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Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (fin)

21112008

Par Mohamed LOUIZI

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Conclusion

Cette personnalité créative qu’était Abou Hourayra n’était vraiment pas du genre ordinaire. Il n’envisageait pas de partir sans laisser des empruntes gravées dans les mémoires respectives de plusieurs générations.En donnant ainsi l’exemple que rien n’est impossible pour réaliser sa « Légende personnelle »(1) ou comme disait le vieux roi dans L’Alchimiste  de Paulo Coelho : «Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir » !(2)  Abou Hourayra en est l’exemple à méditer … très attentivement !

Né dans la misère, il mourut dans l’aisance.

Inconnu de presque de tous, il reconquit une  célébrité remarquable.

Analphabète durant toute sa vie, son surnom – scandé dans les mosquées des quatre coins du monde – inonde, quatorze siècles plus tard, les manuels scolaires des pays arabomusulmans, la littérature religieuse et les sites Internet.

Sans qualification aucune lui permettant d’approcher les sphères closes du pouvoir, il devint la colonne vertébrale de ce même pouvoir et de ses héritiers.

A la marge d’un texte qui stimule la raison, il réussit à injecter une forte dose d’une superstition qui aliment la déraison.

Au sein même d’une religion qui prône l’abolition du tribalisme, il instaura le Quraychisme(3)  bédouin comme «le » modèle original et originel à reproduire, de manière permanente, dans tous les domaines de la vie, pour rester prétendument fidèle à une illusion de tradition prophétique…

Peut-on parler des fruits du hasard dans tout ceci ? Je ne le pense pas. Car Abou Hourayra fut un personnage qui a su naviguer dans le sens des courants politiques favorables.

Il a su entre autres : gérer son génie créateur ; trouver au fond de lui-même une aptitude relativement singulière pour rendre sa vie utile ; profiter intelligemment des événements douloureux qui ont marqué son époque pour en tirer bénéfice et en sortir indemne ; s’attribuer toute liberté de pensée et d’expression même mensongère en proposant ses services juste à temps au politique ; et par-dessus tout, il a réussi l’accès à l’immortalité théologique, en pariant sur le cheval (le régime) gagnant.

En effet, ses Hadiths ont été retranscrits sous la couverture même des Omeyyades, pendant les trois années du règne de Omar Ibn Abdelaziz(4) qui avait recommandé – environ un siècle après la mort du prophète – de collecter les Hadiths dans des recueils, y compris ceux de Abou Hourayra, pour que ladite sunna ou tradition du prophète ne soit aucunement en reste.

Un siècle après la mort de Omar Ibn Abdelaziz, ce qui veut dire deux siècles après la mort du prophète, ses Hadiths furent  authentifiés … encensés … embaumés … confits et quasiment « momifiés » par Al Boukhari et par Mouslim dans leurs recueils respectifs.

Depuis, il n’est donc plus question de les remettre en question … Le faire – surtout dans le cadre des monarchies théologiques sunnites ancestrales et assimilées – est synonyme d’une exposition volontaire à l’anathème et à la sanction de l’apostasie !

Critiquer les textes portant sa signature signifie renier l’islam  et donc trahir la religion que ces monarchies prétendent représenter et défendre. Puisque, le monarque, épaulé par le religieux de service,  se veut le porte-parole du divin et son bras armé sur Terre. 

Grâce à cette alliance abracadabrante, Abou Hourayra se voit attribuer au fil des années et des siècles, une immunité sans limites, engendrant automatiquement chez les disciples clonés un protectionnisme violent, empêchant les uns et les autres de se livrer par eux-mêmes à un quelconque travail introspectif. Et gare à ceux qui oseront outrepasser cette ligne rouge, tracée et gardée conjointement, par les pouvoirs politiques corrompus et par leurs mercenaires théologiques. 

La remise en question des Hadiths de Abou Hourayra, et de bien d’autres rapporteurs presque divinisés, implique l’écroulement en avalanche de toute une religion basée sur ces Hadiths. Cela signifie aussi l’écroulement de tout ce que l’on a construit ,depuis le temps des ommeyyades, en se basant sur ces mêmes hadiths. En langage théologico-politique, cela veut dire la chute précipitée des régimes qui s’en réclame. Le risque semble être plus que certain donc il faut à tout prix sauver le soldat Abou Hourayra !

Cependant et malgré la limitation de vitesse dans cette zone religieuse à risque, il existe toujours des personnalités – non chiites – de renommée historique qui ont osé crever l’abcès au risque de se voir marginaliser ou même excommunier.

Certes, leurs travaux sont restés inconnus du grand public, même arabophone, car les régimes politiques en place et leur protectorat théologique en ont décidé ainsi. Et ce, par le contrôle des manuels scolaires … le contrôle des prêches hebdomadaires dans les mosquées … le contrôle des articles publiés dans la presse … le contrôle des sujets de thèses dans les universités …

Mais à présent, les choses ont beaucoup changé, fort heureusement, surtout avec l’explosion et la démocratisation relative du numérique et aussi avec la diminution progressive du contrôle  des censeurs de l’information historique et religieuse … grâce à l’effet Internet.

On découvre alors sans détour que Abou Hourayra n’était ni ce personnage exemplaire … ni cette mémoire prodigieuse à laquelle on a voulu nous faire croire !

Des contemporains, à l’image de nombreux anciens, l’ont contesté, critiqué et désapprouvé en démontrant consciencieusement son « mercenariat » théologique au service du pouvoir corrompu de Damas, ses liens suspects avec des conteurs hébreux et sa biographie controversée qui soulève tant de doutes et de suspicions. 

Citons, parmi ces anciens(5) : Aïcha femme du prophète, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb, Abou Hanifah An-Nouamane(6), Soufiane At-Thawri(7), Ibrahim An-Nakh’î(8), Ibn Katibah(9), Al A’amache(10), Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani(11), Ibn Al Athir(12), Abou Jafar Al Iskafi(13)… et bien d’autres encore…

Et parmi les contemporains – historiens, docteurs et écrivains de renommée – que l’on peut citer à titre non exhaustif : Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î(14), Mohamed Rachid Reda(15), Ahmed Amine(16), Taha Hussein(17), Mahmoud Abou Rayyah(18), Ahmed Sobhi Mansour(19), Moustapha Bouhandi(20), Zakaria Ozoune(21), Abderrazak Îde(22), Abdel Jawad Yassin(23)  

Quant à cette étude analytique, elle a rempli – peut-être ? – son devoir d’informer en faisant référence à tout ce patrimoine ancestral et à toutes ces études contemporaines. Et ce, dans le respect des règles d’investigation, en prenant en compte la pluralité des approches et en optant pleinement pour l’ouverture sur toute la littérature accessible, en relation avec la biographie de ce personnage et sans aucune sorte de considération idéologique, dogmatique ou politique.  

Après tout, libre au lecteur, libre à lui de répondre ou non à l’invitation formulée tout au début de cette étude et que je réitère ici une nouvelle fois :

J’appelle à une insoumission totale et à une « désobéissance »(24) éthique, à tout pouvoir théologico-politique ou théologico-associatif se proclamant de cette religion dénaturée – celle des Hadiths entre autres – qui est née de ce mariage ancestral arrangé entre le théologique et le politique et qui porte les empreintes de l’absolutisme, du totalitarisme et de l’obscurantisme, dont les principaux inspirateurs sont Abou Hourayra, ses semblables et ses héritiers et tous ces théologiens de service que l’on connait à l’heure actuelle.

Il est temps que les consciences libres se réveillent enfin… !

Car des guerres sectaires et religieuses s’embrasent ; des enfants meurent ; des femmes sont contraintes à la soumission ; des civilisations millénaires se défont ; des populations se fragmentent en groupes ethnico-religieux guerroyants ; les inégalités se manifestent davantage ; la paupérisation des plus pauvres s’accentue ; les phobies en tous genres s’emparent de nouveau des cœurs ; les régressions diverses se font sentir ; l’inquisition est de retour ; … en grande partie, à cause de la soumission absolue et mentalement aveugle à cette religion dévoyée.

En attendant, je continuerai de rêver tant qu’il est encore Halal et non prohibé par des Hadiths de le faire !

Rêver en écrivant et écrire en rêvant du jour où le Seigneur ne sera plus pris en otage par les petits seigneurs d’ici bas…

Rêver du jour où la religion ne sera plus ni opium ni vitamine mais une approche rationnelle et authentique de la vie et de la mort …

Rêver du jour où la fraternité humaine sera consolidée, une bonne fois pour toutes, pour que nous, humains, puissions nous occuper collégialement enfin des défis majeurs et partagés : écologiques, civilisationnels, économiques… et qui menacent, si rien n’est fait, notre existence collective d’une fin absolument dramatique, scientifiquement prévisible et non pas mystérieusement invisible comme les signes de la fin des temps cités dans les Hadiths de Abou Hourayra !

Informer, inviter, rêver et faire rêver : voilà les quatre fins que je voulais atteindre par cette étude.

Merci à vous !

Notes :

1- Paulo Coelho, L’Alchimiste, Edition Anne Carrière, Paris, 1994, p.36

2- Ibid., p.81

3- Par Quraychisme, on désigne l’ensemble des mœurs et traditions culturelles bédouines de l’Arabie avant l’avènement du prophète Mohammad et après sa mort. Aujourd’hui, des courants salafistes appellent au retour à l’ensemble de ces mœurs et traditions qui, selon eux, font parti de la religion : la barbe, l’habillement Halal, la polygamie,… Tout comme les revendications des mouvements de l’islam politique et/ou de la représentativité  qui, au nom de l’idéologie dite du  Juste milieu – facette intégrable du salafisme –, tempèrent et modernisent leurs revendications « bédouines » dans la forme, sans pour autant penser le bien fondé de ces mêmes revendications : le voile, les carrés dit musulmans, l’abattage dit rituel, la gestion des lieux de cultes… Dans ces sphères, plus on se conforme à ce modèle bédouin mieux on est perçu et vice et versa. Plus on est détaché de la réalité réelle et attachée à une réalité passée plus on est proche de l’islam dit authentique. Le parfait et l’idéal, dans le cadre de ces courants de pensée, comme le dit Adonis(*), n’est pas un futur à construire mais au contraire, il est un passé à reproduire … à l’identique !       

(*) – Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006 (en arabe)

4- Huitième roi de la dynastie omeyyade entre 717 et 720. On le considère aussi comme le cinquième calife orthodoxe – bien guidé – vu son souci d’établir la justice sociale et de bien gérer les affaires de son Etat. 

5- Lire l’ensemble de ces prises de position dans les deux livres cités ci-dessus de Mahmoud Abou Rayyah.

6- Abou Hanifah An-Nouamane (699-767) ; jurisconsulte irakien et maître de l’école Hanafite.

7- Soufiane At-Thawri (719-783) ; spécialiste des Hadiths.

8- Ibrahim An-Nakh’î (672-718) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

9- Ibn Katibah juriste et homme de lettre du neuvième siècle, il qualifiait Abou Hourayra de « premier rapporteur soupçonné de l’histoire des Hadiths »

10- Al A’amache (709-750) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

11- Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani

12- Ibn Al Athir Al Jazri (1177-1252) historien et spécialiste des Hadits, auteur du livre Al Kamil Fi At-Tarikh (en arabe)

13- Abou Jafar Al Iskafi, moutazilite, il jugeait sévèrement Abou Hourayra en le qualifiant de « pas digne de confiance »

14- Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î (1880-1937), littérateur, poète et écrivain égyptien célèbre. Auteur de : Wahyou Al Kalam, I’îjaz Al Coran, Al Balaghah An-Nabawiyah,…

15- Cf. ci-dessus

16- Ahmed Amine (1878-1954) littérateur, poète et écrivain égyptien, auteur de : Fajer Al Islam, Doha Al Islam,…

17- Taha Hussein (1889-1970), surnommé le doyen de la littérature arabe. Auteur de : Al Fitnah Al Korah, Al Ayyam, Fi Achi’r Al Jahiliy,…

18- Cf. ci-dessus

19- Ahmed Sobhi Mansour, égyptien, historien diplômé de l’université Al Azhar et ex-enseignant dans la même université. Réside actuellement aux Etats Unis d’Amériques. Auteur de plusieurs livres et articles remettant en cause les Hadiths, le sunnisme et les Frères Musulmans

(Cf. http://www.ahl-alquran.com)

20- Cf. ci-dessus

21- Zakaria Ozoune auteur de : Jinayate Al Boukhari, Jinayate Achafi’î, Jinayate Sibawayh…Pour sa critique à Abou Hourayra, lire le livre Jinayate Al Boukhari  (que l’on peut  traduire par « Crime de Al Boukhari »).

22- Abderrazak Îde, né en 1950 en Syrie, universitaire, auteur d’une vingtaine de livres. En 2003, il publia son livre Sadanat Hayakil Al Wahm qui analyse et critique la raison juridistes des supposés « savants » de l’islam en prenant l’exemple du discours du syrien Saïd Ramadan Al Bouti. Ensuite il publia un autre livre analysant le discours de Al Qaradawi.  

23- Abdel Jawad Yassin, né en Egypte en 1945. diplômé de la faculté du droit du Caire en 1976, ex-juge. Auteur de plusieurs essais politiques et constitutionnels.

24- J’entends par « désobéissance éthique» une attitude réfléchie, intentionnelle, individuelle et/ou collective, privée et/ou publique, pacifique, respectueuse des exigences de la civilité, ne visant pas à la provocation ou à la confrontation physique avec les pouvoirs en question ; mais au contraire à une prise de conscience collective – y compris celle des religieux et des politiques – des dégâts qu’engendrent depuis plusieurs siècles l’obéissance et la soumission absolue à ces textes – Hadiths – nocifs, rétrogrades et obscurantistes (cf. Annexes) !

Bibliographie

Abou Rayyah, Mahmoud, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994 (en arabe)

Abou Rayyah, Mahmoud, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957 (en arabe)

Ad-Dahbi, Chams Ad-Dîne, Siyar A’alâm An-Noubala’a, Dâr Al Ma’arifah, Beyrouth, 2007 (en arabe)

At-Tabari, Ibn Jarire, Tarikh At-Tabari, Dâr Al Hilal, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Bouhandi, Mustapha, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002 (en arabe)

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, Dâr Al Kotoub Al Ilmiyah, Beyrouth, 1997 (en arabe)

Îde, Abderrazzak, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Tamoudajane, Dâr At-Tali’a, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Khalid, Mohammad Khalid, Des hommes autour du prophète, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 2001 (en français)

Ozoune, Zakaria, Jinayate Al Boukhari, Riad El-Rayyes Books, Beyrouth, 2004 (en arabe)

Yassine, Abd Al Jawad, As-Soltatou Fi’l Islam, Centre Culturel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Prochainement sur ce blog :

Un nouvel article contestant, preuve à l’appui, une manoeuvre scandaleuse des dirigeants de la mosquée de Villeneuve d’Ascq visant à falsifier l’histoire récente de la mosquée et d’effacer, à coup de retouches photographiques, une partie de sa mémoire en recourant à des méthodes digne du parti communiste russe des années 1920.

Cet article sera aussi l’occasion de s’arrêter, brièvement et à notre petite échelle, sur la question de la soumission de l’histoire à l’idéologie.

A suivre !




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (4)

26092008

Par Mohamed LOUIZI

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4- Était-il compagnon ou imposteur ?

Au-delà des calculs mathématiques élémentaires qui risquent de froisser la sensibilité littéraire de certaines âmes – mais calculs mathématiques élémentaires qui eux, au moins, ne peuvent pas mentir ! –, si Abou Hourayra était vraiment un – voire le – compagnon intime du prophète, comment explique-t-on son absence au moment de la mort de son maître Mohammad ? Car la moindre des choses eut été de rendre compte de cet événement douloureux et marquant pour toute une communauté.

Pourquoi n’a-t-il pas rapporté de Hadiths traitant les détails des derniers jours de la vie du prophète et ce qui s’est passé le jour de son décès(1)?

Comment explique-t-on son mutisme, lui qui aimait rapporter la tradition, lui qui n’a pas rendu compte des débats politiques(2) qu’a connut Médine le jour même de la mort du prophète et qui avaient conduit à la désignation de Abou Baker comme premier successeur du prophète à la gestion sociale, politique et économique de la cité ?

D’ailleurs, pourquoi n’a-t-on pas choisi Abou Hourayra comme premier calife, s’il était vraiment aussi talentueux que certains veulent nous le faire croire, c’est-à-dire « un compagnon exceptionnel doté d’une prodigieuse mémoire, de qualités incomparables, et le gardien infaillible de la sagesse prophétique » ?

Autre élément de réflexion : le prophète administrait, chaque vendredi de son vivant, le rassemblement hebdomadaire. Et on sait que dans une année il y a bien 52 ou 53 vendredis.  Si l’on admet que Abou Hourayra a effectivement accompagné le prophète, de manière permanente et ininterrompue, durant les quatre dernières années de sa vie, il aurait dû logiquement assister à plus de 200 rassemblements. Et puisqu’il jouissait, nous dit-on, de cette mémoire si prodigieuse et d’une volonté inflexible visant à préserver le patrimoine et la parole prophétique (présumée deuxième source de la religion islamique), il aurait dû normalement nous rapporter sans faute l’intégralité des 200 discours ou débats publiques correspondant à tous ces 200 vendredis !

Où sont donc passés ces discours et le contenu de ces débats publics ?

Comment se fait-il que Abou Hourayra n’ait rapporté le contenu d’aucun discours hebdomadaire et le rapport détaillé d’aucun échange ?

Ces discours et ces échanges ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire passionnante de « la vache qui parle » (cf. l’article « Mosquée dans la cité 8 » sur ce blog) ?

Les seuls discours dits prophétiques que l’on retrouve aujourd’hui à la lecture des livres de biographie de Mohammad sont, en effet, son discours prononcé lors de son Pèlerinage de l’Adieu (3) en l’an 10 de l’hégire et quelques rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que moins de 2% de l’ensemble des Hadiths rapportés !

Mais Abou Hourayra a-t-il accompagné le prophète lors de son dernier pèlerinage puisque ce n’est pas lui qui a rapporté ce discours(4) ?

5- La fabuleuse histoire et fable de la cape magique !

Face aux critiques nombreuses et incessantes, Abou Hourayra éprouva de plus en plus le besoin de se justifier en tenant un discours visant à faire taire les soupçons des uns et des autres. Le voici(5) : « Vous dites qu’Abou Hourayra abonde trop dans la transmission des Hadiths du prophète. Eh bien ! Mes compagnons immigrés [les Mouhajiroun] étaient occupés par leurs commerces dans les marchés et mes compagnons indigènes [les Ansâr] faisaient accroître leurs richesses (Et dans une autre version, les Ansâr étaient occupés par leurs terres). Pendant ce temps, j’étais un homme pauvre qui ne se détachait pas du Messager de Dieu.  Je tenais à être toujours présent quand eux s’abstenaient et je retenais dans ma mémoire quand eux oubliaient. Et puis un jour, le prophète nous a dit : Que celui qui étale devant moi son habit tout en écoutant ma parole (Hadith) puis le retire à lui, celui-ci n’oubliera jamais ce qu’il aura entendu de moi. J’ai alors étalé ma cape et il m’a dit des Hadiths, puis je l’ai retiré à moi. Par Dieu ! Depuis, je n’ai rien oublié de ce que j’ai entendu du prophète. De plus, je ne vous aurais jamais rapporté des Hadiths si cela n’était pas une obligation, car Dieu dit : « Ceux qui dissimulent ce que nous avons fait descendre de preuves et de guidance, après même les avoir explicitées aux hommes dans l’Ecriture, ceux-là Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira »(6) »  

Il reconnaissait, en bref, dans ce récit qu’il faisait l’objet de critiques incessantes de la part de ses contemporains. En riposte à leurs attaques, il a essayé de redorer son image tout en dénigrant implicitement les actions de ses autres compagnons pour lesquels, selon lui, l’apprentissage du savoir prophétique n’était qu’activité subalterne. Puisque, toujours selon Abou Hourayra, les uns et les autres étaient pris par le commerce, l’agriculture et les richesses de ce bas monde. En plus, il soupçonnait ces mêmes compagnons d’omettre ce savoir et de manquer à leurs obligations quant à sa transmission aux générations futures, en dissimulant ce qui devait être propagé. Pour lui, qui a même osé ainsi se hisser au même rang que Dieu, ceux-là méritaient d’être maudits : « Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira » !

Par ailleurs, le Coran témoigne en faveur de certains hommes qui glorifient Dieu matin et soir dans Ses Maisons, Il dit : « C’est cette lumière qui éclaire les temples que Dieu a permis d’élever afin que Son Nom y soit invoqué, et où Le glorifient, matin et soir, des hommes qu’aucun négoce ni transaction ne détournent de la joie d’exalter le Seigneur, d’accomplir la prière et de faire l’aumône, car ces hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante »(7). En recoupant ce signe coranique avec le témoignage de Abou Hourayra de nombreuses questions surgissent spontanément :

Les compagnons du prophète étaient-ils tous à l’image de ce que décrivait Abou Hourayra ou au contraire reflétaient-ils cette image du dévouement sans limites qu’inspire ce signe coranique ?

Est-ce vrai que des compagnons (comme Abou Baker As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb…) oubliaient ce que leur enseignait le prophète, au moment où Abou Hourayra s’en rappelait ?

Est-ce vraisemblable que ces compagnons manquaient à leurs obligations de transmettre le savoir prophétique : le Coran ? 

Est-ce vraisemblable que ces compagnons dissimulaient ce que Abou Hourayra avait choisi de diffuser ?

De quelle(s) dissimulation(s) parle-t-on, parce que le signe coranique cité justement par Abou Hourayra parle explicitement de la dissimulation du Coran (l’Ecriture) et non pas d’autres textes – Hadiths en l’occurrence ?

Et cette histoire magique – pour ne pas dire superstitieuse – de la cape que Abou Hourayra avait étalé devant le prophète, n’est-elle pas montée de toutes pièces par Abou Hourayra ? Pourquoi personne d’autre n’en a-t-il parlé ?

Pourquoi les autres compagnons n’ont-ils pas étalé leurs habits afin de « collecter » un maximum de savoir prophétique ?

Si le prophète avait fait un don « magique » à Abou Hourayra pour lui permettre de ne plus rien oublier de ses enseignements, pourquoi celui-ci n’a-t-il pas alors appris le Coran par cœur(8) ?

Le prophète cachait-il des enseignements sur ses compagnons pour les apprendre exclusivement à Abou Hourayra ? 

Profitait-il de l’absence de ses compagnons pour rester en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?

N’éduquait-il pas les compagnons pour qu’ils aillent travailler et qu’ils puissent ainsi subvenir à leurs besoins élémentaires(9) ?

N’avait-il rien d’autre ou de mieux à faire que de rester avec Abou Hourayra ?

Et ses enfants(10), ses femmes, ses proches, où étaient-ils pendant que le prophète restait en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?…

On s’aperçoit sans trop de difficulté, et avec un minimum de bonne foi, que Abou Hourayra n’est absolument pas crédible. Car, même en supposant qu’il ait resté collé au prophète pendant les trois dernières années de sa vie, il y a de nombreux éléments objectifs de la biographie du prophète qui rendent ses prétentions inacceptables et même insupportables tant à l’égard du prophète que de ses compagnons. Une simple lecture des chapitres de la biographie prophétique correspondant aux quatre dernières années de sa vie – bien que l’écriture et la transcription de celle-ci soulèvent également moult interrogations – montre que le prophète avait d’autres obligations que de rester en compagnie de Abou Hourayra pour lui raconter des histoires insensées et à la limite de la superstition dignes de la cartomancie ou du père Noël !  

En effet, bien que cette biographie soit écrite principalement sous l’angle guerrier(11) pour servir, comme nous le verrons au chapitre 9, la propagande « va-t-en-guerrière » des Omeyyades, elle aide néanmoins à mieux approcher le quotidien éreintant du prophète. Il se trouve qu’à partir du premier mois de l’année 7 de l’hégire (Muharram) jusqu’à sa mort en début de l’année 11, le prophète – déjà âgé de 60 ans ! – avait un emploi du temps harassant et rigoureux. Car en plus des 29 expéditions défensives(12), déployées en cette période, dont le nombre de combattants variait de 10 à 3000 personnes(13),  le prophète a dirigé en l’an 7  une armée de 1600 personnes durant la bataille de Khaybar(14). Il a organisé le petit pèlerinage (Umra) à la Mecque avec 2000 personnes(15). Il a envoyé des émissaires diplomatiques(16) aux différents rois et empereurs persans, byzantins, coptes…

Après 7 ans d’exil à Médine, il a conduit la prise de la Mecque (Al Fath), à la tête de 10.000 hommes(17), en l’an 8 de l’hégire. Il a dirigé la bataille de Hunayn et le siège de Ta’if à la tête de 12.000 hommes(18) et une marche vers Tabûk au nord de la péninsule avec 30.000 hommes(19)

Tout au long de l’an 9, baptisé Année des députations(20), il est resté à Médine pour recevoir les émissaires des tribus de la péninsule arabe, afin de conclure avec eux des alliances régionales et de signer des conventions de paix. C’est la raison pour laquelle il n’a pas pu guider les pèlerins à la fin de cette année, et c’est pour cela aussi qu’il a chargé Abou Baker As-Seddik d’accomplir cette mission, tandis que lui restait à Médine pour continuer d’accueillir des émissaires tribaux(21).

En l’an 10, il a conduit des dizaines de milliers de pèlerins pendant son Pèlerinage de l’Adieu  qui était l’un des derniers grands moments de sa vie de prophète et de Messager, puisque Mohammed mourut quelques semaines plus tard(22).

Que de grandes entreprises qui demandaient de la disponibilité, de la planification, de la maîtrise des données objectives de la péninsule arabe et de ses alentours, de la vigilance à l’égard des menaces et des dangers venant de tous bords et qui planaient sur Médine, de l’orientation et de l’éducation de ses compagnons pour réussir une mission compliquée, dont les paramètres se multipliaient proportionnellement avec l’élargissement de la communauté.

Ce faisant, le plus dur n’était pas le fait de réussir en soi mais d’assurer, dans un premier temps, la sécurité de la communauté naissante, d’avancer sans faire trop de dégâts, sans trahir les valeurs ni violer les principes de son propre message et, dans un deuxième temps, d’éduquer les gens à l’humilité, à la modestie et à ne pas transformer les réussites de la veille, en échecs douloureux et inhumains des lendemains… comme à l’image de ce qui arriva quelques heures seulement après sa mort, au moment de la désignation du premier calife ! (23) 

Le prophète se chargeait, en plus de sa mission de Messager de Dieu, de la gestion sociale de Médine qui représentait une terre d’accueil pour une immigration massive et hétéroclite(24), immigration qui posait de réels problèmes sociaux, économiques et culturels. Et d’ailleurs, Abou Hourayra prétendait être l’un des « sans domiciles fixes » de l’époque, au beau milieu d’un groupe de 70 personnes(25) qui s’abritaient dans l’annexe de la mosquée/Al-Jami’i et dans l’attente d’une solution économique et sociale trouvée par le prophète.

Sans oublier bien sûr que Mohammad avait aussi une vie privée, neuf ou dix foyers conjugaux à gérer financièrement et surtout à combler d’amour et d’attention. En plus, il entretenait un cycle spirituel exigeant(26) en sa qualité de Messager, priant toute une grande partie de la nuit. De surcroît, il ne dormait que peu de temps, pour accomplir dès l’aube la prière et s’attaquer ensuite à la gestion des affaires de la cité : assurer sa sécurité, garantir à tout un chacun de quoi faire et survivre au jour le jour… 

Il me semble que Mohammad qui assurait toutes ces fonctions, toutes ces responsabilités complexes et qui devait accomplir sa mission parfaitement en donnant l’exemple aux autres et en enseignant(27) le sens de la responsabilité, de la perfection, de la justice, de la solidarité, de la bonté… ne pouvait que manquer cruellement de temps. Et même s’il disposait de quelques minutes de répits de temps à autre, il me semble qu’il ne les consacrait pas à raconter à Abou Hourayra des histoires superstitieuses et des fables surréalistes qui, dépossédées du caractère sacré et dogmatique, ne pourraient éventuellement que servir les enfants en stimulant leurs sens de l’imagination et de l’affabulation.Toute affabulation qui, si on lui attribue un caractère sacré et dogmatique qu’elle ne possède en aucune façon, conduira nécessairement à une double catastrophe intellectuelle et éthique de tous ces « petits » enfants devenus, au moins dans leurs apparences physiques, des « grands » adultes !

Quoi qu’il en soit, Abou Hourayra, à travers les éléments connus de son identité, nous met face à des décisions et des choix cruciaux à faire absolument et en tout état de cause. Et ce, pour mieux comprendre ses prétentions et ses aspirations dans le passé et aussi pour mieux évaluer l’ensemble de ses récits/Hadiths qui sont considérés comme deuxième source de l’islam par les mollahs sunnites dans le cadre de toutes leurs institutions.

En effet, si ce personnage était bien le compagnon intime du prophète, pourquoi a-t-il alors donné des versions contradictoires, pour ne pas dire mensongères, sur des éléments de sa propre biographie (son nom, son âge, l’année de sa conversion par exemple) ?

Comment peut-on prétendre avoir une mémoire prodigieuse et infaillible retenant des milliers de Hadiths, sachant que la moindre des choses est d’abord de se rappeler des éléments de sa propre vie, et au détail près ?

Doit-on croire une personne sur parole sachant qu’elle a menti sur son passé ?

Au final, cette personne est-elle crédible ? Ma réponse est bien sûr que NON ! 

Et si au contraire Abou Hourayra n’était pas du tout un compagnon du prophète, comme cela a été démontré par les travaux de Mustapha Bouhandi, qu’allons-nous faire alors de l’ensemble de ses récits mensongers ?

Allons-nous continuer à considérer le recueil de Al Boukhari comme « la » deuxième source sûre(28), sacrée et infaillible de l’islam sunnite, sachant que plus de 26% de ses Hadiths sont rapportés par Abou Hourayra ?

La même question vaut pour les présumées authenticités de Mouslim composées à plus de 68% des récits de Abou Hourayra ?

Devons-nous revoir les éléments de nos religiosités respectives, en terme de compréhension comme en terme de pratique cultuelle, qui sont basées sur des récits de Abou Hourayra ?

Qui pourra continuer de croire en un Dieu taillé sur mesure par l’imagination mythique, débordante et farfelue de Abou Hourayra ?

Allons-nous continuer à transmettre à nos enfants l’islam version Abou Hourayra, comme les mensonges sur le père Noël et avec tous les dangers que cela comporte en terme de perte totale de la confiance ? …

Autant de questions qui sont occultées désormais par les Abou Hourayra(s) contemporains qui passent les plus clairs de leurs temps cultuels à vouloir maintenir les gens dans l’illusion grossière et néfaste d’une « religion armée », alors qu’autrefois, comme nous allons le voir,  ce même personnage provoquait déjà de son vivant les soupçons des uns et les colères des autres.

A suivre …

Notes:

1- Aucun des 51 Hadiths compilés par Al Boukhari dans son recueil (*), racontant les circonstances de la maladie et de la mort du prophète n’est rapporté par Abou Hourayra !

(*) – Al Boukhari, Sahih Al boukhari, Vol. 3, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 1998, p.131- 140

2- Il s’agit du débat politique mené au sein de la réunion dite As-Sakifah qui a conduit à la désignation de Abou Baker As-Seddik comme premier calife succédant le prophète après sa mort. Abou Hourayra n’est cité nul part dans les récits rendant compte de cette réunion !

3- Pèlerinage du prophète en l’an 10 de l’hégire pendant lequel il a prononcé son discours historique récapitulant l’essentiel de son message et témoignant devant des milliers de pèlerins qu’il a accompli sa mission  en répandant la lumière du message coranique révélé.

4- Ce discours est rapporté par le biographe Ibn Hicham qui lui l’a rapporté en se référant à Ishak(**) et non pas à Abou Hourayra !

(**) – Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.349

5- Al Boukhari, op.cit., Vol. 1, p.39 & Vol.4, p.431

6- Coran, 2, 159

7- Coran, 24, 36-37

8- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957, p.170 et 185

9- Méditer le signe coranique suivant : « Ô vous qui croyez ! Lorsque l’appel à la prière du vendredi se fait entendre, hâtez-vous de répondre à cet appel en cessant toute activité ! Cela vaudra mieux pour vous, si vous le saviez ! Une fois la prière achevée, répandez-vous sur la Terre, à la recherche des bienfaits de votre Seigneur… » Coran, 62, 9-10. Lire aussi : « Emploie plutôt les richesses que Dieu t’a accordées pour gagner l’ultime demeure, sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde » Coran, 28, 77

10- Le prophète a eu sept enfants ; trois garçons : Al Kassem, Abdallah et Ibrahim et quatre filles : Zayneb, Rokayyah, Oum Kalthoum et Fatima. Ses enfants sont tous morts de son vivant sauf Fatima, la femme de Ali Ibn Abi Taleb et la mère de Al Hassan et de Al Hussein.

11- L’approche guerrière de la biographie du prophète reste très répandue dans les écrits historiques couvrant les événements marquant de la vie de Mohammad. Elle donne l’impression que sa vie ne se résume, surtout dans sa période médinoise, qu’à une succession ininterrompue de guerres (Jihad militaire). Moustapha As-Soubaî (1915 – 1964), une personnalité emblématique du mouvement des Frères Musulmans de la Syrie, a réservé plus de 67% de son livre Biographie prophétique(*) – en arabe – à la dimension guerrière de la vie de Mohammad. Aussi, 50% du livre de Mohamed Al Ghazali Fiqh As-Siyrah(**)  – en arabe – est réservé à cette dimension militaire. Il y a aussi des auteurs qui ont publié des ouvrages entiers exclusivement dédiés à ces guerres, comme le livre publié en 1990 par Abdelatif Zayd et Mahmoud Chite Khattabe intitulé : Leçons militaires de la biographie prophétique (***) (en arabe)

(*) – Moustapha As-Soubaî, As-Siyrah An-Nabawiyah, Al Maktab Al Islami, Riyad, 1998 (en arabe)

(**) - Mohamed Al Ghazali, Fiqh As-Sirah, Dar Ac-Chourouk, le Caire, 2000, p.276 (en arabe)

(***)- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990 (en arabe)

12- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990, p.118-124

13- Ibid.

14- Ibid., p.111

15- Ibid., p.112

16- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.271-278

17- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, op.cit., p.112

18- Ibid., p.112

19- Ibid., p.113

20- Tariq Ramadan, Muhammad – Vie du prophète, Presse du Châtelet, Paris, 2006, p.287

21- Ibid., p.288

22- Ibid., p.296-299

23- Il s’agit des débats troubles pour la désignation du premier calife. Bien avant l’enterrement du prophète, des prétendants au pouvoir s’étaient fait connaître. Du côté des Ansâr le candidat était Saâd Ibn Oubadah qui fut contraint, d’abord par la douceur puis par la force, de céder sa place à Abou Baker As-Séddik soutenu essentiellement par Omar Ibn Al Khattab. Ce dernier joua un rôle déterminant dans cette désignation, en faisant appel, pour convaincre et pour contraindre, par son fort caractère puis sous la menace physique, les derniers candidats qui ne voulaient pas déclarer leur allégeance à Abou Baker. Pour plus de détails/analyses sur ces moments déterminants de l’histoire politique de l’islam et de la théorie du califat, lire Les différents recueils d’histoire : Ibn Khaldoun, At-Tabari,… et aussi :

Abd Al Jawad Yassine, As-Soltatou Fi Al Islam, Centre Cultuel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.161-172 (en arabe)

24- Tariq Ramadan, op.cit., p.128-142

25- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.56

26- Lire et méditer : « Ô toi [Mohammad] qui es enveloppé d’un manteau ! Lève-toi pour prier la plus grande partie de la nuit, ou la moitié, ou un peu moins ou un peu plus et lis le Coran une lecture avec éloquence et méditation. Nous allons te charger d’une parole de grand poids. En vérité la prière de la nuit laisse une profonde empreinte et permet une plus grande concentration alors que durant le jour tu as à vaquer à de multiples occupations. Invoque sans cesse le Nom de ton Rabb – Educateur – et fais don de ton être [communie avec Lui] intensément » Coran, 73, 1-8

27- Lire et méditer : « Vous avez, dans le Messager de Dieu, un si bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au Jugement dernier, et qui évoque souvent le Nom du Seigneur » Coran, 33, 21

28- Pour ne citer que la position des Frères Musulmans par exemple, qui est aussi le dogme de tous les courants salafistes, la référence aux Hadiths – ou sunna dite verbale – représente le deuxième principe idéologique et la deuxième référence normative de cette mouvance : « Le saint Coran et la sunna pure sont la source de chaque musulman désireux de connaître les règles de l’islam. Le Coran ne peut être compris qu’à la lumière des règles de la langue arabe sans raffinement superflu ni exagération de style. Quant à la sunna pure, il faut, pour la comprendre, se fier aux transmetteurs dignes de confiance » (*). Je ne sais pas comment est-ce que les Hadiths de Abou Hourayra constituent une source pure de l’islam ? Abou Hourayra était-il un transmetteur digne de confiance ? La confiance seule suffit-elle comme base pour formuler des concepts et pour comprendre et/ou pratiquer une religion ?… 

(*) – Youssef Al Qaradawi, Hassan Al-Banna – 20 principes pour comprendre l’islam, Médiacom, Paris, 2004, p.43 (Traduit par : Moncef Zenati)







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