Acte VI : Percer les secrets de fabrication de l’autorité des textes *

11052019

20170907_112935

Par : Mohamed Louizi

Vulgate d’Abou Bakr

La tradition canonique attribue le rassemblement du Livre Saint au troisième calife Othmân. Elle justifie cette décision (politique) par la disparition d’un grand nombre de Qurrâ’a (قرَاء) récitateurs lors de la Bataille d’al-Yamâma, survenue en l’an 1 du califat d’Abou Bakr, correspondant à l’année 633. On raconte que c’est Omar qui a suggéré à Abou Bakr – calife entre 632 et 634 – de retranscrire et rassembler le Livre Saint dans une vulgate pour conserver la Révélation. Ce qui sous-entendrait que le Prophète aurait négligé ce détail. Abou Bakr aurait refusé, au départ, de réaliser ce que le Prophète lui-même n’aurait pas fait de son vivant. Mais, après un temps d’hésitation, il accepta de le faire, en missionnant un jeune compagnon, Zayd ibn Thâbit (611-665), pour accomplir cette tâche.

Ce dernier, natif de Yathrib, n’avait jamais rencontré le Prophète durant les treize années de la période mecquoise, alors que durant cette période, quatre-vingt-six sourates sur cent-quatorze furent révélées. En effet, Zayd ibn Thâbit (زيد بن ثابت) n’avait que onze ans lorsque le Prophète avait immigré à Yathrib. A la mort de Mohammed, Zayd avait vingt-et-un ans. La tradition canonique le considère tout de même comme l’un des principaux scribes de l’époque prophétique. Sa jeunesse, son absence durant toute la période mecquoise, suscitent bien des Lire la suite… »




Adonis déclare la mort des arabes !

15102009

Image de prévisualisation YouTube




Le mouton qui blasphème – Par Fethi Benslama*

6122008

dilemaid.jpg

Il y a quelque temps, le caricaturiste algérien Dilem mettait en scène, le jour de la fête du sacrifice, un mouton fuyant à toute vitesse, poursuivi par un homme brandissant un couteau. Dans la bulle, le mouton dit : « Mais pourquoi veulent-ils m’égorger ? Pourtant, je ne suis ni une femme ni un intellectuel. »

Voyez-vous, mesdames, messieurs, chers amis, ce mouton blasphème : non seulement il veut se soustraire à la place que lui assigne Dieu dans ses saintes écritures, lorsqu’il a voulu le substituer au fils du prophète Abraham, mais, de plus, ce mouton parle et, ce faisant, il brouille les frontières de la création divine entre l’homme et l’animal. La bête parle et fait de l’humour avec les affaires religieuses : c’est ignoble…

Il y a plus grave encore : en courant plus vite que l’homme qui veut le trucider, il ridiculise ce paisible musulman sacrifiant et humilie l’ensemble de la communauté musulmane, sinon la totalité des milliards de musulmans morts et vivants. Mais le pire n’est-il pas que ce mouton fuyant de peur devant un musulman qui veut le manger est de toute évidence islamophobe !

Se fondant sur cette lecture, même des années après, ce mouton insoumis pourrait voir, ce soir, au Théâtre du Soleil de la dite « Cartoucherie », se lever un imam spontané qui le cartouche d’une fatwa.

Nous verrons alors le MROPP (Mouvement pour Ramener les Ovins chez les Prédicateurs Paranoïaques) intenter un procès pour diffamation de sacrifiants ; tandis que la République, par ses voix les plus autorisées, présenterait ses excuses à tous les pratiquants modérés de méchouis sacrés, et les assurerait de son respect.

Merci, cher Dilem, d’avoir dessiné un mouton blasphémant, car tu m’as fourni ce soir la première page de mon propos, pour tenter de faire parvenir, le plus simplement, l’étonnement de ton mouton à ceux qui, aujourd’hui, ne veulent pas savoir, ne veulent pas comprendre, que voici des années, au nom de l’islam, tout est prétexte non seulement à interdire, à condamner, à excommunier, mais à éradiquer ce qui peut représenter l’« ironie de la communauté », la critique de son mythe, la désidentification à ses saintetés viriles et carnivores.

Voici des années que la tonsure de l’esprit arme le censure qui tue. Car la censure au nom de l’islam tue, sacrifie, grille au feu de l’Enfer et dévore les insoumis, afin de les soumettre à la religion de la soumission.

Par où commencerai-je la visite de ce mémorial invisible du trucide islamo-spasmophile ? Comment ferai-je pour nommer tous ceux qui, pour une plaisanterie, pour un article, pour un roman, pour un essai, ou simplement pour avoir été la fille, le fils, la sœur ou le frère de l’auteur, ont été transformés, par l’édit d’un commandeur des croyants, par un émir pétrolifère ou barbifique, par un chef de potent-état, par un imam sporadique, ou un illettré coranique fatwatant, transformé, disais-je, en moutons traqués, quand le couteau ou l’acide sulfurique de l’exécuteur ne les a pas rattrapés et anéantis. Comment nommer tous les anonymes de la fabrique des apostats ? Hélas, je ne le pourrai pas, le temps manque et la liste n’est pas établie – le sera-t-elle jamais ?

Je presse le pas et je me souviens que, pour l’époque actuelle, quelques années avant l’affaire Rushdie, déjà en 1985, le tribunal des mœurs du Caire avait condamné à la prison l’éditeur et l’imprimeur des Mille et Une Nuits, et ordonné l’autodafé sur la place publique de la voix de Shéhérazade.

Je me souviens qu’en 1988 paraît en Arabie Saoudite un livre qui jette l’anathème sur plus d’une centaine d’écrivains arabes morts ou vivants : Salama Moussa, Shibli Shmmayyil, Naguib Mahfouz, Lofti as-Sayyid, Muhammad al-Jabiri, Shakir Shakir, Saïd Aql, Adonis, etc.

Je me souviens qu’en 1989 le roman de Salman Rushdie, les Versets sataniques, est déclaré blasphématoire par Khomeyni, qui appelle au meurtre de l’auteur ainsi que tous les éditeurs du roman. Salman Rushdie, dont la vie pendant des années a été celle d’une bête traquée, a eu la chance de bénéficier de la protection de la police de son pays européen d’adoption.

Je me souviens que ses traducteurs italien et japonais furent tués, respectivement, à Milan et à Tokyo ; que le recteur de la Mosquée de Bruxelles et son adjoint, qui ont voulu trouver une issue théologique à la fatwa, ont été frappés par les services secrets iraniens en mars 1989. Souvenez-vous des autodafés du livre au cœur de l’Europe, d’intellectuels turcs brûlés vifs dans une maison où ils se sont réunis pour défendre l’écrivain.

Souvenez-vous encore que la fatwa n’a jamais été abrogée, et qu’il y a quelques jours, le chef du Hezbollah libanais avait déclaré que si cette fatwa contre Rushdie avait été exécutée, il n’y aurait pas eu de caricatures danoises. Mais, en fait, l’appel au meurtre contre Rushdie a ouvert une jurisprudence par laquelle il est devenu loisible à n’importe quel imam spontané de prononcer une sentence de mort à l’encontre de n’importe quel intellectuel supposé musulman renégat, n’importe où dans le monde.

Je me souviens que le 8 juin 1992 l’écrivain Farag Foda, quarante-sept ans, a été criblé de balles, qui ont atteint également son fils Ahmad, quinze ans, et Wahid Rafaat Zaki, un ami de ce dernier. Une déclaration d’Al-Djamaa al-Islamiya a revendiqué l’assassinat de Foda, accusé d’être un apostat, de préconiser la séparation de la religion et de l’État et de préférer le système légal en vigueur à l’application de la charia. En décembre 1992, sur ordre d’Al-Azhar et « au nom de l’islam, religion de l’État », les œuvres de Foda, rééditées en hommage, sont interdites et saisies.

Je me souviens que le 3 septembre 1992, sur la grande place de la ville de Qatif, en Arabie Saoudite, le poète Sadiq Melallah a été décapité au sabre par les autorités de ce pays, pour crime de blasphème et d’abjuration.

Je me souviens qu’à partir de 1993 s’ouvre en Algérie l’hécatombe des intellectuels et artistes : assassinats de Djilali Liabès, sociologue, Tahar Djaout, écrivain, du psychiatre Mohammed Boucebci, président du comité de vérité sur la mort du premier, M’hammed Boukhobza, sociologue, Merzag Baghtache, journaliste et écrivain, Saad Bakhtaoui, journaliste, Abderrahmane Chergou, écrivain et journaliste, Youssef Sebti, poète et écrivain, Abdelkader Alloula, dramaturge et metteur en scène, Bakhti Benaouda, écrivain, Ferhat Cherkit, Youssef Fathallah, Lamine Lagoui, Ziane Farrah, etc. La liste est encore longue.

Je me souviens que le 24 septembre 1994 un groupe d’islamistes du Bangladesh prononce une fatwa contre Taslima Nasreen, la condamnant pour blasphème et mettant sa tête à prix, et que, sous la pression des manifestations islamistes, les autorités lancent un mandat d’arrêt contre elle, en juin 1994.

Je me souviens que le 14 octobre 1994 Naguib Mahfouz, quatre-vingt-trois ans, Prix Nobel de littérature, est poignardé à la gorge, au Caire, par un jeune intégriste.

Je me souviens que le 21 juin 1995 a été lancée l’accusation d’apostat contre Nasr Hamed Abu Zeid, professeur d’Université – ce qui signifie la mort – et qu’une cour d’appel du Caire avait conclu le 14 juin 1995 que cet homme avait insulté l’islam dans ses écrits, qu’il devait se séparer de son épouse car celle-ci, musulmane, ne pouvait rester mariée à un « apostat ». La cour de cassation du Caire a confirmé cet arrêt en août 1996. Un mois plus tard, le tribunal des référés de Guizeh a ordonné un « sursis à exécution », mais un avocat islamiste a interjeté appel de cette décision, qui a été confirmée en décembre 1996 par un autre tribunal.

Je me souviens qu’en avril 2000 l’écrivain Haydar Haydar a été déclaré apostat et qu’il fut condamné à mort pour son roman Festin pour les algues marines, publié sept ans plutôt à Chypre, parce que l’un des personnages de son roman disait : « Les lois des divinités bédouines, l’enseignement du Coran, c’est de la merde. » Après la condamnation pour une fiction de blasphème, à quand le meurtre pour blasphème inconscient ?

Je me souviens, je me souviens, je me souviens… J’arrête cette litanie au début du IIIe millénaire, car je voudrais vous inviter à découvrir par vous-même le long rouleau des traqués, des apostasiés, des condamnés, des assassinés, pour peu que vous osiez taper sur la Toile ces quelques mots : islam, meurtre, fatwa, censure – dans n’importe quel ordre. Vous découvrirez peut-être que certains noms qui vous sont un peu familiers, dont quelques-uns sont parmi nous ce soir, sont promis au gibet, le jour de leur arrivée au pouvoir, par des chefs islamistes réfugiés politiques dans telle ou telle capitale européenne. Je vous prie alors de ne pas les appeler pour leur dire : Quel courage ! Car, c’est là que se produit cette attaque de panique où ils commenceront à avoir peur de leur peur.

Non, ce n’est pas de ce genre de soutien dont ils ont besoin aujourd’hui, mais de votre résistance au piège auquel collaborent tant de démocrates et hommes de gauche européens qui, dans leur lutte contre le racisme, en sont venus à oublier la censure qui tue. Car une nouvelle machine a été depuis inventée, celle du « musulman humilié » : une machine infernale, puisque alimentée par une réalité certaine de mépris et des droits bafoués ici et là, tendant à justifier et à armer le mythe identitaire qui veut, au nom du sacré, poursuivre l’éradication de tout écart à la communauté des croyants, et légaliser, par les descendants de la révolution des libertés, l’empêchement de parler, d’écrire, de dessiner.

Dans les périodes les plus sombres de leur histoire, quand le colonialisme faisait régner son ordre de mépris et de négation des droits les plus élémentaires, les musulmans n’ont jamais considéré que leur Dieu était « humiliable », ni que les figures idéales de leur culture pouvaient être facilement diffamées : leur lutte pour leur dignité faisait simplement appel à l’égalité des droits, et non à la fabrique de la vengeance aveugle de l’« humiliation » – une notion inventée en Europe, qui appartient au lexique ecclésiastique de l’abaissement, de la honte, de la mortification, bref, à l’imaginaire de l’orgueil. Quand on tue des civils en masse, quand on égorge des hommes devant la télévision au nom de l’islam, n’est-ce pas là l’atteinte la plus grave contre laquelle les musulmans devraient protester ? Combien l’ont-ils fait ?

Le combat antiraciste pour le droit et l’égalité est aujourd’hui détourné, par le faux aiguillage de l’humiliation, vers la défense des mythes identitaires les plus terrifiants, vers le soutien à la religiosité des paranoïaques criminels, dont il blanchit les méfaits, en faisant de ses prédicateurs des victimes de notre liberté de penser, de parler et d’écrire. Nous parvenons aujourd’hui à cette situation de ségrégation où un homme ou une femme de culture musulmane a moins de légitimité à critiquer l’islam que des Européens de le faire pour le christianisme ou le judaïsme. Les premiers seront soupçonnés ou accusés d’« islamophobie », d’être les alliés objectifs de la droite raciste, alors que les seconds ne feraient qu’exercer un droit évident. Certains descendants des Lumières sont devenus aveugles aux lumières des autres.

Profitant de la supposée humiliation par les caricatures du Prophète, du supposé blasphème de personnes qui ne partagent pas la croyance des musulmans (peut-il y avoir blasphème là ou il n’y a pas croyance ?), les cinquante-sept pays de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) viennent de demander que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, voué à remplacer la Commission des droits de l’homme de Genève, d’inscrire dans son texte fondateur l’article suivant : « La diffamation des religions et des prophètes est incompatible avec le droit à la liberté d’expression. »

Ils proposent de donner mandat au nouvel organisme de « promouvoir le respect universel de toutes les religions et valeurs culturelles », et de « prévenir les cas d’intolérance, de discrimination, d’incitation à la haine et à la violence [...] contre les religions, les prophètes et les croyances ». L’amendement de l’OCI précise que les attaques contre les religions causent des « dissonances sociales qui conduisent à des violations des droits de l’homme ».

Croyez-moi, même si cette proposition ne sera pas retenue, il en restera quelque chose. Elle est, en tout cas, le symptôme de la perversion, à l’œuvre aujourd’hui, qui veut que les droits de l’homme et le combat anti-raciste deviennent les défenseurs de l’idéologie islamiste et de sa censure qui tue.

« Le Manifeste des Libertés » à la Cartoucherie de Vincennes, Théâtre du Soleil, Mars 2006. Fethi Benslama est professeur de Psychopathologie à l’Université Paris-VII

Source : http://www.manifeste.org

Cette intervention* date du mois de mars 2006. Son contenu reste hélas d’actualité.

Je l’ai choisi pour vous, pour introduire à mon prochain article qui sera intitulé « Le stalinisme mystique tisse sa toile à Villeneuve d’Ascq« .

A suivre sur ce blog après la fête du sacrifice. Cette journée durant laquelle des centaines de millions de moutons seront égorgés de manière quasi-mécanique en livrant à ces centaines de millions de  sacrifiants, une quantité considérable de viande à congeler.

Cependant, le sens d’un tel acte continuerait à échapper à la majorité de ceux qui l’observent. Le jour où l’on comprendra  mieux sa signification et où l’on cernera davantage sa profondeur, ce jour-là, on cessera, je le pense, d’égorger ces centaines de millions de bêtes et on célébrera, sans égorger aucun mouton, et tous les jours de l’année, l’authentique valeur ajoutée de cette fête.  

En attendant, joyeuse fête à toutes et à tous !




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (fin)

21112008

Par Mohamed LOUIZI

espoir.bmp

Conclusion

Cette personnalité créative qu’était Abou Hourayra n’était vraiment pas du genre ordinaire. Il n’envisageait pas de partir sans laisser des empruntes gravées dans les mémoires respectives de plusieurs générations.En donnant ainsi l’exemple que rien n’est impossible pour réaliser sa « Légende personnelle »(1) ou comme disait le vieux roi dans L’Alchimiste  de Paulo Coelho : «Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir » !(2)  Abou Hourayra en est l’exemple à méditer … très attentivement !

Né dans la misère, il mourut dans l’aisance.

Inconnu de presque de tous, il reconquit une  célébrité remarquable.

Analphabète durant toute sa vie, son surnom – scandé dans les mosquées des quatre coins du monde – inonde, quatorze siècles plus tard, les manuels scolaires des pays arabomusulmans, la littérature religieuse et les sites Internet.

Sans qualification aucune lui permettant d’approcher les sphères closes du pouvoir, il devint la colonne vertébrale de ce même pouvoir et de ses héritiers.

A la marge d’un texte qui stimule la raison, il réussit à injecter une forte dose d’une superstition qui aliment la déraison.

Au sein même d’une religion qui prône l’abolition du tribalisme, il instaura le Quraychisme(3)  bédouin comme «le » modèle original et originel à reproduire, de manière permanente, dans tous les domaines de la vie, pour rester prétendument fidèle à une illusion de tradition prophétique…

Peut-on parler des fruits du hasard dans tout ceci ? Je ne le pense pas. Car Abou Hourayra fut un personnage qui a su naviguer dans le sens des courants politiques favorables.

Il a su entre autres : gérer son génie créateur ; trouver au fond de lui-même une aptitude relativement singulière pour rendre sa vie utile ; profiter intelligemment des événements douloureux qui ont marqué son époque pour en tirer bénéfice et en sortir indemne ; s’attribuer toute liberté de pensée et d’expression même mensongère en proposant ses services juste à temps au politique ; et par-dessus tout, il a réussi l’accès à l’immortalité théologique, en pariant sur le cheval (le régime) gagnant.

En effet, ses Hadiths ont été retranscrits sous la couverture même des Omeyyades, pendant les trois années du règne de Omar Ibn Abdelaziz(4) qui avait recommandé – environ un siècle après la mort du prophète – de collecter les Hadiths dans des recueils, y compris ceux de Abou Hourayra, pour que ladite sunna ou tradition du prophète ne soit aucunement en reste.

Un siècle après la mort de Omar Ibn Abdelaziz, ce qui veut dire deux siècles après la mort du prophète, ses Hadiths furent  authentifiés … encensés … embaumés … confits et quasiment « momifiés » par Al Boukhari et par Mouslim dans leurs recueils respectifs.

Depuis, il n’est donc plus question de les remettre en question … Le faire – surtout dans le cadre des monarchies théologiques sunnites ancestrales et assimilées – est synonyme d’une exposition volontaire à l’anathème et à la sanction de l’apostasie !

Critiquer les textes portant sa signature signifie renier l’islam  et donc trahir la religion que ces monarchies prétendent représenter et défendre. Puisque, le monarque, épaulé par le religieux de service,  se veut le porte-parole du divin et son bras armé sur Terre. 

Grâce à cette alliance abracadabrante, Abou Hourayra se voit attribuer au fil des années et des siècles, une immunité sans limites, engendrant automatiquement chez les disciples clonés un protectionnisme violent, empêchant les uns et les autres de se livrer par eux-mêmes à un quelconque travail introspectif. Et gare à ceux qui oseront outrepasser cette ligne rouge, tracée et gardée conjointement, par les pouvoirs politiques corrompus et par leurs mercenaires théologiques. 

La remise en question des Hadiths de Abou Hourayra, et de bien d’autres rapporteurs presque divinisés, implique l’écroulement en avalanche de toute une religion basée sur ces Hadiths. Cela signifie aussi l’écroulement de tout ce que l’on a construit ,depuis le temps des ommeyyades, en se basant sur ces mêmes hadiths. En langage théologico-politique, cela veut dire la chute précipitée des régimes qui s’en réclame. Le risque semble être plus que certain donc il faut à tout prix sauver le soldat Abou Hourayra !

Cependant et malgré la limitation de vitesse dans cette zone religieuse à risque, il existe toujours des personnalités – non chiites – de renommée historique qui ont osé crever l’abcès au risque de se voir marginaliser ou même excommunier.

Certes, leurs travaux sont restés inconnus du grand public, même arabophone, car les régimes politiques en place et leur protectorat théologique en ont décidé ainsi. Et ce, par le contrôle des manuels scolaires … le contrôle des prêches hebdomadaires dans les mosquées … le contrôle des articles publiés dans la presse … le contrôle des sujets de thèses dans les universités …

Mais à présent, les choses ont beaucoup changé, fort heureusement, surtout avec l’explosion et la démocratisation relative du numérique et aussi avec la diminution progressive du contrôle  des censeurs de l’information historique et religieuse … grâce à l’effet Internet.

On découvre alors sans détour que Abou Hourayra n’était ni ce personnage exemplaire … ni cette mémoire prodigieuse à laquelle on a voulu nous faire croire !

Des contemporains, à l’image de nombreux anciens, l’ont contesté, critiqué et désapprouvé en démontrant consciencieusement son « mercenariat » théologique au service du pouvoir corrompu de Damas, ses liens suspects avec des conteurs hébreux et sa biographie controversée qui soulève tant de doutes et de suspicions. 

Citons, parmi ces anciens(5) : Aïcha femme du prophète, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb, Abou Hanifah An-Nouamane(6), Soufiane At-Thawri(7), Ibrahim An-Nakh’î(8), Ibn Katibah(9), Al A’amache(10), Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani(11), Ibn Al Athir(12), Abou Jafar Al Iskafi(13)… et bien d’autres encore…

Et parmi les contemporains – historiens, docteurs et écrivains de renommée – que l’on peut citer à titre non exhaustif : Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î(14), Mohamed Rachid Reda(15), Ahmed Amine(16), Taha Hussein(17), Mahmoud Abou Rayyah(18), Ahmed Sobhi Mansour(19), Moustapha Bouhandi(20), Zakaria Ozoune(21), Abderrazak Îde(22), Abdel Jawad Yassin(23)  

Quant à cette étude analytique, elle a rempli – peut-être ? – son devoir d’informer en faisant référence à tout ce patrimoine ancestral et à toutes ces études contemporaines. Et ce, dans le respect des règles d’investigation, en prenant en compte la pluralité des approches et en optant pleinement pour l’ouverture sur toute la littérature accessible, en relation avec la biographie de ce personnage et sans aucune sorte de considération idéologique, dogmatique ou politique.  

Après tout, libre au lecteur, libre à lui de répondre ou non à l’invitation formulée tout au début de cette étude et que je réitère ici une nouvelle fois :

J’appelle à une insoumission totale et à une « désobéissance »(24) éthique, à tout pouvoir théologico-politique ou théologico-associatif se proclamant de cette religion dénaturée – celle des Hadiths entre autres – qui est née de ce mariage ancestral arrangé entre le théologique et le politique et qui porte les empreintes de l’absolutisme, du totalitarisme et de l’obscurantisme, dont les principaux inspirateurs sont Abou Hourayra, ses semblables et ses héritiers et tous ces théologiens de service que l’on connait à l’heure actuelle.

Il est temps que les consciences libres se réveillent enfin… !

Car des guerres sectaires et religieuses s’embrasent ; des enfants meurent ; des femmes sont contraintes à la soumission ; des civilisations millénaires se défont ; des populations se fragmentent en groupes ethnico-religieux guerroyants ; les inégalités se manifestent davantage ; la paupérisation des plus pauvres s’accentue ; les phobies en tous genres s’emparent de nouveau des cœurs ; les régressions diverses se font sentir ; l’inquisition est de retour ; … en grande partie, à cause de la soumission absolue et mentalement aveugle à cette religion dévoyée.

En attendant, je continuerai de rêver tant qu’il est encore Halal et non prohibé par des Hadiths de le faire !

Rêver en écrivant et écrire en rêvant du jour où le Seigneur ne sera plus pris en otage par les petits seigneurs d’ici bas…

Rêver du jour où la religion ne sera plus ni opium ni vitamine mais une approche rationnelle et authentique de la vie et de la mort …

Rêver du jour où la fraternité humaine sera consolidée, une bonne fois pour toutes, pour que nous, humains, puissions nous occuper collégialement enfin des défis majeurs et partagés : écologiques, civilisationnels, économiques… et qui menacent, si rien n’est fait, notre existence collective d’une fin absolument dramatique, scientifiquement prévisible et non pas mystérieusement invisible comme les signes de la fin des temps cités dans les Hadiths de Abou Hourayra !

Informer, inviter, rêver et faire rêver : voilà les quatre fins que je voulais atteindre par cette étude.

Merci à vous !

Notes :

1- Paulo Coelho, L’Alchimiste, Edition Anne Carrière, Paris, 1994, p.36

2- Ibid., p.81

3- Par Quraychisme, on désigne l’ensemble des mœurs et traditions culturelles bédouines de l’Arabie avant l’avènement du prophète Mohammad et après sa mort. Aujourd’hui, des courants salafistes appellent au retour à l’ensemble de ces mœurs et traditions qui, selon eux, font parti de la religion : la barbe, l’habillement Halal, la polygamie,… Tout comme les revendications des mouvements de l’islam politique et/ou de la représentativité  qui, au nom de l’idéologie dite du  Juste milieu – facette intégrable du salafisme –, tempèrent et modernisent leurs revendications « bédouines » dans la forme, sans pour autant penser le bien fondé de ces mêmes revendications : le voile, les carrés dit musulmans, l’abattage dit rituel, la gestion des lieux de cultes… Dans ces sphères, plus on se conforme à ce modèle bédouin mieux on est perçu et vice et versa. Plus on est détaché de la réalité réelle et attachée à une réalité passée plus on est proche de l’islam dit authentique. Le parfait et l’idéal, dans le cadre de ces courants de pensée, comme le dit Adonis(*), n’est pas un futur à construire mais au contraire, il est un passé à reproduire … à l’identique !       

(*) – Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006 (en arabe)

4- Huitième roi de la dynastie omeyyade entre 717 et 720. On le considère aussi comme le cinquième calife orthodoxe – bien guidé – vu son souci d’établir la justice sociale et de bien gérer les affaires de son Etat. 

5- Lire l’ensemble de ces prises de position dans les deux livres cités ci-dessus de Mahmoud Abou Rayyah.

6- Abou Hanifah An-Nouamane (699-767) ; jurisconsulte irakien et maître de l’école Hanafite.

7- Soufiane At-Thawri (719-783) ; spécialiste des Hadiths.

8- Ibrahim An-Nakh’î (672-718) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

9- Ibn Katibah juriste et homme de lettre du neuvième siècle, il qualifiait Abou Hourayra de « premier rapporteur soupçonné de l’histoire des Hadiths »

10- Al A’amache (709-750) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

11- Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani

12- Ibn Al Athir Al Jazri (1177-1252) historien et spécialiste des Hadits, auteur du livre Al Kamil Fi At-Tarikh (en arabe)

13- Abou Jafar Al Iskafi, moutazilite, il jugeait sévèrement Abou Hourayra en le qualifiant de « pas digne de confiance »

14- Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î (1880-1937), littérateur, poète et écrivain égyptien célèbre. Auteur de : Wahyou Al Kalam, I’îjaz Al Coran, Al Balaghah An-Nabawiyah,…

15- Cf. ci-dessus

16- Ahmed Amine (1878-1954) littérateur, poète et écrivain égyptien, auteur de : Fajer Al Islam, Doha Al Islam,…

17- Taha Hussein (1889-1970), surnommé le doyen de la littérature arabe. Auteur de : Al Fitnah Al Korah, Al Ayyam, Fi Achi’r Al Jahiliy,…

18- Cf. ci-dessus

19- Ahmed Sobhi Mansour, égyptien, historien diplômé de l’université Al Azhar et ex-enseignant dans la même université. Réside actuellement aux Etats Unis d’Amériques. Auteur de plusieurs livres et articles remettant en cause les Hadiths, le sunnisme et les Frères Musulmans

(Cf. http://www.ahl-alquran.com)

20- Cf. ci-dessus

21- Zakaria Ozoune auteur de : Jinayate Al Boukhari, Jinayate Achafi’î, Jinayate Sibawayh…Pour sa critique à Abou Hourayra, lire le livre Jinayate Al Boukhari  (que l’on peut  traduire par « Crime de Al Boukhari »).

22- Abderrazak Îde, né en 1950 en Syrie, universitaire, auteur d’une vingtaine de livres. En 2003, il publia son livre Sadanat Hayakil Al Wahm qui analyse et critique la raison juridistes des supposés « savants » de l’islam en prenant l’exemple du discours du syrien Saïd Ramadan Al Bouti. Ensuite il publia un autre livre analysant le discours de Al Qaradawi.  

23- Abdel Jawad Yassin, né en Egypte en 1945. diplômé de la faculté du droit du Caire en 1976, ex-juge. Auteur de plusieurs essais politiques et constitutionnels.

24- J’entends par « désobéissance éthique» une attitude réfléchie, intentionnelle, individuelle et/ou collective, privée et/ou publique, pacifique, respectueuse des exigences de la civilité, ne visant pas à la provocation ou à la confrontation physique avec les pouvoirs en question ; mais au contraire à une prise de conscience collective – y compris celle des religieux et des politiques – des dégâts qu’engendrent depuis plusieurs siècles l’obéissance et la soumission absolue à ces textes – Hadiths – nocifs, rétrogrades et obscurantistes (cf. Annexes) !

Bibliographie

Abou Rayyah, Mahmoud, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994 (en arabe)

Abou Rayyah, Mahmoud, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957 (en arabe)

Ad-Dahbi, Chams Ad-Dîne, Siyar A’alâm An-Noubala’a, Dâr Al Ma’arifah, Beyrouth, 2007 (en arabe)

At-Tabari, Ibn Jarire, Tarikh At-Tabari, Dâr Al Hilal, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Bouhandi, Mustapha, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002 (en arabe)

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, Dâr Al Kotoub Al Ilmiyah, Beyrouth, 1997 (en arabe)

Îde, Abderrazzak, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Tamoudajane, Dâr At-Tali’a, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Khalid, Mohammad Khalid, Des hommes autour du prophète, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 2001 (en français)

Ozoune, Zakaria, Jinayate Al Boukhari, Riad El-Rayyes Books, Beyrouth, 2004 (en arabe)

Yassine, Abd Al Jawad, As-Soltatou Fi’l Islam, Centre Culturel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Prochainement sur ce blog :

Un nouvel article contestant, preuve à l’appui, une manoeuvre scandaleuse des dirigeants de la mosquée de Villeneuve d’Ascq visant à falsifier l’histoire récente de la mosquée et d’effacer, à coup de retouches photographiques, une partie de sa mémoire en recourant à des méthodes digne du parti communiste russe des années 1920.

Cet article sera aussi l’occasion de s’arrêter, brièvement et à notre petite échelle, sur la question de la soumission de l’histoire à l’idéologie.

A suivre !




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (7)

17102008

Par Mohamed LOUIZI

abouhourayralapasserelle.bmp

8- Enseignements prophétiques ou récits talmudiques ?

En réponse à ces questions, des historiens mettent l’accent sur un élément important qui souligne le rapport suspect qu’entretenait assidûment Abou Hourayra avec un rabbin talmudiste, nommé Kaâb Al Ahbar.(1)

Celui-ci s’affichait publiquement comme converti à l’islam, depuis le mandat de Omar, mais qui ne l’était peut-être que pour s’infiltrer au sein de la communauté médinoise pour des raisons purement stratégiques(2). Une manœuvre singulière à ne pas mettre, peut-être, sur le compte d’une quelconque théorie du complot juif millénaire, opposant « musulmans » et « juifs », mais qui s’éclaire à la lumière des éléments politiques et des données militaires sur toute cette période de l’histoire, qui fut profondément marquée par des conflits opposant la communauté médinoise naissante et des tribus israélites voisines.

Kaâb Al Ahbar était un talmudiste érudit(3), originaire du Yémen tout comme Abou Hourayra(4). Après sa conversion apparente à l’islam, il se consacra à la diffusion de son savoir israélite dans les mosquées, en profitant des turbulences et du vide engendrés suite à l’assassinat de Omar Ibn Al Khattab(5).

D’ailleurs, Kaâb faisait parti –  à en croire les travaux historiques de Ibn Isshac, de At-Tabari et de Ibn Al Atir – d’une organisation criminelle secrète et pluriconfessionnelle, qui chargea le Persan mazdéen Abou Lou’alouah, vivant à Médine en captivité, d’assassiner Omar le calife(6).

A mon sens, ce crime avait quatre grands objectifs :

Premièrement, se venger de la défaite historique des Persans face à l’armée de Omar dans la guerre de Al Qadissiyah(7) en l’an 15 de l’hégire.

Deuxièmement, permettre aux Israélites de redorer un blason souillé par les défaites de leurs quatre tribus : Banou Qaynouqaâ, Banou Nadîr, Banou Koryazah et Khaybar dans les conflits qui les ont opposés aux Médinois du vivant du prophète(8).

Troisièmement, préparer le terrain pour que les Omeyyades s’emparent à nouveau des pouvoirs et des privilèges qu’ils avaient perdus au moment de la prise de la Mecque par le prophète Mohammed.

Et quatrièmement, mettre ainsi un terme à l’évolution de la construction sociale que le prophète avait entamée en faisant disparaître les diverses formes de ségrégation, d’injustice, d’esclavage, de tribalisme, sources de guerres et de chaos structurel. Ces maux sociétaux resurgiront quelques temps après la mort du prophète, pour s’accentuer davantage pendant le mandat du troisième calife Ottmane Ibn Affane(9), et avant de s’enraciner définitivement avec l’instauration violente de la dynastie omeyyade.

Politiquement, cela signifia le démantèlement inattendu de toute l’organisation mise en place par le prophète et relativement bien pérennisée par les deux premiers califes qui lui succédèrent. En effet, la concertation dans la gestion politique et sociale de Médine céda aussitôt la place, elle aussi, à un régime oligarchique, essentiellement basé sur un esprit tribal et clanique.

Symboliquement, cela signifia le retour triomphal et en force des valeurs antéislamiques ancestrales et le vieillissement prématuré des valeurs islamiques prônées et encore récemment instituées par le prophète. L’assassinat d’Omar le calife représentait, de ce point de vue, une victoire plus que symbolique et aussi une façon de faire d’une pierre quatre coups !

Mais comment être sûr de l’implication directe de Kaâb Al Ahbar dans ce crime politique ?

Les historiens Ibn Isshac et At-Tabari rapportent un fait accablant qui confirme l’implication évidente de Kaâb, en le considérant comme l’un des principaux instigateurs de l’élimination physique de Omar(10).

En effet, un jour Kaâb vint rendre visite à Omar pour lui annoncer son entrée en martyre sous trois jours ou sous trois nuits !… Omar très surpris de cette annonce suspecte, demanda alors à Kaâb des détails supplémentaires et Kaâb de lui répondre : « J’ai lu cela dans le texte de la Torah [Pentateuque] ! ». « Ah bon ! Trouvez-vous vraiment le nom de Omar dans la Torah ? » répliqua le calife. « Sûrement pas, mais j’y trouve votre descriptif ! » dit Kaâb(11).

Le lendemain, Kaâb revint annoncer à Omar qu’il ne lui restait plus que deux jours. Et le surlendemain, il revint une nouvelle fois pour lui annoncer l’approche du jour « J » ! Or c’est exactement ce qu’il advint, puisqu’à l’aube de la journée suivante à la mosquée, Omar fut poignardé mortellement six fois par le Persan Abou Lou’alouah et qu’il succomba ainsi de ses blessures !

L’historien Ibn Saad rajoute qu’à ce moment douloureux Kaâb revint dire à Omar que ses prévisions s’étaient réalisées(12) ! On peut tout de même se demander légitimement s’il s’agissait bien de prévisions nourries par des prophéties du Pentateuque ou au contraire d’un plan d’action criminelle très bien mené.         

Kaâb dont les mains portaient encore les traces de sang du calife, se vit aussitôt octroyer le statut de maître spirituel et de savant érudit de l’islam. Ces disciples se multiplièrent et parmi lesquels et pas des moindres, on retrouva « notre » fameux Abou Hourayra qui servit de canal de transmission au savoir talmudique israélite, légèrement transformé dans la forme pour finir en imposture du savoir prophétique.

Hélas, ce stratagème a prospéré depuis ce temps et jusqu’à nos jours. Car nombreux sont encore ceux qui n’arrivent toujours pas à admettre que Abou Hourayra n’était pas un lauréat de l’école prophétique mais un brillantissime disciple du temple talmudique. Et pourtant Abou Hourayra ne cachait pas pour autant ses sources d’information et ses relations dans une grande intimité avec Kaâb Al Ahbar !    

Dans le Mowataa de Malik Ibn Anas, les Sounanes de Annassaiî, le Mousnade de Ahmed Ibn Hanbal et les Sounanes de Ad-Darimiy, Abou Hourayra confirmait ses relations avec Kaâb et racontait même qu’il était parti en voyage et à sa recherche jusqu’en Syrie pour s’enrichir de son savoir du Pentateuque et de ses connaissances talmudiques(13). Car juste après l’assassinat de Omar, Kaâb quitta Médine et s’installa à Damas en Syrie pour y devenir, « totalement par hasard » nous dit-on, le conseiller politique de Mouawiyah qui y préparait, dès lors, les prises des pouvoirs par les Omeyyades et l’avènement de leur empire.(14) 

Abou Hourayra et Kaâb se sont vus pendant un certain temps pour opérer visiblement une étude comparative entre les Hadiths de Abou Hourayra et le contenu de la Torah(15) et non pas le Coran !

Kaâb authentifia et valida ainsi ses contes et ses inventions de toutes pièces puis l’appuya en témoignant publiquement que ses Hadiths ne contredisaient pas le texte de la Torah et que Abou Hourayra était donc l’une des rares personnes (arabes) qui connaissaient la Torah pourtant écrite en hébreu et par cœur(16)!

Une autre question se pose cependant : pourquoi Abou Hourayra était-il parti jusqu’en Syrie à la recherche de ce rabbin converti ou quel savoir supplémentaire cherchait-il au juste s’il possédait vraiment tout l’héritage de la prophétie de Mohammad ?

Pourquoi était-il allé chercher des additifs chez Kaâb sachant que celui-ci, même en supposant que sa conversion fût sincère, ne rencontra jamais le prophète de son vivant et qu’il n’était donc pas en mesure de témoigner de quoi que ce soit ?

Est-ce que l’authenticité des Hadiths de Abou Hourayra devait être évaluée par rapport à son degré d’harmonie avec l’esprit du Coran ou par rapport à sa concordance avec la Torah ?

Est-il vrai que Abou Hourayra connaissait la Torah pourtant écrite en hébreu, lui qui ne savait même pas lire une ligne du Coran, écrit en arabe, dans sa langue maternelle ?

A qui faut-il encore rappeler que Abou Hourayra était analphabète et qu’il ne faisait même pas partie des gens qui connaissaient le Coran par cœur  ?! 

Comment explique-t-on, justement, le fait que Abou Hourayra ne connaissait pas le Coran par cœur mais qu’il connaissait prétendument la Torah ?

Comment se fait-il que Abou Hourayra prétendait mémoriser les paroles du prophète par cœur mais qu’en même temps il ne mémorisait pas le Coran ?

Le Coran ne méritait-il pas d’être mémorisé au même titre que les Hadiths ?

Sinon, en quoi la connaissance par cœur de la Torah pouvait-elle représenter un nouvel intérêt dans l’authentification et la transmission d’un quelconque savoir prophétique ?

Par ailleurs, le fait de valoriser Abou Hourayra de cette façon, ne faisait-il pas partie de la stratégie intelligemment menée par Kaâb ?

Une stratégie inaugurée par sa conversion apparente qui lui permit de gagner davantage la confiance et le pouvoir d’agir à sa guise et de diffuser en toute sécurité et impunité des concepts plutôt proches des croyances juives que des idées contenues à un état embryonnaire dans le Coran, par une simple attribution de complaisance au prophète. Une telle aventure ne pouvait pas être menée à terme sans l’élimination physique de Omar qui, de ce point de vue, représentait un obstacle physique réel face aux projets de Kaâb puisque Omar s’opposait farouchement à la diffusion des Hadiths de Abou Hourayra. Ledit Abou Hourayra que Kaâb – nous l’avons déjà vu plus haut – considérait comme un canal fiable et pouvant assurer pareille pénétration théologique !  

Comment se fait-il que Kaâb ait autant valorisé quelqu’un que Omar avait soupçonné et même frappé et qualifié de mythomane ?

Doit-on prendre en compte les avertissements de Omar à l’encontre de Abou Hourayra ou bien les éloges obséquieux que lui faisait Kaâb ?

Les Hadiths de Abou Hourayra reflètent-ils réellement les sagesses prophétiques ou bien les enseignements talmudiques qui étaient les plus opportuns pour Kaâb ?…  

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.97-112 

Ad-Dahbi, op.cit., Internet

Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.265-267        

2- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.101

Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.125

3- Ibid., p.98

4- Ibid., p.101

5- Ibid., p.99

6- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.125-128

7- Guerre opposant l’armée de Omar, 30.000 soldats, commandée par Saâd Ibn Abi Wakkas, et l’armée persane, 120.000 soldats, dirigée par Roustom en l’an 15 de l’hégire – 636 de l’ère chrétienne. Guerre qui s’est achevée par la victoire de l’armée de Omar, en signant ainsi la fin de la dynastie sassanide et le début de l’invasion islamique.  

8- Pour plus de détails sur ces quatre conflits, lire :

Tariq Ramadan, op.cit., p.164-167, 196-200, 218-222, 245-247

9- Sept choses ont été reprochées à Ottmane et qui ont alimenté le soulèvement populaire contre son pouvoir de troisième calife :

Premièrement, donner le un cinquième du butin de la terre africaine conquise à un        membre de sa tribu d’origine Marwan Ibn Al Hakam, sachant que le butin devait être     distribué sur les nécessiteux, les orphelins… comme le veut la tradition.

Deuxièmement, être propriétaire de sept grandes maisons au moment où des Médinois peine à en posséder une.     

Troisièmement, adopter la connivence et la préférence tribale et familiale quant à la      désignation des gouverneurs ; la majorité des gouverneurs était des Omeyyades.

Quatrièmement, refuser de fouetter Al Walid Ibn Okbah, son gouverneur à Al Kouffa en Irak, après avoir conduit la prière en état d’ivresse ! Sachant qu’il fouettait d’autres personnes ordinaires pour des raisons semblables ! (80 coups de fouet nous disent les sources théologiques)

Cinquièmement, marginaliser les compagnons et ne pas procéder à des concertations systématiques quant à la gestion de Médine et des terres conquises !

Sixièmement, ne pas assurer une distribution juste des richesses ! 

Septièmement, être le premier calife à user de la violence physique pour maltraiter et faire   taire l’opposition ! On raconte que Ottmane avait fouetté Ammar Ibn Yassir, parce que ce dernier lui avait porté une lettre de l’opposition contestant ses politiques injustes» pour plus de détails, lire :

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, p.32 (en arabe) 

At-Tabari, Tarikh At-Tabari, Vol.6 (en arabe) 

Mohamed Hassanine Haykal, Ottmane Ibn Affane, An-Nahdah Al Misriyah, Le Caire, 1968     (en arabe)

Taha Hussein, Al Fitnah Al Kobra, Dâr Al Adab, Beyrouth, 1967 (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1,  Dâr As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.223-225,    366 

10- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.125-128

11- Ibid., p.125-128

12- Ibid., p.125-128

13- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79

14- Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.266

Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.121

15- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79

16- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.100 




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (6)

10102008

Par Mohamed LOUIZI

homushadithus.bmp

7- … à la colère de Omar !

Entre le deuxième calife Omar Ibn Al Khattab et Abou Hourayra les relations étaient très tendues. Voilà ce que nous racontent les historiens de cette époque. Et ce, pour deux raisons essentielles :

la première était en relation directe avec la quantité et  les contenus contestables des récits de Abou Hourayra. La seconde raison concernait l’honnêteté et la confiance dans lesquelles Abou Hourayra n’étaient pas non plus un exemple à suivre… 

Selon les historiens, Omar Ibn Al Khattab avait nommé Abou Hourayra gouverneur de Bahreïn en l’an 20 ou 21 de l’hégire(1). Et ce, après la mort de l’ancien gouverneur Abou Al Alaa Al Hadramiy qui avait été, lui, nommé directement par le prophète Mohammed.

Omar s’appuyait pour faire ce choix sur le fait que Abou Hourayra faisait partie de l’équipe qui accompagnait Al Hadramiy bien que les habitants de cette contrée ne connaissaient  Abou Hourayra que comme muezzin [celui qui fait l’appel à la prière](2)  – et non comme imam [celui qui conduit la prière] – dans l’une de leurs mosquées.

On citait aussi d’autres critères qui motivaient ce choix, parmi lesquelles figurait la volonté de Omar de garder les gens d’expérience et de confiance proche de la direction centrale située à Médine et de nommer gouverneurs des contrées lointaines des personnes relativement jeunes pour acquérir de l’expérience(3).

Abou Hourayra rentrait dans cette catégorie puisqu’il était âgé de moins de 40 ans au moment de sa nomination et qu’il n’était pas du tout expérimenté pour rester à Médine à côté du calife, à l’image de Ottmane, de Ali et bien d’autres compagnons.

Deux ans plus tard, Omar releva Abou Hourayra de ses fonctions parce que ce dernier s’était constitué quelques richesses personnelles en faisant mauvais usage de l’argent public et nomma alors Ottmane Ibn Abi Al Asse At-Takafi(4) à la place de cet indélicat.

D’après plusieurs versions, Abou Hourayra avait détourné quelques milles dinars de l’argent public collecté auprès des musulmans et correspondant, entre autres, à leurs zakat(5). L’essentiel n’est pas de savoir exactement et à la virgule près la somme détournée par Abou Hourayra mais plutôt de s’arrêter sur le fait  historique accompli. Et qui vole un œuf vole un bœuf nous dit-on !

A son arrivée à Médine, il dut s’expliquer et rendre compte de cette affaire devant Omar le calife. L’entretien se passa très mal entre les deux hommes. On raconte que Omar dit à Abou Hourayra : « Ennemi de Dieu, ennemi de son Livre ! As-tu osé voler le bien de Dieu ? Sinon, d’où as-tu les dix milles ? »(6) Et Abou Hourayra de répondre : « Je ne suis ni l’ennemi de Dieu ni l’ennemi de son livre. Je suis plutôt l’ennemi de leurs ennemis et je ne suis pas celui qui vole le bien de Dieu ! Quant à ces dix milles, il s’agit des chevaux qui se sont reproduits et des dons qui se sont succédés du ciel !»(7), comme si auparavant, ce dernier avait été propriétaire de chevaux et comme si du ciel, l’or et l’argent pleuvaient !

Dans une autre version, Abou Hourayra justifiait l’acquisition de ces biens par les bénéfices de ses activités commerciales à Bahreïn, en provoquant ainsi la colère de Omar qui répliqua : « Nous vous avons nommé gouverneurs et pas commerçants ! »(8).

Ensuite Omar contraignit Abou Hourayra,cette fois-ci par la force, à rendre cet argent indu à Bayte’mal al mouslimine – le Trésor public  de l’époque(9). Il le mit à sang en le fouettant violemment pour donner ainsi l’exemple aux autres gouverneurs. Et il le menaça même d’expulsion vers son pays natal, le Yémen, pour y goûter une nouvelle fois la misère et pourquoi pas, pour y conduire les « ânes » de cette région au pâturage au lieu de gouverner les affaires de la cité.(10)  

Une deuxième affaire opposa une nouvelle fois les deux  hommes lorsque Abou Hourayra commença à diffuser abondamment et en public des contes, récits et autres sornettes, qu’il attribuait sans aucun scrupule au prophète Mohammad. Omar contesta les contenus et la quantité de ces récits puisqu’il avait accompagné le prophète de très près pendant 18 ans et qu’il était donc en mesure de discerner le vrai du faux dans les récits de Abou Hourayra.

Omar décida d’interdire catégoriquement à Abou Hourayra de raconter tout et n’importe quoi sur le prophète au risque même d’encourir le châtiment corporel et l’expulsion de Médine. On peut reprocher tout de même à Omar cette mesure limitative de la liberté d’expression mais lorsque l’on voit les dégâts que causent aujourd’hui les récits de Abou Hourayra aux quatre coins du monde, on peut comprendre l’intérêt d’une telle mesure sans pour autant l’admettre ou l’admirer sur la forme. Je veux surtout attirer l’attention du lecteur sur tous ces récits et Hadiths appelant à la haine, à la misogynie, aux meurtres …(11) 

Ad-Dahbi rapporte dans ses biographies que Omar tenait Abou Hourayra en le menaçant d’expulsion. Omar disait à Abou Hourayra: « Soit tu mets un terme à tes contes soit je vais te renvoyer vers ta tribu Daous au Yémen ! »(12).

Ibn Abi Al Hadid rapporta ces propos de Omar à Abou Hourayra, dans son livre explicatif de Nahje Al Balagah supposé avoir été écrit par Ali Ibn Abi Taleb. Omar aurait dit à Abou Hourayra: « Mets un terme à tes contes nombreux car il se peut que tu sois mythomane !»(13).

En effet, Omar Ibn Al Khattab appelait les gens à lire le Coran et à se contenter exclusivement de ses contenus, sans aller chercher d’autres informations superfétatoires. Et c’est justement l’attitude que l’on trouve décrite dans le recueil de Al-Boukhari. Dans le même sens, Abdallah Ibn Abbas(14) rapporta un Hadith(15) évoquant les derniers moments du prophète. Ce Hadith laisse à penser qu’avant la mort de celui-ci, il ordonna à ces compagnons de lui ramener de quoi écrire un autre livre – autre que le Coran ! – qui garantirait aux gens la guidance et qui leur ferait éviter les conflits, comme si le Coran seul n’y suffisait pas. Et c’est Omar, selon ce Hadith douteux, qui empêcha le prophète d’écrire un tel livre et qui lui rappela que le Coran était déjà amplement suffisant ! D’autres disent qu’il ne s’agissait pas d’un livre, à proprement parler, mais plutôt d’un testament – wassiyyah en arabe – à dimension politique désignant le nom du calife qui allait lui succéder.(16) 

Néanmoins, il n’est pas question pour l’instant d’analyser de plus près ce Hadith, ni de montrer son insolence à l’égard du prophète ni de découvrir de plus près le personnage de Abdallah Ibn Abbas qui présentait des similitudes comportementales et idéologiques avec Abou Hourayra à plusieurs niveaux. Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’attitude de Omar envers le Coran et envers la diffusion des Hadiths. En optant exclusivement pour le Coran, des contemporains peuvent en déduire à travers cette attitude que Omar était un coraniste affirmé(17) et hostile à ladite sunna prophétique.

En outre, une décision fût prise. Omar empêcha Abou Hourayra de diffuser ses contes. Et ce ne fut qu’après la mort de Omar que Abou Hourayra put de nouveau renouer avec ses mauvaises et vieilles habitudes.

Selon Ibn Kathir dans Al Bidayah wa An-Nihayah, Abou Hourayra disait : « Nous ne pouvions rapporter les Hadiths du prophète qu’après la mort de Omar qui nous faisait craindre son fouet et sa colère ! »(18). Ce que confirma des siècles plus tard le syrien Mohammed Rachid Reda(19) (1865 – 1935), qui fut l’un des principaux maîtres de l’imam Hassan Al Banna le fondateur de la  société des Frères Musulmans, et qui avait écrit dans sa revue Al-Manar ceci : « Si Omar Ibn Al Khattab avait vécu jusqu’à la mort de Abou Hourayra, certainement on n’aurait pas eu tous ces Hadiths ! »(20). Dans ce cas de figure, y’aurait-il eu quelque chose que l’on aurait nommée sunna ? L’islam serait-il pour autant incomplet en l’absence des Hadiths de Abou Hourayra ?…     

Au vu de ces informations historiques, il est clair que Omar désapprouvait totalement les récits de Abou Hourayra. Par conséquent, pourquoi Omar le soupçonnait, le frappait et le menaçait-il si ce dernier était vraiment l’un des compagnons de confiance permanent et proche du prophète ?

Pourquoi n’a-t-il pas fait de lui l’un de ses consultants privilégiés, puisqu’il prétendait être l’hériter du savoir et de la sagesse prophétique ?

Et si Abou Hourayra avait reçu le mandat de diffusion de ce savoir  prophétique complémentaire, pourquoi a-t-il renoncé devant les menaces de Omar sachant que le prophète n’a renoncé devant aucune menace ?

Est-ce cela le bon exemple à donner aux générations futures ?

La vérité ne mérite-t-elle pas d’être dite au risque même de se voir infliger toutes sortes de tortures ?…

On raconte, par ailleurs(21), que Omar allait demander l’avis des femmes du prophète et de certains compagnons pour savoir comment gérer des situations et quelles décisions prendre pendant son mandat de calife, en s’inspirant justement du comportement et de la sagesse prophétique.

Les femmes du prophète et les compagnons de confiance rapportaient des informations et même des citations prophétiques pour aider le calife à faire le bon choix. S’agit-il là de deux poids deux mesures de la part de Omar ? Je ne le pense pas ! Puisque Omar faisait bien la distinction entre le Coran d’un côté, comme texte révélé, source d’orientations générales, et les sagesses prophétiques qui,  d’un autre côté, pouvaient, à un moment donné, apporter un éclairage pratique et procédural.

Et c’est justement ce que demandait Omar aux différents consultants qui rapportaient des paroles de sagesse ne contredisant ni le texte ni l’esprit du Coran et qui sont restées jusqu’à aujourd’hui source d’inspiration et d’admiration. Par contraste saisissant, les Hadiths rapportés par Abou Hourayra sont loins de refléter cette sagesse et cette fidélité à la révélation coranique.

Enfin, entre les récits de Abou Hourayra et les témoignages des proches du prophète, l’invraisemblance est plus que parfaite. Pourquoi donc de tels écarts ?

D’où Abou Hourayra puisait-il ses contes et ses fables ?

Qui était (étaient) son (ses) maître(s) penseur(s) ?

Quelles étaient ses sources d’informations authentiques?…

 

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86

2- Ibid., p.86

3- Ibid., p.92-94

Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar,  1998, n°65, p.99

4- Ibid., p.86

5- Ibid., p.87

   Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a)

6- Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148

7- Ibid., p.148

8- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.88

9- Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148

Khalid Mohamed Khalid rajoute : « …Abou Hourayra accepta de verser puis leva les mains au ciel et dit : « Dieu ! Pardonne à l’Emir des croyants » Quelques temps après, Omar proposa le poste à Abou Hourayra. Ce dernier refusa. Comme Omar demanda      pourquoi, Abou Hourayra répondit : « Pour qu’on n’insulte pas mon honneur et qu’on ne prenne pas mon bien… » Ibid., p.148

10- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90

11- A suivre sur ce blog l’analyse de certains Hadiths de Abou Hourayra exprimant cela.

12- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90

13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.113

14- Abdellah Ibn Abbas était très jeune, entre 9 et 13 ans, au moment de la mort du prophète mais malgré cela il a rapporté plusieurs centaines de Hadiths ! Quelques 1696 dans le Mousande de Ahmed Ibn Hanbale par exemple ! Les traditionnistes le considère comme « l’érudit de la communauté musulmane » ! Néanmoins, il présente des similitudes avec le personnage de Abou Hourayra que ce soit en raison des contenus étranges de ses Hadiths ou même en raison de ses attitudes politiques. On raconte que lui aussi avait détourné des fonds publics au moment de son mandat de gouverneur à Bassora en Irak en l’an 40 de l’hégire sous le califat de Ali Ibn Abi Taleb ! Pour plus de détails, lire :

Abderrazak Îde, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Namoudajane, At-Tali’a,   Beyrouth, 2003, p.69-77  

15- Al Boukhari, op.cit., Vol. 4, p.434

16- Adonis, op.cit., p.161

17- Ce néologisme est utilisé par les Cheikhs de Al Azhar – université et pouvoir d’inquisition égyptien – les prédicateurs du courant salafiste et la machine théologico-politiques des Frères Musulmans à travers le monde – à l’image de Al Qaradawi  pour désigner et excommunier toute personne musulmane, mettant en question l’authenticité présumée de la sunna et des supposés Hadiths prophétiques, et appelant à une réévaluation du patrimoine religieux et surtout la portée humaine et pacifique de l’ensemble des textes hérités.    

18- Ad-Dahbi, op.cit., Internet

19- Mohammed Rachid Reda (1865-1935), réformiste et penseur de la renaissance islamique à la fin du 19ème et le début du 20ème siècle. Influencé par la pensée de Jamal Dîn Al Afghani et de Mohamed Abdu. Le 15 mars 1898, il publia le premier numéro de  la revue Al Manar, qui tachait de partager ses idées, son exégèse du Coran, ses avis jurisprudentiels avec les lecteurs du monde arabe. Quatre ans après sa mort survenu le 22 août 1935, c’est  Hassan Al Banna, le fondateur du mouvement des Frères Musulmans qui s’est chargé de la direction et de la rediffusion de cette revue. Hassan Al Banna était aussi très marqué par la pensée de Mohammed Rachid Reda.

20- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.114 (Cf. Revue « Al Manar », Vol. 10, p.851)

21- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.115




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (4)

26092008

Par Mohamed LOUIZI

capemagiquedeabouhourayra.bmp

4- Était-il compagnon ou imposteur ?

Au-delà des calculs mathématiques élémentaires qui risquent de froisser la sensibilité littéraire de certaines âmes – mais calculs mathématiques élémentaires qui eux, au moins, ne peuvent pas mentir ! –, si Abou Hourayra était vraiment un – voire le – compagnon intime du prophète, comment explique-t-on son absence au moment de la mort de son maître Mohammad ? Car la moindre des choses eut été de rendre compte de cet événement douloureux et marquant pour toute une communauté.

Pourquoi n’a-t-il pas rapporté de Hadiths traitant les détails des derniers jours de la vie du prophète et ce qui s’est passé le jour de son décès(1)?

Comment explique-t-on son mutisme, lui qui aimait rapporter la tradition, lui qui n’a pas rendu compte des débats politiques(2) qu’a connut Médine le jour même de la mort du prophète et qui avaient conduit à la désignation de Abou Baker comme premier successeur du prophète à la gestion sociale, politique et économique de la cité ?

D’ailleurs, pourquoi n’a-t-on pas choisi Abou Hourayra comme premier calife, s’il était vraiment aussi talentueux que certains veulent nous le faire croire, c’est-à-dire « un compagnon exceptionnel doté d’une prodigieuse mémoire, de qualités incomparables, et le gardien infaillible de la sagesse prophétique » ?

Autre élément de réflexion : le prophète administrait, chaque vendredi de son vivant, le rassemblement hebdomadaire. Et on sait que dans une année il y a bien 52 ou 53 vendredis.  Si l’on admet que Abou Hourayra a effectivement accompagné le prophète, de manière permanente et ininterrompue, durant les quatre dernières années de sa vie, il aurait dû logiquement assister à plus de 200 rassemblements. Et puisqu’il jouissait, nous dit-on, de cette mémoire si prodigieuse et d’une volonté inflexible visant à préserver le patrimoine et la parole prophétique (présumée deuxième source de la religion islamique), il aurait dû normalement nous rapporter sans faute l’intégralité des 200 discours ou débats publiques correspondant à tous ces 200 vendredis !

Où sont donc passés ces discours et le contenu de ces débats publics ?

Comment se fait-il que Abou Hourayra n’ait rapporté le contenu d’aucun discours hebdomadaire et le rapport détaillé d’aucun échange ?

Ces discours et ces échanges ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire passionnante de « la vache qui parle » (cf. l’article « Mosquée dans la cité 8 » sur ce blog) ?

Les seuls discours dits prophétiques que l’on retrouve aujourd’hui à la lecture des livres de biographie de Mohammad sont, en effet, son discours prononcé lors de son Pèlerinage de l’Adieu (3) en l’an 10 de l’hégire et quelques rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que moins de 2% de l’ensemble des Hadiths rapportés !

Mais Abou Hourayra a-t-il accompagné le prophète lors de son dernier pèlerinage puisque ce n’est pas lui qui a rapporté ce discours(4) ?

5- La fabuleuse histoire et fable de la cape magique !

Face aux critiques nombreuses et incessantes, Abou Hourayra éprouva de plus en plus le besoin de se justifier en tenant un discours visant à faire taire les soupçons des uns et des autres. Le voici(5) : « Vous dites qu’Abou Hourayra abonde trop dans la transmission des Hadiths du prophète. Eh bien ! Mes compagnons immigrés [les Mouhajiroun] étaient occupés par leurs commerces dans les marchés et mes compagnons indigènes [les Ansâr] faisaient accroître leurs richesses (Et dans une autre version, les Ansâr étaient occupés par leurs terres). Pendant ce temps, j’étais un homme pauvre qui ne se détachait pas du Messager de Dieu.  Je tenais à être toujours présent quand eux s’abstenaient et je retenais dans ma mémoire quand eux oubliaient. Et puis un jour, le prophète nous a dit : Que celui qui étale devant moi son habit tout en écoutant ma parole (Hadith) puis le retire à lui, celui-ci n’oubliera jamais ce qu’il aura entendu de moi. J’ai alors étalé ma cape et il m’a dit des Hadiths, puis je l’ai retiré à moi. Par Dieu ! Depuis, je n’ai rien oublié de ce que j’ai entendu du prophète. De plus, je ne vous aurais jamais rapporté des Hadiths si cela n’était pas une obligation, car Dieu dit : « Ceux qui dissimulent ce que nous avons fait descendre de preuves et de guidance, après même les avoir explicitées aux hommes dans l’Ecriture, ceux-là Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira »(6) »  

Il reconnaissait, en bref, dans ce récit qu’il faisait l’objet de critiques incessantes de la part de ses contemporains. En riposte à leurs attaques, il a essayé de redorer son image tout en dénigrant implicitement les actions de ses autres compagnons pour lesquels, selon lui, l’apprentissage du savoir prophétique n’était qu’activité subalterne. Puisque, toujours selon Abou Hourayra, les uns et les autres étaient pris par le commerce, l’agriculture et les richesses de ce bas monde. En plus, il soupçonnait ces mêmes compagnons d’omettre ce savoir et de manquer à leurs obligations quant à sa transmission aux générations futures, en dissimulant ce qui devait être propagé. Pour lui, qui a même osé ainsi se hisser au même rang que Dieu, ceux-là méritaient d’être maudits : « Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira » !

Par ailleurs, le Coran témoigne en faveur de certains hommes qui glorifient Dieu matin et soir dans Ses Maisons, Il dit : « C’est cette lumière qui éclaire les temples que Dieu a permis d’élever afin que Son Nom y soit invoqué, et où Le glorifient, matin et soir, des hommes qu’aucun négoce ni transaction ne détournent de la joie d’exalter le Seigneur, d’accomplir la prière et de faire l’aumône, car ces hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante »(7). En recoupant ce signe coranique avec le témoignage de Abou Hourayra de nombreuses questions surgissent spontanément :

Les compagnons du prophète étaient-ils tous à l’image de ce que décrivait Abou Hourayra ou au contraire reflétaient-ils cette image du dévouement sans limites qu’inspire ce signe coranique ?

Est-ce vrai que des compagnons (comme Abou Baker As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb…) oubliaient ce que leur enseignait le prophète, au moment où Abou Hourayra s’en rappelait ?

Est-ce vraisemblable que ces compagnons manquaient à leurs obligations de transmettre le savoir prophétique : le Coran ? 

Est-ce vraisemblable que ces compagnons dissimulaient ce que Abou Hourayra avait choisi de diffuser ?

De quelle(s) dissimulation(s) parle-t-on, parce que le signe coranique cité justement par Abou Hourayra parle explicitement de la dissimulation du Coran (l’Ecriture) et non pas d’autres textes – Hadiths en l’occurrence ?

Et cette histoire magique – pour ne pas dire superstitieuse – de la cape que Abou Hourayra avait étalé devant le prophète, n’est-elle pas montée de toutes pièces par Abou Hourayra ? Pourquoi personne d’autre n’en a-t-il parlé ?

Pourquoi les autres compagnons n’ont-ils pas étalé leurs habits afin de « collecter » un maximum de savoir prophétique ?

Si le prophète avait fait un don « magique » à Abou Hourayra pour lui permettre de ne plus rien oublier de ses enseignements, pourquoi celui-ci n’a-t-il pas alors appris le Coran par cœur(8) ?

Le prophète cachait-il des enseignements sur ses compagnons pour les apprendre exclusivement à Abou Hourayra ? 

Profitait-il de l’absence de ses compagnons pour rester en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?

N’éduquait-il pas les compagnons pour qu’ils aillent travailler et qu’ils puissent ainsi subvenir à leurs besoins élémentaires(9) ?

N’avait-il rien d’autre ou de mieux à faire que de rester avec Abou Hourayra ?

Et ses enfants(10), ses femmes, ses proches, où étaient-ils pendant que le prophète restait en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?…

On s’aperçoit sans trop de difficulté, et avec un minimum de bonne foi, que Abou Hourayra n’est absolument pas crédible. Car, même en supposant qu’il ait resté collé au prophète pendant les trois dernières années de sa vie, il y a de nombreux éléments objectifs de la biographie du prophète qui rendent ses prétentions inacceptables et même insupportables tant à l’égard du prophète que de ses compagnons. Une simple lecture des chapitres de la biographie prophétique correspondant aux quatre dernières années de sa vie – bien que l’écriture et la transcription de celle-ci soulèvent également moult interrogations – montre que le prophète avait d’autres obligations que de rester en compagnie de Abou Hourayra pour lui raconter des histoires insensées et à la limite de la superstition dignes de la cartomancie ou du père Noël !  

En effet, bien que cette biographie soit écrite principalement sous l’angle guerrier(11) pour servir, comme nous le verrons au chapitre 9, la propagande « va-t-en-guerrière » des Omeyyades, elle aide néanmoins à mieux approcher le quotidien éreintant du prophète. Il se trouve qu’à partir du premier mois de l’année 7 de l’hégire (Muharram) jusqu’à sa mort en début de l’année 11, le prophète – déjà âgé de 60 ans ! – avait un emploi du temps harassant et rigoureux. Car en plus des 29 expéditions défensives(12), déployées en cette période, dont le nombre de combattants variait de 10 à 3000 personnes(13),  le prophète a dirigé en l’an 7  une armée de 1600 personnes durant la bataille de Khaybar(14). Il a organisé le petit pèlerinage (Umra) à la Mecque avec 2000 personnes(15). Il a envoyé des émissaires diplomatiques(16) aux différents rois et empereurs persans, byzantins, coptes…

Après 7 ans d’exil à Médine, il a conduit la prise de la Mecque (Al Fath), à la tête de 10.000 hommes(17), en l’an 8 de l’hégire. Il a dirigé la bataille de Hunayn et le siège de Ta’if à la tête de 12.000 hommes(18) et une marche vers Tabûk au nord de la péninsule avec 30.000 hommes(19)

Tout au long de l’an 9, baptisé Année des députations(20), il est resté à Médine pour recevoir les émissaires des tribus de la péninsule arabe, afin de conclure avec eux des alliances régionales et de signer des conventions de paix. C’est la raison pour laquelle il n’a pas pu guider les pèlerins à la fin de cette année, et c’est pour cela aussi qu’il a chargé Abou Baker As-Seddik d’accomplir cette mission, tandis que lui restait à Médine pour continuer d’accueillir des émissaires tribaux(21).

En l’an 10, il a conduit des dizaines de milliers de pèlerins pendant son Pèlerinage de l’Adieu  qui était l’un des derniers grands moments de sa vie de prophète et de Messager, puisque Mohammed mourut quelques semaines plus tard(22).

Que de grandes entreprises qui demandaient de la disponibilité, de la planification, de la maîtrise des données objectives de la péninsule arabe et de ses alentours, de la vigilance à l’égard des menaces et des dangers venant de tous bords et qui planaient sur Médine, de l’orientation et de l’éducation de ses compagnons pour réussir une mission compliquée, dont les paramètres se multipliaient proportionnellement avec l’élargissement de la communauté.

Ce faisant, le plus dur n’était pas le fait de réussir en soi mais d’assurer, dans un premier temps, la sécurité de la communauté naissante, d’avancer sans faire trop de dégâts, sans trahir les valeurs ni violer les principes de son propre message et, dans un deuxième temps, d’éduquer les gens à l’humilité, à la modestie et à ne pas transformer les réussites de la veille, en échecs douloureux et inhumains des lendemains… comme à l’image de ce qui arriva quelques heures seulement après sa mort, au moment de la désignation du premier calife ! (23) 

Le prophète se chargeait, en plus de sa mission de Messager de Dieu, de la gestion sociale de Médine qui représentait une terre d’accueil pour une immigration massive et hétéroclite(24), immigration qui posait de réels problèmes sociaux, économiques et culturels. Et d’ailleurs, Abou Hourayra prétendait être l’un des « sans domiciles fixes » de l’époque, au beau milieu d’un groupe de 70 personnes(25) qui s’abritaient dans l’annexe de la mosquée/Al-Jami’i et dans l’attente d’une solution économique et sociale trouvée par le prophète.

Sans oublier bien sûr que Mohammad avait aussi une vie privée, neuf ou dix foyers conjugaux à gérer financièrement et surtout à combler d’amour et d’attention. En plus, il entretenait un cycle spirituel exigeant(26) en sa qualité de Messager, priant toute une grande partie de la nuit. De surcroît, il ne dormait que peu de temps, pour accomplir dès l’aube la prière et s’attaquer ensuite à la gestion des affaires de la cité : assurer sa sécurité, garantir à tout un chacun de quoi faire et survivre au jour le jour… 

Il me semble que Mohammad qui assurait toutes ces fonctions, toutes ces responsabilités complexes et qui devait accomplir sa mission parfaitement en donnant l’exemple aux autres et en enseignant(27) le sens de la responsabilité, de la perfection, de la justice, de la solidarité, de la bonté… ne pouvait que manquer cruellement de temps. Et même s’il disposait de quelques minutes de répits de temps à autre, il me semble qu’il ne les consacrait pas à raconter à Abou Hourayra des histoires superstitieuses et des fables surréalistes qui, dépossédées du caractère sacré et dogmatique, ne pourraient éventuellement que servir les enfants en stimulant leurs sens de l’imagination et de l’affabulation.Toute affabulation qui, si on lui attribue un caractère sacré et dogmatique qu’elle ne possède en aucune façon, conduira nécessairement à une double catastrophe intellectuelle et éthique de tous ces « petits » enfants devenus, au moins dans leurs apparences physiques, des « grands » adultes !

Quoi qu’il en soit, Abou Hourayra, à travers les éléments connus de son identité, nous met face à des décisions et des choix cruciaux à faire absolument et en tout état de cause. Et ce, pour mieux comprendre ses prétentions et ses aspirations dans le passé et aussi pour mieux évaluer l’ensemble de ses récits/Hadiths qui sont considérés comme deuxième source de l’islam par les mollahs sunnites dans le cadre de toutes leurs institutions.

En effet, si ce personnage était bien le compagnon intime du prophète, pourquoi a-t-il alors donné des versions contradictoires, pour ne pas dire mensongères, sur des éléments de sa propre biographie (son nom, son âge, l’année de sa conversion par exemple) ?

Comment peut-on prétendre avoir une mémoire prodigieuse et infaillible retenant des milliers de Hadiths, sachant que la moindre des choses est d’abord de se rappeler des éléments de sa propre vie, et au détail près ?

Doit-on croire une personne sur parole sachant qu’elle a menti sur son passé ?

Au final, cette personne est-elle crédible ? Ma réponse est bien sûr que NON ! 

Et si au contraire Abou Hourayra n’était pas du tout un compagnon du prophète, comme cela a été démontré par les travaux de Mustapha Bouhandi, qu’allons-nous faire alors de l’ensemble de ses récits mensongers ?

Allons-nous continuer à considérer le recueil de Al Boukhari comme « la » deuxième source sûre(28), sacrée et infaillible de l’islam sunnite, sachant que plus de 26% de ses Hadiths sont rapportés par Abou Hourayra ?

La même question vaut pour les présumées authenticités de Mouslim composées à plus de 68% des récits de Abou Hourayra ?

Devons-nous revoir les éléments de nos religiosités respectives, en terme de compréhension comme en terme de pratique cultuelle, qui sont basées sur des récits de Abou Hourayra ?

Qui pourra continuer de croire en un Dieu taillé sur mesure par l’imagination mythique, débordante et farfelue de Abou Hourayra ?

Allons-nous continuer à transmettre à nos enfants l’islam version Abou Hourayra, comme les mensonges sur le père Noël et avec tous les dangers que cela comporte en terme de perte totale de la confiance ? …

Autant de questions qui sont occultées désormais par les Abou Hourayra(s) contemporains qui passent les plus clairs de leurs temps cultuels à vouloir maintenir les gens dans l’illusion grossière et néfaste d’une « religion armée », alors qu’autrefois, comme nous allons le voir,  ce même personnage provoquait déjà de son vivant les soupçons des uns et les colères des autres.

A suivre …

Notes:

1- Aucun des 51 Hadiths compilés par Al Boukhari dans son recueil (*), racontant les circonstances de la maladie et de la mort du prophète n’est rapporté par Abou Hourayra !

(*) – Al Boukhari, Sahih Al boukhari, Vol. 3, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 1998, p.131- 140

2- Il s’agit du débat politique mené au sein de la réunion dite As-Sakifah qui a conduit à la désignation de Abou Baker As-Seddik comme premier calife succédant le prophète après sa mort. Abou Hourayra n’est cité nul part dans les récits rendant compte de cette réunion !

3- Pèlerinage du prophète en l’an 10 de l’hégire pendant lequel il a prononcé son discours historique récapitulant l’essentiel de son message et témoignant devant des milliers de pèlerins qu’il a accompli sa mission  en répandant la lumière du message coranique révélé.

4- Ce discours est rapporté par le biographe Ibn Hicham qui lui l’a rapporté en se référant à Ishak(**) et non pas à Abou Hourayra !

(**) – Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.349

5- Al Boukhari, op.cit., Vol. 1, p.39 & Vol.4, p.431

6- Coran, 2, 159

7- Coran, 24, 36-37

8- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957, p.170 et 185

9- Méditer le signe coranique suivant : « Ô vous qui croyez ! Lorsque l’appel à la prière du vendredi se fait entendre, hâtez-vous de répondre à cet appel en cessant toute activité ! Cela vaudra mieux pour vous, si vous le saviez ! Une fois la prière achevée, répandez-vous sur la Terre, à la recherche des bienfaits de votre Seigneur… » Coran, 62, 9-10. Lire aussi : « Emploie plutôt les richesses que Dieu t’a accordées pour gagner l’ultime demeure, sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde » Coran, 28, 77

10- Le prophète a eu sept enfants ; trois garçons : Al Kassem, Abdallah et Ibrahim et quatre filles : Zayneb, Rokayyah, Oum Kalthoum et Fatima. Ses enfants sont tous morts de son vivant sauf Fatima, la femme de Ali Ibn Abi Taleb et la mère de Al Hassan et de Al Hussein.

11- L’approche guerrière de la biographie du prophète reste très répandue dans les écrits historiques couvrant les événements marquant de la vie de Mohammad. Elle donne l’impression que sa vie ne se résume, surtout dans sa période médinoise, qu’à une succession ininterrompue de guerres (Jihad militaire). Moustapha As-Soubaî (1915 – 1964), une personnalité emblématique du mouvement des Frères Musulmans de la Syrie, a réservé plus de 67% de son livre Biographie prophétique(*) – en arabe – à la dimension guerrière de la vie de Mohammad. Aussi, 50% du livre de Mohamed Al Ghazali Fiqh As-Siyrah(**)  – en arabe – est réservé à cette dimension militaire. Il y a aussi des auteurs qui ont publié des ouvrages entiers exclusivement dédiés à ces guerres, comme le livre publié en 1990 par Abdelatif Zayd et Mahmoud Chite Khattabe intitulé : Leçons militaires de la biographie prophétique (***) (en arabe)

(*) – Moustapha As-Soubaî, As-Siyrah An-Nabawiyah, Al Maktab Al Islami, Riyad, 1998 (en arabe)

(**) - Mohamed Al Ghazali, Fiqh As-Sirah, Dar Ac-Chourouk, le Caire, 2000, p.276 (en arabe)

(***)- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990 (en arabe)

12- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990, p.118-124

13- Ibid.

14- Ibid., p.111

15- Ibid., p.112

16- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.271-278

17- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, op.cit., p.112

18- Ibid., p.112

19- Ibid., p.113

20- Tariq Ramadan, Muhammad – Vie du prophète, Presse du Châtelet, Paris, 2006, p.287

21- Ibid., p.288

22- Ibid., p.296-299

23- Il s’agit des débats troubles pour la désignation du premier calife. Bien avant l’enterrement du prophète, des prétendants au pouvoir s’étaient fait connaître. Du côté des Ansâr le candidat était Saâd Ibn Oubadah qui fut contraint, d’abord par la douceur puis par la force, de céder sa place à Abou Baker As-Séddik soutenu essentiellement par Omar Ibn Al Khattab. Ce dernier joua un rôle déterminant dans cette désignation, en faisant appel, pour convaincre et pour contraindre, par son fort caractère puis sous la menace physique, les derniers candidats qui ne voulaient pas déclarer leur allégeance à Abou Baker. Pour plus de détails/analyses sur ces moments déterminants de l’histoire politique de l’islam et de la théorie du califat, lire Les différents recueils d’histoire : Ibn Khaldoun, At-Tabari,… et aussi :

Abd Al Jawad Yassine, As-Soltatou Fi Al Islam, Centre Cultuel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.161-172 (en arabe)

24- Tariq Ramadan, op.cit., p.128-142

25- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.56

26- Lire et méditer : « Ô toi [Mohammad] qui es enveloppé d’un manteau ! Lève-toi pour prier la plus grande partie de la nuit, ou la moitié, ou un peu moins ou un peu plus et lis le Coran une lecture avec éloquence et méditation. Nous allons te charger d’une parole de grand poids. En vérité la prière de la nuit laisse une profonde empreinte et permet une plus grande concentration alors que durant le jour tu as à vaquer à de multiples occupations. Invoque sans cesse le Nom de ton Rabb – Educateur – et fais don de ton être [communie avec Lui] intensément » Coran, 73, 1-8

27- Lire et méditer : « Vous avez, dans le Messager de Dieu, un si bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au Jugement dernier, et qui évoque souvent le Nom du Seigneur » Coran, 33, 21

28- Pour ne citer que la position des Frères Musulmans par exemple, qui est aussi le dogme de tous les courants salafistes, la référence aux Hadiths – ou sunna dite verbale – représente le deuxième principe idéologique et la deuxième référence normative de cette mouvance : « Le saint Coran et la sunna pure sont la source de chaque musulman désireux de connaître les règles de l’islam. Le Coran ne peut être compris qu’à la lumière des règles de la langue arabe sans raffinement superflu ni exagération de style. Quant à la sunna pure, il faut, pour la comprendre, se fier aux transmetteurs dignes de confiance » (*). Je ne sais pas comment est-ce que les Hadiths de Abou Hourayra constituent une source pure de l’islam ? Abou Hourayra était-il un transmetteur digne de confiance ? La confiance seule suffit-elle comme base pour formuler des concepts et pour comprendre et/ou pratiquer une religion ?… 

(*) – Youssef Al Qaradawi, Hassan Al-Banna – 20 principes pour comprendre l’islam, Médiacom, Paris, 2004, p.43 (Traduit par : Moncef Zenati)







Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus