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L’entente jihadiste qataro-turque en Syrie, pendant qu’une «meute» occidentale lèche «l’os» Khashoggi.

28 10 2018

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Par Mohamed Louizi

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fichier pdf Entente jihadiste qataro-turque en Syrie – Mohamed Louizi

Ont-ils déjà commencé à déplacer les jihadistes du groupe Al-Nosra de la Syrie vers la région du Sahel, en Afrique, là où plus de 20 soldats français, engagés dans l’opération Barkhane, ont déjà perdu la vie[1]-[2]? Le site très informé (et payant), Intelligence Online[3] a publié ce mercredi 24 octobre 2018 un court article de moins de 200 mots, mais ô combien éclairant, intitulé: «Le MIT turc et le renseignement qatari négocient la fin d’Al-Nosra»[4] en Syrie. Cet article livre quelques détails, pour le moins inquiétants, sur des négociations secrètes en cours entre le service qatari des renseignements, l’ESSB (External State Security Bureau) et le service secret turc, le MIT[5] (Milli Istihbarat Teskilati) qui parraine, par ailleurs, sur le territoire syrien, l’alliance «rebelle»[6] – et jihadiste – connue sous le nom de «Jabhat al-Tahrir al-Watani»[7] (الجبهة الوطنية لتحرير سوريا) [Le Front national de libération de la Syrie, ndlr].

Faut-il sauver les jihadistes d’al-Nosra ?

En effet, Intelligence Online révèle que, par le truchement de ses services secrets (MIT et EESB), la Turquie d’Erdogan cherche à convaincre le Qatar de Tamîm Ben Hamad (également propriétaire du PSG) de couper les aides qu’il apporte au groupe jihadiste HTS, «Hayat Tahrir al-Sham» (هيئة تحرير الشام) [Organisation de Libération du Levant, ndlr], qui n’est autre que le fameux Front al-Nosra (جبهة النصرة), la branche d’Al-Qaïda en Syrie.

De son côté, le journal londonien arabophone Al-Arab (العرب) explique que le 17 septembre 2018 à Sotchi lors des négociations turco-russes qui se sont soldées par un «accord» préservant provisoirement le bastion jihadiste d’Idlib[8]-[9] et lui assurant une bouffée d’air, Erdogan, dans l’attente d’une évacuation vers une autre destination hors de la Syrie, avait promis à Vladimir Poutine de persuader le groupe HTS, «l’Organisation de Libération du Levant, de rendre son arsenal militaire et son artillerie lourde»[10]. Erdogan s’était aussi engagé, auprès de son homologue russe à «convaincre le Qatar pour qu’il coupe ses aides financières et logistiques apportées aux leaders de cette organisation»[11] terroriste.

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RSA du jihad versé par ses courtiers

Des aides diverses et variées: sous forme de rémunération en cash versées aux jihadistes, comme le révèle le journal londonien arabophone Al-Arab, qui avance le montant de «800 dollars que le Qatar verse [mensuellement, ndlr] à chaque jihadiste»[12] du groupe HTS, considéré par la Turquie, depuis le vendredi 31 août 2018 seulement, comme étant un groupe terroriste[13]. Vraisemblablement, sous la pression et des américains et des russes. Mais le Qatar sait varier et développer d’autres formes d’aides financières déguisées au jihadisme, en multipliant, par exemple, les rançons payées aux ravisseurs pour libérer des otages au grand dam des résolutions de l’ONU à ce sujet. La dernière rançon conséquente a été révélée cette semaine, en marge de la libération d’un otage japonais par l’émir de Doha et le sultan d’Ankara.

En effet, ce mercredi 24 octobre 2018, le premier ministre japonais, Shinzo Abe a déclaré à la presse nationale et internationale qu’il avait remercié par téléphone le président turc Erdogan et l’émir du Qatar Tamîm Ben Hamad, pour leur rôle dans la libération du journaliste Junpei Yasuda, otage du fameux HTS, le Front al-Nosra depuis trois ans[14]. «Le Premier ministre japonais a pris soin de remercier le Qatar et la Turquie, qui ont joué les intermédiaires»[15], rapporte le site RFI de son côté. On note que le premier ministre japonais qualifie bien le Qatar et la Turquie d’ «intermédiaires» entre le Japon et les jihadistes.

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Rançons, doigt d’honneur du Qatar à l’ONU

Toutefois, si RFI rajoute qu’il est «impossible de dire si une rançon a été versée»[16], d’autres sources journalistiques ne sont pas de cet avis comme le site français 20 Minutes[17]. De même, le site britannique The Times et le japonais The Japan News, s’appuyant sur une source syrienne – Rami Abdel Rahman, président de l’OSDH (Observatoire Syrien des Droits de l’Homme), jugée «source fiable»[18] en France –  avancent le chiffre de «3 millions de dollars»[19]-[20] que le Qatar aurait payé comme rançon aux différents jihadistes de la HTS, le groupe héritier de Front al-Nosra, pour libérer le journaliste japonais Junpei Yasuda.

Ainsi, en plein enfumage profitant de l’affaire Khashoggi, le Qatar aurait cassé à nouveau sa tirelire – un cochon halal, rassurons-nous ! – comme il l’a déjà fait, par le passé récent, pour financer impunément, directement ou indirectement, les jihadistes d’al-Nosra, par le biais des rançons[21]-[22]-[23] : les exemples sont très nombreux[24]. Doit-on rappeler que le Conseil de sécurité de l’ONU ne cesse d’interdire à tous les Etats de payer les rançons aux groupes jihadistes ? Sa dernière résolution en date, remonte au 12 février 2015, en des termes on ne peut plus clair[25]. Mais le Qatar peut tout se permettre, tant ses appuis en Occident restent solides, contrairement à l’Arabie Saoudite.  C’est presque un Classico !

Cap sur le Sahel

Par ailleurs, une promesse est une promesse. Erdogan l’a promis à Poutine. Erdogan l’a fait. D’autant plus que le sultan cherche à sécuriser ses frontières avec la Syrie, et donc, à évacuer les jihadistes d’Idlib. Auprès de l’émir du Qatar, Erdogan fait le boulot. L’émir du Qatar semble être coopérant mais sous certaines conditions. Intelligence Online révèle qu’il «serait prêt à accepter [la proposition turque, ndlr] si une solution est trouvée pour les combattants restants»[26]. Car, entendons-nous, au-delà de la rémunération mensuelle de 800 $, le Qatar se soucie, avec bienveillance et générosité (!), du sort de ses/ces jihadistes et voudrait les préserver, à tout prix, surtout après qu’ils ont acquis une expérience jihadiste redoutable et inestimable, durant les sept dernières années, sur le territoire syrien. Peut-être, après leur défaite syrienne, seront-ils encore plus utiles, plus performants à l’avenir,  pour un autre round, quelque part ailleurs, sous un autre ciel, sous une autre destination ? Mais quelle destination ?

La réponse est livrée en partie par le site Intelligence Online: le MIT aurait proposé à ces frérosalafistes armés «des destinations de repli en Afghanistan, voire en Afrique sahélienne»[27]. Cette information paraît crédible car le Qatar a, dans un passé récent, fait transiter des jihadistes de la Syrie vers la Libye. Cela a été révélé, entre autres, par un sachant tunisien, Rafik Chelly, ex-directeur de la sécurité présidentielle en Tunisie de 1984 à 1987 et ancien haut responsable des services de renseignement à Tunis, qui, interviewé par le journal arabe Al-Tounissia, en août 2014, avait déclaré: «Des avions sont arrivés en Libye à partir du  Qatar, et ils étaient pleins de djihadistes … Le nombre de ces éléments terroristes qui viennent de l’EIIL [Daesh, ndlr], dont beaucoup de tunisiens, oscille entre 4000 et 5000.»[28]-[29].

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Des cavernes de latence à Tora Bora ?

Aussi, en plus du Sahel, l’autre «destination de repli» proposée par le MIT turc à ces jihadistes est l’Afghanistan qui serait mieux adaptée, peut-être, à des jihadistes non-arabes, «Ouïghours chinois», «Tchétchènes» et originaires «d’autres ethnies caucasiennes». Ceux-là s’étaient donnés rendez-vous en Syrie pour rejoindre leurs Frères musulmans arabes, après que des islamistes protégés par le Qatar (et la Turquie), réunis autour de Youssef al-Qaradawi, avaient lancés la fameuse fatwa d’appel au jihad armé en Syrie, le 13 juin 2013, depuis un hôtel cairote cinq étoiles. A côté des Talibans – qui comptent beaucoup sur le soft power du Qatar pour se rapprocher de Washington[30] – ces jihadistes sino-caucasiens pourraient bien se constituer des camps d’entrainement dans les montagnes Afghanes, pour bien préparer les coups d’après…

On ne sait jamais, on aura peut-être besoin, un jour, de ce redoutable péril vert islamiste perso-caucasien se réclamant de l’idéologie frérosalafiste du «juste-milieu», pour brider l’autre supposé «péril jaune» à d’autres fins que la conquête idéologique d’un territoire défini. Car ces éléments jihadistes sapent la stabilité et la confiance et, par conséquent, freinent l’économie du pays qui les subit, au bénéfice de puissances occidentales qui ne voient pas la Chine d’un bon œil. La «guerre économique»[31] est déjà en marche. L’Empire du milieu pourrait, à terme, en faire les frais, d’autant que les «camps de déradicalisation»[32] qu’elle a instaurés – non pas sur le «modèle» français[33]-[34] – ciblant la minorité Ouïghours, serviraient d’argument, le cas échéant, pour mobiliser à échelle planétaire des foules d’indignés, certes, mais surtout des troupes de jihadistes opérationnels et réservistes, prêts à en découdre. Kalachnikov dans une main. Fatwa jihadiste frérosalafiste dans l’autre. Al-Jazeera fera le reste…

Moratoire de la terreur

Il semblerait que les négociations entre la Turquie et le Qatar, au sujet «d’une zone de repli» pour des jihadistes, pourraient se poursuivre jusqu’à la fin de l’année en cours. C’est ce que précise le site Intelligence Online: «le moratoire turco-qatari dure jusqu’à la fin de l’année»[35]. Peut-être, ou pas, avec la magie de Noël, verra-t-on plus clair. En attendant cette échéance qui ne serait pas sans conséquences dramatiques pour l’Afrique, l’Asie et l’Europe, ces négociations secrètes profitent du tohu-bohu obstiné entretenu intentionnellement autour de l’affaire Khashoggi[36].

Selon un récent article publié sur le site du JDD (Journal de Dimanche), ce mercredi 24 octobre 2018, on peut lire: «Sur les 680 djihadistes français estimés sur le théâtre irako-syrien, plus de 300 sont morts et un petit nombre a rejoint d’autres pays (Afghanistan, pays du Maghreb, Libye), estime Paris. Une partie d’entre eux sont donc toujours sur place.»[37]. La preuve est ainsi faite que la migration de jihadistes vers l’Afghanistan, les pays du Maghreb, la Libye, a déjà commencé. C’est le JDD qui le dit relayant une information officielle.

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Bienvenue à bord de ce vol Low Cost, de la compagnie Jihad Airways

Par ailleurs, qui a transporté ces jihadistes vers ces «zones de repli»? La France devrait aussi le savoir. Qui les a aidés à franchir les frontières et les douanes sans qu’ils soient arrêtés pour être jugés ? Avec quels moyens financiers et logistiques ces transits se font-ils? Ces jihadistes ont-ils pris un vol Low Cost auprès de la Qatar Airways ou de la Turkish Airlines? Vu l’existence de cette entente qataro-turque, on peut craindre les conséquences d’une telle mesure à moyen et à long termes : la consolidation certaine du jihad armé au Nord de l’Afrique et le renforcement du front jihadiste qui combat les armées régulières des pays africains soutenues par l’armée française.

Voudrait-on fragiliser davantage la stabilité des pays du Maghreb et poursuivre, à dessein longtermiste, des manœuvres criminelles ébranlant ces pays depuis, au moins, le territoire libyen, là où le Qatar semble avoir toujours des appuis et des «zones de repli»? Quid donc de cette entente cordiale entre ces deux protecteurs du même frérosalafisme jihadiste, sur l’autre activisme trouble et obscur, qu’opère déjà le Qatar à l’ombre du front séparatiste Polisario, quelque part dans le désert marocain, à quelques lieues des «Camps de Tindouf», comme l’a révélé la presse marocaine[38]-[39] il y a quelques mois?

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J’y consacrerai très prochainement un décryptage en bonne et due forme, en interrogeant le sens de la générosité du Qatar vis-à-vis des leaders du Polisario comme lorsque Brahim Ghali, le patron de cette organisation séparatiste, s’est vu offrir un vol privé, vers la Zambie, en avril 2018, «à bord d’un avion de [la] compagnie Qatar Airways»[40]-[41]. La presse marocaine avait aussi mis en lumière l’existence de «documents internes du Polisario [qui] montrent que des leaders séparatistes reçoivent des pots-de-vin de la part du Qatar»[42]. Un activisme qatari qui, couplé avec l’autre activisme, opéré sur le territoire algérien par l’Iran et le Hezbollah libanais cette fois-ci, inquiète le Maroc et les Marocains depuis plusieurs mois et qui a eu comme conséquence directe la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Téhéran[43].

Malheurs d’Afrique, malheurs d’Europe

En amenant vers le Sahel africain (et la Libye) des jihadistes aguerris, exfiltrés du bastion syrien d’Idlib, le Qatar cherche-t-il dans le cadre d’un projet géostratégique global favorisant le dessein islamiste, à briser définitivement les fragiles digues de la porte sud-ouest de l’Europe située en mer, dans le Détroit de Gibraltar, entre le Maroc et l’Espagne – là où le Qatar et ses Frères sont aussi présents – et à favoriser davantage les flux migratoires? D’ailleurs, s’il est vrai que l’origine de ces flux se trouve dans les ravages socioéconomiques de la corruption d’une certaine «élite» africaine ; s’il est vrai que l’appauvrissement volontaire de la riche Afrique résulte du pillage permanent de ses richesses naturelles par des groupes industriels occidentaux et orientaux, il est vrai aussi que l’état d’instabilité prémédité entraîné par le phénomène jihadiste soutenu par le Qatar pousse des dizaines de milliers d’africains à chercher des refuges paisibles ailleurs, au risque de leurs vies. Les conflits sanguinaires déstabilisant le Nigéria et faisant des centaines de morts et de réfugiés de guerre, sont sans cesse là pour le rappeler[44]-[45]. Le Qatar n’est jamais loin de ces zones…

«Moi, président» qui croit en «l’Europe qui protège»[46] devrait se poser urgemment toutes ces questions existentielles, en toute gravité et transparence, avec la France et les Français au fur et à mesure que le doute s’installe et que presque toutes les digues censées protéger cèdent les unes après les autres. «Moi, président» qui appelle, dans un tweet du 26 octobre 2018 à la mode Trumpiste, et depuis la République de Slovaquie à «aller combattre les nationalistes sur le terrain»[47] devrait plutôt agir, en président de tous les français, sur les causes du «repli nationaliste» et ne pas se limiter à en décrire les multiples manifestations partout en Europe. Le vote de colère (et parfois d’adhésion), en faveur du Front National, ne serait que la partie visible de cette colère populaire (et non populiste) justifiée.

Doit-on rappeler au président que les 10,6 millions[48] de français qui ont voté Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle ne sont pas tous des  «nationalistes» et que le score de Marine Le Pen, au second tour, dépasse celui d’Emmanuel Macron au premier tour: 8,7 millions seulement[49]? La fin électoraliste ne justifie pas les tweets diviseurs. Un président de tous les français ne devrait pas dire ça. Le mal-être est profond. Emmanuel Macron ne semble pas le percevoir.

L’Europe, cette machine-à-fric d’Erdogan !

«Moi, président» qui dit croire en «une Europe des peuples avec des identités fortes»[50] et en une «Europe souveraine»[51] devrait, pour la bonne santé de sa crédibilité, joindre la foi aux actes et contraindre l’islamisme et ses bailleurs de fonds, le Qatar en tête, à cesser ses manœuvres qui favorisent l’émergence accélérée d’une France sectarisée, communautarisée et fragmentée. Une France qui, après avoir tant souffert d’une situation sociétale en position «côte-à-côte», ayant abouti à l’abandon de nombreux territoires par les pouvoirs publics, risque de basculer vers la position guerroyante inquiétante et fort probable, qu’avait exprimée Gérard Colomb, l’ex-ministre de l’Intérieur, tel un triste chant de cygne, en quittant ses positions à la Place Beauvau: «Aujourd’hui on vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face»[52]. Mais demain a déjà ses graines plantées depuis hier dans notre présent. Ses fruits amers sont déjà visibles ici ou là.

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«Moi, président» soutient par ailleurs cette Europe technocratique généreuse vis-à-vis de la Turquie qui octroie annuellement des milliards d’euros[53]-[54] à Ankara – telle une Djizia[55] (جزية) payée au sultan Erdogan pour qu’il protège l’Europe et bloque des réfugiés dans des camps frontaliers, sans avoir la garantie qu’Erdogan tienne toujours ses promesses, alors que ses menaces et chantages aux migrants sont très récurrents[56]-[57] – et qui semble, en même temps, s’inscrire indirectement dans ce processus troublant, visant à déplacer les jihadistes vers des «zones de repli».

Fin du regroupement familial pour les jihadistes?

Car comment peut-on expliquer qu’au moment même où la Turquie et le Qatar négocient le rapatriement des jihadistes (adultes) vers un ailleurs, le Sahel, la Libye et l’Afghanistan, en s’accordant sur un «moratoire» et sur son échéance à l’horizon du nouvel an, la France, elle, soit disposée à rapatrier sur le territoire national les enfants mineurs de ces mêmes jihadistes[58] ? Qatar et Turquie vont-ils s’occuper d’assurer un avenir aux parents jihadistes ? Laissent-ils à la bienveillance de la France la charge des enfants ? On parle de 120 à 150 enfants[59]-[60], âgés de moins de six ans, à rapatrier sans leurs parents. Je ne sais vraiment pas quoi penser de cette situation. Je me limite à constater l’étrange concomitance entre deux agendas : l’un secret et l’autre, un peu moins.

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Ma conscience me dit qu’il n’y a pas nécessairement de déterminisme dans cette affaire, et que l’enfant d’un jihadiste n’est pas programmé pour reproduire inévitablement l’exemple de ses parents. En même temps, on ne peut rester insensible à toutes ces voix qui s’élèvent, justement ou injustement, pour avertir des conséquences à long terme sur ces enfants mineurs de leur rapatriement et de leur séparation d’avec leurs parents. La journaliste Sonia Mabrouk a raison de poser la question en ces termes: «Les enfants du djihad, victimes innocentes ou bombes à retardement?»[61]. Deux erreurs seraient à éviter :

La première erreur serait de verser dans un déterminisme réducteur qui condamne l’avenir d’un enfant sans lui laisser aucune chance de devenir et de se réaliser, et sans considérer le pouvoir de l’éducation à métamorphoser l’être. Car si les chiens ne font pas des chats, le fils d’un jihadiste peut ne jamais le devenir et «mieux vaut être seul que mal accompagné». La deuxième erreur serait de verser dans un angélisme coupable, pensant que la séparation entre l’enfant et ses parents, quand bien même jihadistes, serait dans l’intérêt de l’enfant et de la sécurité nationale. L’effet contraire à l’effet escompté pourrait bien se produire à long termes. Et pour le coup, comme le dit le proverbe tunisien: «le fils du rat saura creuser». 

Entre angélisme et déterminisme, il devrait certainement y avoir des solutions cohérentes à imaginer si elles n’existent pas encore : un mélange homogène d’humanisme bienveillant et de fermeté clairvoyante. Cela passerait d’abord par une cohérence d’ensemble de l’action politique, à l’Intérieur comme aux Affaires étrangères, qui devrait cesser d’envoyer des signaux contradictoires. Le «et en même temps» a ses limites : on ne peut continuer à manger avec les loups et à pleurer avec les bergers. Le discours vers la Turquie et Qatar, à ce sujet, se doit d’être le plus cohérent possible. Ce serait déjà un bon début.

Un «os» et des «chiens de garde»

En attendant, Turquie et Qatar se font oublier dans les méandres de l’affaire Khashoggi et tentent de se racheter une virginité, à moindres frais, comme s’ils incarnaient tous les deux la liberté d’expression. Ils peuvent compter néanmoins sur le concours bruyant d’une  «meute de chiens de garde» occidentaux qui saturent les canaux médiatiques, occupés à croquer âprement «l’os» Khashoggi avec beaucoup de suffisance et non sans démagogie. La doxa au service des intérêts de l’axe Doha-Ankara se paie la tête de l’Arabie Saoudite qui se trouve désormais presque totalement neutralisée sur la scène internationale, au sujet du dossier syrien.

Force est constater que la doxa fait une fixette complaisante sur un seul cas alors que le nombre de journalistes tués, un peu partout dans le monde, selon RSF (Reporters Sans Frontières), avait atteint, en juin 2018 et durant seulement le premier semestre, le chiffre de 47 journalistes tués et assassinés[62], presque dans l’indifférence, sans que cette «meute» médiatique ne s’en émeuve et ne réclame, comme elle l’exige contre l’Arabie Saoudite, des sanctions qui profiteraient, in fine, au couple pro-islamiste qataro-turc[63]. Il est vrai que quiconque veut noyer son chien (ou son chameau), l’accuse de la rage. C’est selon. La doxa le surjoue si bien.

Un temps pour les sabres, un temps pour le Coran

Ainsi, dans l’ombre massive générée par les puissants projecteurs braqués sur les Saoudiens, agissent le MIT turc et l’ESSB qatari pour accéder aux exigences de l’ours russe. Sans bruit, ils négocient en catimini le transit des jihadistes de la Syrie vers le Sahel et l’Afghanistan, tout en maintenant les aides financières qui leur sont généreusement accordées. La France cherche une solution pour les enfants. La famille jihadiste peut continuer sa marche macabre. On espère qu’une enquête internationale onusienne sera diligentée au sujet de ces négociations secrètes entre le MIT turc et l’ESSB qatari, visant à déplacer des jihadistes de la Syrie vers le Sahel et/ou l’Afghanistan. On espère aussi qu’une autre enquête internationale onusienne sera diligentée au sujet de cette rançon que le Qatar aurait versée, très récemment, aux jihadistes de la HTS (al-Nosra) pour libérer le journaliste japonais, une façon déguisée de financer le terrorisme.

En m’efforçant de conclure cet article, car il faut bien le faire même s’il reste des choses à dire, j’ai lu ce tweet: «Juste arrivé à Istanbul. Ce qui se joue ici aujourd’hui avec le Président Erdogan, le Président Poutine et la Chancelière Merkel, c’est la stabilité en Syrie pour éviter un nouveau désastre humanitaire.»[64] Son auteur est Emmanuel Macron, le président de la République. Le «désastre humanitaire»? Bien entendu, c’est la menace russe qui plane au-dessus des Frères jihadistes d’Idlib si le couple qataro-turc ne parvenait pas à les rapatrier ailleurs avant la fin de l’année, juste à temps.

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Etrangement, dans la déclaration finale de ce quartet au sommet d’Istanbul, cette même échéance est communiquée à la presse. Les quatre y ont appelé «à établir « avant la fin de l’année » un comité constitutionnel censé élaborer une nouvelle Constitution syrienne.»[65] Il est vrai qu’aucun «cessez-le-feu stable et durable à Idlib»[66] ne sera possible en présence de jihadistes armés jusqu’aux dents, rôdant dans les parages. Plus vite seront-ils rapatriés ailleurs, mieux ce sera pour la mise en place d’un «comité constitutionnel»[67] qui, sans doute, laissera une grande place à d’autres islamistes en civil, convergeant depuis des capitales occidentales, barbes bien taillées et costumes italiens trois pièces s’il vous plaît. Dans l’Ecclésiaste biblique, «il y a un temps pour tout»: «un temps pour abattre, et un temps pour bâtir» ; «un temps pour tuer, et un temps pour guérir» ; «un temps pour la guerre et un temps pour la paix». Dans l’évangile selon Tamîm Ben Hamad, il y a un temps pour coaliser les jihadistes, et un temps pour les disperser partout. Un temps pour les deux sabres, et un temps pour le Coran.  

Le «maître des horloges» russes qui ne passent plus à l’heure d’hiver

Dans cette phase de reconstruction, Vladimir Poutine s’impose désormais comme le «maître des horloges». Aucune solution pour la Syrie ne se sera trouvée sans lui. C’est Poutine qui donne le la. De son côté, le couple franco-allemand, pendant des années hostile à la Russie est obligé désormais de s’asseoir à la même table que Poutine et a accepté ses conditions et son calendrier. Ce couple affaibli espère récupérer quelques grands contrats lors de la prochaine reconstruction de la Syrie, après presque une décennie jihadiste soutenue par l’Occident. Dans ce désastre, à genou sur les ruines, entouré de cadavres et des vestiges pleins de souvenirs d’un peuple qui vivait là, paisiblement, ce que disait Paul Valéry (1871-1945) est plus que jamais d’actualité: «La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas». La Syrie renaîtra certainement de ses cendres mais après quoi…

Elite d’hier, élite d’aujourd’hui

Enfin, gagné relativement par un pessimisme réaliste, lassé de répéter encore et toujours dans l’espoir d’être écouté et compris, outré par le comportement pavlovien d’une doxa atlantiste (économique, politique, «universitaire» et médiatique) qui ne semble pas prête à quitter, sans danger pour elle-même, sa posture de «meute» à la solde de l’axe Ankara-Doha, je ne peux que constater le pouvoir de «l’os» Khashoggi à occuper les antennes et les sous-titres pendant que se joue l’avenir derrière les rideaux de fumée. Mêmes des esprits pourtant éclairés n’ont pas su y résister. L’hystérisation de cette affaire bat son plein. On ne peut que le regretter. Car comment est-il possible de fermer les yeux, à ce point, face à l’évidence du jeu mortifère du couple turco-qatari qui, en matière de soutien au jihadisme, a, depuis très longtemps, dépassé et doublé «la méchante» Arabie Saoudite, et par sa droite et par sa gauche ?

Cela rappelle les heures bien sombres et le comportement similaire d’une autre «élite» intéressée qui, par aveuglement,  s’est mise au servie d’autres fascismes par le passé. Le fascisme islamiste peut savourer l’instant et sabrer le champagne … halal. Il jouit désormais d’une «meute» docile et engagée à ses côtés. Il va falloir continuer à espérer, malgré l’automne et ses corbeaux. Même si le sursaut pacifique tarde à surgir, rien ne justifie de baisser les bras et de censurer les plumes. Notre monde est redevenu fou comme par nécessité cyclique. Il ne retient presque aucune leçon du passé. On ne l’aide pas non plus à voir plus clair. La doxa est occupée à préserver son petit carré VIP et ses vils intérêts matériels à l’ombre de l’islamisme. Elle préfère perdre la boussole et tout sens de l’Histoire avec. Quelle tragédie !

Notes bibliographiques :

[1] https://www.francetvinfo.fr/monde/mali/guerre-au-mali/un-nom-et-un-visage-pour-les-soldats-francais-morts-au-combat-au-sahel-depuis-2013_2623232.html

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/09/26/huit-soldats-tues-dans-le-nord-du-burkina-faso_5360572_3212.html

[3] https://www.intelligenceonline.fr/info/aboutus

[4] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/10/24/le-mit-turc-et-le-renseignement-qatari-negocient-la-fin-d-al-nosra,108329241-art

[5] http://mohamedlouizi.eu/2018/10/22/assassinat-de-jamal-khashoggi-la-paille-et-la-poutre/

[6] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/10/24/le-mit-turc-et-le-renseignement-qatari-negocient-la-fin-d-al-nosra,108329241-art

[7] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/10/24/le-mit-turc-et-le-renseignement-qatari-negocient-la-fin-d-al-nosra,108329241-art

[8] https://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/syrie-la-russie-et-la-turquie-se-mettent-d-accord-pour-eviter-un-assaut-du-regime-a-idleb-dernier-bastion-des-rebelles_2945451.html

[9] https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Syrie-termes-laccord-Russie-Turquie-Idlib-2018-09-18-1200969677

[10] https://alarab.co.uk/ قطع-تمويل-قطر-عن-هيئة-تحرير-الشام-ضمن-صفقة-لاستكمال-تنفيذ-اتفاق-إدلب

[11] Ibid.,

[12] https://alarab.co.uk/ قطع-تمويل-قطر-عن-هيئة-تحرير-الشام-ضمن-صفقة-لاستكمال-تنفيذ-اتفاق-إدلب

[13] http://nouvellesdarmenie.com/spip.php?page=article&id_article=1768

[14] https://www.japantimes.co.jp/news/2018/10/25/national/japanese-journalist-junpei-yasuda-happy-headed-home-three-year-syria-hostage-ordeal/#.W9Ia7PY6_IU

[15] http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20181024-liberation-journaliste-japon-jumpei-yasuda-otage-syrie

[16] http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20181024-liberation-journaliste-japon-jumpei-yasuda-otage-syrie

[17] https://www.20minutes.fr/monde/2359715-20181024-japon-journaliste-junpei-yasuda-otage-syrie-depuis-2015-bien-libere

[18] https://www.liberation.fr/checknews/2018/03/15/l-observatoire-syrien-des-droits-de-l-homme-est-il-une-source-fiable_1653354

[19] https://www.thetimes.co.uk/article/syrian-militants-free-japanese-journalist-junpei-yasuda-for-3m-ransom-l8vhdk22z

[20] http://www.the-japan-news.com/news/article/0004916172

[21] https://www.skynewsarabia.com/middle-east/956177- تحرير-الرهائن-حيلة-قطر-لتمويل-الجماعات-الإرهابية

[22] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/06/08/97001-20170608FILWWW00413-l-egypte-accuse-le-qatar-d-avoir-verse-une-rancon-a-un-groupe-terroriste.php

[23] https://www.challenges.fr/economie/le-qatar-valet-des-americains-ou-club-med-des-terroristes_33875

[24] https://mondafrique.com/le-tresor-americain-accuse-le-qatar-de-financer-letat-islamique/

[25] https://www.letemps.ch/monde/lonu-adopte-une-resolution-bloquer-financement-letat-islamique

[26] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/10/24/le-mit-turc-et-le-renseignement-qatari-negocient-la-fin-d-al-nosra,108329241-art

[27] Ibid.,

[28] https://www.tunisie-secret.com/Explosif-le-Qatar-a-transporte-5000-terroristes-de-l-EIIL-en-Libye_a994.html

[29] https://www.afrigatenews.net/article/ قطر-تنقل-5000-داعشي-الى-ليبيا/

[30] https://www.aljazeera.com/news/2018/10/envoy-afghan-peace-meets-taliban-officials-qatar-181013084549975.html

[31] https://www.latribune.fr/economie/international/la-guerre-commerciale-sino-americaine-a-de-lourdes-consequences-pour-les-echanges-mondiaux-787286.html

[32] https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/08/31/la-chine-detiendrait-un-million-d-ouigours-dans-des-camps-d-internement_5348573_3216.html

[33] http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/le-centre-de-deradicalisation-prend-un-mauvais-depart-12-03-2016-5619285.php

[34] http://www.leparisien.fr/societe/l-unique-centre-francais-de-deradicalisation-a-ferme-en-indre-et-loire-28-07-2017-7162206.php

[35] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/10/24/le-mit-turc-et-le-renseignement-qatari-negocient-la-fin-d-al-nosra,108329241-art

[36] Ici RSF (Reporters Sans Frontières) parle de 47 journalistes tués depuis le début de l’année dans le monde : https://rsf.org/fr/actualites/deja-47-journalistes-et-collaborateurs-de-medias-tues-au-premier-semestre-2018-selon-rsf

[37] https://www.lejdd.fr/International/enfants-de-djihadistes-francais-en-syrie-la-france-accepte-den-rapatrier-une-partie-3786011

[38] http://www.quid.ma/politique/sahara-marocain-:-le-qatar-joue-t-il-double-jeu–

[39] Lire en arabe ici : https://www.hespress.com/regions/390430.html

[40] http://fr.le360.ma/politique/quand-le-dossier-du-sahara-devient-un-sujet-de-polemique-entre-larabie-saoudite-et-le-qatar-163081

[41] https://www.goud.ma/ وصل-زعيم-البوليساريو-إبراهيم-غالي-لز-345700/

[42] http://fr.le360.ma/politique/quand-le-dossier-du-sahara-devient-un-sujet-de-polemique-entre-larabie-saoudite-et-le-qatar-163081

[43] https://lnt.ma/rabat-rompt-teheran-cause-de-soutien-hezbollah-polisario/

[44] https://www.20minutes.fr/monde/2297699-20180627-nigeria-plus-200-morts-affrontements-entre-chretiens-musulmans

[45] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/10/20/97001-20181020FILWWW00154-nigeria-55-morts-dans-des-violences-intercommunautaires.php

[46] https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Emmanuel-Macron-defend-Europe-protege-2018-04-17-1200932335

[47] https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1055816888758996998

[48] http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/score-historique-de-marine-le-pen-le-vote-fn-en-constante-augmentation-depuis-dix-ans-07-05-2017-6912330.php

[49] https://www.marianne.net/politique/resultat-du-premier-tour-de-la-presidentielle-2017-combien-de-voix-macron-et-le-pen

[50] https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1055817131219189760

[51] https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1055817131219189760

[52] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/la-passation-glaciale-de-pouvoirs-entre-collomb-et-philippe_2038037.html

[53] https://www.ouest-france.fr/europe/ue/truque-l-union-europeenne-debloque-trois-nouveaux-milliards-d-euros-pour-les-refugies-5621091

[54] http://www.europe1.fr/emissions/le-vrai-faux-de-l-info2/combien-leurope-a-t-elle-deja-donne-a-la-turquie-3305624

[55] https://fr.wikipedia.org/wiki/Djiz%C3%AEa

[56] https://www.lopinion.fr/edition/international/europeens-pieges-chantage-aux-migrants-president-turc-erdogan-122071

[57] https://www.lci.fr/international/turquie-le-president-recep-tayyip-erdogan-menace-l-europe-d-ouvrir-ses-frontieres-aux-migrants-2014347.html

[58] https://www.lejdd.fr/International/enfants-de-djihadistes-francais-en-syrie-la-france-accepte-den-rapatrier-une-partie-3786011

[59] https://www.valeursactuelles.com/societe/syrie-la-france-pourrait-rapatrier-120-enfants-de-djihadistes-99368

[60] https://www.lepoint.fr/monde/syrie-150-enfants-de-djihadistes-francais-bientot-rapatries-24-10-2018-2265473_24.php

[61] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/09/22/31003-20170922ARTFIG00057-sonia-mabrouk-les-enfants-du-djihad-victimes-innocentes-ou-bombes-a-retardement.php

[62] https://rsf.org/fr/actualites/deja-47-journalistes-et-collaborateurs-de-medias-tues-au-premier-semestre-2018-selon-rsf

[63] https://rsf.org/fr/actualites/deja-47-journalistes-et-collaborateurs-de-medias-tues-au-premier-semestre-2018-selon-rsf

[64] https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1056166497217843200

[65] https://www.ouest-france.fr/monde/syrie/syrie-le-sommet-d-istanbul-insiste-sur-la-necessite-d-un-cessez-le-feu-durable-idlib-6040482

[66] Ibid.,

[67] Ibid.,


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