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Acte VI : Percer les secrets de fabrication de l’autorité des textes *

11 05 2019

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Par : Mohamed Louizi

Vulgate d’Abou Bakr

La tradition canonique attribue le rassemblement du Livre Saint au troisième calife Othmân. Elle justifie cette décision (politique) par la disparition d’un grand nombre de Qurrâ’a (قرَاء) récitateurs lors de la Bataille d’al-Yamâma, survenue en l’an 1 du califat d’Abou Bakr, correspondant à l’année 633. On raconte que c’est Omar qui a suggéré à Abou Bakr – calife entre 632 et 634 – de retranscrire et rassembler le Livre Saint dans une vulgate pour conserver la Révélation. Ce qui sous-entendrait que le Prophète aurait négligé ce détail. Abou Bakr aurait refusé, au départ, de réaliser ce que le Prophète lui-même n’aurait pas fait de son vivant. Mais, après un temps d’hésitation, il accepta de le faire, en missionnant un jeune compagnon, Zayd ibn Thâbit (611-665), pour accomplir cette tâche.

Ce dernier, natif de Yathrib, n’avait jamais rencontré le Prophète durant les treize années de la période mecquoise, alors que durant cette période, quatre-vingt-six sourates sur cent-quatorze furent révélées. En effet, Zayd ibn Thâbit (زيد بن ثابت) n’avait que onze ans lorsque le Prophète avait immigré à Yathrib. A la mort de Mohammed, Zayd avait vingt-et-un ans. La tradition canonique le considère tout de même comme l’un des principaux scribes de l’époque prophétique. Sa jeunesse, son absence durant toute la période mecquoise, suscitent bien des interrogations et des doutes auxquels la tradition, sublimée à l’excès, ne répond guère.

Quoi qu’il en soit, la tradition canonique confirme que Zayd ibn Thâbit a fait ce travail  et que «les feuillets sur lesquels on avait rassemblé les divers partis du Coran restèrent chez Abou Bakr jusqu’à sa mort ; ensuite ils furent déposés chez Omar ; et à la mort de ce dernier, chez Hafsa sa fille»[1].

Dans la préface de sa traduction du Livre Saint, remontant au XVIIIe siècle, vers 1782 sous le règne de Louis XVI, l’orientaliste français Claude-Étienne Savary (1750-1788), qui dit avoir passé plusieurs années en Egypte et avoir préparé sa traduction en prêtant l’oreille à des égyptiens, qui l’ont renseigné, écrit[2] : «Après la mort de Mahomet, Abu-Becr [Abou Bakr] les recueillit [feuilles de palmier et parchemins] en un volume. Idolâtre de son maître, regardant comme divin tout ce qu’il avait enseigné, il ne s’attacha point à donner au Coran l’ordre dont il était susceptible, en arrangeant les Chapitres suivant des dates où ils avaient paru ; il plaça les plus longs à la tête du recueil et ainsi de suite…»[3].

Certes, il confirme qu’Abou Bakr a rassemblé les parchemins dans un seul volume mais il lui attribue aussi l’agencement des sourates selon l’ordre que l’on connaît. Les Égyptiens au XVIIIe siècle pensaient-ils qu’il faille parler plutôt de la «vulgate d’Abou Bakr» au lieu de la «vulgate d’Othmân»? Simple question.

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Un verset oublié  

Par ailleurs, le temps califal passe, marqué par les «Guerres d’apostasie» , déclarées par Abou Bakr, contre plusieurs tribus dissidentes, qui refusaient d’envoyer l’argent de la zakât à Médine, et aussi contre ceux que l’on a désigné comme des «faux-Prophètes». Ce temps fut marqué ensuite par les conquêtes durant le califat d’Omar, de 634 à 644. Ce dernier fut assassiné après dix ans de gouvernance à Médine.

C’était au tour du calife Othmân de prendre les règnes du pouvoir de 644 à 656. La tradition explique qu’en raison de l’expansion importante du califat, la manière de réciter le Livre Saint divergeait d’une région à l’autre, surtout là où la langue arabe n’était pas la langue maternelle.

Les divergences auraient été telles que, les musulmans nouvellement convertis se disputaient sur la juste prononciation de certains mots, de certains passages. La multiplication des vulgates, non officielles, aurait participé aussi à l’alimentation et à l’entretien de ces controverses et disputes. Ce qui aurait convaincu le calife Othmân, à en croire la tradition, de devoir imposer à tout le monde une seule version officielle, abrogeant toutes les vulgates qui circulaient, un peu partout, dans son califat.

Pour cette mission, il aurait choisi un collège de compagnons-récitateurs-scribes, sous le patronage à nouveau de Zayd ibn Thâbit. Il aurait envoyé aussi «un message à Hafsa[4] [Femme du Prophète et fille d’Omar ibn al-Khattâb, le deuxième calife, ndlr], lui demandant d’envoyer les manuscrits du Coran pour pouvoir compiler les matériaux coraniques dans des copies parfaites»[5]. La tradition raconte qu’«alors qu’il recopiait le Texte sacré, Zayd ibn Thâbit s’était rendu compte qu’il manquait un verset de la sourate Les Coalisés [33/23] qu’il avait entendu de la bouche même du Messager»[6]. Cet incident est cité par al-Bukhâri en ces termes, Zayd aurait dit : «Alors que nous copiions le Coran, je réalisai qu’un verset de la sourate al-Ahzâb [Les Coalisés, ndlr] manquait, alors que j’avais entendu Le Messager de Dieu le réciter. Nous l’avons cherché et l’avons trouvé chez Khuzayma ibn Thâbit al-Ansârî [source al-Bukhâri[7].

Il s’agirait, à en croire ce conte, du verset : «Il est parmi les croyants des hommes qui ont tenu loyalement leur engagement vis-à-vis de Dieu. Certains d’entre eux ont déjà accompli leur destin, d’autres attendent leur tour. Mais ils n’ont jamais rien changé à leur comportement»[8].

Quand on sait que les opposants d’Othmân l’accusaient «d’avoir changé et modifié» bien des choses - « لقد بدلت و غيرت » – comparé au temps des deux premiers califes, le présumé rajout de ce verset, en particulier, suscite l’interrogation et sème le trouble, surtout ce passage : «Mais ils n’ont jamais rien changé à leur comportement»[9] !

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Le compagnon au pourvoir de deux témoins  

Comment cela est-il possible ? Comment cela pourrait-il être vraisemblable ? Ce n’était pas le même Zayd qui avait retranscrit la vulgate à l’époque d’Abou Bakr ? La même que gardait Hafsa ? S’est-il trompé à l’époque d’Abou Bakr, en oubliant ce verset ? Si Zayd avait retranscris le Livre Saint déjà à l’époque d’Abou Bakr, qu’est-ce qui aurait justifié qu’il refasse le même travail durant le califat d’Othmân - à moins qu’on ne lui ait pas demandé d’effectuer exactement le même travail qu’avant ? Ce verset, dit oublié, ne devrait-il pas figurer déjà dans la collection d’Abou Bakr ? Les vulgates qui circulaient un peu avant, étaient-elles dépourvues de ce verset ? Le Livre Saint était-il incomplet entre la mort du Prophète et l’établissement de la vulgate d’Othmân ? Comment, sur la base du témoignage d’un seul homme nommé Khuzayma ibn Thâbit (خزيمة بن ثابت) – lui aussi originaire de Yathrib et non de la Mecque - ce verset aurait été rajouté alors que la tradition dit exiger au moins le témoignage de deux hommes, de deux compagnons, au minimum, pour valider l’authenticité d’un verset ?

Mais comme le « hasard » arrangerait bien les choses, bien en amont, la tradition n’aurait aucune difficulté pour affirmer que, justement, le Prophète aurait considéré, de son vivant, que le seul témoignage de Khuzayma ibn Thâbit équivaudrait le témoignage de deux hommes. Ainsi, La boucle est bouclée et il n’y aurait pas d’affaire.

Effectivement, quand on lit les fameux hadiths «authentiques» d’al-Bukhâry, on apprend que Zayd ibn Thabît aurait dit : «je ne trouvais enfin de compte [ce verset] qu’avec Khuzayma ibn Thâbit dont le témoignage avait été considéré par Le Messager de Dieu comme équivalent au témoignage de deux hommes.»[10]

Circulez, il n’y a rien à voir ! Si ce que raconte la tradition est vrai, n’aurait-on pas oublié, peut-être, d’autres versets ?

Deux versets oubliés

L’étonnement s’amplifie davantage lorsqu’on découvre que Khuzayma ibn Thâbit ne serait pas à son coup d’essai, car il serait impliqué, quelques années plus tôt dans un autre oubli datant, cette fois-ci, du califat d’Abou  Bakr. En effet, à en croire toujours les fameux hadiths authentiques d’al-Bukhâry, lorsque le calife Abou Bakr missionna le jeune Zayd ibn Thâbit pour retranscrire le Livre Saint, celui-ci serait parti à la chasse des différents parchemins et branches de palmiers ainsi que des autres supports utilisés jadis par les scribes. Zayd aurait dit : «C’est ainsi que j’ai trouvé deux versets de la sourate at-Tawba [sourate 9, ndlr] chez Khuzayma ibn Thâbit. A part lui, je ne les ai trouvés chez aucun autre compagnon. Il s’agit des versets : «Un Messager, issu de vous-mêmes, est venu vers vous ! Il compatit à ce que vous endurez et il est plein de sollicitude pour vous»[11]»[12] !

Comment est-il possible que deux versets, présumés oubliés, ne soient connus que d’un seul homme ? Comment cela pourrait-il accréditer la thèse de la mémoire infaillible des scribes (et plus est, un médinois et non un mecquois) ? Comment se fait-il que d’autres scribes et d’autres récitateurs n’aient pas mémorisé et retranscris ces deux versets comme il se devait ? Aurait-on le droit de supposer que deux oublis pourraient bien en cacher d’autres ? Si tel était vraiment le scénario, Zayd ibn Thâbit a-t-il rassemblé tous les versets sans n’en laisser aucun sur le bord du (par)chemin ?

Jeudi noir

Force est de constater que les contes de la tradition canonique – concernant la réalité supposée de la collecte du Livre Saint, que ce soit au temps du premier calife ou du troisième – décrivent plutôt un douteux bricolage à mettre nécessairement au diapason du contexte politique très agité, très violent, du califat, depuis son instauration le jour même de la mort du Prophète.

Le calife se cherchait une légitimité religieuse aux yeux des autres, en plus de la «légitimité» de la force. Car sans qu’Omar ne posa la main sur son sabre, faisant comprendre aux autres qu’il pouvait s’en servir, durant la fameuse Réunion du Préau (اجتماع السقيفة), Abou Bakr, le mecquois, n’avait strictement aucune chance pour devenir le chef de Médine. D’autant plus que strictement rien dans le Livre Saint n’ordonne d’instaurer un califat, quel qu’il soit, et que le Prophète lui-même n’a laissé aucun testament pour désigner un quelconque successeur. Le Ciel a décidé que les garçons du Prophète meurent en bas âge. La Prophétie ne se transmet pas. Elle ne s’hérite pas non plus.

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Le Prophète aurait été empêché d’écrire son testament le jeudi avant sa mort[13]. C’est en l’espèce ce que raconte al-Bukhâri dans ses dites «authenticités» – entre autres sources réputées «sérieuses» – qui fait parler Abdallah ibn Abbas, le cousin du Prophète. Ce dernier aurait raconté :

«Alors que Le Messager de Dieu sentait venir son heure et au moment où quelques hommes étaient présents dans sa demeure, parmi lesquels Omar ibn al-Khattab, Le Messager de Dieu dit : «Venez que je vous écris un livre qui vous préservera de l’égarement !». Omar a dit : «Le Prophète est sous l’emprise de la douleur [il délire, ndlr] et nous avons le Coran, le Livre de Dieu nous suffit». Les présents divergèrent et se disputèrent. Les uns disaient : «Approchez-lui ce qu’il demande pour qu’il vous écrive un livre qui vous préservera de l’égarement !». D’autres répétèrent ce qu’avait dit Omar. Lorsque les divergences et les propos futiles furent nombreux, le Prophète leur a dit : «Levez-vous !»»[14]

Abdallah ibn Abbas aurait commenté cet événement en disant : «La calamité, toute la calamité, c’est le fait d’empêcher Le Messager de leur écrire ce livre à cause de leurs disputes et querelles.»[15] Bien que ce hadith mette à mal la thèse de l’illettrisme du Prophète, ce qu’il révèle montre, par ailleurs, la tension maximale, au sein de la communauté médinoise, à quelques jours seulement de sa mort.

Le calife à l’ombre du Moshaf  

Ainsi, le Prophète n’étant jamais été roi, aucun texte révélé ne permet d’instaurer un califat ou d’introniser un monarque. Pas de testament prophétique qui aurait désigné ou légitimé un successeur. Mohammed était là. Désormais, il n’est plus. Mais le Livre Saint demeure. Il s’installe dans le paysage pour toujours. Que reste-t-il, comme possibilités, pour légitimer une prise de pouvoir, survenue avant même d’enterrer le corps du Prophète ? Presque aucune solution, sauf le fait de s’imposer par la force coercitive d’abord,  et de s’arranger ensuite, pour bricoler un semblant de stature religieuse.

Que faire face à des versets adoptant un langage nouveau, inhabituel, visant à restaurer bien des valeurs abîmées par le temps qui passe et par la cupidité des mortels ? Que faire donc face un Livre «révolutionnaire» – au sens de révolution exprimé par le philosophe allemand Hegel (1770-1831) quand il qualifie l’islam de «Révolution de l’Orient»[16] – surgi sans rendez-vous, pour oser défier dès les premiers instants l’injustice, l’esclavage, le despotisme et l’arbitraire des pouvoirs absolus ?

La légitimité de Mohammed, en tant que Prophète et Messager, fut construite, petit à petit, sur une durée de vingt-trois années au moins, pas toujours dans la facilité. Cette légitimité avait un nom : la Révélation, et pas autre chose. Orphelin, pauvre, perdu dans le vaste univers de la quête spirituelle, la quête de sens, entre les rochers des montagnes et les ténèbres des profondeurs de l’âme, il s’est un jour réveillé sur une nouvelle condition, la sienne. Très particulière. Acceptant de porter le fardeau, il a passé sa vie, à composer avec un entourage hostile et ses difficultés, un contexte complexe et ses obstacles, ses propres désirs, ses sentiments contradictoires, humble face à ses réussites, responsable face à ses  échecs : ni dieu, ni diable ; un homme parmi les Hommes, simplement.

Invocation

Devenir roi, il n’en voulait pas. Devenir riche, l’argent ne fut jamais son moteur. Assumer la Prophétie et ses exigences, il ne s’en est pas dérobé. Quid de la légitimité d’Abou Bakr, d’Omar, d’Othmân, d’Ali et encore moins de Mouawiyah ? Ils n’avaient pas de Prophétie à faire valoir. Ils ont donc décidé, chacun à sa façon, de se faire le prolongement de celle qui venait de s’achever définitivement. Voulant jouer les prolongations, ils ont oublié que le temps réglementaire était terminé, sans retour : «Tu es appelé à mourir, comme ils sont aussi appelés à mourir.»[17] Tout a une fin, y compris la langue histoire de la Prophétie : «Non, Mohammed n’est le père d’aucun homme d’entre vous, mais il est le Messager de Dieu et le sceau des prophètes.»[18]

Les mérites des califes

Mohammed n’est plus. Le vide s’installe. Très vite, il est rempli. Le Prophète est mort, le calife est né, disais-je avant. Sa légitimité ? Les justifications d’ordre religieux ne manquent pas à l’appel. Il suffit d’ouvrir le recueil des hadiths «authentiques» d’al-Bukhâri pour s’en apercevoir. Dans le livre «Les mérites des compagnons du Prophète» (كتاب فضائل أصحاب النبي), un chapitre[19] contenant vingt-quatre hadiths est consacré uniquement aux mérites du calife Abou Bakr. Le chapitre[20] suivant, contenant seize hadiths, est consacré aux mérites du calife Omar. Le chapitre[21] suivant, exactement dans cet ordre, comme pour le justifier, contenant six hadiths, est consacré au calife Othmân. Le suivant[22], à Ali. Il contient sept hadiths.

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Le calife Abou Bakr rapporte la palme d’or. Il est décrit, dans ces hadiths comme «le frère et le proche compagnon du Prophète», «l’un des promis au Paradis», «le véridique», etc. Le calife Omar est décrit comme étant «vigoureux», «généreux», «l’un des promis au Paradis» et à qui le Prophète aurait annoncé de mourir en «martyr». Tout comme le troisième calife, Othmân, «celui qui a équipé l’armée du Prophète lors d’une expédition». Lui aussi «promis au Paradis». Quant au calife Ali, «l’un des dix promis au Paradis», il est décrit comme étant «l’aimé de Dieu et de son Messager» et celui qui occupait, auprès du Prophète, le rang «qu’occupait Aaron auprès de Moïse» !

Mouawiyah, l’amnistié de la Mecque   

Un peu plus loin, al-Bukhâri change de vocabulaire quand il consacre à Mouawiyah un tout petit chapitre[23], contenant tout de même trois hadiths. Il préfère parler simplement de «mention de Mouawiyah» (باب ذكر معاوية). Pas question de parler de mérites (مناقب). Peut-être, le fait que le recueil d’al-Bukhâri soit rassemblé et écrit sous le règne des Abbassides expliquerait cette prudence dans le choix des éléments de langage. Néanmoins, on décrit le fondateur de l’empire Omeyyade comme étant un faqih ayant accompagné le Prophète. Un comble !

Étrangement, on omet juste de préciser que Mouawiyah a combattu le Prophète des années durant, et n’a embrassé l’islam qu’à la presque toute dernière minute,  lorsqu’il n’avait plus d’autres choix. Cela s’est passé deux ans avant la mort de Mohammed, le jour même de la « Reconquête de la Mecque » (فتح مكة) en l’an 630. Il faisait parti des «Amnistiés» (الطلقاء) ce jour-là. Et puis, il aurait bénéficié d’un statut révélateur.

L’historien al-Tabari raconte qu’à l’issue de la Bataille/Siège de Taïf (حصار الطائف), en 630, le Prophète aurait donné à Mouawiyah cent chameaux comme butin. Il a donné à son père cent chameaux aussi. Car il les considérait, semble-t-il, parmi ceux à qui il fallait donner généreusement, pour «affermir leur cœur» (المؤلفة قلوبهم) et racheter leur adhésion. Depuis, et jusqu’au califat d’Omar, il aurait reçu la zakât, à ce même titre, sachant qu’il fut riche. Mais tout ceci passe à la trappe de la mémoire sélective !

Le calife est mort. Vive le roi !

L’aventure politique califale s’est donc légitimée, depuis sa naissance, par une certaine conception du religieux justifiant sa filiation au Prophète, comme pour s’inscrire dans la continuité de sa Prophétie. Abou Bakr s’est vu attribuer le titre de «Calife du Messager de Dieu» (خليفة رسول الله), sachant que le Prophète n’a strictement rien demandé. Omar s’est vu attribuer le titre de «Prince des croyants» (أمير المؤمنين) et on sait bien quel rôle décisif, il avait joué pour écarter du pouvoir une bonne partie de ces mêmes croyants, les Ansars (الأنصار) : les indigènes de Médine. Aujourd’hui, la  désignation «Commandeur des croyants» est toujours d’actualité dans quelques monarchies sunnites, comme au Maroc. En Arabie Saoudite, le titre religieux du roi n’est pas le «Commandeur des croyants». Avant, il était désigné par le titre «le Chérif  de la Mecque» (شريف مكة). Mais, depuis plusieurs décennies, ce titre a été remplacé par le «Serviteur des deux lieux saints» (خادم الحرمين الشريفين).

Tout ceci ne s’est justifié par aucun verset ni testament prophétique. Seul le Livre Saint était présent mais, silencieux. Ce sont les gens, disait Ali ibn Abou Taleb, qui le fond parler. Cette forme d’autorité naissante, se drapant de la religion, était donc orpheline de texte qui légitimerait ses actes. Partout ailleurs, et depuis la nuit du temps, le politique avait à son service une autorité «religieuse» – y compris parmi les religions monothéistes connues – qui expliquait le texte, régulait le social, dictait l’ordre moral, établissait le permis et l’interdit et surtout, aider le pouvoir en place à maintenir l’obéissance  de la communauté et de ses individus à son autorité.

Éloge du vide

Le Livre Saint a perturbé ce schéma en suggérant la liberté de conscience, la liberté des cultes, la responsabilité de chaque personne devant ses actes, le refus de tout pouvoir absolu, l’entraide sociale … et surtout, le refus de toute autorité qui s’autoproclamerait porte-voix du Seigneur. L’espace entre le musulman et Dieu – si espace il doit y avoir – doit être débarrassé de toute hiérarchie religieuse institutionnelle : ni ordre rabbinique, ni ordre ecclésiastique, ni ordre sunnite, ni ordre imamite. Le Livre Saint refuse la logique de la pyramide (institutionnelle) et initie à la beauté du cercle et de ce qu’il permet comme espace complètement dégagé, entre Dieu et les cœurs qui s’en remettent[24] en paix … entre le centre du cercle et les points qui les composent. La géométrie plane nous apprend que tout cercle est constitué d’une infinité de points, situés à égale distance du centre : ce point unique et imaginaire, séparé des autres points du cercle par le vide.

D’ailleurs, la conception même de l’unicité de Dieu (Tawhîd - التوحيد), fondement central de la foi musulmane, se construit sur la notion d’espace dégagé qui doit exister entre le croyant et Dieu. Entre les deux, point d’entremise, point d’autorité religieuse, point de clergés, point d’intersession. C’est ce même esprit du vide que l’on trouve aussi dans une sagesse attribuée à Lao-Tseu, le sage chinois et père spirituel du Taoïsme, qui aurait dit : «Trente rayons convergent au moyeu de la roue, mais c’est son vide central qui fait avancer le char. Un vase est fait d’argile, mais c’est son vide intérieur qui permet de l’utiliser.»

Le pèlerinage à la Mecque se fait en «tournant», suivant une trajectoire circulaire, tous dans l’harmonie d’une même marche apaisante, suivant le même sens de rotation, autour du même centre, symbolisé par une mystérieuse forme cubique : la Ka’ba. Un centre vide de l’intérieur où il n’y a que quelques lampes, pour faire lumière, et trois colonnes en bois, soutenant la toiture. Il s’agit d’un point d’arrivée, une destination vers laquelle convergent chaque année des pèlerins, venus en femmes et en hommes de paix, tout de blanc vêtus, de toute origine, de toute condition. Il s’agit aussi d’un point de départ vers soi-même et vers l’autre. C’est à partir de ce point que les cercles concentriques de la prière se forment, l’un entourant l’autre, et partent en s’étendant, de l’Un en direction de l’Infini. C’est-à-dire de Dieu vers Dieu. En ce sens, un mystique dit : «Je ne suis qu’un message de Dieu vers Dieu» et le Livre Saint de confirmer : «Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous ferons retour !»[25]

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L’effacement du Livre comme stratégie ? 

Les deux premiers califes se sont arrangés comme ils pouvaient avec cette proclamation révolutionnaire de rupture. On n’aurait peut-être pas cherché à nuire au Texte révélé ni à chevaucher son signal à cette époque. Mais dès l’arrivée d’Othmân au pouvoir, on a indéniablement tenté quelque chose. Le fait d’imposer la vulgate d’Othmân, comme seul texte reconnu d’autorité, tout en le présentant dépourvu de tout signe diacritique, est un élément qui ne trompe pas, et qui, pour le moins, interroge.

 D’ailleurs, l’un des reproches qu’avait adressé au calife Othmân, ces fameux Qurrâ’a dissidents – installés à al-Koufa et à Bassora en Irak – était directement liée au sens de sa décision politique d’instaurer une vulgate officielle, sans signes diacritiques et d’avoir brulé les autres vulgates. Ils ont utilisé une expression très révélatrice et très précise : «l’effacement du Livre»[26] («محو الكتاب»). Cela ne veut pas dire qu’il avait effacé des versets, mais qu’il les avait rendus presque illisibles.

En effet, quelqu’un, même arabophone, qui ne connaît pas le Livre Saint par cœur n’a plus aucune chance de pouvoir le lire, sans demander l’aide d’un intermédiaire. Ce serait le premier acte de l’établissement des prémices d’une autorité religieuse, par laquelle le passage devient quasi systématique, ne serait-ce que pour décoder un graphisme devenu confus par le fait du calife.

L’illustration ci-après donne un aperçu de l’efficacité de cette manœuvre. Il s’agit du verset lu à haute voix en public, par le compagnon Abou Dhâr al-Ghifari (أبو ذر الغفاري), en marchant la tête haute, dans les ruelles de Médine, lorsqu’il avait reproché à l’entourage omeyyade du calife, ainsi qu’au calife lui-même – Othmân aussi est issu de la tribu Omeyyade – d’avoir amassé des richesses illégitimes[27]. Ce verset dit : «Quant à ceux qui thésaurisent l’or et l’argent sans les dépenser dans le chemin de Dieu, tu leur annonceras un tourment cruel.»

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Sans signes diacritiques, la lecture de ce verset devient impossible. Et ce, indifféremment, que ce soit pour l’arabisant, qui ne l’a jamais connu ou mémorisé auparavant, ou pour le non-initié, le non-arabisant, issu des contrées lointaines. Le Livre Saint, censé être accessible à tout un chacun – dès qu’il apprenne naturellement les rudiments de la lecture en arabe – à tout moment, sans intermédiaire, dans un rapport personnel et intime – «Nous avons fait du Coran une œuvre facile à comprendre pour qu’il serve de rappel. Seulement, est-il quelqu’un pour méditer ce rappel ?»[28] – devient, d’un coup d’effaceur, l’affaire d’une poignée de privilégiés, formant cette nouvelle autorité religieuse, que représentaient des exégètes, des faqihs et surtout le parti des Qurrâ’a (القراء), ces récitateurs attitrés qui étaient à l’origine du mouvement Kharijite.

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Si on ordonnait à n’importe quel musulman ordinaire, qui ne connait pas ce verset, de le lire, sans doute, il dira : «Je ne sais pas lire !» Non pas parce qu’il serait illettré — Lire à ce sujet l’acte V de mon essai : Abroger la croyance en « l’illettrisme » du Prophète — mais parce ce texte a été rendu illisible. Pour un novice, presque aucune différence ne caractérisait la «vulgate d’Othmân» de tout autre livre de sorcellerie dont l’écriture ressemblait plutôt à des talismans. La logique voudrait que l’on ne prive pas une langue vivante de presque la moitié de son alphabet sans entraîner délibérément ses usagers dans la confusion, voire dans les conflits.

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Le C.O.C. ultime

Peut-être, pour de «bonnes» raisons, Othmân aurait voulu débarrasser le texte de ses signes diacritiques, pour qu’il englobe, dit-on, toutes les manières possibles de récitation et unifier la communauté autour d’un seul Texte. Le fait est que cela a bel et bien conduit à la division, à la discorde, aux violences, dont Othmân lui-même en a fait les frais. La vulgate d’Othmân, censée unifier la communauté des fidèles, les a divisés. Elle se trouve presque à l’origine de la fameuse al-Fitna (الفتنة), la discorde.

Toutefois, après presque trois siècles de la mort du Prophète, au milieu du Xe siècle, l’œuvre d’Othmân a été achevée par un certain Ahmed ibn Moussa, connu sous le patronyme ibn Moudjahid (859-936). Celui qui, sur demande expresse des Abbassides, a canonisé les Qirâ’ate (القراءات) en ne retenant que «Sept lectures» (القراءات السبع) du Livre Saint, sept variantes de récitation reconnues «légitimes». Les autres furent considérées comme difformes et marginales.

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L’historien Mohammed Arkoun (1928-2010) considère ce moment comme un tournant de l’histoire de la vulgate : à partir de cet instant, le Livre Saint se serait figé dans un «C.O.C. (Corpus officiel clos)»[29], aussi par décision politique et non sans violence. Car cette canonisation au forceps n’a pas été acceptée par tous les Qurrâ’a, à l’image d’Abou al-Hassan ibn Shanboudh (mort en 950) qui rejeta la décision conjointe prise par ce religieux inféodé au vizir. Ce dernier, Ibn Muqla (886-940) de son nom, lui avait intimé l’ordre de se repentir. La contestation de la canonisation des façons de lecture fut considérée comme une expression d’hérésie. Ibn Shanboudh ne l’entendait pas de cette oreille. Il fut donc fouetté en public !

La religion des hadiths

Par ailleurs, alors que le Prophète permettait aux compagnons de n’écrire que les versets du Livre Saint, c’est à partir du califat d’Othmân qu’on a autorisé la diffusion des contes «religieux» dans les mosquées, dans les souks et dans les rassemblements. Ces contes existaient, peut-être à la marge, à l’époque des deux premiers califes. Omar les interdisaient sans appel. Il avertissait l’un des conteurs les plus bavards et les plus influents aussi, un certain Abou Hourayra (601-676), en ces mots : «Soit tu mets un terme à tes contes soit je vais t’expulser vers ta tribu Daous, au Yémen !»[30]. Il l’empêchait par tout moyen. Et ce n’était qu’après la mort d’Omar, que le yéménite Abou Hourayra a pu à nouveau renouer avec ses vieilles habitudes.

Selon l’historien Ibn Kathir (1301-1373), dans son ouvrage arabe Le commencement et la fin (البداية و النهاية), on rapporte qu’Abou Hourayra disait : «Nous ne pouvions rapporter les hadiths du Prophète qu’après la mort d’Omar qui nous faisait craindre son fouet et sa colère !»[31] Ce que confirma, des siècles plus tard, le syrien Mohammed Rachid Réda[32] (1865 – 1935), qui fut l’un des principaux maîtres de l’islamiste Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, et qui avait écrit dans sa revue Al-Manar : «Si Omar ibn al-Khattâb avait vécu jusqu’à la mort d’Abou Hourayra, certainement on n’aurait pas eu tous ces hadiths !»[33]

Ces contes étaient composés d’histoires bibliques, de légendes anciennes et de bien d’autres paroles que l’on avait attribuées au Prophète, en supplément du Livre Saint, souvent en négociant des arrangements avec la vérité. Celui-ci étant devenu incompréhensible, puisque illisible, ces contes avaient comme fonction de l’expliquer. Des exégètes autoproclamés contaient et racontaient. Les gens, assis tout autour, bouche ouverte, étaient invités à voyager dans l’univers des sorcières, dans l’autre univers eschatologique, avec ses démons et ses flammes.

Ainsi, à côté d’un Livre qui devient soudain illisible, un deuxième texte commençait à naître, à faire son petit bout de chemin, avec le consentement du calife Othmân. L’institution des hadiths naquit de façon orale. Elle allait servir, quelques années plus tard, à justifier tous les choix faits par des politiques, toutes les dérives et toutes les atrocités commises durant cette longue période trouble. Il suffisait d’ajouter au début de chaque conte, que l’on inventait, quelque soit son origine : «D’après un tel, il a entendu le Prophète dire :…». Peut-être, y’avait-il quelques contes vrais et authentiques, mais la plupart de ces contes furent apocryphes. Chaque conte, chaque hadith, est composé de deux parties : la chaîne de transmission, dite al-Sanad (السند) et  l’énoncé du hadith, dit al-Matn (المتن). 

Chemin faisant, une autorité religieuse commençait à se constituer une équipe d’enfer. Ses principaux conteurs, en plus d’Abou Hourayra, s’appelaient Abdallah ibn Abbas (619-688), Ka’ab al-Ahbâr (mort en 653) et bien d’autres. Certains étaient de nouveaux arrivants, comme Abou Hourayra[34], qui n’aurait peut-être pas rencontré le Prophète de son vivant. D’autres, comme Ka’b al-Ahbâr, étaient des érudits juifs. Ils se présentaient comme convertis et n’hésitaient pas à enseigner le savoir biblique à des jeunes compagnons. Pour chaque question, pour chaque détail souvent insignifiant, plusieurs hadiths s’y consacrent, autant douteux que contradictoires. A la mort du Prophète, il n’y avait que Le Livre Saint. Douze ans plus tard, une autre «parole» se libéra. Elle frayait énergiquement un chemin, entretenue par des conteurs aussi bavards que controversés.

Influence israélite assumée

En 1933, Israël Ben Zeev, alias Israel Wolfensohn[35]-[36], surnommé Abu Zuaïb (أبو ذؤيب), a soutenu en Allemagne une thèse de doctorat traitant de l’influence des concepts juifs sur la tradition canonique islamique, en prenant l’exemple de Ka’ab Al Ahbâr (كعب الأحبار). Celui-là même que l’on présente dans des références sunnites comme compagnon du Prophète. Wolfensohn y met en exergue ses empreintes reconnaissables sur tout l’héritage sunnite classique. Sa thèse, publiée pour la première fois à Frankfort en 1933, est parue à Jérusalem en 1976, sous le titre : Ka’ab al-Ahbâr, Jews and Judaism in the Islamic Tradition[37]-[38]. Israël Wolfensohn y retrace la vie « islamique » de ce présumé compagnon du Prophète, depuis son arrivée à Médine, après avoir quitté le Yémen, dont il fut originaire, jusqu’à sa mort, en mettant en relief son installation à Damas ainsi que sa loyauté envers Mouawiyah, le fondateur de l’empire Omeyyade.

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Dans sa thèse, Wolfensohn présente des personnalités israélites connues, qui ont marquées l’époque prophétique et post-prophétique. Ils confirment que bien qu’il y’ait eu des juifs qui s’étaient convertis sincèrement et totalement à l’islam, d’autres l’on fait de manière très partielle, en mettant un pied dans l’islam et en gardant l’autre dans le judaïsme. Une autre catégorie, pratiquant la fameuse Taqiya (dissimulation), se présentait publiquement comme musulmans convertis mais qui, en réalité, n’avait jamais renié leur religion d’origine. Ka’ab Al Ahbâr faisait partie de cette troisième catégorie.

Wolfensohn décrit, entre autres, Abdallah ibn Salam (550- av. 663) comme «naïf, doux et en retrait des affaires»[39]. Il présente Wahb Ibn Mounabih (654- av.737) comme ayant été «un expert des religions anciennes et nouvelles»[40]. Quant à Abdallah Ben Saba’a (600-670), il le décrit tel un « dangereux conspirateur, excellant dans l’art de gestion des complots et de l’impulsion des séditions »[41] et rappelle son soutien à Ali, le quatrième calife, contre Mouawiyah. S’agissant du cas particulier de Ka’ab al-Ahbâr, Wolfensohn affirme qu’il « a toujours vécu juif, du berceau jusqu’à la tombe »[42], qu’il appréhendait l’islam «à travers son point de vue juif» [43], qu’il n’a jamais «caché sa judaïté»[44] à ses contemporains, qu’il «expliquait les versets les plus difficiles, par des histoires empruntées de la Torah, du Talmud et des légendes juives»[45], qu’il «lisait la Torah et le Talmud devant les foules amassées, autour de lui, dans les mosquées» et qu’il avait comme élève assidus de jeunes compagnons «illustres» comme «Abdallah ibn Abbas, Abou Hourayra[46] et Abdallah ibn Amr Ibn Al’As»[47] !

Les décryptages et conclusions d’Israël Wolfensohn ne peuvent être mis sur le compte d’un illuminé, prisonnier de la théorie dudit «complot juif», qui aurait visé à détruire l’islam de l’intérieur, dès sa naissance. Il serait donc imprudent de nier tout impact du savoir israélite sur l’ensemble des textes qui, petit à petit, venaient s’ajouter au Livre Saint, en tête desquels, il y a les hadiths attribués au Prophète. Ceux-là même qui alimentent les exégèses et les dispositions juridiques et cultuels dudit droit musulman : le fameux fiqh (dit charia).

L’intellectuel libyen al-Sadek al-Nayhoum (1937-1994) retrace dans ses essais comparatifs, et plus particulièrement, dans son essai : Un islam contre l’islam[48] (إسلام ضد الإسلام) le transfert évident de nombreuses traditions du référentiel talmudiste orthodoxe, par la voie des hadiths, vers le référentiel sunnite et chiite. Il en donne des exemples flagrants, textes à l’appui : l’apostasie, la circoncision, la lapidation de l’adultère, l’interdiction de la peinture et de l’art figuratif, l’abattage rituel, le voile, la séparation entre les hommes et les femmes, toutes les dispositions liées à la pureté et les menstrues, etc.

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Force est de constater, des siècles plus tard, que des orthodoxes Haredim israéliens n’aient rien à envier aux Wahhabites saoudiens. Tellement ils se rejoignent sur des positions rétrogrades d’un autre temps. Amnon Yitzhak, rabbin ultra-orthodoxe, n’avait-il pas interdit en 2013, aux femmes de conduire des voitures en invoquant la loi religieuse[49], exactement comme le dit un wahhabite saoudien ?

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Pis, Yaakov Litzman, ministre ultra-orthodoxe israélien, n’avait-il pas refusé en 2016 de serrer la main de l’ex-ministre française de la santé Marisol Touraine[50]? Le même qui refusa, en 2012, de serrer la main à une autre femme ministre parce qu’elle était femme. Il s’agit de Laurette Onkelinx[51], ex-ministre belge de la santé. Une orthodoxie a certainement engendré son pendant. Inutile de chercher, dans le cas présent, qui de l’œuf ou de la poule est apparu en premier !

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Toutefois, s’il est évident que le judaïsme, depuis au moins Baruch Spinoza[52]-[53] (1632-1677), en passant par les Lumières, est traversé par des courants réformistes – y compris en Israël - qui s’émancipent de l’héritage talmudiste des siècles révolus, l’on ne peut que regretter la cristallisation d’une partie de cet héritage très ancien, sous forme de hadiths sacrés, d’exégèses canonisés et de fiqh apocryphe, qui ne traduisent aucunement ni la lettre ni l’esprit du Livre Saint.

Et le pouvoir créa la Sunna

Durant une longue période, ces contes, ces hadiths circulaient dans la nature, sans bride, sans contrôle, transportés de bouche à oreille par les ondes du fameux téléphone arabe. Portant tous les stigmates des divisions, des discordes, des guerres civiles et aussi des influences judéo-chrétiennes, ils auront un avenir «radieux», dès que le 8ème roi omeyyade, Omar ibn Abdelaziz (682-720), prend le pouvoir en 717. Il demande à Abou Bakr ibn Hazm (658-742), qui fut juge de Médine, de rassembler ces contes, ces hadiths, dans un même recueil. A noter, premièrement, que, et le roi et son juge sont nés des dizaines d’années après la mort du Prophète. Ils ne l’ont jamais rencontré. Et deuxièmement, que la collecte des hadiths fut demandée par l’autorité politique. On n’a pas de trace du recueil rassemblé par le juge de Médine. Il se pourrait qu’il soit perdu ou que le juge ne l’ait pas mis en page.

Pour le vrai début de la collection et la retranscription écrite des hadiths, dans un recueil dédié, il faut attendre la chute des Omeyyades et la prise du pouvoir par les Abbassides (750-1258). C’est le deuxième roi Abu Ja’fâr al-Mansûr (712-775), qui, après avoir succédé à son frère en 754, qui demande à Mâlik ibn Anas (711-795) – jurisconsulte, fondateur de la doctrine Malikite (المذهب المالكي) – de rassembler dans un même recueil les hadiths, les plus importants, en lui dictant les critères à respecter, et en indiquant mêmes les sources qu’il devait écarter. Le recueil al-Muwatta’a de Malik (موطأ مالك) est paru ensuite, répondant aux strictes critères prédéfinis, répondant aux besoins du politique, quelques cent-vingt ans après la mort du Prophète.

Le recueil al-Muwatta’a fera ensuite son petit chemin et sera appris par cœur par un certain Mohammad ibn Idris ash-Shâfi’î (767-820), théologien et jurisconsulte, fondateur de la doctrine Shâféite (المذهب الشافعي). Celui-ci, auteur du livre ar-Rissâlah (الرسالة), va établir, une fois pour toutes, la Sunna comme source et fondement de la jurisprudence en islam. Les hadiths qui n’étaient considérés, tout au début, à l’époque du calife Othmân, que comme l’œuvre de conteurs, vont devenir avec  ash-Shâfi’î la deuxième source fondamentale de la législation chez les sunnites. Dans son ouvrage, il explique que les quatre principales sources du droit musulman sont, dans l’ordre : les versets du Livre Saint, les hadiths de Sunna, le Consensus des juristes et le Qiyâs : raisonnement par analogie, fait par des juristes reconnus par leurs paires.

Ash-Shâfi’î avait donc doté définitivement l’autorité religieuse d’une légitimité. Dieu n’est plus le Seul à définir le contenu de la foi ainsi que les pratiques cultuelles et les règles morales de bonne conduite. Ce sont désormais une armée de juristes et de théologiens – exactement comme l’ordre rabbinique et ecclésiastique – qui se partagent avec Lui ce statut. Cela veut dire que même si une pratique ne figure nulle part dans le Livre Saint, il suffit qu’il y ait un conte, un hadith, souvent apocryphe ou d’origine suspecte, qui l’instaure, pour que cette pratique soit considérée comme légitime, voire obligatoire.

La dangerosité de ce qu’a fait ash-Shâfi’î, à ce moment sensible de l’histoire, c’est que tout ce que le politique souhaitait instaurer comme règles – pour réguler le social, maintenir l’ordre, justifier ses atrocités et ses discriminations, empêcher toute résistance et toute contestation à s’exprimer, conduire ses conquêtes … – pouvait l’être par la voie des hadiths. Nasr Hamid Abu Zayd considère ash-Shâfi’î comme le père spirituel de l’idéologie d’al-Wassatiyya (الأيديولوجية الوسطية), traduite par «l’idéologie du juste milieu» qui alimente, depuis des siècles, le discours conquérant de l’islam politique.

Shafii-ideologie-juste-milieu

Hadiths à la carte

Strictement aucun verset du Livre Saint ne justifie la peine de mort pour apostasie, ou le voilement des femmes, ou les mutilations génitales, excision comme circoncision comprise, ou les cimetières confessionnels. Pourtant, le clergé sunnite les considère comme étant des règles à observer pour éviter le châtiment divin, dans l’au-delà, et ne pas mettre sa tête là où se croisent les sabres du monarque.

Ces hadiths avaient pour fonction principale de justifier l’ordre établi et de l’entretenir dans la durée. Alors que le Prophète n’a laissé aucun testament politique désignant un calife parmi les Quraychites (أهل قريش أو القرشيون), bien des hadiths, parus des décennies plus tard, lui ont attribué des paroles en faveur des Quraychites, parmi lesquels, on peut citer : «Pour cette affaire [le pouvoir], les gens suivent les Quraychites»[54] ; «[Le califat] est une affaire des Quraychites, quiconque leur témoigne de l’hostilité, Dieu le renversera face contre terre»[55]. D’autres appellent clairement à la soumission aux gouverneurs et princes : «Ecouter et obéir est un devoir tant qu’on n’ordonne pas de commettre un péché»[56] ; «Celui qui obéit à l’émir m’aura obéi et celui qui le désobéit m’aura désobéi.»[57]

Curieusement, le fameux hadith promettant le paradis à dix compagnons du Prophète ne cite que des Quraychites mais aucun compagnon originaire de Médine ! Il s’agit, dans l’ordre : des quatre califes mecquois, dits bien-guidés (Abou Bakr,  Omar, Othmân, Ali), plus les deux leaders mecquois de la Bataille du Chameau (Talha et Zubayr), auxquels il faut rajouter quatre autres compagnons mecquois, qui auraient, dit-on, joué un rôle militaire important lors des conquêtes et aussi un rôle politique auprès des califes : Abd ar-Rahmân ibn Awf (580-654), Sa’ad ibn Abi Waqqas (600-675), Abu Ubayda ibn al-Djarrah (584-640), Saïd ibn Zayd (600-671) ! Inutile de rappeler que le Livre Saint n’établit aucun listing de ceux qui sont promis au paradis. Inutile de rappeler aussi que le Livre Saint ne reconnaît à Mohammed aucun pouvoir qui lui aurait permis de prophétiser sur ce qui arriverait, ou pas, dans le futur[58] ! La ficelle est assez grosse. 

Aussi, lorsque le calife Abou Bakr pris le pouvoir, cela n’avait pas plu aux indigènes de Médine, les Ansârs. Et voilà qu’al-Bukhâri retranscrit dans son recueil un hadith attribué au Prophète qui aurait dit aux Ansârs, comme pour les consoler, par avance : «Vous subirez après-moi des préjudices, patientez donc jusqu’au moment où vous me retrouverez auprès du Bassin.»[59] Un autre hadith loue étrangement les mérites du Châm, là où s’établissaient les Omeyyades : «Seigneur fait que notre Châm et notre Yémen soient bénis !»[60] Un autre hadith salue le comportement d’al-Hassan ibn Ali qui avait renoncé au pouvoir permettant à Mouawiyah de devenir le premier roi des omeyyades. Le Prophète aurait dit : «Mon [petit-]fils que voici est un seigneur. Il se peut que Dieu réconcilierait, grâce à lui, deux partis parmi les musulmans.»[61] al-Hassan ibn Ali n’avait que huit ans à la mort du Prophète. Il est né en 624 !

D’autres permettent aux califes et rois d’anéantir toute opposition dès qu’elle soit taxée de Kharijites, ouvrant la voie à l’arbitraire. Le Prophète aurait dit : «A la fin des temps, apparaîtront des jeunes gens mais stupides et dont les propos seront les meilleures paroles des humains. Cependant, leur foi ne dépassera pas l’issue de leur gorge. Ils sortiront de la religion comme sort une flèche du gibier. Tuez-les partout où vous les trouverez ! Les tuer vaudra à celui qui les abat une récompense le Jour de la résurrection.»[62] !

D’autres hadiths établissent des sanctions pénales qui n’existaient pas au temps du Prophète. La lapidation de l’adultère, par exemple, ne figurant pas dans le Livre Saint. Ce sont des hadiths qui l’ont établis: «L’enfant est au maître du lit, quant à l’adultère, elle n’a droit qu’aux pierres.»[63] La sanction pour apostasie, par exemple, n’est pas mentionnée non plus dans le Livre Saint. Pour autant, cela n’a pas empêché le calife Abou Bakr  -  lors des «Guerres d’apostasie» – et les califes et rois après lui, de tuer les apostats. Un hadith fut créé de toute pièce, des années plus tard, pour justifier cette atrocité : «Celui qui change sa religion, tuez-le !»[64]

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De nombreux philosophes et mystiques en ont fait les frais. Le mystique al-Ja’ad ibn Dirham (666-724) fut égorgé le jour de la Fête du Sacrifice par le gouverneur omeyyade d’al-Koufa. Les abbassides n’en faisaient pas mieux. Parmi leurs nombreuses victimes, il y a le mystique al-Hussein ibn Mansur al-Hallaj (858 – 922) – le «Jésus de l’islam» [65] comme le décrit Jean Chevalier. Ce poète mystique soufi fut crucifié à l’âge de soixante-quatre ans, par le roi abbasside al-Muqtadir (895-932). On lui reprochait d’avoir une foi non-conforme aux standards de l’orthodoxie dominante. Il chantait :

«Informe la gazelle, ô brise, dans ta course,

Que ma soif est accrue quand je puise à Sa source !

Et cette Bien-aimée, dans mes boyaux, soustraite,

Si Elle le voulait, courrait sur mes pommettes !

Son esprit est le mien et le mien est le Sien,

Ce qu’Elle veut je veux et mon vœu Lui convient !»[66]

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Par ailleurs, aucun verset n’interdit l’art figuratif. Ce sont les hadiths d’al-Bukhâri, entre autres, qui se rejoignent pour l’interdire en usant des forces métaphysiques pour faire peur : «Les anges n’entrent pas dans une maison où il y a un chien ou des représentations figurées.»[67]

Des situations sociales, établissant bien des discriminations faites aux femmes, se trouvent légitimées aussi par des hadiths comme ceux qui déconsidèrent et insultent l’intelligence féminine : «Le témoignage de la femme, n’équivaut-il pas à la moitié de celui de l’homme ? – Si, répondirent les présents. – Et bien, cela provient de son déficit de raisonnement.»[68] Comme ceux qui autorisent le viol au sein d’un couple et réduisent la femme à un objet sexuel devant, à tout moment, satisfaire les désirs de son mari et éviter la malédiction des anges : «Lorsque l’homme invite sa femme au lit et que celle-ci refuse de venir, les anges l’a maudissent jusqu’au matin.»[69] Comme ceux aussi qui légitiment le mariage des mineures : «D’après Aïcha, le Prophète se maria avec elle alors qu’elle était âgée de six ans. Il consomma le mariage alors qu’elle avait neuf ans et elle resta avec lui durant neuf ans.»[70]

D’autres hadiths dits authentiques prônent le jihad armé permanent contre les juifs et font de la victoire des musulmans sur les juifs un signe eschatologique : «Ne viendra l’Heure [la résurrection] que lorsque vous combattez les juifs, que lorsque la pierre derrière laquelle se cache le juif crie : «Musulman ! Voici un juif derrière-moi, tue-le !»[71] Comment peut-on espérer un dénouement politique heureux du conflit israélo-palestinien, alors que la propagande islamiste bat son plein avec genre de hadiths génocidaires rappelés à tout va ? 

Plus de deux cents ans après la mort de Mohammed, le fameux al-Bukhâri (810-870) édita son recueil, «al-Jami’i al-Sahîh» (الجامع الصحيح), que la tradition sunnite considère, depuis, comme étant le recueil des hadiths le plus sûr, le plus authentique, juste après le Livre Saint. D’autres recueils, comme celui de Muslim (817-875) ainsi que sept autres corpus, composent la deuxième source scripturaire qui, petit à petit, a réussi à inhiber l’esprit libérateur encouragé par le Livre Saint.

L’autorité religieuse s’est donc constituée une stature définitive et des recueils de référence instaurant, dans les faits et dans les textes, une nouvelle religion, diamétralement opposée à l’esprit fondateur de la Prophétie au temps de Mohammed. Cette nouvelle religion est la charia des hadiths : «une charia du berger écrite par l’alphabet des moutons»[72], dixit l’intellectuel lybien al-Sadek al-Nayhoum (1937-1994) dans son essai arabe : L’islam en captivité, qui a volé la mosquée et où est-il passé le jour du vendredi ?

Elle servait, et sert toujours, à garantir l’asservissement des «sujets» au pouvoir absolu des régimes monarchiques et semi-monarchiques. Elle promet aux gens le paradis céleste et le bonheur futur, à condition qu’ils survivent dans le silence, dans la «servitude volontaire»[73], et acceptent leurs malheurs, tel un destin. Elle n’est en vérité qu’un «opium»[74], théologiquement et politiquement très efficace.

Le prophète guerrier d’ibn Ishâq

D’autres livres, d’une autre nature, participent au maintien des croyants dans une sorte d’ambiance ensorcelée, voulue par les califes et les rois successifs, pour maintenir leur soumission à l’ordre établi. Il s’agit des biographies du Prophète : la fameuse Sîra Nabawiyya (السيرة النبوية). Ceux-là n’ont pas de rôle législatif, à proprement parler. Comme les évangiles des apôtres de Jésus, ils tentent de retracer, dans l’imitation, les périodes clefs de la vie du Prophète. Cela donne de la matière aux conteurs, aux prédicateurs et même aux politiques pour faire de leurs actes un prétendu prolongement de ce qu’aurait été le Prophète dans leurs esprits.

Le principal reproche qu’on peut leur faire, c’est qu’ils ont tous copié la trame et l’angle de traitement de la vie de Mohammed, instauré par le premier à avoir publié une biographie. Il s’agit de Mohamed ibn Ishâq  (704-767) qui, plus d’un siècle après la mort du Prophète, a publié sa biographie, dont l’architecture ainsi que les thèmes mis en avant caractérisent, à quelques différences près, presque toutes les biographies publiées par la suite.

Ibn Ishaq fut très mal apprécié par Mâlik ibn Anas, qui le soupçonnait de mensonges. Quant on lit sa «Sîra du Messager de Dieu», retravaillé par un autre biographe nommé ibn Hicham (mort en 834), on est étonné de l’angle de traitement très guerrier adopté. Alors que le Livre Saint ne fait mention, dans l’ensemble de ses sourates, que de six batailles, tout au plus. Plus de cent-vingt ans après la mort du Prophète, Ibn Ishaq dénombre vingt-sept batailles, de type Ghazwa (غزوة) – une bataille à laquelle le Prophète aurait participé personnellement – et trente-huit expéditions, de type Sariyyah (سرية) – une expédition à laquelle le Prophète n’aurait pas participé et aurait désigné un commandant le remplaçant – que le Prophète aurait menées durant les huit dernières années de sa vie, presque une bataille par mois, dessinant le portrait d’un Prophète guerrier et conquérant. A-t-on essayé de justifier, de la sorte, les conquêtes des rois Omeyyades et puis abbassides ? La question mérite d’être creusée davantage.

Cette brève synthèse démontre qu’en vérité l’islam du Prophète et son esprit n’auraient presque  jamais existé. Les califes, puis les rois successifs, ont liquidé son héritage. Cela s’est passé sur le temps longs, génération après génération, durant les trois premiers siècles et surtout sous le patronage direct du politique. Le Prophète Mohammed a voulu dégagé l’espace entre l’Homme et Dieu de toute entremise. Cela n’était pas au goût de ceux qui cherchaient mordicus à tirer profit de leur posture politique autoritaire, visant à dominer à tout prix. Ce n’était pas grave d’utiliser le Livre Saint comme glaive et d’inventer les hadiths de ladite Sunna comme sabre !

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(*) Ce texte est extrait de mon essai Plaidoyer pour un islam apolitique : immersion dans l’histoire des guerres des islams (Michalon – 2017). Il est son sixième chapitre. Naturellement, bien des concepts qui y figurent ont été analysés et détaillés dans les chapitres précédents, à lire et consulter directement sur le support papier. Bonne lecture ! 
Couverture
Notes bibliographiques :


[1] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, traduction : Harkat Ahmed, Editions al-Maktaba al-A’sriyyah, Beyrouth, édition 2006, volume VI, hadith n° 4679, p.174

[2] A l’origine dans l’Ancien français.

[3] Claude-Etienne Savary, Le Coran précédé de la vie de Mahomet, tome I, Les libraires associées, Amsterdam, pages : vj-vij

[4] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, traduction : Harkat Ahmed, Editions al-Maktaba al-A’sriyyah, Beyrouth, édition 2006, volume VI, hadith n° 4679, p.174

[5] Ibid., p.629

[6] Mohammed Chiadmi, Le Noble Coran, nouvelle traduction du sens de ses versets, Editions Tawhid, Lyon, 2005, p.629

[7] Mohammed Chiadmi, Le Noble Coran, nouvelle traduction du sens de ses versets, Editions Tawhid, Lyon, 2005, p.629

[8] Livre Saint, 33, 23

[9] Ibid.,

[10] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, traduction : Harkat Ahmed, Editions al-Maktaba al-A’sriyyah, Beyrouth, édition 2006, volume VI, hadith n° 4783, p.314

[11] Livre Saint, 9, 128-129

[12] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, traduction : Harkat Ahmed, Editions al-Maktaba al-A’sriyyah, Beyrouth, édition 2006, volume V1, hadith n° 4679, p.174

[13] Dans son essai : Les derniers jours de Muhammad (Albin Michel – 2016), la chercheuse tunisienne Hela Ouardi consacre un chapitre entier à cet épisode trouble de la fin de vie du Prophète et le comportement d’Omar, le prochain deuxième calife : « XII- La calamité du jeudi : le testament non écrit » (p.130-146)

[14] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, traduction : Harkat Ahmed, Editions al-Maktaba al-A’sriyyah, Beyrouth, édition 2006, volume VII, hadith n° 5669, p.260

[15] Ibid.,

[16] G.W.F. Hegel, Vorlesungen übr die Philosophie des Geschichte, Berlin, 1837.

[17] Livre Saint, 39, 30

[18] Livre Saint, 33, 40

[19] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, traduction : Harkat Ahmed, Editions al-Maktaba al-A’sriyyah, Beyrouth, édition 2006, volume V, du hadith n° 3654 au 3678, p.88-104

[20] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume V, du hadith n° 3679 au 3694, p.104-114

[21] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume V, du hadith n° 3695 au 3700, p.114-128

[22] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume V, du hadith n° 3701 au 3707, p.128-133

[23] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume V, du hadith n° 3764 au 3766, p.157

[24] Alors que la plupart des traducteurs traduisent « islam » par « soumission ». Des penseurs et philosophes musulmans préfèrent le verbe « se remettre » au verbe « se soumettre ». Le premier reconnait la part de liberté dans l’expression de la foi : la foi étant le tronc et l’obéissance, sa branche. Le deuxième met plutôt en avant l’obéissance comme base de tout. Parmi ces penseurs et philosophes, il y a l’égyptien Nasr Hamid Abû Zayd. On peut citer aussi l’essai remarquable d’Abdennour Bidar : L’islam sans soumission. Pour un existentialisme musulman (Albin Michel – 2008)

[25] Livre Saint, 2, 156

[26] Hichem Djaït, La Discorde, dialectique du religieux et du politique dans les premiers temps de l’islam (الفتنة : جدلية الدين و السياسة في الإسلام المبكر), traduction arabe faite par Khalil Ahmed Khalil, Editions Dâr al-Talî’a, Beyrouth, 6ème édition, 2008, p.121

[27] En plus de ce reproche concernant l’effacement des points diacritiques, Othmân fut contesté au moins pour sept autres raisons : Premièrement, donner le un cinquième du butin de la terre africaine conquise à Marwan Ibn Al Hakam, un membre de sa tribu omeyyade, sachant que le butin devait être distribué sur les nécessiteux, les orphelins, entre autres, comme le veut la tradition. Deuxièmement, être propriétaire de sept grandes maisons au moment où des Médinois peinent à en posséder une. Troisièmement, adopter la préférence tribale et familiale quant à la désignation des gouverneurs. La majorité des gouverneurs sous le califat d’Othmân était des omeyyades. Quatrièmement, refuser de fouetter al-Walid Ibn Okbah, son gouverneur à al-Kouffa en Irak, après avoir conduit la prière rituelle à la mosquée, en état d’ivresse. Alors qu’il fouettait d’autres personnes, ordinaires, pour des raisons semblables au tarif de quatre-vingt coups de fouet, son gouverneur fut exempté. Cinquièmement, marginaliser les compagnons et ne pas procéder à des concertations systématiques quant à la gestion de Médine et des terres conquises. Sixièmement, ne pas assurer une distribution juste des richesses.  Septièmement, être le premier calife à user de la violence physique pour maltraiter et faire taire l’opposition. On raconte qu’Othmân avait fouetté le compagnon Ammar Ibn Yassir, parce que ce dernier lui aurait apporté une lettre de l’opposition, contestant ses politiques injustes. Pour plus de détails, il est recommandé de lire :

-          Ibn Katibah, L’imamat à la politique (الإمامة و السياسة), p.32 (en arabe)

-          At-Tabari, Histoire d’al-Tabari (تاريخ الطبري), Vol.6 (en arabe)

-          Mohamed Hassanine Haykal, Othmân ibn Affân, An-Nahdah Al Misriyah, Le Caire, 1968 (en arabe)

-          Taha Hussein, La grande discorde (الفتنة الكبرى), Dâr Al Adab, Beyrouth, 1967 (en arabe)

-          Adonis, Le fixe et le mouvant (الثابث و المتحول), Vol.1, Dâr As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.223-225, 366 (en arabe).

[28] Ce verset, tel un leitmotiv, a été cité quatre fois dans la sourate La Lune, sourate 54. Versets numéro : 17, 22, 32 et 40

[29] Mohammed Arkoun, La Parole confisquée par l’écrit, Le Monde des Religions, Septembre-Octobre 2006, n°19, p.39. Lire aussi : Mohammed Arkoun, Humanisme et Islam, Librairie Philosophique Vrin, 2005, p.43-51

[30] Khalid Mohammad Khalid, Des hommes autour du prophète, Traduction d’Abdou Harakat, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 2001, p.148

[31] Lire : Mahmoud Abou Rayyah,  Abou Hourayra, le cheikh al-Madirah ainsi que le dictionnaire biographique d’Ad-Dahbi (سير أعلام النبلاء).

[32] Mohammed Rachid Réda (1865-1935), théologien du  XIXe et le début du XXe siècle. Relativement influencé par la pensée de Jamal Dîn Al Afghani et de Mohamed Abdu mais aussi par le wahhabisme saoudien. Le 15 mars 1898, il publia le premier numéro de  la revue Al Manar, diffusant dans le monde arabe ses idées, son exégèse et ses avis jurisprudentiels. Après sa mort survenu le 22 août 1935, c’est  Hassan Al Banna, le fondateur du mouvement des Frères Musulmans, qui s’est chargé de la direction et de la rediffusion de cette revue.

[33] Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.114 (Cf. Revue « Al Manar », Vol. 10, p.851)

[34] Vous pouvez télécharger le document PDF de l’étude que j’avais publiée en 2008, intitulée : « Il était une fois un inféodé sur le chemin de Damas : Histoire d’Abou Hourayra : http://mlouizi.l.m.f.unblog.fr/files/2009/07/iltaitunefoisuninfodsurlechemindedamas.pdf

[35] Wolfensohn a aussi écrit et publié une Histoire des juifs dans les pays arabes à l’époque préislamique (en anglais). Il était enseignant des langues sémitiques dans des universités égyptiennes et ami intime de Taha Hussein. Il supervisa l’enseignement de la langue arabe en Palestine sous le mandat britannique. En 1940, il a été convoqué par Israeli national committee, pour devenir premier responsable de l’apprentissage de la langue arabe dans les écoles juives. Après la création de l’Etat d’Israël en 1948, il est devenu inspecteur académique de l’apprentissage de l’arabe dans les écoles israéliennes jusqu’au 1965.

[36] Israël Wolfesohn, Ka’ab Al Ahbâr Jews and Judaism in the Islamic Tradition, Imprimerie Asharq Attaouniyah, Jérusalem, 1971, p. 9-11

[37] Ce livre est à télécharger en PDF ici : http://www.muhammadanism.org/Arabic/book/zeev/kaab_al_Ahbâr.pdf

[38] Le texte arabe de cette thèse est révisé et préfacé par Mahmoud Abbassi, grande figure palestinienne, qui, outre sa riche production littéraire, était conseillé du ministre de l’éducation national palestinienne jusqu’au 1977.

[39] Ibid., p. 54-55

[40] Ibid., p. 54-55

[41] Ibid., p. 54-55

[42] Ibid., p. 54-55

[43] Ibid., p. 54-55

[44] Ibid., p. 54-55

[45] Ibid., p. 54-55

[46] Ibid., p. 63-66

[47] Ibid., p. 63-66

[48] al-Sadek al-Nayhoum, Un islam contre l’islam, (إسلام ضد الإسلام), en arabe, Edition Ryad El-Rayyes, Beyrouth, 3ème édition, 2000, 347 pages

[49] Lire ici : http ://www.france24.com/fr/20131115-rabbin-ultra-orthodoxe-veut-interdire-conduite-femmes-israel-haredim

[50] Lire ici : https://www.marianne.net/politique/quand-un-ministre-ultraorthodoxe-refuse-de-lui-serrer-la-main-marisol-touraine-ne-bronche

[51] Lire ici : http://www.dhnet.be/actu/belgique/un-ministre-israelien-ne-serre-pas-la-main-de-laurette-onkelinx-51b75cb1e4b0de6db97a73d4

[52] Irvin Yalom, Le problème Spinoza, Le Livre de Poche, 5ème édition, 2014, 548 pages.

[53] Baruch Spinoza fut frappé d’un herem (excommunication) le 27 juillet 1656. L’orthodoxie institutionnelle répond aux mêmes réflexes. Le Problème Spinoza, d’Ivrin Yalom, en décrit le contexte, les questionnements et la souffrance d’un humaniste juif exemplaire, qui a su être lui-même et léguer à la postérité les fruits d’une âme libérée des jougs de l’orthodoxie.

[54] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume V, hadith n° 3495, p.8

[55] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume V, hadith n° 3500, p.10

[56] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume IV, hadith n° 2955, p.182

[57] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume IV, hadith n° 2957, p.182

[58] Lire par exemple le verset 50 de la sourate 6 et le verset 31 de la sourate 11. Ceux-là comme d’autres mettent à mal tous les hadiths qui annoncent les signes eschatologiques de la fin du temps, par exemple.

[59] Al-Bukhâry, Les hadiths authentiques, volume V, hadith n° 3792, p.170

[60] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VIII, hadith n° 7094, p.404

[61] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VIII, hadith n° 7109, p.412

[62] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VIII, hadith n° 6930, p.296

[63] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VIII, hadith n° 6818, p.218

[64] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VIII, hadith n° 6922, p.290

[65] Jean Chevalier, Le soufisme ou l’ivresse de Dieu dans la tradition de l’islam, Edition Retz, 1974, 56 pages

[66] Idris Devos, L’amour universel, un cheminement soufi, Editions Al-Bouraq, 2013, 320 pages

[67] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VII, hadith n° 5949, p.392

[68] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume III, hadith n° 2658, p.498

[69] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VI, hadith n° 5193, p.650

[70] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume VI, hadith n° 5158, p.624

[71] Al-Bukhâri, Les hadiths authentiques, volume IV, hadith n° 2927, p.164

[72] al-Sadik al-Nayhoum, L’islam en captivité (الإسلام في الأسر), en arabe, Edition Ryad El-Rayyes, Beyrouth, 4ème édition, 2000, p.119

[73] « Servitude volontaire » est un néologisme utilisé en 1549 par Étienne de la Boétie –  à l’âge de 18 ans –  dans son réquisitoire contre l’absolutisme et les régimes tyranniques «Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un ». Pour l’auteur, le secret de toute domination n’est pas la violence du pouvoir en place, mais la servitude volontaire du peuple : « Un homme ne peut asservir un peuple si ce peuple ne s’asservit pas d’abord lui-même » ; « Il suffirait à l’homme de ne plus vouloir servir pour devenir libre » ;… Il y explique comment « faire participer les dominés à leur domination » ? Comment fait-on pour instaurer, et aussi pour détruire, une pyramide du pouvoir ? Comment et pourquoi les courtisans choisissent volontairement la servitude ? …

[74] « Opium » presque au sens décrit par Karl Marx (1818-1883) dans Critique de la philosophie du droit de Hegel : « La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple ».


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Une réponse à “Acte VI : Percer les secrets de fabrication de l’autorité des textes *”

  1. 8 06 2019
    Benoit BERNES (21:07:04) :

    Bonjour Mohamed, excellent et bien documenté! Il serait salutaire pour les musulmans de se pencher sur les événements ayant suivis la mort du Prophète, même dans les hadiths du sunnisme le mythe du califat bien-guidé est mis à mal. Mais les religieux prennent soin de brider la réflexion en mettant en garde (je l’ai vécu dans certaines mosquées). J’approfondis mes recherches dans ce domaine, et les choses qui me paraissaient floues du temps de mon obéissance aveugle s’éclairent. Merci et bonne continuation!

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