et même ailleurs. En France des structures associatives oeuvrent pour minimiser la dépendance à l’argent, pour combattre la surconsommation et ses dégâts collatéraux et pour consolider les liens sociales de solidarité.

 

Paris connaît, presque tout les deux mois, l’organisation d’une activité dite « Le Grand Don », sur le Pont Marie. Des donneurs, avertis à l’avance, réunissent des objets qu’ils souhaitent offrir (livres, disques, vêtements, bibelots, bijoux, jeux, divers…), avec pour seule condition qu’ils puissent être transportés sans encombre par des personnes circulant à pied. Ils disposent l’ensemble des dons sur le rebord du pont, sans entraver le déplacement des personnes. Chacun des donneurs aborde aimablement les passants inconnus et leur propose de prendre un des objets, et d’en devenir immédiatement et sans conditions le légitime propriétaire. « Le Grand Don » se termine quand tous les objets collectés ont été offerts. (5)

 

Des structures participent à l’éducation sur les valeurs de la solidarité communautaire et sur le développement durable comme l’association « Tout simplement ! ». Et d’autres sont conçues pour aider les victimes des systèmes financiers actuels à se relever de nouveau comme l’association des « Débiteurs anonymes » qui a été crée en 1976 aux Etats-Unis et qui a plus de 400 filiales actives à travers le monde, 10 en France.

 

Systèmes d’Echanges Locaux au nord de la France

 

Dans ma ville, Villeneuve d’Ascq au Nord de la France, j’ai fais connaissance d’une association portant le nom « L’arbre SEL », adoptant le principe de la simplicité volontaire et favorisant le Système d’Echanges Locaux (SEL). (6)

 

Les membres de l’association sont partis d’un constat réel, dans l’idéal, l’argent est un moyen de mesurer les échanges et il devrait circuler entre les gens. Mais quelques personnes physiques ou morales s’enrichissent et monopolisent l’argent en laissant la majorité dépossédée de ce moyen financier et se contentant, uniquement de rêver.

 

Le SEL est venu donc pour permettre à ses personnes d’échanger de nouveau, grâce à une mémoire d’échange, favorisant des valeurs étrangères au profit, telle que la convivialité, la solidarité et le respect d’autrui.

 

Comment cela marche au quotidien ? Et bien, l’association édite un catalogue des offres et des demandes des adhérents. Les adhérents concluent l’échange par téléphone ou lors d’une rencontre. Par Exemple, Marie demande à Pierre lors d’un marché SEL de lui donner un coup de main pour le Jardin. Ils se mettent d’accords sur les conditions de l’échange, c’est à dire 60 feuilles pour une heure de jardinage. Et c’est alors que les choses se font. L’échange est mesuré grâce aux feuilles dites « grains de SEL ». Une fois Pierre achève sa mission, Marie établit un bon d’échange de 60 feuilles ou bien l’un des deux rajoute une ligne sur sa feuille personnelle d’échange. Puis le bon ou la feuille personnelle parvient au gestionnaire des feuilles qui tient les comptes sur un cahier ou sur un ordinateur. Le compte de Marie passe par exemple de +200 feuilles à +140. Celui de Pierre de -500 à -440 feuilles. Et voilà, le solde de leur compte sera publié dans le journal du SEL, comme celui de tous les adhérents.

Notes :

1- John de Graaf, David Wann, Thomas Naylor, J’achète ! Combattre l’épidémie de surconsommation, pages 243 à 245, Les Editions FIDES, 2004

2- Consulter le site : www.simplicitévolontaire.org

3- Consulter l’encyclopédie numérique : www.ekopédia.org

4- J.P Dubois, « Le dollar est mort à Ithaca », Le Nouvel Observateur, 5/12/1996, page 94.

5- Consulter le site : http://granddon.free.fr

6- Consulter le site : http://arbresel.free.fr et le site : www.selidaire.org




La Rage de consommer

5042008

Extrait du Livre :

Mollahs de la consommation – Décembre 2006

Par Mohamed LOUIZI

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En mai 2004, les auteurs John de GRAAF, David WANN et Thomas NAYLOR, ont publié un livre chez les éditions FIDES, intitulé J’achète ! Combattre l’épidémie de surconsommation(1), étudiant et analysant les comportements de la surconsommation aux Etats Unies et même ailleurs, c’est à dire là où The Américain Dream multiplie les adeptes.

 

Le livre propose une lecture assez argumentée du quotidien de la surconsommation. Il s’est appuyé sur des données statistiques silencieuses et glaciales prouvant que nous sommes tous atteint, à des degrés très rapprochés, d’un virus social appelé : la rage de consommer.

 

Ce dernier se caractérise par les traits suivants : état pénible, contagieux, socialement transmissible, surcharge, endettement, anxiété et gaspillage. Résultant de la volonté acharnée d’avoir toujours plus et qui menace sérieusement les portes feuilles, les amitiés, les familles, les communautés et l’environnement (2).

 

Le livre traite ce virus, en montrant ses symptômes, en indiquant ses causes directes et indirectes et en proposant des « vaccins » et des « antidotes » efficaces visant à une guérison permanente et à un retour à des styles de vie moins coûteux et plus humains(3).

 

Ce virus se traduit dans les apparences par la fièvre du shopping, l’épidémie des faillites, l’enflure des attentes, la congestion chronique, le stress de l’excès, les convulsions familiales, le sentiment d’inutilité, l’épuisement des ressources naturelles, la dépendance aux choses matériels, l’insatisfaction quasi permanente…etc. (4)

 

Et pour s’arrêter que sur l’élément qui nous intéresse, le livre déplore que le nombre de personnes déclarant faillites chaque année, aux Etats Unies, est beaucoup plus élevé que le nombre de diplômés universitaires. La dette des gens en faillites est équivaut à 22 mois de salaires(5), mais faut-il d’abord trouver un travail permettant et aidant au remboursement de ses dettes. La chroniqueuse Ellen Goodman, dans All Consuming Passion, résume ce cycle vicieux dont lequel s’abrite des individus et des familles, ainsi : « La norme, c’est de porter des vêtements qu’on achète pour aller travailler, de traverser des embouteillages dans une voiture qu’on est encore entrain de payer, afin d’obtenir l’emploi dont on a besoin pour pouvoir se payer les vêtements, la voiture et la maison, qu’on laisse vide toute la journée pour pouvoir se permettre d’y habiter » (6).

 

Ce style de surconsommation a rendu la vie insupportable, routinière et vide de sens. Lorsque la Mère Teresa vint aux Etats-Unis pour recevoir un diplôme honorifique, elle déclara : « C’est l’endroit le plus pauvre que j’aie jamais vu ! »(7). Robert Seiple, directeur de l’organisation caritative chrétienne « Vision Mondiale », ajoute qu’ : « Elle ne parlait pas de l’économie, des fonds communs de placement, de Wall Street, ni du pouvoir d’achat. Elle parlait de la pauvreté de l’âme » (8). Dans le même sens, Lee Atwater, stratège électoral du Parti républicain, a fait un aveu peu avant de mourir d’une tumeur cérébrale, il a dit : « Les années 1980, c’était l’acquisition : celle de la richesse, du pouvoir, du prestige. Je le sais. J’ai acquis plus de richesses, de pouvoir et de prestige que la plupart des gens. Mais on a beau acquérir tout ce qu’on veut, on finit tout de même par se sentir vide » (9).

 

La rage de consommer est aussi un problème familial. Certaines études montrent, qu’à cause de cette maladie, et en l’espace d’une génération, le temps que les parents consacrent à leurs enfants a décliné d’au moins 40%. Puisque les parents travaillent davantage, pour gagner davantage, pour acheter davantage, mais aussi pour rembourser leurs dettes. L’une de ses études a démontré que les couples américains trouvent à peine 12 minutes par jour pour se parler !

 

La rivalité avec les voisins mène plusieurs familles à l’endettement et engendre des conflits latents sur les questions d’argent qui entraînent souvent la séparation et l’éclatement de la famille. Les conseillers dans les relations familiales rapportent que les discussions sur l’argent constituent un facteur qui précipite 90% des cas de divorce engendrant des situations sociales chaotiques et très coûteuses sur tous les plans : éducatif, sécuritaire, social, économique…

 

 

Pour plus de détails sur cette maladie, une lecture de ce livre, est vivement conseillé, elle montrera d’autres facettes diaboliques de la rage de consommer touchant la totalité des gens, quelque soit leur religion, leur système de valeur, de référence, leur éducation ou leur statut socioprofessionnel.

Faillites personnelles, ici et ailleurs

 

Aujourd’hui, plusieurs études statistiques publiées parlent des menaces réelles que causent « la rage de consommer » arrosée par la pratique de l’usure dans les sociétés « occidentales ». Des articles nous interpellent sur l’explosion des faillites en Grande Bretagne, d’autres alertent sur l’état de surendettement en France ou sur les pulsions catastrophiques de surconsommation attisées par les prêts à intérêt aux Etats-Unies…etc.

 

Le Figaro a publié un article le 20 mai 2006, intitulé « Inquiétudes sur le niveau d’endettement des ménages » alertant sur le surendettement. Pour l’auteur : « La vraie raison de s’alarmer se trouve du côté du surendettement des Français. Selon la Banque de France, les crédits à l’habitat ont augmenté de 15% l’an dernier, soit un rythme double de celui des crédits à l’investissement des entreprises ». «Par rapport à leur revenu disponible, l’endettement des ménages est passé de 49% en 1995 à 57% en 2003 et 64% en 2005», s’est inquiété le gouverneur de la Banque, Christian Noyer, dans sa lettre annuelle au président de la République. «La solvabilité des Français atteint des seuils critiques», résument les économistes de la Société Générale.

 

L’émission télévisée « C dans l’air », de la chaîne publique française « France 5 », a choisit comme thème de l’une de ses débats, diffusé pour la dernière fois le vendredi 16 juin 2006, le thème « Vivre à crédit », en invitant Robert Rochefort (Sociologue et directeur du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), Marie-jeanne Husset (Directrice de rédaction du mensuel 60 millions de consommateurs) et Elie Cohen (Economiste, directeur de recherche du Centre national de recherche scientifique au CEVIPOF). Lors de cette émission, les intervenants ont commenté et analysé, entre autres, le dernier rapport de la Banque de France, rendu publique le 23 mai 2006, annonçant que le taux d’endettement des ménages français atteint un niveau record en 2005, avec une dette qui a représenté 64 % du revenu disponible brut.

 

L’endettement s’est accéléré en 2005, en augmentant de 10,5 %, contre 9,9 % en 2004. Selon l’Observatoire de l’Endettement des Ménages (OEM), 52,6 % des ménages français étaient endettés en novembre 2005. 73 % des débiteurs surendettés le deviennent de manière passive, c’est-à-dire à la suite d’accidents de la vie. La perte de son emploi demeure le facteur dominant (31 %), suivi du divorce, de la séparation ou du décès du conjoint (17 %).

 

Cette progression est due à la poursuite de la hausse des prêts à l’habitat, les crédits à court terme ne représentant que 4,5 % de l’encours total de dettes des ménages. Le crédit fait des ravages et jamais les ménages n’ont eu de dettes aussi importantes en France. Sans compter les faillites personnelles de plus en plus nombreuses. La France demeure malgré tout beaucoup moins endettée que la plupart de ses voisins européen, et donc extrêmement moins que les ménages américains, dont le taux d’endettement est de l’ordre de 130 % de leur revenu disponible.

 

Sébastien MARTIN, du journal Le Figaro, a publié le 8 août 2006, un article intitulé « Les faillites personnelles explosent au Royaume-Uni ». Il rappelle des chiffres réels, traduisant cela. Quelque 26 000 personnes se sont déclarées en faillites personnelles au deuxième semestre soit un bond de 66 % par rapport au chiffre de la même période de l’an dernier. À ce rythme la barre de 100 000 faillites individuelles devrait être dépassée pour la première fois cette année, soit plus qu’un doublement en deux ans.

Marie Phoenix a publié un autre article, le 6 février 2006, allant dans le même sens et intitulé « Immobilier UK : nombre record des faillites personnelles » sur le site : leblogefinance.com, en se basant sur un dépêche de l’AFP, montrant que le nombre de ménages britanniques contraints de se déclarer en faillite en raison d’une dette devenue insupportable a battu un nouveau sommet en 2005, avec 67 580 foyers, selon les derniers chiffres officiels publiés. Le nombre de faillites est en hausse de 45% par rapport à 2004, traduisant une augmentation record jamais atteinte depuis 45 ans. En 2005, 10 260 ménages britanniques, incapables de rembourser leurs emprunts, ont été dépossédés de leur maison. Soit 70 % de plus qu’en 2004.

 

Dans le site Internet officiel de La Poste Suisse, un article publié le 4 août 2006, attire l’attention, par son titre d’abord « Personne n’est immunisé contre l’endettement » et par ses données relativement inquiétantes. Selon l’auteur, le nombre des faillites personnelles a atteint un nouveau record cette année, Les chiffres enregistrés par l’Association Suisse des Sociétés Fiduciaires de Recouvrement (VSI) montrent que bon nombre de citoyens suisses sont aussi endettés. Les branches des commandements de payer, des faillites et des exécutions de saisies ont enregistré des valeurs records: en 2005, les sociétés membres de la VSI ont émis environ 850 000 mandats d’encaissement et environ 1 million de mises en demeure. Le volume des créances s’élevait à 3,7 milliards de francs (1 CHF = 0,648 EURO).

 

En Belgique, et malgré la légère baisse du nombre de surendettés de 2004 à 2005, expliquée principalement par les modifications techniques légales, le chiffre reste colossal. A la fin de l’année 2005, 343 020 personnes (ou 501 102 contrats de crédit pour un montant de 1,84 milliard d’euros) en défaut de paiement pour les contrats de crédit à la consommation et d’emprunts hypothécaires, étaient répertoriées auprès de la Banque nationale de Belgique. Cela équivaut à 4,2% de la population adulte (10)

 

Le 12 avril 2006, Georges Quioc a publié un article dans Le Figaro, intitulé « Les faillites personnelles en plein boom aux Etats-Unis », qui montre que plus de deux millions d’américains se sont déclarés en faillite personnelle l’année dernière, soit 30% de plus que l’année précédente, selon les statistiques judiciaires américaines. Sur le seul dernier trimestre 2005, leur nombre a bondi de 80%.

 

Ce fléau de l’endettement et du surendettement est devenu un phénomène généralisé sur l’ensemble des ménages, suivant le style de vie matérialiste ou le Américan way of life, que ce soit dans les pays européens et américains ou même dans les pays dits « en voie de développement ».

Notes :

1- John de Graaf, David Wann, Thomas Naylor, J’achète ! Combattre l’épidémie de surconsommation, Traduction de Michel Saint-Germain, Les Editions FIDES, 2004

2- Ibid., page 22.

3- Ibid., pages 241 à 330.

4- Ibid., pages 35 à 165.

5- Ibid, page 48.

6- Ibid, page 68.

7- Ibid., page 114.

8- Ibid., page 114.

9- Ibid., page 114.

10- Source : Observatoire du Crédit et de l’Endettement (2004), Crédit et endettement des ménages. 10 ans d’Observatoire, p. 15. publié sur le site : http://www.luttepauvrete.be/chiffres_surendettement.htm

A suivre prochainement:

« Rage de Consommer: Vaccins pour se guérir !«  




Mosquée dans la Cité : réalités et espoirs (2)

22022008

 

 

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Par Mohamed LOUIZI


Pour Sadek Al-Nayhoum,humaniste de cœur et de plume,

Vous qui étiez engagés pour la Liberté, reposez en paix,

Votre combat je le porterai jusqu’à ma mort!

 

 

Animosités ; guerres ; intolérance ; violences ; …

 

Avarice ; commerce inéquitable ; exploitation ; usure ;…

 

Clanisme ; oligarchie ; ploutocratie ; tribalisme ; …

 

Discriminations ; inégalités ; injustices ; machisme ; …

 

Esclavage ; servitude ; subordination ; traite négrière ;…

 

Oppressions ; persécutions ; phallocratie ; supplices ; …

 

Ceux-ci étaient les traits distinctifs du visage pâle de la Mecque et de son voisinage à la veille de l’avènement du message de Mohammad.

 

La ville « sacrée » semblait dénouer avec les vertus et valeurs humaines du temps d’Abraham. La Ka’ba paraissait attristée et hantée, de fond en comble, par ces préjudices moraux, intellectuels, sociaux, économiques et politiques.

 

Tout, ou presque tout, ne semblait pas se tenir correctement. Le marasme était généralisé témoignant d’un déficit moral excédent touchant non seulement l’organisation sociale et économique mais aussi, et surtout, la place et la valeur de l’être humain au sein de cette organisation tribale qui était profondément narcissique et extrêmement hiérarchisée et discriminatoire.

 

Humanité brisée

 

L’être humain, féminin ou masculin, et à l’exception de quelques favoris chanceux, ne jouissait pas de ses droits et libertés fondamentales. La majorité des gens n’était ni écoutée, ni consultée, ni estimée. Dans ce contexte, le fait de jouir pleinement de ses droits et libertés dépendait, essentiellement, de la « classe » socioéconomique à laquelle on appartenait, de l’affiliation familiale et tribale, de l’éloquence linguistique, du talent poétique, de l’aptitude et du génie militaire… et encore !

 

L’organisation tribale se faisait autour d’une personne charismatique – le Cheikh – assisté d’une minorité oligarchique restreinte de seigneurs qui, en s’obstinant à sauvegarder leurs privilèges socioéconomiques et politiques, ne se gênaient pas à imposer unilatéralement leurs visions, à défendre leurs intérêts et à pérenniser, de génération en génération, leurs prérogatives.

 

La religion a bien servi d’instrument fatal dans ce jeu d’asservissement forcé ou volontaire. En effet, l’oligarchie s’est bel et bien montrée dévouer aux cultes des dieux statufiés au parvis de la Ka’ba en incarnant ainsi et pour des raisons d’intérêts personnels, le rôle des « marchands de la prière et du pèlerinage». Quoi de mieux alors pour garder sous contrôle la masse et d’éterniser sa loyauté et son abrutissement !

 

Quant aux autres – femmes, hommes, esclaves, enfants, pauvres,… – qui ne faisaient pas partie des rangs de l’oligarchie nantie, ils n’avaient pas grand-chose à dire, si ce n’était de vociférer inlassablement des louanges au Cheikh et à ses collaborateurs, des espérances voués désespérément au ciel, et des gratitudes adressées, à contre cœur, aux seigneurs tyranniques et ploutocratiques !

 

Les seigneurs décidaient de la guerre comme de la paix ; de la mort comme de la vie. Seuls leurs mots comptés. Seules leurs paroles pesées. Les autres humains, qui ne pouvaient pas – non par incapacité mais par asservissement – prétendre à de tel statut, n’avaient qu’une existence accessoire, et de surcroît, ils « vivaient » dépendants, soumis et tributaires des obligations cultuelles et des nécessités tribales et seigneuriales.

 

Renaissance de l’espoir

 

La Ka’ba, prise en otage, par les intérêts des « marchands de la prière et du pèlerinage » avait perdu de vue presque toutes les valeurs enseignées du temps d’Abraham. Le culte mercantile a occupé tout l’espace cultuel, en faisant de la maison de Dieu un lieu de culte (certes), mais aux couleurs du profit. La mosquée était redevenue tel un hypermarché au milieu du désert, sans foi ni loi, où seul le profit matériel comptait.

 

Dans ce contexte, qui était humainement désastreux, apparaissait Mohammad tel un souffle d’espérance, pour rappeler une nouvelle fois, ce que professait Abraham dans cette même terre, 2500 ans auparavant, à savoir : améliorer la condition humaine ; lutter pour la justice ; faire redécouvrir le sens de la liberté ; faire connaître le chemin du salut ; inculquer la solidarité ; prêcher l’humanisme ; éclairer les ténèbres des âmes ; abolir l’asservissement et appeler les gens à se remettre à un Dieu qui croient en eux et non à se soumettre à des dieux qui se servent d’eux.

 

Par conséquent, le contenu du message que professait Mohammad commençait, petit à petit, à déranger sérieusement les « marchands de la prière et du pèlerinage ». Parce que, me semble-t-il, la substance de ce message avait de quoi les inquiéter et non, comme le prétend l’interprétation dogmatique dominante qui elle, laisse entendre que la raison essentielle de la gêne occasionnée, était due au fait que Mohammad prêchait exclusivement « l’unicité de Dieu ».

 

Cette interprétation réduit à tort le message mohammadien dans son attestation de foi anti-associationnisme. Elle le vide aussi de sa vocation à vouloir soulager l’être humain des divers jougs (servitude, violences, clanisme, identitarisme, superstition,…) et des difficultés sociales et économiques qui pèsent sur lui. Elle considère que la question majeure de l’époque était exclusivement d’ordre théologique, métaphysique et cultuelle et du coup, il fallait un nouveau prophète pour redire Dieu, l’Unique, le Grand et le Tout-Puissant et pour apprendre aux gens le formalisme de la prière et les rites du pèlerinage, entre autres ! En oubliant au passage qu’avant même l’avènement de Mohammad, il existait – sans parler des autres religions monothéistes – des « monothéistes purs » (Al Ahnaf en arabe) qui vivaient leur foi en un seul et unique Dieu depuis toujours, sans que cela puisse gêner qui que ce soit !

 

Il me paraît évident que la question théologique/cultuelle, malgré sa centralité dans le message mohammadien, n’était pas la principale raison du conflit qui opposait les « marchands de la prière et du pèlerinage » à Mohammad. Mais ils y avaient d’autres raisons substantielles d’ordre humain, moral, social, économique et politique qui justifiaient les atrocités commises par l’oligarchie à l’égard de Mohammad et de ses compagnons.

 

Prophétie dérangeante

 

Mohammad gênait, à priori, par son discours, dépassant de loin la question théologique et métaphysique, et aussi par son courage, sans équivoque, à s’opposer ouvertement aux injustices subits par les uns et par les autres en rappelant avec obstination la définition de l’humain et de sa juste condition en tout lieu, plus particulièrement dans le contexte déplorable de la Mecque et de l’Arabie à cette époque.

 

Mohammad rappelait que l’être humain est fondamentalement libre et qu’il doit pouvoir savourer ses libertés comme il l’entend. L’oligarchie, quant à elle, se sentait menacée par ce nouveau discours qui risque de soulever les « esclaves » contre les « maîtres » et de causer des dérèglements dans l’organisation hiérarchique ségrégationniste des tribus.

 

Il rappelait que l’être humain a droit de vivre dignement. Ce qui posait la question du partage équitable des richesses ; il dénonçait, par la même, l’exploitation, l’avarice, la cupidité, l’égoïsme et qui interpellait les consciences sur les dangers sociaux réels que représentent, pour toujours, des pratiques financières telle que l’usure et la logique du « tout profit » profitant exclusivement à une poignée de nantis et appauvrissant davantage les nombreux nécessiteux.

 

Il rappelait que les violences, de tout genre, devaient cesser ; que l’on doit mettre un terme aux tortures, aux enterrements des filles vivantes, aux maltraitances des femmes et des esclaves, aux guerres intertribales interminables.

 

Il rappelait que derrière l’idée de l’humain il y a une autre idée, aussi belle et inoffensive, celle d’un divin créateur et invisible auquel on peut, si on le souhaite, se remettre volontairement en toute quiétude sans pour autant faire soumettre, sous une quelconque contrainte, les autres à ce choix spirituel.

 

A bas la servitude !

 

Mais l’idée ingénieuse – à cette époque – et très dangereuse pour la survie de « l’ordre tribal établit » était celle qu’a suggéré Mohammad avec énergie et conviction, déclarant que chaque être humain –non seulement les Cheikhs, les maîtres et leurs inféodés – est responsable. Et qu’il en va de cette responsabilité le droit de chacun à pouvoir choisir, dire librement ses choix, sans craindre pour sa vie, et participer effectivement aux prises de décisions engageant la collectivité tribale, dans son entièreté, en temps de guerre comme en temps de paix. De ce fait, l’oligarchie devait cesser de confisquer les droits des autres et d’imposer ses décisions sur l’ensemble.

 

Il a fait découvrir à ces mecquois soumis qui ne faisaient pas parti de l’oligarchie du pouvoir et qui n’étaient pas du nombre des seigneurs ou des « marchands de la prière et du pèlerinage », qu’ils « sont ». Et qu’ils doivent justement « être » dans la dignité et non dans l’abaissement ; dans l’affranchissement et non dans la servitude ; dans l’élévation de l’esprit et non dans la stupidité de l’intellect.

 

Avec lui, ces mecquois, longtemps exploités, subordonnés et asservis à un « ordre » qu’ils n’ont pas choisi, ont découvert qu’ils avaient leurs mots à dire et qu’il fallait justement, dès à présent, un espace pour le faire entendre. Et ce, parce que, d’un côté, l’oligarchie ne leur reconnaissait pas ce droit et de l’autre côté, elle ne prévoyait pas non plus d’espace/institution pour la parole et le débat publique. L’expression de l’opinion publique n’était pas à l’ordre du jour de cet « ordre » et seules les opinions/décisions des Cheikhs des tribus étaient prise en considération que l’on soit pour ou contre.

 

Prix de l’insoumission

 

Dans un premier temps, Mohammad – nous racontent les biographes – avait choisi la discrétion comme stratégie d’action et de rassemblement. Et ce fut la maison du jeune Al Arqam Ibn Abî Al-Arqam qui, pour des raisons de sécurité, était pendant quelques années le lieu de rencontre du mouvement mohammadien et son espace, restreint soit-il, de l’expression libérée.

 

Cependant, ce mouvement commençait progressivement à prendre de l’ampleur en présageant la fin de la discrétion et le début des épreuves et des souffrances sur la place publique, malgré que celle-ci fût totalement verrouillée et contrôlée par les « marchands de la prière et du pèlerinage ». Par conséquent, ce mouvement se voyait privé d’un lieu de rassemblement et interdit, que ce soit pour la prière ou pour toute autre chose, de se rassembler dans le parvis de la Ka’ba – maison de Dieu.

 

Par ailleurs, les anciens « esclaves » ont pris conscience de leur liberté fondamentale et commençaient à se délier des chaînes de la servitude et à désobéir, sans aucune crainte, les ordres des « maîtres ». Un élan de solidarité sociale s’est produit entre les nouveaux convertis qui comptaient parmi eux certains notables et beaucoup plus de nécessiteux. Le mouvement mohammadien paraissait endurant, résolu et uni. De quoi irriter l’oligarchie qui semblait être déboussolée, désarmée et très embarrassée.

 

Celle-ci conjuguait à la fois négociation, répression, intimidation pour tenter de rétablir « l’ordre » et pour contrecarrer éventuellement le mouvement grandissant. Aucune de ces mesures ne semblait être efficace face à la détermination et au dévouement des nouveaux convertis à la cause qui était la leur. L’oligarchie profitait de sa mainmise sur le lieu de culte, surtout pendant la période du pèlerinage pour salir l’image de Mohammad auprès des autres tribus de l’Arabie. Néanmoins celui-ci était, de son côté, infatigable. Il ne ménageait aucun effort qui pouvait lui permettre de trouver une terre d’accueil où l’on peut vivre son humanité pleinement, librement et dignement. Et ce fut l’émigration vers Médine, après 13 ans passée dans la lutte incessante et pacifique contre l’horrible cruauté mecquoise.

 

Génie collectif

 

A peine arrivés à Médine, Mohammad et ses compagnons –autochtones et immigrés – se sont mis et investis physiquement dans la construction d’une « mosquée/Al-Jami’i » au cœur de la cité. Ce lieu servait notamment à la célébration de la prière – d’où la nomination « mosquée » ou « masjid » en arabe – et il représentait en même temps l’espace de rassemblement et de vie commune – d’où le qualificatif de « Al-Jami’i » en arabe.

 

Ce lieu favorisait la rencontre, la consolidation des liens sociaux, l’intégration des nombreux immigrés dans ce nouvel espace vital, la gestion des affaires de Médine (sociales, économiques, judiciaires, militaires, politiques,…), l’accueil des autres communautés de foi et des députations des autres tribus, l’alphabétisation des jeunes et des âgées,… et bien sûr, il servait aussi à la pratique cultuelle.

 

Les fonctions de la « mosquée/Al-Jami’i » s’étendaient, de plus en plus, en corrélation avec l’ampleur que prenait, jour après jour, la communauté naissante et aussi avec la recrudescence des défis, intrinsèques et extrinsèques, qu’a posé l’émigration massive et l’installation du mouvement mohammadien à Médine.

 

Mohammad créa ainsi un nouveau modèle contractuel d’organisation sociale, différent de celui de la tribu, prenant de la « mosquée/AL-Jami’i », nouvellement construite, une base centrale au sein de la cité de manière à ce que l’humain et le divin, l’éphémère et l’éternel, le temporel et le spirituel, le séculier et le régulier, puissent s’alimenter réciproquement et que l’un puisse donner du sens et de la place à l’autre.

 

Ce modèle hybride – qui ne recèle aucun caractère sacré – se justifiait, me paraît-il, par l’absence à Médine, à cette époque ancienne, d’autres structures et institutions spécialisées qui pouvaient soulager et désengorger la « mosquée/Al-Jami’i » des diverses fonctions qu’elle assurait simultanément et qui pouvaient conduire ainsi à une séparation organique du temporel/séculier au spirituel/régulier.

 

A Cette époque, il n’y avait pas d’établissements scolaires, pas de partis politiques, pas d’institutions économiques, pas de mass médias, pas de centrales syndicales, pas de fondations sociales, pas de structures judiciaires, pas de ministère de la défense,… et il n’y avait pas non plus un lieu de rassemblement – hormis le souk des commerçants caravaniers – permettant aux uns et aux autres – citoyens – de participer au débat public tels étaient « l’agora » chez les grecques et le « forum » chez les romains.

 

De ce point de vue, la « mosquée/Al-Jami’i » avait permis la libération de l’expression de la parole publique, surtout pendant le rassemblement du vendredi. La communauté naissante a trouvé enfin un temps hebdomadaire et un espace où chacun, homme et femme et sans discrimination aucune, pouvait exprimer son opinion sur les affaires temporelles et ses questionnements et réflexions d’ordre spirituel. Point de censure au sein de la mosquée/Al-Jami’i puisqu’il n’y avait plus de Cheikhs despotes ni de « marchands de la prière et du pèlerinage » comme c’était le cas à la Mecque. Mohammad, le prophète, veillait au maintien et au développement de cet état d’esprit émancipateur. Le peuple de Médine a trouvé donc sa voix dans cette voie.

 

Expression libérée

 

Au sein de la « mosquée/Al-Jami’i », le peuple de Médine se consultait en permanence pour mieux gérer sa vie collective. Aucune décision – de guerre comme de paix – n’était prise par une minorité et imposée à la majorité. Le citoyen lambda pouvait prendre la parole, en toute spontanéité et franchise, pour proposer et parfois même pour s’opposer à une proposition qui ne le convenait pas. Mohammad était très attentif aux opinions exprimées, aux débats contradictoires et il faisait en sorte que le consensus soit observé et recherché et que ses propositions à lui ne soient pas prévalues comparées à celles des autres, juste parce qu’il était prophète !

 

Par le biais de la « mosquée/Al-Jami’i », la communauté gérait, dans l’esprit de corps, la vie au quotidien de la cité et se donnait un rendez-vous hebdomadaire, le vendredi, dont la présence était obligatoire, pour faire le bilan et pour rappeler les principes auxquels il fallait rester très attachés.

 

En effet, ce rassemblement était l’occasion pour que chacun puisse savoir ce qui se passe dans sa cité et l’état des menaces et des défis extérieurs qui pèsent sur elle. Par ce même biais, la communauté surveillait le mouvement de l’argent (le capital) dans la cité, réglementait les tarifs dans le marché, trouver des solutions à la pénurie de quelques biens élémentaires, se consultait sur les choix défensifs à envisager, se partager les tâches,… et enfin, achever la réunion publique par la prière comme contrat morale et comme gage de bonne foi.

 

Paradoxe sunnite

 

Le rassemblement était tout sauf un spectacle d’exhortation, de prêches et de monologue, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Car si c’était le cas, on devait normalement conserver le contenu exact de tous les sermons prophétiques comme on a conservé les soi-disant « Hadiths authentiques » – citations présumées être prononcées par Mohammad.

 

D’ailleurs, si l’on fait un calcul simple, le nombre de sermons que Abou Hourayra devait nous rapporter – puisqu’il est considéré par les sunnites comme la mémoire prodigieuse et infaillible de ladite « sunna prophétique » – et que Al Boukhari devait authentifier s’élève à environ 520 ou 530 sermons ! Car, dans une année, il y a bien 52 ou 53 semaines donc 52 ou 53 vendredis et d’après les biographes, on sait que Mohammad a vécu à Médine pendant 10 ans et par conséquent, il aurait célébré 520 ou 530 vendredis qui devraient correspondre à 520 ou 530 sermons !

 

Cependant, et bien que certains s’obstinent à croire davantage que le savoir prophétique a été intégralement protégé et transcrits à la virgule près, sous forme de « Hadiths authentiques », il est quasiment impossible aujourd’hui de mettre la main sur ces 520 ou 530 sermons de vendredi, auxquels il faut rajouter les 20 discours de fêtes (Khoutbah de l’Aïd), que le prophète aurait prononcé de son vivant !

 

Les seuls discours que l’on trouve désormais à la lecture des livres de biographie de Mohammad et des recueils des Hadiths sont, en effet, le discours prononcé lors de son « Pèlerinage de l’Adieu » et quelques très rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que moins de 2 % de l’ensemble des Hadiths, soi-disant authentifiés !

 

Dès lors, deux suppositions me travaillent l’esprit laissant place à plusieurs interrogations. Premièrement, soit Mohammad ne prononçait pas de discours d’exhortation – à la manière de ce que fait l’imam de mon quartier tous les vendredis – et consacrait l’intégralité du temps du rassemblement de vendredi au débat publique. Alors au nom de qui et au nom de quoi, on persiste aujourd’hui à imposer au peuple des mosquées de supporter chaque vendredi et pendant plus d’une heure, dans un mutisme imposé à coup de Hadiths, les nuisances sonores et les bizarreries idéologiques de l’imam ? Cela pose aussi la question du rôle de l’imam, du pourquoi de sa présence,…

 

Deuxièmement, soit Mohammad prononçait justement un sermon chaque vendredi alors comment explique-t-on ce trou noir titanesque dont souffrent les sources et les recueils des Hadiths, dits authentiques ? Où sont passés ces discours ? Pour quelles raisons n’ont-ils pas été conservé ? Ces discours, n’étaient-ils pas des paroles/Hadiths à transcrire et à transmettre ? Comment se fait-il que Abou Hourayra – par exemple – n’ait rapporté le contenu intégral d’aucun discours hebdomadaire ? Ces discours ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire de « la vache qui parle » ? Qui a décidé que l’on ôte ou que l’on ne conserve pas, dans les recueils des Hadiths, cette substance orale de sagesse que le prophète aurait laissé ? A qui profite ce trou noir, s’il y a vraisemblablement un trou noir ?…

 

En attendant des explications que je souhaite, tout au moins, cohérentes et intelligibles, je continuerai à penser que le rassemblement du vendredi à Médine, au temps de Mohammad, était un temps imparti aux citoyens présents pour qu’ils puissent produire et exprimer leurs propres réflexions sur l’organisation sociale de la cité et non de consommer et de se soumettre stupidement à la seule et unique réflexion de Mohammad.

 

La traversée du désert

 

Toutefois, après la mort de Mohammad, les choses commencèrent à se défigurer foncièrement. D’abord, l’organisation sociale non étatique, qu’il a initiée de son vivant a pris l’allure d’un Etat – le Califat – le lendemain de sa mort. Ce Califat était présidé par une personne – le Calife – choisie par le peuple médinois selon des modalités critiquables certes, mais qui restent, plus ou moins, démocratiques au vu de ce que c’étaient les us et coutumes tribales de l’époque.

 

Les quatre premiers califes orthodoxes – malgré leur tendance à soulager la mosquée du poids des fonctions qu’elle assurait auparavant et à créer des institutions parallèles spécialisées pour ces fonctions – ont toujours préservé le rôle de consultation populaire que la « mosquée/Al-Jami’i » assurait si bien. Il n’était pas question pour eux de faire volte-face sur cet acquis démocratique majeur et révolutionnaire des habitudes tribales.

 

Le revirement significatif dans la conception du rôle de la « mosquée/Al-Jami’i » était ressenti de façon sensible lorsque les Omeyyades, en la personne de leur pionnier Mouawiyah Ibn Abî Soufiane, se sont emparés illégitimement de la gouvernance, en faisant parler le cliquetis des sabres et non la voix du peuple. Et ce, après l’assassinat du quatrième calife. Dès lors, ils ont déclaré, unilatéralement et de manière démentielle la naissance de la dynastie royale Omeyyade à Damas, en substitution du Califat, relativement légitime, installé depuis la mort de Mohammad à Médine.

 

La dynastie omeyyade n’était pas prête à entendre la voix du peuple. D’ailleurs, elle ne représentait pas son choix, et encore moins, ses aspirations. Elle était l’expression intempestive du sabre et du complot, en rupture fulgurante et catégorique avec l’héritage récent de la prophétie car sa proclamation était survenue après environ trente années seulement de la mort du prophète. Elle témoignait plutôt de l’effondrement hâtif de presque toute l’organisation sociale, centrée sur l’être humain et sur sa valeur, qu’avait initiée Mohammad à Médine. L’héritage récent de la prophétie s’est fait anéanti sous le poids des traditions tribales et bédouines anciennes.

 

Il s’agissait bien évidemment d’un retour aux temps de la tribu, du Cheikh et des « marchands de la prière et du pèlerinage ». Sauf que cette fois-ci, la tribu était caractérisée par son immensité babylonienne et expansionniste ; le Cheikh/empereur Mouawiyah se proclamait de Dieu – en dissimulant judicieusement son affiliation à Abou Soufiane, son père, qui était depuis peu le Cheikh de la tribu omeyyade à la Mecque et qui a été déchu de ses pouvoirs au moment de la reconquête pacifique de celle-ci par Mohammad. On dirait même que Mouawiyah s’est vengé, trente ans plus tard, de la défaite de son père ! – et les « marchands de la prière et du pèlerinage » étaient, sans conteste, des « théologiens mercenaires » et des « religieux de service » qui prêtaient main-forte à la dynastie. A l’image du fameux Abou Hourayra qui n’hésitait pas, malgré son allégeance franche et loyale aux omeyyades, à s’approprier sans pudeur le patrimoine prophétique !

 

Depuis, toutes les mosquées de l’empire se sont vues standardiser selon les caprices et les intérêts du palais sultanesque. Une nouvelle fois, la maison de Dieu était retombée hélas entre les mains de l’oligarchie d’un côté, et des « marchands de la prière et du pèlerinage » de l’autre.

 

Silence ! On vous abrutit !

 

A partir de ce moment précis, la « mosquée » a cessé d’être « Al-Jami’i ». Le divorce entre les deux concepts était plus que consommé. Elle devait dire l’intérêt général, elle ne diffusait plus que les désirs de sa majesté le monarque. Elle devait dire comment s’épanouir collectivement dans la vie, elle ne disait plus que comment se préparer individuellement à la rencontre de la mort. D’ailleurs, elle ne parlait de vie que lorsqu’il fallait prier le bon Dieu pour accorder une heureuse et longue vie à sa majesté, et que le peuple aille en enfer. Elle devait dire la justice mais elle ne faisait plus que justifier, au nom de l’obéissance et de l’allégeance, les injustices du palais. Elle devait interpeller le pouvoir sur la pauvreté et sur la détérioration des conditions de vie mais elle faisait la sourde oreille en acquiesçant la tyrannie et en promettant aux sujets de sa majesté un monde meilleur – le paradis – après la mort. Elle devait inciter les sujets à prendre conscience de leur condition et à demander justice et réparation mais elle ne faisait que les encourager à perdre toute conscience et attendre patiemment le jour du jugement dernier !

 

La mosquée est devenue la tribune hebdomadaire et exclusive du palais – qui a placé ses serviteurs en fonction d’imams, de conteurs, d’anecdotiers, de moralisateurs presque corrompus,… – et son outil fatal servant à anesthésier les esprits et à inhiber l’intelligence collective. Depuis, et jusqu’à nos jours, il est plus question en son sein de traiter des questions du paradis et de l’enfer, des supplices de la tombe et des signes de la fin du temps, des menstrues et des ménorragies, du formalisme technique de la prière et du pèlerinage, de la lapidation de Satan et des sacrifices des moutons,…

 

Les questions d’ordre sociétal et moral et les questionnements d’ordre philosophique et métaphysique n’étaient pas, et ne sont pas toujours, les bienvenues au sein de la mosquée parce qu’ils peuvent conduire, paraît-il, au réveil indésirable du raisonnement et de la conscience collective. Ces questions n’y ont été abordées, débattues et traitées que lorsqu’il y avait un intérêt politique certain qui a poussé le souverain à les tolérer momentanément ou lorsque certains intellectuels et philosophes ont osé les aborder en public sans craindre la colère du palais.

 

Généralement, pour le (ou les) palais, vaut mieux abrutir qu’éveiller. De ce fait, seules les questions touchant les détails techniques des rites, du partage de l’héritage, du statut de la femme,… y ont été abordé excessivement. Cela explique en partie, pourquoi par exemple, le fiqh – la jurisprudence dite islamique relative à la pratique cultuelle entre autres – s’est développé de manière tentaculaire alors que la pensée philosophique n’a pas réussi à pousser ses ailes et à tirer son épingle du jeu.

 

Et à nous de constater désormais au sein du monde arabe, dit musulman, et même au sein des dites communautés musulmanes orientales et occidentales, les conséquences chaotiques et les dégâts d’un abrutissement collectif, millénaire et intensif administré au nom des palais, depuis belle lurette, par des imams sous-ordres – Denis Diderot avait raison de constater dans sa « lettre sur le commerce de la librairie », je cite : « La condition d’un peuple abruti est pire que celle d’un peuple brute » !

 

Le peuple des mosquées d’antan a joué le jeu de l’abrutissement – peut être forcé et contraint – en acceptant l’inacceptable, en tolérant l’intolérable et par-dessus tout, en préférant l’apparence de la « mosquée » à l’essence de « Al-Jami’i ». Le peuple des mosquées d’aujourd’hui a hérité de cette tradition qu’il considère comme sacrée et irréprochable. Il est conditionné – peut être à son insu – à la conception omeyyade despotique et dirigiste de la « mosquée » et il est loin d’être initié et ouvert sur l’idée inventive, humaine et révolutionnaire que fut jadis « Al-Jami’i ».

 

Un monde qui marche sur la tête

 

L’abrutissement intellectuel dont il est question, ne cesse de se décliner sous diverses formes anecdotiques. En effet, que dire donc d’un peuple des mosquées qui, en assistant au sermon assourdissant d’un imam tous les vendredis, a toujours peur que l’on lui dérobe ses paires de chaussures – car les mosquées ne sont pas d’ailleurs des lieux surs ! – sans qu’il se rende compte que l’imam en face de lui, lui a déjà volé, et depuis les omeyyades, sa liberté d’expression, sa raison, son droit à dire « non »… et il ne lui a laissé que le devoir de dire « Amen » !

 

Que dire donc d’un peuple des mosquées qui ne cesse, malgré les injustices subites à cause du régime en place, de prier Dieu pour qu’Il puisse accorder sa grâce, sa miséricorde, sa générosité et son salut à ce même régime qui n’est ni gracieux, ni miséricordieux, ni généreux à l’égard de ses sujets !

 

Que dire d’un peuple des mosquées qui continu à croire sur parole l’imam qui prétend que la pauvreté, la misère, l’illettrisme, le chômage dont souffre la majorité n’est qu’une épreuve et un « heureux » destin céleste, auquel il faut témoigner soumission et bonne foi. Au moment même où le pouvoir et ses hommes richissimes prospèrent dans la surabondance !

 

En constatant cela, je ne peux qu’être en accord, sans que je sois nécessairement marxiste, avec ce qu’a écrit Karl Marx dans sa «Critique du Droit politique hégélien », je cite : « La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple ». Je crois que la religion professée par de nombreux imams est un opium à effet collectif et que la mosquée – dont sa configuration omeyyade passée et présente – en est la seringue !

 

Devoir d’avenir

 

Il est temps désormais, de se dire, entre peuples des mosquées, les quatre vérités en face et sans langue de bois. Au risque même d’offenser quelques sensibilités vulnérables, afin d’opérer radicalement les modifications tant attendues en jetant dans la poubelle de l’histoire ce qui doit être jeté, en réformant ce qui doit être réformé et éventuellement, en inventant de toute pièce, un nouveau concept et une configuration moderne de la « mosquée/Al-Jami’i » de France, d’Europe et d’ailleurs.

 

Un nouveau concept qui tiendra compte de la dynamique de l’Histoire, de l’évolution des mœurs, des spécificités culturelles, de l’organisation sociale, des dispositions juridiques, de l’imaginaire collectif, des défis sociétaux, des aspirations futures,…

 

Un nouveau concept qui se refusera, du moins pour le contexte français, aux arrangements politiciens de forme auxquels on assiste et auxquels sont attachés d’un côté, les présents « gardiens des mosquées », les actuels « marchands de la prière et du pèlerinage », leurs références théologiquo-politiques et leurs commanditaires supranationaux et consulaires. Et de l’autre côté, les services de la République qui, par une bonne foi me paraît-il, veulent traiter égalitairement au nom de la laïcité, toutes les religions, et c’est leur devoir après tout. Cependant, ils approuvent, consciemment ou inconsciemment, les dérives, les atteintes et les restrictions des libertés fondamentales caractéristiques de nombreuses mosquées «en» France.

 

Un nouveau concept qui ne veut aucunement que la « mosquée/Al-Jami’i » de France et d’Europe souhaitée soit identique – dans sa forme et ses fonctions,… – de ce que c’était jadis, la « mosquée/Al-Jami’i » du prophète qui était marquée par la coexistence et par la juxtaposition du temporel et du religieux. Cela serait une absurdité grotesque de ma part et un contresens d’une stupidité monumentale.

 

Il n’est pas question pour moi de faire l’apologie d’une structure qui se chargerait, à nouveau, des affaires sociales, familiales, éducatives, économiques et politiques. La République laïque a d’ailleurs ses innombrables structures et établissements publics qui gèrent au quotidien, et séparément de la sphère religieuse et de ses institutions, la vie sociale, éducative, économique, et politique. Et c’est un atout républicain formidable au demeurant, auquel je souscris volontiers et sur lequel aussi, tout revirement de situation me paraît préjudiciable au vivre ensemble et aux équilibres sociétaux.

 

En guise d’introduction…

 

Le concept/modèle que je compte promouvoir, avec humilité et franc-parler, dans le prochain et dernier article de cette série, tente de revivifier l’esprit collectif – et non la forme ou les détails fonctionnels – qui régnait autrefois au sein de la « mosquée/ Al-Jami’i » de Médine.

 

Ce concept sauvegardera de ce modèle prophétique son « esprit libérateur » de l’expression individuelle et collective et aussi son « essence éthique » visant à mieux gérer les divergences d’idées et d’approches, engendrées naturellement par l’expression libérée.

 

Comme cela a été déjà mentionné auparavant, cette réflexion visant à repenser la « mosquée/AL-Jami’i » se fait en tenant compte du contexte qui est le notre. A travers ce travail, des idées qui me préoccupent seront exposées, des propositions concrètes d’ordre pratique seront présentées pour qu’enfin, la mosquée de mon quartier, comme toutes les mosquées de France et de Navarre, puisse retrouver son originalité et sa vivacité d’autrefois.

 

Des propositions qui toucheront à la fois, la raison d’être d’une structure nommée « mosquée/Al-Jami’i » au sein de la cité ou comment faire de cette structure un cap spirituel aux couleurs de la liberté et de l’épanouissement humain ; la gestion contractuelle et multi associative de cette structure ou comment faire pour qu’elle ne soit plus pris en otage par une seule association ou un courant idéologique dominant ; l’ouverture de celle-ci sur la cité ou comment faire en sorte que « la journée portes ouvertes » soit célébrée pendant les 365 jours de l’année ; le rassemblement de vendredi ou comment libérer l’expression et rendre la parole confisquée aux fidèles ; la formation des présumés imams ou comment délivrer définitivement la structure des imams carriéristes et des recteurs autoproclamés ; le rôle du CFCM ou comment sauver la structure d’une mainmise idéologique nationale et supranationale et bien d’autres propositions.

 

Enfin, le moment est certes venu pour que le peuple des mosquées « en » France exprime sa voix, libère sa parole et cesse d’être le sujet de l’abrutissement à outrance. Sans doute, cela nous permettra un jour de nous débarrasser définitivement des entraves idéologiques ancestrales empêchant la cité de France et d’ailleurs de concevoir sa propre « mosquée/Al-Jami’i » qui contribuera à la pacification des esprits et à la renaissance de l’unité plurielle et solidaire par sa spécificité spirituelle, par sa dimension humaine, par son esprit libérateur de l’expression et par sa vocation de l’ouverture à qui le souhaitera.

 

A suivre très prochainement.




Résolutions 2008 ?

29122007

Par Mohamed LOUIZI

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Il m’est quasi impossible aujourd’hui de formuler mes résolutions pour demain. Voilà l’une de mes principales certitudes en cette fin d’année 2007. L’usage veut, en effet, que l’on se consacre traditionnellement à l’établissement, en aval, d’une liste de résolutions futures et hypothétiques, sur la base des résultats du travail d’introspection sur soi, supposé avoir été fait en amont.

 

Cela suppose, comme première condition, que l’on a pris le temps nécessaire et suffisant pour penser le passé, dans une démarche autocritique : Ses hauts et ses bas ; ses réussites et ses échecs ; ses facilités et ses contraintes ; sa miséricorde et ses misères ;… Et aussi de voir comment ce passé, aussi complexe soit-il, peut irriter ou adoucir nos conditions présentes.

 

Cela suppose, deuxièmement, que l’on a pris conscience et analysé, de fond en comble, ses conditions diverses : physiques, psychiques, morales, sociales, économiques, intellectuelles, spirituelles,… De voir comment ces conditions communiquent entre elles d’un côté, et avec nos passés de l’autre côté ? De voir comment elles peuvent se débarrasser d’un certain déterminisme résultant de nos décisions antérieures et dont les conséquences sont supposées inéluctables. Et de voir aussi comment envisager l’avenir tout en partant de cet état des lieux ?

 

Cela suppose, en troisième lieu, que l’on est maître de ses décisions (promesses) ; que l’on peut agir, en humain libre, selon notre propre chef et que l’on est capable d’aller jusqu’au bout afin de tenir ainsi nos promesses.

 

Pour ce qui est de la première condition, je craints que l’on n’ait jamais pris le temps nécessaire et suffisant pour lire dans nos passés de manière efficiente. Il me semble que ce passé – simple et composé – est considéré en grande parti tel un temps mort qui ne sert plus à rien. Encore moins à nous livrer ses secrets, ses leçons et ses sagesses.

 

Pire encore, lorsque l’on reproduit infiniment, chacun à son niveau, ce passé avec les mêmes erreurs, les mêmes carences et les mêmes bêtises. Le présent ressemble ainsi, dans sa mine funèbre, à des scènes déplorables déjà vues, reproduites certes par des personnages nouveaux mais en stricte conformité avec le registre des bêtises déjà connu du temps des anciens : convoitises, injustices, exploitations, violences, guerres,…

 

Pour ce qui est de la deuxième condition, les choses se présentent autrement. Il s’agit de plusieurs niveaux de prise de conscience, donnant naissance – ou non – à des réactions très disparates.

 

Force est de constater que la construction d’une prise de conscience de l’état de sa condition physique, corporelle et esthétique engendre des réactions visibles, plus ou moins immédiates et largement répandues : faire appel à la médecine, aux pratiques sportives, aux produits amincissants et autres produits cosmétiques…

 

Prendre conscience de ses conditions socioéconomiques considérablement dégradées et assombries depuis un certains temps, suscite la volonté d’arranger au « mieux » les choses : Ne ménager aucun effort pour accroître ses revenus mensuels, faire en sorte d’améliorer son « pouvoir d’achat », multiplier les heures supplémentaires, travailler plus pour – soi-disant – gagner et surtout consommer plus… Et pourquoi pas, se servir de l’argent virtuel et des « réserves d’argent » proposées généreusement par les différents organismes de crédits immobiliers ou de consommation afin de remplir son « devoir » de bon consommateur, soucieux de l’état de santé de ladite « croissance économique »…

 

Prendre conscience de son état psychique, profondément irrité par les inquiétudes socioéconomiques susdits, entraîne le désir systématique de vouloir se débarrasser des incidences douloureuses qui sont : le stress, la fatigue, le surmenage, la peur, l’anxiété, l’instabilité familiale,… Pour cela, on fait appel parfois aux antidépresseurs, aux stups, à l’alcool, aux psy, à certaines pratiques cultuelles, aux voyages, aux loisirs… Dans le souhait de retrouver une vie sociale équilibrée, mais en vain !

 

Mais qu’en est-il de la prise de conscience de nos conditions intellectuelles, spirituelles et morales ?

 

Je prends le risque de témoigner aujourd’hui que vouloir penser – et repenser sans cesse – sa condition intellectuelle, spirituelle ou morale n’est pas une activité anodine sans risques majeurs. Cela signifie socialement dans les perspectives les plus iniques : s’exposer sciemment aux regards méfiants, aux blâmes cruels, aux accusations engagées et à la « mise à l’index » par les fanatiques des temples : financiers, politiques, médiatiques et surtout … théologiques !

 

Parce que, peut-être, la mise en marche volontaire de ses facultés de penser, de philosopher, de chercher le sens, de douter, de raisonner, de critiquer, de contredire, de s’opposer à,… a des conséquences dommageables sur l’ordre établit. Quel qu’il soit : intellectuel, spirituel, moral (normatif), économique, social, politique, médiatique… Cela réveille les consciences paraît-il dans une machine sociale où les esprits conditionnés ont l’air obnubilés et où l’on n’économise pas un effort pour les perpétuer ainsi et tenir en état, je ne sais quel sacro-saint ordre.

Il est plus question désormais de consommer que de réfléchir … de suivre que de s’opposer … de s’asservir que de s’émanciper … d’imiter que de créer … de dire « Amen !» que de dire « Pourquoi ?» … de s’effacer que d’exister … de s’autocensurer que de libérer l’expression de sa pensée … de s’abaisser que de se relever … de fuir que de résister … de se soumettre que de s’affranchir … de se renfermer sur soi que de s’ouvrir sur les autres … de se barricader que de se libérer … de se communautariser que de s’humaniser …

La question du sens ne se pose plus ou ne se pose que rarement. Cela représente, peut-être, un changement radical – une forme de rupture (!) – dans la nature même de l’humain dont je n’ai pas encore eu l’opportunité d’en saisir le sens.

 

L’incompréhension règne en maître. Le non-sens étend sa souveraineté dans tous les sens. Ce qui était inconcevable dans le passé récent devient banal aujourd’hui. Ce qui était humainement inadmissible devient politico-médiatico-économiquement tolérable. La France dénoue, en partie, avec ce qui a fait d’elle depuis, au moins quelques décennies, l’Etat des droits des humains, de la dignité, de l’équité et de la justice sociale.

 

D’ailleurs, qu’est-ce qui a fait qu’en 2007, on était plus sensible – médiatiquement parlant – aux histoires glamours de Monsieur le Président qu’aux conditions impitoyables que vivent des centaines d’humains forcés au vagabondage – appelés gentiment SDF – et qui continuent de souffrir dans le froid glacial, dans la misère extrême, exposés au danger de mort à tout moment,… alors que Monsieur le Président s’offre ostentatoirement la luxure de Louxor ?

 

Qu’est-ce qui a fait qu’en 2007, on était demeuré bouche bée, sauf quelques exceptions insignifiantes, devant les atteintes à répétition aux droits fondamentaux des humains (santé, logement, travail, école,…). Et surtout lorsqu’il s’agissait des plus vulnérables ?

 

Qu’est-ce qui a fait qu’en 2007, on a fait le bonheur des firmes pétrolières, des spéculateurs boursiers, des créanciers bancaires, des huissiers de « justice », sans contester ni protester, sans crier injustice ni réclamer réparation ?

 

Qu’est-ce qui a fait qu’en 2007, après avoir assisté surpris à la crise du subprime qui a frappé le marché financier américain menaçant, en conséquence, plus d’un million de familles américaines à perdre leurs maisons achetées à crédit et à regagner la rue, dans le froid et la détresse ; on ne s’est posé la question du subprime que sommairement pour savoir comment cela a pu se reproduire en dépit des soi-disant « garanties » bancaires ? D’autres questions restaient occultées malgré les impacts réels, négatifs et directs de cette crise sur le porte-monnaie et le coût devenu très cher du citoyen lambda. En effet, de quel droit certains s’accordent le droit de légiférer pour permettre aux uns – une infime minorité – de se faire de l’argent sur la misère des autres – une immense majorité ? Comment peut-on éviter ce genre de crise morale avant qu’elles soient financières ? Comment peut-on moraliser/humaniser davantage les marchés financiers ?…

 

Qu’est-ce qui a fait qu’en 2007, les réactions sont restées timides face à la détermination du pouvoir en place qui – au-delà du fameux « paquet fiscal » voué aux plus aisés – a prévu pour 2008 une augmentation du budget de la défense (l’armée) de 2,2% par rapport à 2007 au moment même où l’on prévoit de porter un coup dur à l’éducation nationale avec la suppression prévue de plus de 10.000 postes à la rentrée 2008 ? De quel côté se penche la balance des priorités de la République : est-ce du côté des soldats ou du côté des écoliers ? Quel type de société préparons-nous pour demain ?

 

Qu’est-ce qui a fait qu’en 2007, on a trop parlé des « régimes spéciaux » de certaines catégories de fonctionnaires au moment même où l’on a peu parlé des « régimes très spéciaux » des députés de la République (sans parler bien sûr de celui de Monsieur le Président) ? Comment le pouvoir en place a pu « convaincre » les salariés du privé que l’amélioration probable de leurs conditions de travail et de retraite est conditionnée par la paupérisation certaine de leurs collègues du secteur public ? Comment se fait-il que certains salariés du privé aient cru à cette supercherie grossière et qui au lieu de réclamer une généralisation des régimes dits spéciaux se sont désolidarisés complètement de la cause juste de leurs collègues en réclamant la suppression de ses régimes ? Sinon, comment se fait-il que les salariés semblent être plus divisés et plus individualistes qu’ils ne l’étaient auparavant ? Rappelant au passage que le taux de syndicalisation en France, par exemple, ne dépasse pas le seuil de 10 % selon les syndicats et de moins de 8% selon la police (!)

 

Qu’est-ce qui a fait qu’en 2007, le pouvoir en place a pu remonter les uns contre les autres en sauvant ainsi sa face à chaque conflit social : remonter les usagers de la SNCF contre les cheminots ; remonter les non grévistes contres les grévistes ; remonter les étudiants refusant le blocage des universités contre les étudiants qui ont voté le blocage ; remonter la France qui travaille contre la France qui ne trouve pas de travail ; remonter la France chouchoutée contre la France brutalisée ; remonter la France qui habite les centres-villes très chic contre la France qui habite les banlieues trop choc ; … ?

 

Il est clair qu’il se passe quelque chose d’étonnant dans la France d’aujourd’hui. Le temps de la rupture – avec les valeurs et les principes chers à la République – semble avoir sonné depuis longtemps. Non pas grâce à l’arrivée de Monsieur le Président à la tête de l’Etat mais certainement à cause de l’absence, volontaire ou forcée, du citoyen lambda : dans les débats de société, dans la gestion quotidienne des affaires publiques, dans le contrôle des politiques sociales et économiques, dans les conflits sociaux, dans le choix des perspectives pour demain…

 

Certains me diront que la parole du citoyen est bel et bien présente à travers les représentations européennes, nationales, régionales et locales et aussi à travers les différents acteurs de la scène sociale et politique.

 

Mais encore faut-il que ces représentations soient véritablement représentatives et que cette scène soit manifestement saine ?

 

Encore faut-il que ces politiques s’intéressent davantage aux réels soucis de leurs électorats ?

 

Encore faut-il qu’ils se « révoltent », de bonne foi, devant les misères qu’endurent, de plus en plus, les plus déshérités au lieu de s’enthousiasmer devant le clinquant iPhone d’Apple ?

 

Encore faut-il que ceux qui décident soient véritablement ceux que l’on a l’habitude de voir/entendre chaque soir au journal de 20h ? Ceux qui siègent au Palais Bourbon, et non les invisibles : de l’OPEP, du FMI, du BCE, de la MEDEF, du groupe Lagardère, du GIMD, …

 

Sinon, à quand vivre sa citoyenneté par procuration ou par bulletin secret ? A quand se désintéresser de la res-pulica (République) – chose publique – et réduire sa citoyenneté au geste de glisser, de temps en temps, un bulletin dans l’urne ? A quand laisser d’autres – bien qu’ils ne soient pas élus (es) – décider à sa place ?

 

Il me semble que, sans une prise de conscience citoyenne et engagée du côté des valeurs et vertus qui fondent la République à visage humain, la troisième condition restera en suspension, peut-être, à jamais.

 

Si maintenant je dois formuler, comme le veut la tradition, un vœu sincère à l’aube de l’année 2008 – bien que je ne sois affilié à aucune formation politique ou syndicale – ça serait mon souhait profond de voir la France que j’aime renouer à nouveau avec ces valeurs ; avec sa devise : « Liberté – Egalité – Fraternité » ; avec ses aspirations d’équité et de justice sociale et avec son idéal mettant l’humain et sa dignité – et non le profit à outrance – au cœur de tout changement et de toute réforme.

 

Ce voeu ne pourrait effectivement s’exaucer que si tout un chacun – gouverneurs et gouvernés – s’assume en humain libre et fidèle à son humanité et aussi en citoyen à temps plein. Et c’est qu’à partir de ce moment de sincérité, de prise de conscience, d’audace et de détermination active, que nous pouvons redresser notre présent et inventer ensemble notre avenir.

 

Enfin, si le passé a été écrit, paraît-il, par quelque personnes ; si le présent semble être réservé à certaines personnes ; l’avenir quant à lui – comme disait Léon Gambetta – n’est interdit à personne !

 

Bonne année à toutes et à tous !




Ramadan et surconsommation : l’un ne justifie pas l’autre

20092007

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Article de Mustapha Moulay publié dans le journal « Le Matin » du 4 novembre 2003

Ramadan est le mois où le monde musulman montre sa différence, dans un rapport spécifique au temps et au corps, par le jeûne du lever au coucher du soleil.

Mais Ramadan est aussi le mois où un certain type de surconsommation bat son plein. Des familles vont jusqu’au surendettement pour satisfaire leurs caprices notamment culinaires. Un phénomène qui se définit essentiellement non par la quantité d’achat mais par le déséquilibre émotif associé à l’acte d’achat pendant ce mois sacré. La surconsommation met donc en cause les dimensions psychologiques du geste d’acheter telles les dimensions émotives du rapport à l’argent et à la consommation.

 

Sur le plan psychologique, l’achat compulsif pendant le mois du jeûne vient d’un déséquilibre entre le rationnel et l’émotif ; l’achat est sans grand lien avec le besoin réel ou l’utilité du produit convoité. L’acheteur se débat face aux pressions des envies. Mais au-delà du lien avec Ramadan, l’achat compulsif est un phénomène complexe. La vie moderne oblige les consommateurs que nous sommes à exercer des choix complexes qui demandent beaucoup plus de vigilance. Plus on aura commis de choix dans le passé, moins on pourra en exercer maintenant car nous aurons hypothéqué notre futur.

 

Dans la société traditionnelle, les personnes bénéficiaient d’un mode d’emploi : la famille, la religion leur dictaient les voies à suivre. Ce moule est dorénavant « brisé ». L’éducation a aidé les individus à s’émanciper et par conséquent ces derniers ont été mis devant la possibilité d’exercer des choix, dans un univers d’abondance, dans une société qui nous donne comme point de repère de notre identité, le pouvoir d’acheter.

 

De manière globale, dans notre société moderne, les produits ne sont plus surtout achetés pour leur utilité, mais souvent pour leur valeur émotive et symbolique. En se définissant aux yeux des autres, les achats sont devenus des objets de communication : acheter chez X ou encore chez Y est devenu synonyme d’une strate sociale bien déterminée et d’un niveau bien défini.

 

Aussi, le développement du crédit à la consommation a amené l’invisibilité de l’argent. Jadis, le consommateur disposait d’une « enveloppe fermée » fixée par le montant du salaire. Avec cet argent qui balisait son pouvoir d’achat, il se procurait ce dont il avait le plus besoin. Aujourd’hui, le consommateur dispose encore de son salaire, mais il a aussi accès à plusieurs « enveloppes ouvertes », ses cartes et sa marge de crédit (découvert). Le total de ce qu’il possède comme de ce qu’il doit est plus difficilement accessible. Il est maintenant normal et courant de ne pas savoir ce que l’on doit exactement. Avoir un crédit est, de nos jours, une obligation sociale et, pour une grande partie de la population, le statut social est conféré par son accès au crédit.

 

D’autre part, en contribuant à faire «rouler » l’économie, le geste de consommer est perçu comme positif. La surconsommation est rarement mesurée dans ses conséquences. La logique de la consommation, c’est de rendre périmé le plus rapidement possible ce qui a été acheté. Le consommateur est donc voué à une continuelle insatisfaction. Dans notre société, celui qui selon l’expression populaire  » calcule  » est vu comme marginal, irrationnel. Notre société valorise la surconsommation et nous sommes continuellement exposés à la valorisation des objets.

 

La surconsommation s’observe lorsqu’une personne développe des habitudes de consommation pour apaiser son mal d’être et combler le vide émotif qui l’habite. Les psychologues s’accordent à dire que « très souvent, ce mal d’être (ennui, colère, frustration) est intimement lié à une faible estime de soi, voire même des sentiments négatifs à l’égard de soi-même. De là l’immense besoin d’être aimé, valorisé, reconnu et même parfois de trouver un sens à sa vie ».

 

Aujourd’hui, s’attaquer à la surconsommation, c’est chercher à identifier et comprendre ce qui nous rend si insatisfait de la vie pour compenser autant dans les achats. En d’autres termes, les individus surconsomment pour ne pas affronter leur mal de vivre, pour fuir l’angoisse et la détresse, pour sublimer leurs frustrations à court terme. Ils cherchent à combler ce mal de vivre dans la possession, mais en bout de ligne, le mal de vivre persiste.

 

En fait, tout individu est à la recherche du bonheur, en quête d’une meilleure vie. La joie de vivre résiderait dans la capacité à combler ses besoins sociaux affectifs dans les relations avec autrui. Cette capacité assurerait un meilleur équilibre émotif et, dans le cas qui nous préoccupe, rendrait les personnes moins sujettes à la surconsommation.

 

Avec l’avènement des grandes surfaces, la promotion des ventes a connu un développement considérable ces dernières années. Pourtant le bien fondé des politiques promotionnelles mises en place par les entreprises est profondément remis en cause. Bien qu’on leur reconnaisse une efficacité réelle sur le court terme, on s’interroge sur leur capacité intrinsèque à augmenter les ventes sur le long terme. Selon la vision dominante, les promotions sont une pure conséquence du jeu concurrentiel et n’ont aucune utilité réelle pour les consommateurs au-delà de leur impact sur les prix.

 

Dès lors, un nombre important d’entreprises cherchent à diminuer la pression promotionnelle en faveur d’une politique de bas prix constants.

 

Les consommateurs évaluent donc les promotions sur la base des économies, certes, mais aussi de la qualité et de la commodité qu’elles procurent. Les promotions offrent également des bénéfices de nature hédonistique : le divertissement, l’exploration de l’environnement d’achat et l’expression de soi. Et c’est parce qu’elles offrent des bénéfices différents, les promotions monétaires sont plus efficaces dans les catégories de produits utilitaires alors que les promotions non monétaires sont plus efficaces dans la catégorie des produits hédonistes. Ceci dit, le stockage promotionnel aboutit à la surconsommation et accélère son rythme grâce à une grande visibilité du produit et à la réduction de son prix d’achat.

 

Comme on peut le constater, la surconsommation est un phénomène plutôt complexe. Ses origines et manifestations peuvent être nombreuses. Le sur-consommateur doit en fait assumer un lourd fardeau de sentiments et d’expériences inexprimés. Car, dans notre société de consommation où l’ensemble des messages véhiculés portent à croire que le bonheur réside essentiellement dans l’avoir plutôt que dans l’être, il est donc difficile pour les sur-consommateurs de prendre le recul nécessaire pour bien comprendre leur réalité. La vigilance est de mise.

 

 


 




L’abattage rituel et le droit suisse

28052007

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Sami Aldeeb Abu-Sahlieh

Responsable du droit arabe et musulman ISDC

saldeeb@bluewin.ch

www.sami-aldeeb.com

 

 

Remarque

Ce document a été rédigé à l’intention du Sénat belge et présenté aux Commissions des finan­ces et des affaires économiques et sociales lors de la séance du 25 janvier 2006.

Il est basé sur l’article de Sami Aldeeb: Faux débat sur l’abattage rituel en Occident: ignorance des nor­mes juives et musulmans, cas de la Suisse, Revue de droit suisse, 2003, pp. 247-267

(http://isdc.ch/d2wfiles/document/4447/4017/0/abattage%20rituel%20RDS.pdf).

Il est suivi de l’avis de droit sur l’étourdissement des ani­maux avant leur abattage, du 21 décembre 2001, établi par l’Institut suisse de droit comparé à l’inten­tion de la Société vaudoise pour la protection des animaux.

(http://isdc.ch/d2wfiles/document/4446/4017/0/abattage%20rituel%20avis%20de%20droit.pdf)

1. Remarques préliminaires

Pour qu’une viande soit licite (casher pour les juifs, et halal pour les musulmans), elle doit remplir plu­sieurs conditions. Certains animaux sont interdits. Ceux licites, exception faite des poissons, doivent être saignés, d’une manière particulière par une per­sonne appartenant à une religion particulière. Enfin, certaines parties de l’animal ne peuvent pas être consommées. Le débat en Occident se cristallise cependant autour de «l’abattage sans étourdissement préalable». La question qui se pose est la suivante: «Existe-t-il des normes juives ou musulmanes qui interdisent d’étourdir l’animal avant de le saigner, normes à respecter par le législateur au nom de la liberté religieuse?» Avant de répondre à cette ques­tion, nous esquissons le débat en Suisse.[1]

2. Le débat en Suisse

A) Normes suisses

Le 20 août 1893 fut adopté[2] en Suisse l’article consti­tutionnel 25bis qui énonce: «Il est expressé­ment interdit de saigner les animaux de boucherie sans les avoir étourdis préalablement.»

Cet article a été remplacé le 2 décembre 1973 par un nouveau texte qui donne à la Confédération la com­pétence générale de légiférer sur la protection des animaux. L’interdiction de l’abattage sans étourdis­sement préalable a été maintenue, provisoirement, par l’article 12 des dispositions transitoires de la Constitution, qui énonce: «Jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi d’application de l’article 25bis, il est expressément interdit de saigner les animaux de boucherie sans les avoir étourdis préalablement; cette disposition s’applique à tout mode d’abattage et à toute espèce de bétail.»

L’interdiction de l’abattage sans étourdissement pré­alable fut maintenue par la loi sur la protection des animaux du 9 mars 1978, exception faite pour la volaille. Elle fut réaffirmée par l’ordonnance du 27 mai 1981, ordonnance modifiée le 14 mai 1997.

La Convention européenne sur la protection des animaux d’abattage de 1979, entrée en vigueur pour la Suisse le 4 mai 1994, n’a pas pu interdire l’abat­tage sans étourdissement préalable et a laissé à cha­que Etat contractant le droit de déroger à cette inter­diction.

B) Débat de fond en Suisse

Dans son message [travaux préparatoires] de 1972 relatif à la modification de l’article 25bis, le Conseil fédéral explique les divergences apparues lors des débats concernant l’abattage sans étourdissement pré­alable:

Les organisations protectrices des animaux et, avec elles, de larges milieux de la population exigent l’interdiction de saigner les animaux de toutes espè­ces sans qu’ils aient été préalablement étourdis. On veut ainsi épargner aux animaux, dont l’abattage est nécessaire à l’alimentation de la population, des souffrances pour le moins inutiles. En revanche, les prescriptions de la religion juive (d’ailleurs aussi celles de la religion islamique) interdisent d’étourdir les animaux avant la saignée, qui s’opère par inci­sion des parties molles du cou de l’animal (égorge­ment). Dans les milieux qui s’occupent de la pro­tection des animaux, cette manière d’abattre a de tout temps été ressentie comme particulièrement cruelle.[3]

Répondant à l’argument de la liberté religieuse, le Message fédéral de 1977 concernant la loi sur la pro­tection des animaux du 9 mars 1978, précise:

Nous convenons que cette interdiction comporte une certaine restriction à la liberté de croyance, d’opinion et de culte d’une minorité religieuse. Or, tout droit à la liberté est soumis aux limites impo­sées par la Constitution et la loi et il en va ainsi de la liberté de croyance, d’opinion et de culte [...]. Les débats au Parlement et l’issue du vote populaire concernant l’article constitutionnel sur la protection des animaux ne laissent subsister aucun doute quant au fait que les méthodes pour les abattages rituels utilisées jusqu’à présent constituent, pour le moins aux yeux de larges milieux de la population, une atteinte aux principes régissant la protection des animaux. Elles doivent donc être interdites.[4]

La doctrine en Suisse a soutenu généralement l’idée que l’interdiction de l’abattage sans étourdissement préalable est une atteinte à la liberté religieuse des juifs et des musulmans, dont les normes exigeraient, d’après eux, que l’animal ne soit pas étourdi avant d’être saigné (p. ex.: Favre[5], Kälin[6] et Fleiner[7]). Certains y voient une manifestation d’antisémitisme (p. ex.: Aubert[8] et Krauthammer[9]).

C) Avant-Projet avorté du 21 septembre 2001 et la nouvelle loi de 2005

Le Conseil fédéral a remis en question l’interdiction d’abattre les animaux sans étourdissement préalable dans l’avant-projet de loi sur la protection des ani­maux soumis à la consultation le 21 septembre 2001. L’alinéa 4 de l’article 19 de cet avant-projet dispose:

L’abattage de mammifères sans étourdissement avant la saignée ne peut être effectué qu’avec l’auto­risation de l’autorité compétente et dans des abat­toirs autorisés, titulaires de l’autorisation prescrite à l’article 16 de la loi fédérale du 9 octobre 1992 sur les denrées alimentaires et les objets usuels. Cet abattage est autorisé pour répondre aux besoins des communautés religieuses dont les règles contrai­gnantes prescrivent l’abattage sans étourdissement ou interdisent la consommation de viande issue d’animaux qui ont été étourdis avant la saignée.[10]

Le Rapport explicatif de l’avant-projet précise que l’interdiction de l’abattage sans étourdissement pré­alable

est considérée par certains comme une limitation disproportionnée de la liberté de conscience et de croyance garantie à l’article 15 de la Constitution. Le Conseil fédéral partage ce point de vue. Il estime que l’intérêt public consistant à protéger les ani­maux de boucherie des douleurs et des maux n’est pas suffisant pour maintenir l’interdiction en vigueur en Suisse depuis 1893.[11]

L’avant-projet du Conseil fédéral a suscité une vive opposition, notamment de la part de l’Office vétéri­naire fédéral, de la Société des vétérinaires suisses, de l’Union suisse des maîtres-bouchers et des asso­ciations pour la protection des animaux. Face à ces réactions défavorables, le Conseil fédéral a décidé de modifier son avant-projet, maintenant l’inter­diction de l’abattage avant étourdissement préalable. Dans un communiqué de presse du 13 mars 2002, il dit y avoir renoncé «dans l’intérêt de la paix confes­sionnelle», soulignant le fait que «les résultats de la consultation indiquent qu’une grande majorité des cantons et des organisations consultées refusent cette dérogation».[12] L’article 21 de la loi fédérale sur la protection des animaux adoptée par le Parlement le 16 décembre 2005 dispose désormais:

1) Les mammifères ne peuvent être abattus que s’ils sont étourdis avant d’être saignés.

2) Le Conseil fédéral peut prescrire l’étourdisse­ment pour l’abattage d’autres ani­maux.

3) Le Conseil fédéral spécifie les méthodes d’étour­dissement autorisées.

4) Le Conseil fédéral fixe, après avoir consulté les orga­ni­sations professionnelles, les exigences aux­­quelles doivent satisfaire la formation et la forma­tion continue du personnel des abattoirs.[13]

Le délai référendaire court jusqu’au 20 avril 2006. Le Conseil fédéral fixe l’entrée en vigueur (ensem­ble avec l’ordonnance sur la protection des animaux, probablement pas avant 2007).

D) Remise en question du postulat de base

L’ancienne et la nouvelle position du Conseil fédé­ral, ainsi que la position de la doctrine juridique suisse qui considère l’interdiction de l’abattage sans étourdissement préalable comme contraire à la liberté religieuse ou comme manifestation de racisme, partent du postulat que les normes juives et musulmanes interdisent l’étourdissement des ani­maux avant de les saigner. Mais aucune source n’est avancée à l’appui de ce postulat.

La question qui se pose est donc la suivante: est-il exact que les juifs et les musulmans ont des règles religieuses contraignantes qui prescrivent l’abattage sans étourdissement ou interdisent la consommation de viande issue d’animaux qui ont été étourdis avant la saignée? Cette question a été posée à l’Institut suisse de droit comparé par l’Office vétérinaire fédé­ral ainsi que par la Société vaudoise pour la protec­tion des animaux. Après un examen des sources juives et musulmanes, l’Institut a répondu par la négative dans ses avis 01-150 et 01-162 (respecti­vement du 18 et du 19 décembre 2001). Il a conclu:

La Suisse, en exigeant l’étourdissement des ani­maux avant l’abattage, ne heurte pas des normes reli­gieuses juives ou musulmanes si l’étour­dis­sement ne provoque pas la mort de l’animal (pour les juifs et les musulmans) et ne le blesse pas (pour les juifs).

Cet avis a certainement contribué à la modification de l’avant-projet fédéral, en invalidant le postulat sur lequel il se basait. Les arguments avancés par l’Institut sont indiqués dans le point suivant.

3. L’abattage rituel en droit juif et musulman

A) Absence de normes contraignantes en droit juif et musulman

Le droit juif a deux sources: la Bible et le Talmud. Le droit musulman a aussi deux sources: le Coran et la Sunnah (tradition) de Mahomet. Ces sources ne comportent pas de règles contraignantes qui prescri­vent l’abattage sans étourdissement ou interdisent la consommation de viande issue d’animaux qui ont été étourdis avant la saignée. Cela s’explique par le fait que l’étourdissement est un procédé tardif lié à l’évolution des mœurs, notamment en ce qui concerne le respect dû à l’animal et au souci de ne pas lui causer une souffrance inutile. Les autorités religieuses juives et musulmanes discutent cepen­dant de l’étourdissement à partir de trois normes indirectes, à savoir:

– l’interdiction de consommer du sang;

– l’interdiction de manger de la viande d’un animal mort ou déchiré;

– le respect de l’animal.

B) Interdiction de la consommation du sang

La Bible interdit la consommation du sang (Genèse 9:4; Lévitique 17:12-14 et Deutéronome 12:23-24). Cette interdiction est également prévue par le Nou­veau Testament (Actes des apôtres 15:20 et 29) et par le Coran (2:173; 5:3; 6:145 et 16:115). En vertu de cette interdiction, l’animal doit être vidé de son sang après avoir été égorgé. On excepte de cette règle le poisson, lequel ne doit pas être vidé de son sang.

L’interdiction de consommation du sang est un des arguments utilisé par les autorités fédérales dans l’avant-projet pour justifier la levée de l’interdiction de l’abattage sans étourdissement. Si en effet l’étour­dissement de l’animal empêche l’écoulement du sang, on peut considérer l’étourdissement comme contraire aux normes religieuses juives et musulma­nes. Mais ceci n’est pas démontré. Le Docteur Samuel Debrot soutient même le contraire.[14]

C) Interdiction de la consommation de la viande d’un animal mort ou déchiré

La Bible interdit de manger de la viande de bête morte, déchirée par un fauve ou avariée (Exode 22:30; Deutéronome 14:21; Lévitique 17:15-16; Lévitique 22:8; Ézéchiel 4:14). Pour les juifs, l’ani­mal doit être vivant lorsqu’il est saigné. En plus, il faut qu’il ne soit pas blessé. Et c’est de ces deux exigences, que les milieux juifs opposés à l’étourdis­sement tirent leurs arguments. Pour cette raison, le Rabbin Levinger, autorité en la matière, écarte la possibilité de recourir à l’anesthésie chimique qui affecte la qualité de la viande et la rend dangereuse, ainsi que l’utilisation du dioxyde de carbone qui pourrait provoquer l’étouffement de l’animal.[15] En ce qui concerne l’étourdissement par électronarcose, il ne le rejette pas en soi, mais doute qu’il puisse être pratiqué en boucherie sans provoquer la mort de l’animal. Il avance aussi le fait que l’électronarcose pourrait être dangereuse en raison de l’utilisation de l’eau dans les abattoirs.[16] De même, il craint que l’étourdissement de l’animal ne l’expose à la blessure, ce qui rend sa viande inconsommable.[17] Comme on peut le constater, son opposition à l’étourdissement par électronarcose ne se base pas sur des normes religieuses juives mais sur des considérations prati­ques.

L’interdiction de manger de la viande d’un animal mort, prescrite aussi par le Nouveau Testament (Actes des apôtres 15:20 et 29) se retrouve égale­ment dans le Coran aux versets susmentionnés (sous B). Le verset 5:3 précise qu’il est interdit de consommer «la chair de la bête étouffée, de la bête tombée sous des coups, de la bête morte d’une chute ou d’un coup de corne, la chair de ce que les fauves ont dévoré – sauf si vous l’avez purifiée». Les légis­tes musulmans estiment que tant que l’animal donne signe de vie, il peut être saigné et sa viande est à considérer comme licite; en le saignant, on le puri­fie. Le gibier mort au cours de la chasse est licite même s’il n’a pas été saigné, sauf si l’opportunité de le saigner s’était présentée, mais n’avait pas été saisie (Coran 5:4). Plusieurs fatwas musulmanes affirment que l’étourdissement de l’animal n’aboutit pas nécessairement à la mort de l’animal.[18] Un auteur musulman va jusqu’à citer le Coran: «Quand le Seigneur se manifesta à la Montagne, Il la mit en miettes et Moïse tomba foudroyé» (7:143). Bien que foudroyé, Moïse n’en est pas mort. Si donc l’étour­dissement de l’animal n’aboutit pas à sa mort avant qu’il ne soit saigné, il est licite du point de vue du droit musulman.[19] Des sources musulmanes évo­quent l’expérience de la Nouvelle-Zélande, grand expor­tateur de viande halal vers les pays musul­mans. Le National Animal Welfare Advisory Com­mittee indique que, malgré la possibilité d’obtenir une dispense au nom de la liberté religieuse, les musulmans de ce pays ont accepté le recours à l’électronarcose par la tête (head-only electrical stun) qui rend l’animal temporairement inconscient. Cette méthode fut développée par ce pays dans les années 1980. L’animal électrocuté ne sent pas la souffrance ou le stress avant d’être saigné, et s’il est laissé non-saigné il se rétablit complètement.[20]

D) Respect de l’animal

La consommation de la viande implique la mise à mort de l’animal dont elle provient. Si toute mort est cruelle, cette cruauté peut avoir différents degrés et il convient de réduire cette cruauté au minimum et de ne pas faire souffrir l’animal inutilement. Or, juifs et musulmans sont d’accord pour affirmer que l’ani­mal ne doit pas être exposé à des souffrances inuti­les.

Les autorités religieuses juives opposées à l’étour­dissement de l’animal estiment que la méthode juive d’abattre les animaux est plus appro­priée pour réduire la souffrance de l’animal, et que l’étourdis­sement ne provoquerait qu’une souffrance inutile supplémentaire.[21] Ce point de vue juif est loin d’être partagé par les différentes sociétés de protec­tion des animaux[22], la Société des vétérinaires suis­ses[23], l’Union suisse des maîtres-bouchers[24], le Conseil fédéral, l’Office fédéral vétérinaire[25] et les législa­teurs des pays occidentaux qui imposent l’étour­dissement des animaux avant la saignée pour réduire la souffrance de l’animal. Les autorités reli­gieuses musulmanes favorables à l’étourdissement admettent que celui-ci réduit la souffrance de l’animal et, de ce fait, il répond à l’injonction de Mahomet: «Dieu a prescrit la bonté en toute chose. Si vous tuez, faites-le avec bonté, et si vous saignez un animal, faites-le avec bonté». C’est la raison pour laquelle ces auto­rités ne s’opposent pas à l’étourdis­sement de l’animal à condition qu’il ne provoque pas la mort de celui-ci avant d’être saigné.

4. Respect des convictions des juifs et des musulmans et … des autres

Comme indiqué sous le chiffre 2.b, les professeurs de droit et le Conseil fédéral invoquent le respect de la liberté religieuse des minorités juive et musul­mane en faveur de la levée de l’interdiction de l’étourdissement malgré l’absence de règles religieu­ses contraignantes qui s’opposent à un tel étourdis­sement. Il est cependant un aspect dont il faut tenir compte également, celui de la liberté de conviction des adversaires de l’abattage sans étourdissement.

Il faut en effet savoir que les juifs abattent plus d’animaux qu’ils ne consomment de viande.[26] Ceci pour deux raisons: d’une part, les animaux saignés peuvent être déclarés comme non casher après avoir été abattus; d’autre part, les juifs ne mangent pas la partie inférieure, en raison de l’interdiction de consommer le nerf sciatique (Genèse 32:33), qui est difficile et coûteux à enlever entièrement. La viande des animaux abattus sans étourdissement, et classi­fiée comme inconsommable par les juifs, est vendue sur le marché, généralement sans indication.[27] Or, si les professeurs de droit et le Conseil fédéral ont le souci de respecter les convictions religieuses des minorités juive ou musulmane (malgré l’absence de règles religieuses contraignantes), il est tout aussi important de respecter les convictions de ceux qui refusent l’abattage sans étourdissement et qui récla­ment que les emballages indiquent la manière dont l’animal a été abattu.


 

 

[1] Nous nous limitons dans les notes à quelques référen­ces essentielles. Pour plus de références et de détails, voir Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh: Faux débat sur l’abattage rituel en Occident: ignorance des normes juives et musulmanes, cas de la Suisse, Revue de droit suisse, 2003, pp. 247-267, et l’avis sur l’étour­dissement des animaux avant leur abattage, du 21 dé­cem­bre 2001, établi par l’Institut suisse de droit comparé à l’intention de la Société vaudoise pour la protection des animaux

 

(http://www.svpa.ch/images/magazine/avisdedroit.doc)

 

[2] Arrêté fédéral du 22 décembre 1893, in: Recueil offi­ciel, vol. XIII, 1894, p. 1015-1018.

 

[3] Feuille fédérale 1972 II 1479.

 

[4] Feuille fédérale 1977 I 1108-1109.

 

[5] Favre, Antoine: Droit constitutionnel suisse, Editions universitaires, Fribourg, 2ème édition, 1970, p. 284.

 

[6] Kälin, Walter: Grundrechte im Kulturkonflikt, Freiheit und Gleichheit in der Einwanderungsgesellschaft, Zurich, 2000, p. 192 ss.

 

[7] Fleiner, Thomas: Article 25bis, in: Commentaire de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 29 mai 1874, Helbing et Liechtenhahn, Bâle, état: 1989, par. 16, 19 et 21.

 

[8] Aubert, Jean-François: Traité de droit constitutionnel suisse, Editions idées et calendes, Neuchâtel, 1967, vol. 2, par. 2067.

 

[9] Krauthammer, Pascal: Das Schächtverbot in der Schweiz 1854-2000, Die Schächtfrage zwischen Tierschutz, Politik und Fremdenfeindlichkeit, Schult­hess, Zurich, 2000, p. 274.

 

[10] Texte de l’avant-projet dans:

 

http://www.bvet.admin.ch/tierschutz/00701/?lang=fr

 

[11] Révision de la loi sur la protection des animaux: rap­port explicatif de l’avant-projet, 21.9.2001, p. 7. Texte du rapport dans:

 

http://www.bvet.admin.ch/tierschutz/00701/?lang=fr

 

[12] http://www.evd.admin.ch/evd/news/02188/index.html?lang=fr.

 

Voir le Rapport sur les résultats de la procédure de consultation relative à l’avant-projet de la révision de la loi sur la protection des animaux dans: http://www.bvet.admin.ch/tierschutz/00701/?lang=fr.

 

[13] Texte de la loi dans: http://www.parlament.ch/f/se-schlussabstimmung-02-092.pdf

 

[14] Debrot, Samuel: L’opinion d’un directeur d’abattoir, in: Das sogenannte Schächtverbot, Schriftenreihe des Schweizerischen Tierschutzverbandes, no 6, Bâle, 1971, p. 20-21. La Fondation Brigitte Bardot dit que «la viande d’un animal vidé de son sang et préalable­ment anesthésié contient autant de sang que celle d’un animal égorgé sans anesthésie»

 

(http://www.fondationbrigittebardot.fr/fr/journal/10_98/10_3.html).

 

[15] Levinger, Israel Meir: Schechita im Lichte des Jahres 2000, Zentralrat der Juden in Deutschland, Bonn-Bad Godesberg, und Machon Maskil L’David, Jerusalem, 1996, p. 133-135.

 

[16] Ibid., p. 139, 140 et 142.

 

[17] Ibid., p. 142; Levinger, Israel Meir: Die Jüdische Schlachtmethode, in: Schächten, Religionsfreiheit und Tierschutz, herausgegeben von Richard Potz, Brigitte Schinkele und Wolfgang Wieshaider, Plöchl, Frei­stadt; Kovar, Elging, 2001, p. 2-3.

 

[18] Voir ces fatwas et les références dans Aldeeb Abu-Sahlieh: Faux débat, op. cit, p. 258-261.

 

[19] Abd-al-Hadi, Abu-Sari Muhammad: Ahkam al-at’imah wal-dhaba’ih fi al-fiqh al-islami, Dar al-jil, Beyrouth; Maktabat al-turath al-islami, le Caire, 2ème édition, 1986, p. 216-217.

 

[20] Discussion paper on the animal welfare standards to apply when animals are commercially slaughtered in accordance with the religious requirements, Welling­ton, avril 2001, p. 13, par. 7.2. in:

 

http://www.maf.govt.nz/biosecurity/animal-wel­fare/nawac/papers/religious-requirements.pdf.

 

[21] Levinger: Schechita im Lichte des Jahres 2000, op. cit., p. 134. et 142-143.

 

[22] Voir par exemple la lettre de Bernard Lavrie, secré­taire de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation, qui cite le rabbin Levinger et la réponse à cette lettre in Acusa, 1998, 1: www.acusa.ch/an1998-1/01-lutte.html. Voir aussi

 

Massacres sans anesthésie, in:

 

http://www.ragecoeur.itgo.com/rituel3.html;

 

Abatta­ges rituels autorisés, in:

 

http://www.svpa.ch/evenements.html

 

[23] La Société des Vétérinaires Suisses ne veut pas d’une autorisation de l’abattage rituel, in:

 

http://www.gstsvs.ch/cug/gst_vet/index.nsf?Open

 

[24] Union suisse des maîtres-bouchers, 28.9.2001, in:

 

http://www.qualiteduboucher.ch/pages/francais/polit.htm#p151

 

[25] Office vétérinaire fédéral: Informations de base sur l’abattage rituel, 20.9.2001, par. 5.

 

[26] Loc. cit.

 

[27] Gellatley, Juliet: Going for the Kill: A Viva! report on religious (ritual) slaughter: Do supermarket chains sell religiously slaughtered meat? in:

 

http://www.viva.org.uk/Viva!%20Campaigns/Slaughter/goingforthekill3.htm#Stunning%20Abroad;

 

Voir aus­si Hartinger, Werner: Das betäubungslose Schächten der Tiere in unserer Zeit, Conférence du 8 sep­tembre 2000, Berlin, in:

 

http://www.vgt.ch/news/000926.htm.

 




Etiquettes !

21032007

 

            Anarchiste, Bouddhiste, Capitaliste, Darwiniste, Extrémiste, Féministe, Gaulliste, Hégémoniste, Islamiste, Jihadiste, Lepéniste, Machiste, Négationniste, Optimiste, Polythéiste, Révolutionniste,  Salafiste, Terroriste, … etc.

 

             Autant d’étiquettes idéologiques animées par des « logiques » partisanes et groupusculaires qui continuent à causer plus de mal que de bien ! Et qu’on utilise fréquemment,  dans le sens d’emprisonner les gens dans des ghettos de « pensée cataloguée », entravant ainsi toute tentative de dialogue serein et de coexistence basée sur une paix permanente !

 

            Comme si, l’appartenance est la destinée indissociable à l’homme. Comme si, il faut être catalogué quelque part pour être quelqu’un. Comme si, l’appartenance pure et simple au genre humain ne suffit pas à elle seule.          

 

            En ce qui me concerne, quelques uns cherchent sans cesse à me coller sur le dos l’étiquette de « coraniste », qui veut dire dans le jargon des « Mollahs », celui qui renie ladite « Sunna (tradition) prophétique », et qui considère que le Coran  suffit à lui seul pour vivre sa « religion musulmane ».

 

            Dans un forum de discussion sur le Net, on se pose cette question, à savoir : Suis-je « coraniste » ? Suis-je quelqu’un qui renie ladite « Sunna prophétique» ? (Constater bien que la terminologie utilisée est le verbe « renier », faisant allusion à une étiquette meurtrière qui est « renégat »).

 

            Cette logique définit le « coraniste » comme étant celui qui, voulant expliquer le Coran par le Coran, renie ladite « Sunna prophétique », et par extrapolation, cela veut dire aussi renier la prophétie même du Prophète Mohammad, paix sur lui, et par conclusion, renier l’islam !

 

            Il s’agit bien évidemment d’une « logique » de raccourcis multiples : coraniste = renégat = diviseur de la communauté = ennemi à battre = Tuez-le !

 

            Une « logique » qui fait abstraction aux droits élmentaires, dont chacun doit profiter pleinement. Et qui veut imposer la terreur comme moyen très efficace, pour garder les « vivants » sans voix et sans avis, sous l’autorité paternaliste et millénaire des « morts » !

 

            « Réfléchir » – en vivant – n’est plus un verbe du deuxième groupe qui caractérise l’Homme qui se sépare du stade animal, mais au contraire, il devient un crime contre « l’humanité morte » depuis des siècles !

 

            « Penser » devient un pêché commis à l’encontre des clergés divinisés dont la seule façon de s’en débarrasser est de se repentir sincèrement. Sinon !?

 

            « Publier » ses avis dans un tel contexte représente une menace et un danger pour une « communauté musulmane » qui est « mal en point » et qui est « assez divisée » !  Surtout si cette même « communauté », déteste que l’on dérange son sommeil profond en préférant rester maintenue sous anesthésie générale. 

 

            Dans ce contexte d’endormissement forcé, la seule parole admise est celle qui propage l’ignorance sous voile de la connaissance, la terreur sous voile de la tolérance, la violence sous voile de l’indépendance, et la pire dictature sous voile de la clémence. Bref, une parole kidnappée et sous-traitée aux différents clergés et imams. Qui font autorité par le biais des chaînes satellitaires ou par les réseaux d’institutions politico-religieuses imposant ainsi le silence aux vivants – à coup de « Hadiths (citations apparentés au Prophète) » – pour faire parler les morts ! 

 

            Quand j’ai décidé d’écrire mon premier livre « Mollahs de la consommation », j’étais conscient de tous ces risques et je le suis toujours. Mais à quoi bon croire en l’unicité de Dieu et vivre déchiré entre Dieu et ceux qui s’autoproclament Ses portes paroles ? A quoi bon croire en l’Unique et vivre schizophrène ? A quoi bon savoir lire le Coran et préférer l’assistanat religieux des Mollahs ?  A quoi bon fermer sa bouche sauf chez le dentiste ? A quoi bon vivre sans aimer ? Exister sans penser ? Ecouter sans parler ? Imiter sans créer ? Consommer sans produire ? …

 

            Et bien, j’ai fait le choix, difficile parait-il mais surtout libérateur. Celui de vivre et d’exister. Malgré la présence des prédateurs et du climat hostile. L’Homme n’est-il pas celui qui compose avec les défis pendant un moment, pour les comprendre, et qui les surmontent quand il dépasse ce stade ?

 

            J’ai fais le choix de vivre ma dignité d’homme, de donner du sens à mon existence, d’être utile, ne serait-ce que pour réveiller les esprits endormis, pour qu’ils se dressent enfin et pacifiquement contre toute manipulation de tout genre !

            J’ai fais le choix de vivre amplement ce monde qui évolue en permanence. De défendre corps et âme, cette conception selon laquelle, le temps des maîtres à penser et des idéologies de confrontations – qui ont façonné le monde ancien et qui ont dominé les consciences – est révolu.

            Je suis de ceux et celles qui ont opté pour l’autonomie individuelle, pour le partage dans la démocratie où il n’y a plus ni élite ni élus de Dieu, mais où chacun a sa place et sa fonction, selon ses capacités, son éthique, son intégrité, son aptitude à servir sans se servir ni asservir.

            Je suis de ceux et celles qui veulent vivre la liberté dans la paix, et vivre la paix dans la liberté et d’acquérir les deux dans la dignité !

            J’ai fais le choix de donner à ma foi une cohérence d’ensemble. Car je n’accepte plus revendiquer à la fois cette cohérence et faire dans mon quotidien tout le contraire.

 

            Et pour cela, un travail d’introspection et d’autocritique, qui est d’ailleurs toujours en marche, me permet de m’arrêter sur mes contradictions personnelles et sur mes incohérences autant dans la pensée que dans l’action. Par exemple :

 

            Il  fut un temps où j’étais emprisonné de cette vision sanguinaire qui veut imposer la foi par la force à ceux et celles qui ont fait le choix de renier cette foi. Ma vision n’avait rien de choquant  du moins pour moi, puisqu’elle était justifiée par des « hadiths » et par des « fatwa » de l’islam officiel.

Quant au « Hadiths », je peux cité deux exemples :

 

1-     « Quiconque change sa religion, tuez-le » rapporté par presque tous les compilateurs. 

  

2-     «  Le sang d’un Musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu que Dieu et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui abandonne la Communauté ». 

 

            Ma position était aussi justifiée par d’autres avis et non pas des moindres : 

 

1-     L’avis de Saïd SABIK, l’un des jurisconsultes des Frères Musulmans, dans son recueil de jurisprudence « fiqh Sunna » (cf. http://www.islamophile.org/spip/article548.html ). 

 

2-     L’avis de Al Qaradawi, considéré comme « La » référence contemporaine en matière de fiqh de cette même mouvance, qui a repris les avis des différents jurisconsultes passés, et qui a rajouté un peu de son imagination créative pour redonner un nouveau sens au mot « apostat », et donc appliquer la peine de mort à plus grand échelle. Mais quel humanisme ! (cf. http://www.islamophile.org/spip/article458.html )

 

            Mais, un bon jour de l’été 1996, en lisant un livre en arabe du syrien Jawdat Saïd, qui traite la question de la violence entre les hommes et les peuples, En se basant sur la genèse du premier conflit de l’histoire humaine, cité dans la Torah et reprise dans le Coran, des points d’interrogations commençaient déjà à encombrer mon espace de réflexion.

 

            Je cite d’abord cette histoire, et je vous livrai après ma pensée à ce sujet. Dieu dit: 

 

            « Raconte-leur l’histoire des deux fils d’Adam telle qu’elle s’est déroulée. Chacun des deux frères avait fait une offrande ; mais celle de l’un fut acceptée, alors que celle de l’autre ne le fut point. –  Je te tuerai, dit ce dernier à son frère, qui lui répondit : - Que veux-tu Dieu n’accepte que de ceux qui Le craignent ! Et si tu portes la main sur moi pour me tuer, je n’en ferai pas de même, car je crains trop mon Seigneur, le Maître de l’Univers, pour commettre un pareil crime ! Je préfère que tu te charges, seul, de mes péchés et des tiens, et tu seras alors voué à l’Enfer qui est la juste récompense des criminels. Mais n’obéissant qu’à son instinct bestial. Celui qui a voulu commettre l’homicide, fut entraîné au meurtre de son frère. Il le tua donc et se trouva de ce fait des nombres des réprouvés. Dieu envoya alors un corbeau qui se mit à gratter le sol pour lui indiquer comment inhumer le cadavre de son frère. Alors le meurtrier s’écria : Malheur à moi ! Suis-je donc incapable d’imiter ce corbeau et d’ensevelir la dépouille de mon frère ? Et depuis lors, il ne cessa d’être rongé par d’intenses remords » (sourate 5 – de 27 à 31).

 

            Je me suis mis à me poser des questions sur la valeur de l’Homme, quelque soit sa religion ? Des questions aussi sur la valeur de la Vie ? Peut-on alors au nom de je ne sais quelle offrande tuer son frère dans l’humanité ? Peut-on tuer une personne juste parce qu’elle pense autrement que moi ? Ou parce qu’elle adore une autre divinité que la mienne ?… etc.

 

            Une partie de la réponse, je l’ai trouvé dans la suite des Ayates (signes coranique ou versets) précitées. Dieu dit : 

 

            « Voilà pourquoi Nous avons édicté cette loi aux fils d’Israël : Quiconque tue un être humain non convaincu de meurtre ou de sédition sur la Terre est considéré comme le meurtrier de l’humanité tout entière. Quiconque sauve la vie d’un seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de l’humanité tout entière ! Malgré les multiples et irréfutables preuves qui leurs furent apportées par Nos prophètes, beaucoup d’entre eux n’en continuèrent pas moins à commettre des excès sur la Terre» (Sourate 5 – 32).

 

            Le Coran a donc rappelé ce principe, sans lequel, la mission de la réforme dans la paix dont l’humanité est tributaire échouera sans aucun doute. Et puisque les imaginations créatives ne manquent pas à ceux qui sont assoiffés du sang humain, quelques qu’ils soient. Ceux-là pourront légitimer les meurtres à leurs façons, et souvent au nom des identités et des étiquettes meurtrières. Puisque bien souvent, les affrontements entre personnes isolées sont relativement rares, ce sont généralement les groupes identitaires qui s’affrontent et qui s’entretuent, les exemples ne manquent pas.

 

            Le Coran, quant à lui, n’a pas laissé cette question sans réponse. Et d’ailleurs, on trouve une partie de sa réponse dans la suite des dernières Ayates, Dieu dit : 

 

            « La seul récompense de ceux qui font la guerre à Dieu et à Son Prophète, et qui provoquent le désordre sur la Terre, est qu’ils soient mis à mort, crucifiés ou amputés d’une main et d’un pied par ordre croisé, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera une dégradation pour eux dans ce monde, en plus d’un terrible châtiment qui les attend dans la vie future, à l’exception de ceux qui se repentent avant de tomber en votre pouvoir. Sachez que Dieu est Clément et Miséricordieux » (Sourate 5 – 33 et 34).

 

            D’autres passages coraniques précisent davantage cette question pour qu’il n’y a ni dépassement des limites ni excès dans la pratique. Et pour que la vie et la mort ne soient pas un jeu entre les mains de ceux qui détiennent les pouvoirs.

 

            En tout cas, il n’est nullement question de tuer une personne pour ses avis ou pour ses convictions. Il est question de sanctionner ceux qui  passent à l’acte meurtrier pour imposer leurs visions et leurs dogmes, qui sèment la terreur et la corruption sanguinaire par la provocation des guerres, par exemple.

 

            Le châtiment corporel réservé à ceux-là – et qu’il faut mettre et comprendre dans son contexte de l’Arabie d’il y a 1400 ans – est comparable à plusieurs niveaux avec les peines adoptés dans d’autres coins du Monde. La peine capitale est jusqu’aujourd’hui appliqué en USA et dans d’autres régimes, pour des raisons similaires. Le Coran propose des options variées, à l’époque du prophète, pour que la sanction soit proportionnelle au crime. Et même dans une autre Ayah, le Coran appelle au pardon !

 

            Par contre, le Coran ne prévoit aucune sanction, dans l’ici-bas, à l’encontre de celui qui renie sa religion. Bien qu’il parle du châtiment qu’attend les « renégat » le jour du jugement dernier.

 

             Tuer quelqu’un pour ses idées ou pour ses convictions est contraire aux textes explicites du Coran. Celui-ci garantie la totale liberté de pensée, de choisir, de publier ses avis et de les rendre public. Par ailleurs, il interdit à toute personne, même à la personne du prophète, d’imposer la foi par la force. Et voici quelques textes qui témoignent de cela :

 

1-     « Point de contrainte en religion maintenant que la Vérité se distingue nettement de l’erreur » (Sourate 2 – 256)

 

2-     « Si Dieu l’avait voulu, n’auraient adoré que Lui ! Tu n’as pas reçu mission de Nous pour être leur gardien ni pour assurer leur sauvegarde ! » (Sourate 6 – 107)

 

3-     « Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes peuplant la Terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi ! Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ? » (Sourate 10 – 99)

 

4-     « Ô mon peuple ! répliqua Noé, que vous en semble ? Si, par la grâce de mon Seigneur, je suis pourvu par Lui d’une preuve évidente qui demeure pour vous incomprise, devrons-nous vous l’imposer en dépit de votre répugnance ? » (Sourate 11 – 28)

 

5-     « Dis : La vérité émane de votre Seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra ! Nous avons préparé pour les infidèles un Feu dans les flammes les cerneront de toutes parts… » (Sourate 18 – 29)

 

6-     « Dis : c’est Dieu que j’adore, en Lui vouant un culte sans partage. Quant à vous, idolâtres, libre à vous d’adorer qui vous voudrez en dehors de Dieu ! » (Sourate 39 – 14 et 15).

 

7-     « Nous savons fort bien ce que disent les infidèles, mais tu n’as pas mission d’exercer sur eux une quelconque contrainte. Contente-toi d’avertir, par ce Coran, ceux qui redoutent la menace de mes rigueurs ! » (Sourate 50 – 45)

 

8-     «  Rappelle-leur tout cela ! Car ton rôle se limite à le leur rappeler et tu n’as sur eux aucune autorité » (Sourate 88 – 21 et 22)   

 

9-     …. Etc.

 

            Le prophète Mohammad, paix sur lui, étais le premier à se conformer à ces recommandations coraniques, pour donner l’exemple à ses successeurs. Lui qui n’a jamais tuer quelqu’un à cause de ses idées, ou parce que cette personne a renié « l’islam ».

 

            Le Coran nous parle des souffrances subits par le prophète à cause des coups entrepris contre lui par les hypocrites, qui non seulement ont renié l’islam, mais en plus de cela ils menaçaient la stabilité de la Médine sur tous les niveaux, social, culturel, politique… etc. Dieu n’a pas ordonné au prophète de les tuer parce qu’ils sèment la zizanie – comme veut nous faire croire l’article de Al Qaradawi cité au-dessus – mais plutôt, il a orienté le comportement prophétique a une attitude pédagogique face aux hypocrites. Dieu dit : « Ces gens là – Les hypocrites -, Dieu sait ce que recèlent leurs cœurs. Cependant, ne leur tiens pas rigueur. Exhorte-les et adresse-leur des propos susceptibles de les convaincre ! » (Sourate 4 – 63).

 

            De la même façon Dieu oriente le vecteur comportemental des croyants vers le pardon et de laisser le reste entre les mais de Dieu qui se chargera du jugement. Dieu  dit : « Dis à ceux qui croient de pardonner à ceux qui n’espèrent rien des journées de Dieu. C’est Dieu Lui-même qui les rétribuera selon leurs œuvres car quiconque accomplit les de bonnes actions le fait dans son propre intérêt et quiconque fait le mal en subira les conséquences. Et c’est à votre Seigneur que vous serez tous ramenés ! » (Sourate 45 – 14 et 15).    

 

            Et lorsque le Coran a parlé explicitement de ce que les jurisconsultes considèrent comme apostasie, il n’a cité aucune sanction d’ordre juridique dans l’ici-bas.

 

            Dans la sourate Mohammad, Dieu dit : « Ceux qui sont revenus sur leurs pas après que la bonne direction leur a été clairement montrée, c’est Satan qui les a séduit et abusés par ses fausses promesses » (Sourate 47 – 25). Après cette Ayah on ne trouve aucune sanction prévue dans l’ici-bas contre eux. On trouve seulement des Ayates qui nous informent de l’état de ces gens au moment de leurs décès : « Qu’adviendra-t-il d’eux lorsque les anges, venant recueillir leurs âmes, les frapperont au visage et sur le dos ? …» (Sourate 47 – 27).

 

            Même chose dans la Aayt 54 de la Sourate 5 : « Ô vous qui croyez ! Si certains d’entre vous renient leur foi, Dieu fera surgir d’autres hommes .qu’Il aimera et qui l’aimeront… » .Il n’a pas dit : « Ô vous qui croyez ! Si certains d’entre vous renient leur foi Tuez-les ! »

 

            En conclusion, chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Chacun est responsable de ses actes et il doit s’assumer complètement.

 

            Lisez ci vous voulez un article de Jamal Al Banna (petit frère de Hassan Al Banna) sur ce sujet :

 http://www.islamophile.org/spip/article635.html

 

            La vie du prophète Mohammad, paix sur lui, était rythmée par le Coran et par ses recommandations. Elle n’est nullement à l’image de ce que des malhonnêtes de l’histoire ont véhiculé, 200 ans après sa mort, et que d’autres ont appelée « Hadiths ».  

 

Mohamed LOUIZI







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