Hakim El-Karoui: to Qatar or not to Qatar?

30 09 2018

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Par Mohamed Louizi

Zéro est le nombre de fois où Hakim El-Karoui cite le Qatar dans la version papier de « son » Essai, paru le 11 janvier 2018 aux éditions Gallimard : L’islam, une religion française. Hakim El-Karoui semble être le conseiller « islam » de l’Institut Montaigne et aussi l’un des proches amis influents (mais non-officiels) d’Emmanuel Macron. Inutile de chercher la trace du Qatar dans le classement qui suit, par ordre alphabétique, de ces quelques trente-huit pays cités, une ou plusieurs fois, dans cet Essai[1]. On y trouve ça et là :  l’Afghanistan, l’Algérie, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Arabie Saoudite, la Belgique, la Bosnie [Herzégovine], la Chine, la Croatie, Cuba, Daesh, l’Egypte, les Emirats [-Arabes-Unis], l’Espagne, les Etats-Unis [d’Amérique], la France, la Grande Bretagne, la Hollande, l’Inde, l’Indonésie, l’Irak, l’Iran, Israël (cité aussi sous la désignation : Etat Hébreu), la Jordanie, le Liban, la Libye, le Maroc, le Pakistan, la Palestine, les Philippines, la République Slovaque, la Russie, la Syrie, la Tunisie, la Turquie, le Vatican et le Yémen … mais pas le Qatar !

Dans ce tour du monde en 304 pages, sont cités vingt-et-un pays où l’islam(s) est la religion majoritaire. Parmi lesquels, se trouvent quatorze pays arabo-berbères, incluant la Tunisie dont est originaire le géographe Hakim El-Karoui.  Pas une seule phrase, pas une note de bas de page, ne laissent apparaître expressément le nom du Qatar. Walou ! diraient les Marocains. C’est comme si l’on traitait la question des cartels de la drogue et que l’on mettait en sourdine l’implication de pays comme le Mexique, la Colombie ou l’Afghanistan. Comme si l’on parlait  de la mafia italienne sans évoquer les réseaux de la mythique Camorra napolitaine. Cela manquerait de sérieux. Ainsi, le silence d’Hakim El-Karoui autour du Qatar est, de ce point de vue, assourdissant pour ne pas dire problématique alors que le thème principal est l’islam politique (l’islamisme). Par conséquent, s’agirait-il d’une omission à l’insu de son plein gré ? D’une circonspection somme toute très étrange ? D’une discrétion à peine voilée ? Décryptage plutôt interrogatif.

1- Le Qatar, ce logeur de l’islamisme mondialisé.

En effet, contrairement à certains « universitaires »[2]-[3], proches des multiples officines de l’islamisme d’ici et d’ailleurs, tous les autres spécialistes de cette idéologie mortifère de conquête, universitaires avisés ou experts de la question, de par leurs fonctions dans les services de l’État (l’armée, les renseignements),  ainsi que tous les journalistes d’investigation et grands reporters, fin connaisseurs du Monde arabe, qui sont assez souvent arabisants,  s’accordent, objectivement (sur la base de faits incontestables et d’enquêtes de terrains, éclairées parfois par des « notes blanches » des services des renseignements français et des rapports sécuritaires étrangers américains et britanniques), pour révéler le vrai, le réel, et pointer du doigt le rôle plus que trouble que joue le Qatar en France, pour y implanter durablement, tranquillement, à gros moyens financiers et logistiques, un versant de l’islamisme en particulier, celui des Frères musulmans, deuxième voire troisième génération. Les éléphants de l’ancienne génération étant sous la protection mi-convictionnelle, mi-pragmatique, du Qatar à Doha, depuis plus d’un demi-siècle[4].

En clair, cela se passe au vu et au su des autorités publiques et de certains hommes et femmes politiques, comme cela se passe aussi, en crypté, dans l’arrière-boutique secrète de la nébuleuse frérosalafiste à mille et une façades associatives, quadrillant diverses communes et villes métropolitaines, contrôlant diverses « mosquées-cathédrales » comme s’il s’agissant de vrais QG politiques à Amiens, Béthune, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Denain, Grenoble, Le Have, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Montpelier, Mulhouse, Nancy, Nantes, Nice, Orléans, Paris, Poitiers, Raismes, Rennes, Roubaix, Rouen, Toulouse, Tours, Villeneuve d’Ascq et j’en passe.

2- Le Qatar : Ces écrivains qui ont porté la plume dans la plaie.

La littérature factuelle et argumentée au sujet des agissements pro-islamistes du Qatar, dans l’Hexagone, est désormais accessible et abondante en Français, en anglais et en arabe, pour ne citer que ces trois langues. Hakim El-Karoui a déjà sans doute  lu le très bon ouvrage (en anglais) : The new Muslim Brotherhood in the West Les nouveaux Frères musulmans en Occident, une référence académique, écrit par le politologue italien Lorenzo Vidino[5], directeur du programme sur l’extrémisme à l’Université George Washington. Paru aux USA en 2010, cet ouvrage pointait déjà le financement par des familles Qatariennes de l’action islamiste des Frères musulmans dans les pays occidentaux[6], en Amérique et en Europe.En français, on peut citer toute une documentation spécialisée et éclairante de Gilles Kepel. La dernière en date est  son recueil des chroniques synthétiques : La Fracture (Gallimard – 2016).  On peut citer également l’Essai-enquête : Résistance ! (Seuil-2016) du grand reporter Antoine Peillon et surtout le troisième chapitre de cet Essai décortiquant, preuves à l’appui, « L’hydre des Frères musulmans » en France et le rôle que joue (ou jouait jusqu’à une date récente) la « Qatar Charity & Co »[7].

vidino

A lire aussi : Le vilain petit Qatar : cet ami qui nous veut du mal (Fayard – 2013) des grands reporters Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget. Quant à : Nos très chers émirs, sont-ils vraiment nos amis ? (Michel Lafon – 2016), des grands reporters Christian Chesnot et Georges Malbrunot, spécialistes du Monde arabe, il révèle des informations capitales  ne concernant pas uniquement l’implication des Qatariens et des Saoudiens, entre autres, dans le financement du terrorisme islamiste, mais aussi des informations dévoilant le comportement inqualifiable de certains hommes et femmes politiques français qui auraient reçu des cadeaux, parfois des enveloppes ou une montre de luxe, de la part des ambassades du Qatar et de l’Arabie Saoudite à Paris. Inutile de supposer la contrepartie implicite attendue par ces « très chers émirs », prétendument généreux, tant les attentes sont évidentes.

Hakim El-Karoui a dû lire l’Essai-enquête : La République française du Qatar : petits arrangements et grandes compromissions (Fayard – 2017), signé de la main de Bérengère Bonte, journaliste à Europe 1. Elle y apporte de nouvelles précisions confirmant, en grande partie, les révélations passées de Beau, de Bourget, de Peillon, de Chesnot, de Malbrunot et de tous les autres spécialistes, et allant au-delà même de la simple confirmation : un vrai travail de recoupage journalistique, ni à charge, ni à décharge, pour décrire le vrai qui dérange certains et poser les questions qui fâchent d’autres, à l’image de ce qu’un journaliste se doit d’observer imperturbablement : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. », écrivait Albert Londres (1884-1932) dans ses Visions orientales...

Bonte-Peillon

3- Sur la voie de la corruption, des porte-voix de l’islamisme…

Lorsque des femmes et hommes politiques français, élus à l’Assemblée Nationale ou au Sénat, membres de groupes d’amitié franco-pétrodollar se chargent de penser l’islam « en France » ou l’islam « de France » — un euphémisme ! — on pourrait bien imaginer les limites qu’ils s’auto-imposent, presque naturellement, par l’effet inductif des cadeaux (espérés) et acceptés, au sujet de ce qu’ils peuvent proposer (ou pas) et surtout comment ils doivent se comporter, presque en asservis consciemment inconscients, à une cause étrangère aux intérêts de leur propre patrie.On peut constater ces mêmes pratiques aux Etats-Unis. Là-bas aussi le Qatar se sert toujours de la même recette pour influencer la Maison Blanche dans cette guerre d’image, sans merci, que se livrent les belligérants, les frères-ennemis : Qatariens et Saoudiens. C’est ce que confirme le prestigieux Wall Street Journal dans une enquête publiée très récemment, le 29 août 2018, sous le titre : « The new lobbying : Qatar targeted 250 Trump « influecers » to change US Policy »[8] où il est question de démontrer comment et pourquoi le Qatar a dépensé, entre 2016 et 2017, plus de 20 millions de dollars pour acheter l’adhésion de lobbyistes américains et les rallier à sa cause, dans l’espoir qu’ils jouent un rôle efficace influençant la politique étrangère de l’administration Trump en la rendant plus favorable au Qatar dans son conflit régional contre l’Arabie Saoudite, les EAU et leurs alliés.

On apprend que 250 personnalités américaines ont été ciblées par des cadeaux Qatariens et des invitations prises en charge à Doha. Parmi elles, on trouve un restaurateur de renommée, des avocats, des animateurs de radio, des amis proches de Trump, des assistants de sénateurs, des politiques, et la liste est encore longue. Étrangement, les grands titres de la place médiatique parisienne, qui réagissent immédiatement, mécaniquement, de façon presque pavlovienne à presque tous les tweets de Donald Trump, n’ont pas dit un mot au sujet de cette enquête très éclairante quant aux méthodes du Qatar déployées dans l’entourage de Donald Trump pour l’influencer. Même le journal L’Opinion, pourtant connecté en continu sur le Wall Street Journal et offrant à ses abonnés d’y avoir accès[9] gratuitement, n’a pas jugé important de présenter une synthèse en français de cette enquête révélatrice des méthodes corruptives  utilisées par le pouvoir de l’émir Tamîm à coup de millions de dollars à Washington, et pas que …

L’Opinion, dont le communicant Hakim El-Karoui est un contributeur assidu[10], préfère-t-elle, au contraire,  s’offrir en tribune libre à des politiques comme Maurice Leroy (UDI-Agir-Indépndants), Gwendal Rouillard (LaREM, Morbihan), Naima Moutchou (LaREM, Val d’Oise), Bertrand Sorre (LaREM, Manche) et Jérôme Lambert (Nouvelle Gauche, Charente) pour s’exprimer en faveur du Qatar et prendre sa défense dans un plaidoyer intitulé : « Relations entre la France et le Qatar : une priorité pour la sécurité dans le Golfe et en Europe »[11] où les auteurs (des politiques français), rappellent la France à ces obligations en des termes martiaux et on ne peut plus clairs : « […] dans le cadre des accords de coopération entre les deux pays, la France s’est engagée à jouer un rôle important pour défendre Doha en cas d’agression extérieure. »[12] ? Le centriste Maurice Leroy, « Momo » pour les intimes, président du groupe d’amitié France-Qatar à l’Assemblée Nationale, est cité dans le cinquième chapitre de l’Essai-enquête de Bérengère Bonte, confirmant des pratiques Qatariennes destinées à acheter l’adhésion de certains députés de la nation, à coup de « chèques » et des « week-ends » à Doha[13]-[14]. Inutile de se demander le pourquoi du silence français, au sujet de la récente enquête américaine. Le Qatar est chez lui en France et jouit déjà d’une place de maître à Paris : il vient de s’offrir, en plus de tout ce qu’il a déjà acquis, et pour une durée de vingt ans, l’hôtel de … la Marine[15]. 

Par ailleurs, selon le site communautaire Alliance qui s’est fait l’écho, en français, de cette récente enquête américaine, le Qatar aurait aussi ciblé « certains juifs américains dans son lobbying parce que Doha pensait qu’ils étaient proches de Trump. »[16] Toujours selon ce même site : « L’année dernière, il est devenu évident que les personnalités juives pro-israéliennes ont joué un rôle de premier plan dans la campagne menée par le Qatar pour réparer son image. La raison de ceci n’a pas été divulguée par le Qatar ou ses lobbyistes. »[17]Des juifs américains auraient aidé le Qatar à enjoliver son image auprès de la Maison Blanche. En contrepartie, ils auraient exigé de Doha de ne pas diffuser un documentaire sur Al-Jazeera, jugé antisémite, où il est question des méthodes des groupes de pression pro-israéliens à Washington. Le Monde diplomatique en parle sur son site sous le titre : « Lobby israélien, le documentaire interdit »[18].

Sans doute, les enveloppes brident-elles la pensée libre, inhibant la probité et rendant dépendants, subordonnés et totalement soumis. Les cadeaux acceptés, en numéraire ou en nature, polluent la réflexion et hypothèquent la démocratie, indéniablement. Concernant ces pratiques en France, Christian Chesnot (France Inter) et Georges Malbrunot (Le Figaro)  en ont dressé une liste à peine croyable posant des questions sensées, d’ordre démocratique, qui se rajoutent à celles qu’ils avaient déjà posées dans leur autre Essai : Qatar, les secrets du coffre-fort (Michel Lafon – 2013).

Chesnot-Mlabruno

4- « Vaincre le totalitarisme islamique », vraiment ?

Je ne doute pas non plus qu’Hakim El-Karoui ait lu l’Essai politique de l’ex-candidat du parti Les Républicains à la présidentielle de 2017, François Fillon : Vaincre le totalitarisme islamique (Albain Michel – 2016). D’autant plus qu’Henri de Castries[19], le président de l’Institut Montaigne, fut un temps « un soutien de poids » à la candidature avortée de François Fillon[20], et ce, avant que le même Henri de Castries ne soutienne, quelques semaines plus tard, pendant les législatives cette fois-ci, une candidature La République En Marche (LaREM) dont la suppléante n’était autre que Tiphanie Auzière, la fille de Brigitte Macron[21]. Quelques mois plus tard, en septembre 2017, Henri de Castries a même déclaré lors d’une interview au Figaro qu’il partage « la vision d’Emmanuel Macron »[22] : le sens d’une certaine cohérence faite de pragmatisme efficace, à l’affut d’opportunités éphémères que rend possible l’instant politique, au service de convictions idéologiques qui cherchent un pouvoir pour les incarner. Passer de Fillon à Macron, en l’espace de quatre mois seulement, en serait l’illustre exemple.

Ceci étant dit, François Fillon écrivait au sujet de l’islamisme et de ses parrains : « […] Evoquant ces pays [l’Arabie Saoudite et le Qatar], je me dois de souligner que nous ne pourrons pas continuer à entretenir avec certaines monarchies du Golfe des relations chaleureuses ou leur proposer des conventions fiscales avantageuses [il parlerait du Qatar, ndlr] lorsque nous sommes informés qu’elles financent les activités de l’Etat islamique ou des constructions de mosquées salafistes en France »[23]. En effet, ce n’est plus un secret de polichinelle que des Qatariens – tout comme des Saoudiens — ont bel et bien « financé le terrorisme qui tue », au moins en Syrie et en Libye, et ont financé des « mosquées-cathédrales » en France, vulgarisant durant les prêches de vendredi, entre autres, le discours frérosalafiste, ciblant en priorité des enfants et des jeunes en quête de repères identitaires dans des écoles coraniques et de langue arabe ainsi que dans des établissements scolaires privés, hors ou sous contrat d’association avec l’Etat français, surtout ceux sous l’égide de la FNEM[24] islamiste : lycée Averroès à Lille, lycée Al-Kindi à Lyon, lycée Ibn Khaldoun à Marseille …

Alors que l’Arabie-Saoudite semble être décidée à vouloir tourner cette page, le Qatar officiel et officieux, lui, persiste dans cette voie islamiste malgré la pression exercée par ses proches voisins depuis le 5 juin 2017 : un choix géostratégique vital, dicté par une idéologie et des intérêts, facilité par l’argent du pétrole, tourné définitivement vers l’instrumentalisation des populations musulmanes comme masse et comme vecteur soft power en Europe pour atteindre, à terme, ailleurs comme ici, un rêve califaliste mi-avoué et un but politique mi-assumé, en comptant sans compter sur la collaboration active et passive de divers acteurs politiques, médiatiques, financiers et intellectuels qatarophiles dont la dhimmitude volontaire se fait passer pour de l’ouverture d’esprit et pour de l’acceptation de l’autre.

5- Hakim El-Karoui, un simple double-discours ?

Mais bon sang ! Pourquoi rappeler toute cette littérature universitaire, journalistique et politique, alors qu’il suffirait à Hakim El-Karoui de se relire lui-même ? Effectivement, Hakim El-Karoui devrait (re-)lire du Hakim El-Karoui. Il en serait vraisemblablement surpris. En effet, dans le premier Rapport de l’Institut Montaigne, Un islam français est possible (septembre-2016), le franco-tunisien, s’exprimant dans le cadre de ce think tank supposément indépendant, écrit : « L’autre modèle d’islam consulaire est celui mis en œuvre par les États non émetteurs de population, à l’instar de l’Arabie Saoudite ou du Qatar, qui cherchent à diffuser à l’échelle mondiale une idéologie islamique. »[25] (sic). Toujours dans ce même Rapport, on peut lire sous le paragraphe « Le Qatar : la puissance financière et cathodique au service d’une stratégie oblique » ce qui suit : « Le Qatar opère davantage sur le paysage de l’islam français selon une logique financière clientéliste et logistique que via les vecteurs traditionnels de l’islam consulaire. Et ce, en s’appuyant sur des vecteurs médiatiques, déterritorialisés, tels que Tariq Ramadan, ou « d’imams cathodiques » tels que le cheikh Youssef Al-Qaradhâwî, architecte de l’exportation télévisuelle de la vision islamiste qatarie, qui via l’émission « La charia et la vie » (al-sharî‘a wa al-hayât), produite par la chaîne Al-Jazira, s’adresse directement aux musulmans français maîtrisant l’arabe classique. »[26] (sic).

Je ne citerai pas tous ces autres passages où le Qatar est cité dans ce deuxième Rapport de l’Institut Montaigne, « La fabrique de l’islamisme »[27] (septembre 2018), où l’on considère, à juste titre, que le « Qatar constitue une base du frérisme au Moyen-Orient »[28], depuis laquelle son idéologie est exportée vers les quatre coins de la planète. Etrangement, tous ces quelques passages, mentionnant nommément le Qatar dans ces fameux Rapports, bien qu’ils soient banals voire trop généralistes aux yeux des spécialistes, laissant transparaître un semblant de critique – j’y reviendrai — ont disparu purement et simplement de l’Essai « L’islam, une religion française »  qui demeure largement inspiré, texte comme contexte, chiffres comme propositions, du premier rapport de l’Institut Montaigne : Un islam français est possible. Hakim El-Karoui assume d’ailleurs ce parrainage et ne le cache pas dès l’introduction : « […] c’est ainsi qu’est né le rapport « Un islam français est possible » qui a rendu possible ce livre »[29] (sic). C’est dit ! Le rapport est le père, le livre est le fils.

Par conséquent, que s’est-il passé dans l’approche d’Hakim El-Karoui, en l’espace de quelques dix-sept mois, entre septembre 2016 et janvier 2018, pour qu’il taise absolument tout rôle du Qatar en France au service de l’islamisme, tout en pointant du doigt, en même temps, avec hardiesse, les rôles de l’Arabie Saoudite, de la Turquie … ? Le « fils » a-t-il renié très rapidement le « père » ? Pourquoi l’Emirat pro-islamistes de Tamîm ben Hamad n’est-il cité dans aucune page de l’Essai : L’islam, une religion française ? Question plus que légitime. Le rôle du Qatar est-il devenu, durant ce laps de temps, tellement insignifiant, dans l’esprit d’Hakim El-Karoui, pour qu’il l’évince à ce point, au risque de passer à côté de l’essentiel mais pas à côté de la compromission ? A quoi rime ce silence ? Hakim El-Karoui aurait-il deux discours, s’agissant du Qatar, un premier discours, quand bien même très timide, très relativiste et très édulcoré, quand il prête son talent de communiquant au dit Institut Montaigne, et un deuxième discours, plutôt militant voire idéologique quand il écrit en son nom propre ?

Plus troublant encore, en août 2017, cinq mois avant la parution de son Essai chez Gallimard, le même Hakim El-Karoui avait signé un nouveau Rapport, toujours pour le compte de l’Institut Montaigne, intitulé : « Nouveau monde arabe, « nouvelle politique » arabe pour la France » où il écrit : « Ainsi, sur le plan idéologique, l’influence en France du monde arabe sur les musulmans de France est évidente. Elle procède d’une offensive idéologique majeure, portée d’un côté par la nébuleuse des Frères musulmans, soutenue notamment par les dons du Qatar et Al Jazeera […] »[30] (sic). Ce passage a disparu dans l’Essai. Mieux encore, dans ce dernier rapport, Hakim El-Karoui préconise, je cite : « D’autre part, le soutien à l’exportation par l’Arabie saoudite et le Qatar des idéologies salafiste et frériste au moyen d’une stratégie audiovisuelle et internet très élaborée, de financements associatifs, de formation d’imams officiant en France et de production de « littérature » religieuse doit être freiné et si possible stoppé. Les pétromonarchies sont libres de définir au sein de leurs frontières leur doctrine politique et religieuse : elles ne doivent plus pouvoir l’exporter dans notre pays. »[31] (sic). Ce passage a lui aussi disparu de son Essai.

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Au demeurant, la question reste entière et se pose avec encore plus d’insistance : Pourquoi dans son seul et unique Essai sur le sujet « islam », n’est-il fait nulle part mention du Qatar ? Pourquoi, d’un coup, le rôle pro-islamisme du Qatar est-il passé incontestablement sous silence ? Hésitation calculée ? Flou intentionnel ? L’on ne pourrait que constater l’efficacité redoutable avec laquelle Hakim El-Karoui arrive à faire disparaître le Qatar des radars, au grand dam des Saoudiens, pour des raisons évidentes. « Monsieur islam de Macron » à Paris, tente-t-il par une telle manœuvre de dissimulation grossière, une réécriture du réel ? Une façon d’inventer un « néo-réel » assurément favorable à Doha, la Mecque des islamistes et de leurs amis français qatarophiles.

6- Henri et Hakim, le grand et son prophète…

Évidemment, ce « néoréalisme » dont Hakim El-Karoui use se prête à cette réécriture habilement faussaire du réel, méprisant indéniablement les intérêts majeurs d’un Etat-Nation, la France, au profit, semble-t-il, d’une oligarchie atlantiste qui voudrait bien faire passer ses intérêts idéologiques et économiques au-dessus du reste, en France et à l’international. Même si cela pouvait permettre aux islamistes de prendre le pouvoir ici où là-bas. Aussi, le fait que le Young Leader, Henri de Castries, l’actuel président de l’Institut Montaigne, qui commande les rapports coordonnés par Hakim El-Karoui, soit aussi président du comité exécutif de l’obscur groupe Bilderberg[32] pose plus de questions qu’il ne livre d’éléments de réponse.Et ce, d’autant plus que ce groupe très influent et ultra secret – je ne verse pour ma part dans aucun quelconque complotisme primaire ou secondaire — est loin d’être connu, du peu que l’on sait de lui, pour son hostilité ferme et unanime à l’encontre des Frères musulmans et de ce qu’ils représentent. Ce groupe serait même traversé, au moins depuis le déclenchement dudit « printemps arabe », par une sorte de fracture idéologique, somme toute très cordiale, entre les soutiens de l’islam politique (et surtout des Frères musulmans) et ceux qui ne veulent pas en entendre parler.

« Emmanuel Macron est grand et Hakim El-Karoui est son prophète ! »[33], titrait ironiquement le site Monde Afrique, en rappelant quelques frasques d’un parcours instable et incohérent de ce banquier d’affaires pressé, qui veut organiser l’islam « avec » les Frères musulmans au mépris de l’héritage et des acquis fondamentaux de la modernité, et qui veut financer indirectement le projet islamiste à coup de taxes « halal », au mépris de la loi 1905 qui serait dangereusement dans le viseur de l’Institut Montaigne comme le révèle un document interne de travail dudit Institut : « L’islam : le connaître et l’organiser »[34] en proposant rien de moins que l’abrogation de cette loi. Certains y verront un lien avec la volonté d’Emmanuel Macron de « réparer » les liens entre l’Etat et l’Eglise, comme annoncé lors de son fameux discours[35] du 9 avril 2018 à la Conférence des Evêques de France, qui s’est tenu au Collège des Bernardins dont l’un des parrains est Henri de Castries[36], le directeur de l’Institut Montaigne. On pourrait aussi dire qu’Henri de Castries est grand et Hakim El-Karoui son prophète.

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7- Alors, to Qatar or not to Qatar ?

Face à cette question, l’on pourrait avancer aussi une autre explication, qui parait plausible, au changement de ton voire de paradigme chez Hakim El-Karoui. Car la donne géopolitique dans le Golfe a bel et bien changé, depuis juin 2017, depuis la mise au ban du Qatar par ses voisins, alliés de l’Arabie Saoudite, qui lui reprochent, entre autres, la protection et le soutien (y compris financier) apportés aux Frères musulmans, dans le monde entier, et son financement du terrorisme islamiste, déstabilisant irréversiblement bien des régions fragiles dans le Moyen-Orient et au Maghreb.Ainsi, depuis la publication du premier Rapport de l’Institut Montaigne (septembre 2016) — qui, au passage, fut salué sur le site d’Al-Jazeera (en arabe) par le frérosalafiste Amar Lasfar[37], le président des Frères « Musulmans de France » (!) — les réseaux Qatariens et les cellules fréristes de veille islamiste se sont activés à Paris comme à Bruxelles et Londres, pour restaurer l’image détériorée de cet Émirat sulfureux. Le Qatar a pu compter sur les éléments de langage, déployés par ses amis, à l’image de François Burgat pour ne citer que lui. Hakim El-Karoui tente-t-il d’en assurer le relai ?

Loin des conjectures et autres hypothèses d’analyse, ce qui est factuel et vérifiable, c’est que, dans son Essai, Hakim El-Karoui charge au maximum l’Arabie-Saoudite mais ne dit pas un seul mot du Qatar. Il fait croire que la monarchie saoudienne devrait assumer presque seule, parfois en compagnie de la Turquie et de l’Iran, la responsabilité de la diffusion de l’islamisme en France. Le ton change un peu, un tout petit peu, pourra-t-on  constater dans le nouveau Rapport de l’Institut Montaigne, « La fabrique de l’islamisme », qui évoque mollement le rôle du Qatar, dans son analyse, mais sans en tirer aucune préconisation ou conclusion d’ordre politique ou diplomatique. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire la conclusion dudit rapport. C’est l’Arabie Saoudite qui est pointée du doigt et non le Qatar :

« […] la coopération, forcément très prudente, compte-tenu du passif accumulé par l’Arabie saoudite du fait de la diffusion du salafisme et du caractère non démocratique de son régime, devrait se pencher, outre le développement d’un contre-discours face aux terroristes et l’organisation du pèlerinage, sur un travail théologique dont l’objectif serait de trouver les bonnes réponses aux concepts émis par les Saoudiens qui posent tant de problèmes en France. C’est le paradoxe de la situation : pour lutter contre le salafisme saoudien, nous avons besoin des Saoudiens. Les Saoudiens sont-ils capables de renouveler leur discours ? C’est toute la question. »[38] Et le Qatar ? Quelles préconisations ? Rien.

Mieux encore, dans le « Dossier de presse » que l’Institut Montaigne a transmis aux médias français, le Qatar n’est cité que comme victime de l’Arabie Saoudite et non comme une redoutable « fabrique de l’islamisme » frérosalafiste. On y lit : « L’arrivée de Mohamed Ben Salman, le prince héritier, peut être vue comme une opportunité (même s’il faut rester prudent et juger sur les faits et pas seulement sur les paroles et les intentions) car il a besoin d’une modernisation du discours religieux pour moderniser la société. Ce constat n’est par ailleurs en rien un blanc-seing donné à l’Arabie saoudite dans la conduite d’un certain nombre de sujets (guerre au Yémen, blocage du Qatar, attitudes envers les militants des droits de l’Homme en Arabie…). »[39]

Quid de la participation du Qatar par « 10 avions »[40] de combat, « 1000 soldats »[41] et par une importante logistique militaire à côté de l’Arabie Saoudite, au moment du lancement de l’offensive sunnito-arabe, baptisée « Opération Tempête décisive »[42] contre le Yémen, le 25 mars 2015 ? Le Qatar n’a été forcé à quitter cette coalition que deux ans plus tard, le 5 juin 2017, soupçonné par l’alliance arabe de faire un double-jeu[43]. Que dire aussi du non-respect des droits de l’Homme au Qatar ? De « l’esclavage moderne »[44] ? Des « conditions des ouvriers immigrés »[45] ? De l’application des règles de la charia islamiste y compris au sein du « Lycée Voltaire »[46] à Doha – tout un symbole réjouissant pour la France !

agression_yémen.pngQue dire aussi de l’application des sanctions inhumaines et moyenâgeuses de ladite charia, autant sur des nationaux que sur des étrangers et des touristes, à l’image de cette néerlandaise — elle serait danoise selon une autre source[47] — condamnée après avoir été victime d’un viol[48]-[49] ? Ou à l’image de cette américaine assassinée à Doha, la justice Qatarienne a demandé à sa famille de choisir entre trois options de la charia islamiste[50] ? Ou à l’image de ce jeune tunisien de 26 ans, Fakhri Landolsi, parti travailler à Doha après des études universitaires en Tunisie, et qui a été arrêté par les autorités Qatariennes, placé dans un asile psychiatrique pendant trois mois[51], jugé pour l’assassinat d’un soldat somalien  et condamné en mars 2018, en première instance, à la peine capitale[52]-[53] comme le préconisent les règles de la charia islamiste. Son procès en appel est fixé au 8 octobre 2018[54]. Ce jeune est accusé aussi d’appartenir au groupe Etat islamique, ce que sa famille réfute malgré des aveux qu’il aurait signés et dont on ignore, toutefois, les conditions dans lesquelles ils ont été obtenus : sous la torture ou pas ? Difficile d’enquêter[55].

Ceci étant dit, quelle que soit la décision de la justice du Qatar dans cette affaire, voir cet Emirat sulfureux accuser un jeune tunisien d’être un « daeshien » me rappelle cette citation attribuée à Jacques-Bénigne Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » Et les causes ? Hakim El-Karoui ne devrait pas les ignorer depuis que Wikileaks avait rendu publics des échanges de courriels entre Hillary Clinton et John Podesta, ancien conseiller de Barak Obama, pointant du doigt le soutien clandestin et de l’Arabie Saoudite et du Qatar à Daesh et à d’autres groupes sunnites terroristes : « Nous devons aussi utiliser la voie diplomatique (…) pour faire pression sur le Qatar et l’Arabie Saoudite qui fournissent clandestinement un soutien financier et logistique à Daesh et d’autres groupes sunnites radicaux de la région »[56]. Même le journal L’Opinion, dont Hakim El-Karoui est l’un des contributeurs, en a fait état le 11 octobre 2016, dans un article intitulé : « Wikileaks : pour Hillary Clinton, « l’Arabie Saoudite et le Qatar fiancent Daesh » »[57]. Et c’est Hillary Clinton qui le confirme.

Par ailleurs, le journal britannique The Guardian, du 28 novembre 2014 — un peu plus d’un mois avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher – avait rendu publics les résultats d’une étude menée par un groupe de chercheurs italiens (un politologue, un statisticien et des traducteurs), analysant le contenu de deux millions de messages, postés en arabe sur les réseaux sociaux, au sujet du groupe Etat Islamique et des sentiments qu’ils évoquent (soutien, hostilité, …). L’article intitulé : « Support for Isis stronger in Arabic social media in Europe than in Syria »[58] tire une conclusion, pas si étonnante que ça : le premier pays au monde qui a le plus posté de messages de soutien à ce groupe terroriste est le Qatar qui a comptabilisé, à lui seul, 47,6% de l’ensemble des posts pro-Daesh exploités par l’étude. Derrière le Qatar, il y avait  le Pakistan (35,1%), puis, en troisième position, la Belgique (31%). Quant à l’Arabie Saoudite, elle n’occupait que le onzième rang, avec 19,8 % des posts, juste derrière la France (20,8%). Pour que la comparaison soit plus parlante, il faut rappeler que le nombre d’habitants au Qatar s’élève à deux millions et demi. La population saoudienne s’élève à plus de trente-deux millions d’habitants. Et pourtant … Le plus remarquable, c’est qu’il y avait six fois plus de messages pro-Daesh émis depuis le Qatar que depuis la Syrie.

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8- Impartialité ? Les chiffres sont têtus.

Évidemment, la question de la partialité de l’Institut Montaigne se pose lorsque l’on voit comment son Rapport tape à tout va sur l’Arabie Saoudite, y compris lorsque cette monarchie multiplie les gestes sur une voie qui se veut réformiste[59]-[60], et épargne le Qatar qui chérit toujours la cause islamiste et ses effets, ostensiblement : quelques jours après la mise au ban du Qatar par ses voisins, en raison de son soutien aux Frères musulmans, entre autres, l’émir Tamîm Ben Hamad a mis en scène l’invitation des idéologues des Frères musulmans à Doha, en tête desquels le sulfureux Youssef al-Qaradawi, à partager avec lui le repas de rupture du jeûne[61] : un doigt d’honneur à l’adresse de ses voisins.

Cette partialité se manifeste, statistiquement, dans les 613 pages du Rapport « La fabrique de l’islamisme ». Une simple démarche lexicométrique appliquée audit rapport démontre que des termes relatifs à l’Arabie Saoudite (Saoud, Saud (en anglais), Saoudiens, Saudi-Leaks, …) y sont cités 1229 fois alors que ceux relatifs au Qatar et aux Qatariens n’y sont cités que 140 fois : neuf fois moins. Pis, la présence d’unités linguistiques relatives au Qatar se classe, quantitativement, derrière la présence d’autres occurrences relatives à la Turquie (494 fois), la Tunisie (190 fois), le Maroc (167 fois) et l’Algérie (142 fois). Notons que ces deux derniers pays maghrébins sont ciblés par l’islamisme frérosalafiste depuis les années 60 et depuis le Qatar et pourtant, c’est le Qatar, la vraie fabrique du frérosalafisme depuis les années 50, qui réussit à se hisser derrière. A quand la CFA 2 ? Le normalien Hakim El-Karoui saurait sans doute expliquer ce déséquilibre flagrant en faveur de l’émirat du prince Tamîm.

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Qualitativement, quand on évoque l’Arabie Saoudite, on ne lésine pas sur les moyens : tous les coups sont permis. Quand il s’agit du Qatar, on prend des pincettes. En effet, pour brosser un tableau si noir des Saoudiens, l’annexe 4 du Rapport explique sa méthodologie pour l’exploitation des « 129.619 documents secrets, du ministère des Affaires étrangères saoudien divulgués par Wikileaks en juin 2015 »[62]. Le texte du Rapport intégral, lui, est truffé de références aux « Saudi Leaks ». Quid des câbles de Wikileaks concernant le Qatar ? Rien. Sauf erreur de ma part, le Rapport de l’Institut Montaigne ne s’en est même pas occupé. Ce n’était certainement pas le sujet. L’absence du câble précité, évoquant les courriels d’Hillary Clinton concernant le financement de Daesh et des groupes terroristes sunnites en Syrie, conjointement « par l’Arabie Saoudite et le Qatar », en est le parfait exemple.

Aussi, si le Rapport reconnaît que la doctrine wahhabite n’est pas uniquement limitée à l’Arabie Saoudite et que le Qatar suit également le wahhabisme, il prend soin, en même temps, de différencier entre les deux versants du même wahhabisme. Sa démonstration orientée voudrait amener doucement le lecteur néophyte à différencier les deux : « La doctrine officielle au Qatar est le wahhabisme, mais sous une forme différente du wahhabisme saoudien […]. Le wahhabisme qatarien, surnommé par les Qatariens, « wahhabisme de la mer », par opposition au « wahhabisme de la terre », est plus tolérant à l’égard des pratiques autres que littéralistes […] le Qatar exerce sur le wahhabisme un meilleur contrôle que la monarchie saoudienne, car il n’existe pas dans le pays d’élite religieuse ou de grand mufti »[63]. Ainsi, ce serait l’Arabie Saoudite qui aurait le wahhabisme le plus méchant au monde et non pas le gentil Qatar qui aurait pris soin, de par sa tolérance supposée, à diluer son wahhabisme dans de l’eau de mer…

9- La plus grande mosquée au Qatar est wahhabite.

Comme le rappelle le Rapport de l’Institut Montaigne à la page 105 mais sans trop de détails : « la grande mosquée de Doha [la plus grande au Qatar, ndlr], se nomme Mohammed Abd el-Wahhab »[64], du nom du fondateur du wahhabisme saoudien. Effectivement, la plus grande mosquée du Qatar, construite récemment, entre 2006 et 2011, et inaugurée le vendredi 16 décembre 2011 par l’ex-émir Hamad Ben Khalifa en personne (!), est baptisée au nom du fondateur du wahhabisme[65] en Arabie Saoudite. Ceci n’est pas une fake news. On aurait pu penser que cette mosquée s’appellerait « Mosquée d’Hassan al-Banna » ou « Mosquée de Sayyid Qotb » au vu des liens historiques depuis les années 50 entre l’émirat et les Frères musulmans. On aurait pu imaginer qu’elle s’appellerait « Mosquée de Khalifa Ben Hamad », le grand-père de l’émir Tamîm, celui qui avait perdu son règne  en 1995 lorsque son fils Hamad l’avait chassé du pouvoir[66].

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On aurait pu concevoir que cette mosquée s’appellerait « Mosquée de Jassim Ben Mohammad al-Thani », du nom du fondateur du Qatar, comme cela est d’usage sous d’autres monarchies : Mosquée Hassan II au Maroc, par exemple. Non ! Pas du tout, cette mosquée est baptisée « Mosquée de l’imam Mohammed ben Abdelwahhab »[67] (جامع محمد بن عبد الوهاب), le fondateur du courant salafiste wahhabite. Tout un symbole !Maintenant, au-delà des symboles, il y a les mots qui restent gravés pour toujours dans la mémoire de l’Histoire. Dans son discours inaugural du 16 décembre 2011, justifiant le choix de ce nom, l’ex-émir Hamad Ben Khalifa a déclaré : « Notre grand-père fondateur, le cheikh Jassim qui fut en même temps un érudit religieux et un gouverneur, était du nombre de ceux qui furent très sensibles à l’appel du cheikh [Mohammed] ben Abdelwahhab. Il a adopté le wahhabisme et l’a diffusé dans notre pays et à l’étranger, partout dans le monde islamique. Il a porté la responsabilité d’imprimer en Inde les livres du wahhabisme ainsi que d’autres livres et a assuré leur diffusion pour faire connaître la religion »[68].

Sans équivoque, l’ex-émir du Qatar, Hamad ben Khalifa, fait remonter les liens entre le Wahhabisme et le Qatar à l’ère de son aïeul, l’émir fondateur. En réaction à cet aveu qui, en vérité, ne fait qu’officialiser un état de fait, le site arabe Meadle East Online s’est interrogé le 17 décembre 2011, suite à cette inauguration, en ces termes : « Le Qatar adopte le wahhabisme : Est-ce une façon de concurrencer l’Arabie Saoudite ou de s’opposer à l’Iran »[69] ? Une concurrence qui n’était pas au goût du prince saoudien Naïf Ben Abdelaziz[70]

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L’on se souviendra, par ailleurs, de ce que le « pape » des Frère musulmans, Youssef al-Qaradawi, le protégé de l’actuel émir, avait dit au sujet du choix du nom de cette mosquée : « La mosquée de Mohammed Ben Abdelwahhab est considérée comme étant la plus grande et la plus moderne du Qatar. Nous nous attendions à ce que l’émir et le guide Hamad Ben Khalifa lui attribue son propre nom ou le nom du fondateur du Qatar, cheikh Jassim Ben Hamad al-Thani. Le voilà baptisant cette mosquée au nom du rénovateur de la religion et du dogme (مجدد الدين و العقيدة) à la péninsule arabique, valorisant ce qu’il était et attirant vers lui l’attention de la nouvelle génération pour qu’ils apprennent de lui le sens de la persévérance dans la prédication et la confiance en l’Oumma. »[71] Qui a dit que le Qatar ne possédait pas d’élite religieuse ou de grand mufti ? Quid de cet éloge prononcé par le « pape » des Frères au sujet du « pape » des wahhabites ?

Désormais, cette mosquée assure l’unité des fréristes et des salafistes : en son sein le frérosalafisme trouve toute sa signification et sa force de frappe satellitaire. Déjà, « l’imam » qui a été désigné par les officiels de Doha pour y célébrer la prière hebdomadaire du vendredi 23 décembre 2011, le premier vendredi après l’inauguration de ce lieu, hautement symbolique, n’est pas un wahhabite saoudien mais un Frère musulman. Il s’appelle Youssef al-Qaradawi[72]-[73]. Depuis, ce sont des frérosalafistes de toute origine qui sont invités par les officiels de Doha pour venir y dérouler, souvent lors de la prière du vendredi, les standards de l’islamisme, que ce soit dans sa dimension dogmatique, le wahhabisme, ou dans sa dimension militante et politique, le frérisme, en comptant sur la diffusion satellitaire amplificatrice de leurs prêches par les chaines qataries al-Rayyan TV (قناة الريان) et al-Jazeera (قناة الجزيرة).

Ces frérosalafistes se nomment, entre autres, Ahmed Raïssouni (Maroc), Omar Abdelkafi (Egypte), Abdallah al-Mosleh (Arabie Saoudite), Issam al-Bachir (Soudan), Raed Salah (Palestine) ainsi que d’autres frérosalafistes Saoudiens, Qatariens, Koweitiens, Syriens, etc. Cette mosquée est devenue la Mecque des frérosalafistes et a déjà reçu des visites officielles venant notamment de partout, à l’image de la visite en mars 2013 du Frère musulman Ismaïl Redouane[74], ministre des affaires religieuses du Hamas à Gaza.

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 10- Quand l’Arabie Saoudite soutenait les Frères musulmans…

Si le Qatar soigne ses relations aussi bien avec les Frères musulmans qu’avec les wahhabites, l’Arabie Saoudite, elle, n’a pas soutenu uniquement les wahhabites. L’erreur serait de considérer qu’entre ces deux fabriques de l’islamisme, les rôles étaient (ou seraient) partagés. Au gré des époques et des intérêts, les deux pétromonarchies ont privilégié l’une ou l’autre facette d’un même islamisme. Parfois, le salafisme littéraliste monoforme était privilégié. Parfois, c’est le salafisme politique multiformes (le frérisme) qui a bénéficié des largesses des princes. Parfois, ce sont les deux, en mêmes temps, qui se bousculaient aux portillons.En effet, durant plusieurs décennies, l’Arabie Saoudite a soutenu, y compris en Europe et en France[75], les Frères musulmans. Toutefois, les liens entre les Saoudiens et les Frères musulmans remontent déjà à l’époque d’Hassan al-Banna, le guide-fondateur, qui entretenait de très bonnes relations avec le pouvoir saoudien et les wahhabites de sa cour. Le lecteur arabisant pourrait lire le décryptage historique précis et documenté d’un érudit égyptien, Ahmed Sobhi Mansour, intitulé : « L’arbre des Frères musulmans fut planté en Egypte par les Saoudiens à l’époque du roi Abdelaziz Al-Saoud »[76]. Il pourrait aussi lire le livre-recueil  en arabe présenté par Gamal al-Banna, le frère benjamin d’Hassan al-Banna, intitulé : « Lettres du jeune Hassan al-Banna à son père »[77]. Ces lettres témoignent aussi des liens qu’entretenait Hassan al-Banna avec des oulémas wahhabites, et à travers eux, avec le petit cercle du roi Abdelaziz.

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Ce soutien saoudien à l’égard de la confrérie n’a pas cessé après l’assassinat d’Hassan al-Banna en 1949. Son gendre Saïd Ramadan, le père des Frères Suisses Tariq et Hani, s’est installé en 1958 à Genève, en grande partie, grâce à l’argent et des Saoudiens[78] et des Qatariens. Le rapport de l’Institut Montaigne précise qu’il s’est installé « dans une villa propriétaire de l’émir du Qatar qu’il transforme en centre islamique […] Il fait partie des fondateurs de la Ligue islamique mondiale – [Saoudienne, ndlr] – [qui] finance ses activités européennes »[79]. Si les relations entre le pouvoir saoudien et les Frères musulmans se sont dégradées depuis seulement quelques années, cela n’était certainement pas le cas il y a peu de temps. L’ouvrage collectif (en arabe) intitulé : Les Frères musulmans et les salafistes dans le Golfe (Edition al-Mesbar – 2013) explique la vraie nature des relations chaleureuses qu’entretenaient cette mouvance islamiste et le pouvoir saoudien des années durant. La contribution à cet ouvrage du chercheur Abdallah al-Outhaïbi (عبد الله العتيبي) est intégralement accessible, en arabe, sur le site d’al-Mesbar sous le titre : « Les Frères musulmans et l’Arabie Saoudite : la migration et la relation »[80] (الإخوان المسلمون و السعودية : الهجرة و العلاقة).

Si toutefois l’indépendance de l’institut émirati al-Mesbar devait être mise en cause, au vu de son implantation aux Emirats-Arabes-Unis qui, en 2014, avaient classé les organisations des Frères musulmans comme organisations terroristes, y compris l’UOIF[81], l’on peut lire un article synthétique en arabe, diffusé sur le site de la chaîne qatarie Al-Jazeera, qui est loin d’être hostile aux Frères musulmans, intitulé : « Les Frères musulmans, une existence ancienne dans le Golfe »[82] (الإخوان المسلمون … وجود قديم في الخليج). On apprend, par exemple, que l’Arabie Saoudite, exactement comme le Qatar, a représenté un refuge paisible pour les leaders fréristes mal vus, pour de bonnes raisons, par les régimes égyptiens et syriens, à l’époque des panarabistes Gamal Abdel Nasser, dans les années 60, et Hafez al-Assad, dans les années 80. La littérature des Frères musulmans fut soutenue par les Saoudiens qui, pour le rappel, ont protégé certains théoriciens de cette mouvance islamiste, à l’image de Muhammad Qotb, le frère biologique et idéologique du sulfureux Sayyid Qotb. Un autre article éclairant intitulé : « Les Frères musulmans et l’Arabie Saoudite », publié par le journal an-Nahar (النهار), le premier quotidien libanais en langue arabe, dresse une liste encore plus longue de tous ces leaders frérosalafistes que les Saoudiens avaient protégés, financés et soutenus[83] depuis plusieurs décennies.

11- Entre le Général de Gaulle et le roi Fayçal, un Frère musulman.

Mieux encore, parmi les conseillers du panislamiste roi Fayçal, le troisième de la dynastie saoudienne, et de ses successeurs, il y avait des Frères musulmans, comme l’irakien Mohamed Mahmoud al-Sawaf (محمد محمود الصواف) ou le syrien Maarouf al-Dawalibi[84] (معروف الدواليبي). Ce dernier est resté à ce poste de conseiller des monarques saoudiens de 1965 jusqu’à sa mort en 2004 : quarante ans de proximité entre les Frères musulmans (syriens) et les Saoudiens au plus haut sommet de la pétromonarchie. Dans l’Essai-enquête de Georges Malbrunot et de Christian Chesnot, susmentionné, on apprend que c’est Maarouf al-Dawalibi, ce Frère musulman syrien et « conseiller francophone » du roi Fayçal, qui s’était chargé de transmettre à son protecteur le roi « une lettre d’invitation écrite de la main du Général de Gaulle »[85]. Ainsi, il faut savoir que l’entremetteur entre le général Charles de Gaulle et le roi Fayçal, lors des préliminaires de ce premier rendez-vous « vert-galant », entre Saoudiens et Français à Paris, fut un Frère musulman : un ancien étudiant à la Sorbonne. C’est dire !

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Ironiquement, l’on ne doit surtout pas conclure que les Frères musulmans seraient les seuls responsables de la « pénétration » douloureuse du wahhabisme politique (le frérosalafisme) au sein de la République française, dans les années soixante, presque sans aucune protection préventive ou condom, côté français. Il est vrai aussi que la loi autorisant le recours à la contraception n’a été votée, en France, qu’en 1967, quelques années plus tard. Depuis, le frérosalafisme a pu s’assurer une descendance fourmillante, née de la cuisse de Jupiter, qui demande à la République des comptes et pointe son doigt accusateur, quand ce ne sont pas les kalachnikovs qui sont pointées, semant la terreur et menaçant la cohésion d’une société et le devenir d’un État-nation.

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12- Oussama Ben Laden est le fils docile des Frères musulmans.

Toute analyse du fait islamiste, en France comme ailleurs, gagnerait en crédibilité et en précision en tenant compte de ces faits complexes au lieu de céder, sous couvert de données statistiques brutes, que l’on peut interpréter de mille et une manières, à la facilité des slogans et à d’autres éléments de langage, formulés par des agences de com’, influencées par le lobby Qatarien (financier, académique, médiatique) à Paris, donnant naissance à des raccourcis réducteurs et trompe-l’œil du genre : « Ce n’est pas un hasard si les terroristes du 11 septembre venaient presque tous de l’Arabie [Saoudite] »[86] !

Car, s’il est vrai qu’une partie des terroristes du 11 septembre 2001 furent Saoudiens — d’autres sont d’ailleurs natifs de l’Egypte, du Liban ou des EAU — l’origine ethnique, seule, ne veut strictement rien dire. Aucune théorie ethnique ne tient pour expliquer le terrorisme. D’ailleurs, c’est l’une des conclusions d’une enquête réalisée par le média marocain TelQuel, qui a posé cette question à des spécialistes : « Pourquoi la plupart des terroristes des récents attentats [en Europe] sont d’origine marocaine ? »[87]. En d’autres termes, la marocanité est-elle porteuse d’une prédisposition à commettre des attentats. La conclusion de cette enquête écarte « toute prédisposition ethnique »[88] et met le doigt sur « la complexité des raisons qui poussent un individu à commettre un attentat ou à rejoindre les rangs de Daech »[89]. Nabil Mouline explique à Tel Quel que : «  Le terrorisme est un millefeuille très compliqué à démêler, avec plusieurs strates typiques : les petites mains, qui commettent les attentats et dont les motivations sont difficiles à dessiner : problèmes identitaires, d’intégration, frustrations, recherche d’aventure, raisons sociopolitiques, etc. Les intermédiaires, opérationnels et sans scrupule. Et enfin les chefs, animés par des projets politico-religieux, voire messianiques  »[90].

Le fait d’être Marocain ou Saoudien ne prédispose en rien. Les causes sont ailleurs. Il faut rappeler un fait : Al-Qaïda est née d’abord du jihad frérosalafiste mené en Afghanistan par le Frère musulman palestinien Abdullah Azzam et toute une frérosphère internationale qui le soutenait par tout moyen. Dès lors, il devient difficile de céder à la facilité déconcertante avec laquelle Hakim El-Karoui, dans son Essai, charge les Saoudiens et absout, par un silence assourdissant, le Qatar et l’idéologie frériste. A ce titre, il est recommandé de lire ces quatre décryptages : « Qatar, le livre noir »[91], « Les Frères musulmans, un mauvais choix sur un mauvais pari »[92], « La cellule de Doha, vecteur d’influence du Qatar au sein du courant salafiste »[93] et « La stratégie du lobby du Qatar dans les médias arabes et occidentaux »[94], présentés par le journaliste René Naba[95] qui apportent des contradictions factuelles aux affirmations du « conseiller » non-officiel d’Emmanuel Macron. René Naba renvoie les deux monarchies saoudienne et qatarienne dos-à-dos[96].

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Aussi, très récemment, le vendredi 3 août 2018, c’est le prestigieux quotidien britannique The Guardian[97] qui a donné la parole à la syrienne[98] Alia Ghanem, 84 ans, la mère d’Oussama Ben Laden. Elle a expliqué que la radicalisation islamiste de son fils trouvait sa racine dans sa rencontre avec les Frères musulmans à l’université saoudienne. Elle a cité le nom d’un Frère musulman en particulier, Abdullah Azzam. Dans le Figaro du même jour, on lit : «  […] Entourée de ses deux fils et de son second époux, cette femme de 84 ans explique que ce n’est qu’à l’âge de 20 ans, alors qu’il étudie à l’université, qu’Oussama Ben Laden se tourne vers la religion. «Les gens à l’université l’ont changé, il est devenu un homme différent», assure-t-elle. C’est à cette période que Ben Laden rencontre un certain Abdullah Azzam. Frère musulman, il devient le conseiller du jeune Ben Laden. Pour la mère du terroriste, ce Abdullah Azzam a opéré un vrai «lavage de cerveau» sur son fils. Elle lui aurait d’ailleurs plusieurs fois demandé de couper les liens avec tous les membres de ce qu’elle décrit comme une «secte». »[99] Une information confirmée par une étude de Thomas Hegghammer[100], parue dans l’ouvrage : Al-Qaïda dans les textes (PUF – 2008), présenté par Gilles Kepel. Le Frère musulman palestinien qui fut guide « spirituel », ou plutôt jihadiste d’Oussama Ben Laden, est surnommé « l’imam du jihad » dans cette étude factuelle.

13- Ils sont d’abord frérosalafistes avant d’être Saoudiens.

Par ailleurs, quand le Rapport de l’Institut Montaigne met en cause, à juste raison, le discours des « 5 prédicateurs saoudiens parmi les comptes les plus suivis au monde sur internet [Twitter, ndlr] »[101] et dit : « ces cinq influenceurs sont des penseurs wahhabites mais ne font pas partie de l’élite religieuse saoudienne. […] Les trois premiers cités sont les plus connus : ils appartiennent à la mouvance de la Sahwa, fruit de la politisation du wahhabisme sous l’influence des Frères musulmans à partir des années 1990 »[102], on ne retient à Paris, y compris dans le « Dossier presse »[103] de l’Institut Montaigne, que la nationalité de ces prédicateurs et on passe au second plan tout le reste. Le reste c’est que ces cinq prédicateurs sont d’abord des Frères musulmans qui ont bien compris qu’être frériste c’est être entièrement wahhabite dans le dogme et entièrement militant sur tous les terrains de l’action, y compris sur Internet, pour soutenir et promouvoir la cause des Frères.

Ces cinq « saoudiens » sont plutôt proches de la vision de Doha que de celle de Riyad.Prenons le cas de l’islamiste Mohamed Al-Arifi (« plus de 21 millions de followers sur Twitter»[104]) : c’est lui qui était assis à côté de Youssef al-Qaradawi, ce 13 juin 2013, dans un hôtel au Caire – et non pas à Riyad — accueilli sous la présidence du Frère musulman Mohamed Morsi, pour lancer la fatwa de l’appel au jihad armé en Syrie[105], un an avant la proclamation de l’Etat Islamique. Mohamed Al-Arifi est, depuis 2010, membre de l’UISM[106] (Union internationale des savants musulmans) que préside le même Youssef al-Qaradawi. Son activisme politico-religieux va au-delà même de l’Arabie Saoudite pour atteindre le Maroc où son invitation avait suscité la polémique à Rabat, lorsque les Frères musulmans marocains du MUR (Mouvement Unicité et Réforme), la maison-mère du PJD (Parti Justice et Développement), l’avaient convié à une conférence[107] en 2015.

Mieux encore, le journal émirati al-Itihad a dévoilé le 3 juin 2017, preuve matérielle à l’appui, que ce Frère musulman Saoudien recevait des financements qatariens : la photo d’un chèque d’une valeur de 7 millions de riyals qataris, estampillé Qatar Islamic Bank, daté du 12 juin 2016, à l’ordre de l’islamiste Mohamed Al-Arifi, fait office de preuve. Évidemment, l’on peut bien être Saoudien ou Tunisien ou Français ou Italien et recevoir des financements depuis le Qatar. Désormais, il semblerait que cet islamiste aguerri soit redevenu Saoudien, depuis la mise au ban du Qatar par ses voisins. Difficile de savoir s’il le fait par amour pour sa patrie ou par Taqiya et crainte de se retrouver derrière les barreaux, en raison de ses liens avec le Qatar et les Frères musulmans, comme c’est le cas de l’autre Frère musulman saoudien Salman Al-Awdah, cité dans le rapport de l’Institut Montaigne, comptabilisant « 14 millions de followers sur Twitter»[108], et qui risque la peine de mort[109].

Ainsi, ce n’est ni l’origine saoudienne d’Oussama Ben Laden, du côté de son père, ni son origine syrienne, du côté de sa mère, qui expliqueraient son basculement dans l’islamisme et ses violences. Ce n’est pas non plus l’origine saoudienne des « 5 prédicateurs » pointés du doigt par l’Institut Montaigne qui prouverait l’existence d’une prédisposition au frérosalafisme. C’est l’idéologie des Frères musulmans qui produit des effets mortifères sous tous les cieux. La France comme la Tunisie ne sont pas épargnées. Hakim El-Karoui, franco-tunisien, pourrait le constater sans difficulté. En cet Islamistan en gestation, ce califat rêvé, on est plus islamiste que patriote d’une nation, quelle qu’elle soit. Un islamiste saoudien est plus islamiste que Saoudien. Un islamiste français est plus islamiste que Français. C’est l’Oumma califaliste supranationale, cet Islamistan, qui fait sens chez tous les islamistes et non l’appartenance à une quelconque nation.

14- Chez les Frères musulmans, la modernité n’est qu’un mirage.

Un autre élément de langage qui semble avoir la cote à la place parisienne, repris sans prudence par Hakim El-Karoui, consiste à vouloir distinguer, à tout prix, l’islam salafiste wahhabite, d’un côté, de l’islam politique des Frères musulmans, de l’autre côté. Histoire de criminaliser l’un et de blanchir l’autre, alors que les deux partagent foncièrement plus que la même matrice idéologique sunnite radicale, depuis toujours. D’ailleurs, il est étonnant qu’Hakim El-Karoui écrive dans son Essai : « Si le salafisme est un islamisme, il convient de le distinguer de l’islamisme politique tel que le promeuvent les Frères musulmans »[110], et en même temps, il suggère dans le rapport « La fabrique de l’islamisme », en parlant des cinq prédicateurs saoudiens précités, qu’ils sont le « fruit de la politisation du wahhabisme sous l’influence des Frères musulmans à partir des années 1990 »[111].

Dès lors, comment peut-on distinguer deux choses confuses dans la continuité, deux choses continues dans la confusion ? On ne sait plus s’il s’agit d’une contradiction dans l’approche d’Hakim El-Karoui ou d’une confusion volontaire qui en dit long du reste. Le frérisme ne serait-il pas, en vérité, qu’un wahhabisme politisé ? Le wahhabisme ne serait-il pas, en vérité, qu’un frérisme ôté de ses moyens d’action pluridisciplinaire et tout terrain ? Une façon de concilier les deux suggestions d’Hakim El-Karoui qui, force est de le constater, défend l’imperméabilité entre wahhabisme et frérisme dans son Essai, et reconnait, en même temps, la porosité entre les deux dans le Rapport de l’Institut Montaigne. Une contradiction qui pourrait en cacher bien d’autres.

Cependant, ce n’est pas à Hakim El-Karoui de résoudre cette équation dont la solution figure déjà dans l’ADN même de l’idéologie frériste depuis le premier jour : Hassan al-Banna n’écrivait-il pas dans ses épîtres des années 1930, que sa confrérie, les Frères musulmans, est « un groupe salafiste » ? Très récemment, en 2016, Youssef al-Qaradawi n’avait-il pas publié un livre très salafiste, très wahhabite, promu par des médias Qatariens, durant le mois de Ramadan, intitulé : La jurisprudence des sanctions pénales en islam[112]-[113]-[114] (الفقه الجنائي و العقابي) ? Un tel livre n’a strictement rien à envier au code pénal de l’organisation terroriste Etat islamique, tellement le terreau textuel commun est évident.

Dans sa volonté de distinguer les deux facettes d’un même islamisme, l’idée est de faire passer l’un (l’islamisme saoudien) pour un rétrograde à combattre, et l’autre (l’islamisme pro-Qatar) pour un fréquentable moderne avec qui il serait possible, voire souhaitable, de composer pour organiser son « islam français ». « L’islam frériste – écrit-il – est une idéologie moderne, produit de la rencontre entre l’islam et la modernité occidentale »[115] (sic) même si ailleurs il écrit : « L’islamisme n’est pas un sous-produit de l’Occident »[116] (!) Sous la plume d’Hakim El-Karoui : « les islamistes sont les modernes »[117] (sic), au sens qu’ils réinventent la tradition[118]. Et Hakim El-Karoui de donner un exemple : « En France, l’UOIF, proche des Frères musulmans, est traditionnellement dirigée par des scientifiques de haut niveau »[119]. Cela est certainement vrai mais le raccourci osé entre « scientifique » et « moderne », où le premier impliquerait nécessairement le deuxième, me paraît problématique.

Car, un diplôme supérieur peut bien sanctionner un degré de connaissances brutes acquises, sur l’échelle des sciences expérimentales, humaines et sociales, mais cela ne peut pas témoigner de l’état d’esprit « moderne » (ou pas) de celui qui a eu le diplôme. On peut bien avoir un diplôme supérieur, un bac+8 par exemple, et être, en même temps, prisonnier de schémas moyenâgeux et de structures de pensées ne dépassant pas l’horizon culturel et cognitif d’un bédouin du VIIIème siècle, enterré quelque part dans le désert. Le diplôme scientifique ne fait pas le moderne. Combien d’ « imams » fréristes, bardés de diplômes universitaires en sciences expérimentales et qui ne font qu’expliquer le monde et la société, à leurs fidèles, avec des grilles de lecture et des textes apocryphes qui fussent monnaie courante il y a une dizaine de siècle, sous d’autre cieux !

Quant à la modernité (occidentale), si l’on prend comme deux de ses marqueurs et acquis majeurs « la liberté de conscience » et la « sécularisation de la connaissance », ces « deux forces du monde moderne »[120], disait Jean Jaurès dans son discours de l’Enseignement laïque en 1904, les Frères musulmans, qu’ils soient « scientifiques » ou pas, ne reconnaissent ni le premier acquis ni le deuxième marqueur. Au premier acquis, ils opposent la peine de mort pour apostasie car un hadith dit authentique l’impose. Au deuxième marqueur, ils  opposent leur stratégie de « l’islamisation de la connaissance »[121]. Hakim El-Karoui n’est pas sans savoir que les terroristes du 11 septembre, animés par une vision frérosalafiste moyenâgeuse, étaient aussi des « scientifiques » de haut niveau de technicité. Il dit : « Les terroristes du 11 Septembre étaient non pas pauvres et ignorants mais riches et diplômés »[122],  et pourtant…

15- Le frérosalafiste Tareq Oubrou fascine Hakim El-Karoui.

Au sujet de son ami, le toujours Frère musulman Tareq Oubrou, Hakim El-Karoui lui dédie ce qui ressemble à une lettre de noblesse, appuyant, implicitement et au plus haut niveau, sa candidature au poste de « Grand imam de France » — idée qui serait dans les tuyaux de l’Elysée, visiblement sous l’impulsion du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, à en croire le site Le Muslim Post[123], très proche de la frérosphère. Hakim El-Karoui trouve que son ami Tareq Oubrou[124]-[125] « mène un travail sérieux d’interprétation contextuelle des textes »[126]. Mais le franco-tunisien il ne dit pas que Tareq Oubrou défend, au-delà même de tout effort interprétatif, les mêmes sources scripturaires fondamentales orthodoxes, que défend mordicus n’importe quel cheikh salafiste wahhabite.En effet, dans Valeurs d’islam (Fondapol – 2015), Tareq Oubrou considère de « source divine » ladite Sunna, la tradition du Prophète, transcrite littéralement dans les Hadiths (paroles attribués au Prophète), à côté du Livre saint.

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Il dit : « La Sunna, ou Tradition, est l’autre référence scripturaire de l’islam après le Coran. Elle constitue le corpus des paroles, des actes et des approbations du Prophète. Sans elle, le Coran ne peut être correctement lisible … Nous avons parlé du Coran comme Révélation de Dieu. Pour être encore plus précis, nous sommes en présence d’une Révélation à deux strates : le Coran est d’origine divine et d’expression divine dans la mesure où ses mots et sa forme linguistique et stylistique ne sont pas l’œuvre du Prophète ; la Sunna, elle, est d’origine divine mais d’expression humaine, celle du Prophète … »[127]. Et Tareq Oubrou de différencier entre « Sunna authentique » et celle qui serait sujette à des doutes quant à son authenticité historique.

Toujours est-il, tout comme n’importe quel traditionaliste canonique ou idéologue salafiste wahhabite, Tareq Oubrou défend l’idée de la divinité de la Sunna. A le croire, ce que l’on nomme Coran ne pourrait être compris sans la Sunna. Validant ce postulat dogmatique, en des termes on ne peut plus clairs, Tareq Oubrou demeure prisonnier du paradigme salafiste wahhabite qui fait de la Sunna l’alpha et l’oméga de l’islam. Par conséquent, considérerait-il aussi que les hadiths, pourtant dits « authentiques », appelant à tuer les apostats ou à lapider l’adultère ou à maintenir dans l’infériorité et l’inégalité les femmes face aux hommes, les non-musulmans (juifs et chrétiens) face aux musulmans, seraient aussi des hadiths de souffle « divin » et d’expression prophétique ? Ces hadiths sont pourtant considérés « authentiques », au sens où ils figurent bel et bien dans les recueils d’Al-Bukhari et Muslim, les deux recueils de référence chez les sunnites. Quelle différence y aurait-il donc entre la conviction de Tareq Oubrou, au sujet du statut canonique de ladite Sunna, et celle de n’importe quel prétendu érudit wahhabite qui sacralise pareillement les hadiths ? Avec une telle vision dogmatique, de telles convictions sunnites fermes, Tareq Oubrou serait-il vraiment cette « figure d’un islam libéral » que l’on essaye de promouvoir et de vendre ici ou là ?

Toujours est-il que tout semble être mis en marche pour que le chef de l’Elysée puisse nommer ce frérosalafiste proche d’Alain Juppé comme « Grand imam de France » sous l’impulsion d’Hakim El-Karoui et de l’Institut Montaigne. En attendant, on occupe le terrain médiatique comme on peut par des propositions clivantes qui ne tiennent compte ni de l’essence constitutionnelle de la République française ni de la nature d’une religion, l’islam, qui n’est ni christianisme ni judaïsme. En islam, en principe, le clergé n’a aucune place pré-réservée de l’avis même de Tareq Oubrou,  lui qui avait écrit en 2016 :

« L’interprétation du Texte n’est pas le Texte, et par conséquent, l’interprétation du Sacré n’est pas sacrée. C’est ce qui explique théologiquement l’absence en islam d’une institution religieuse qui serait impeccable, infaillible et qui aurait la légitimité divine et le monopole de canoniser une quelconque interprétation du Coran, encore moins une traduction. »[128] Hakim El-Karoui devrait lire cet éclairage de son ami Tareq Oubrou. Ce dernier devrait se relire, lui-même, pour revoir ses ambitions à la baisse en cohérence avec ses convictions. Car si aucune autorité théologique n’est légitime en islam, pourquoi insiste-t-on à vouloir en créer une en France et mettre à sa tête celui qui n’y croit pas du tout ?

Pendant ce temps-là, on soigne l’image comme on peut et on multiplie les apparitions médiatiques. « Le consistoire islamique français »[129], proposé dans l’Essai L’islam sera français ou ne sera pas (Les points sur les i – 2015) de Farid Abdelkrim, ex-Frère musulman mais toujours très proche de Tareq Oubrou, semble avoir de l’avenir devant lui, tellement la machine en sa faveur s’emballe et joue désormais le tout pour le tout. Est-ce un pur hasard que la semaine du lancement du nouveau rapport de l’Institut Montaigne, Farid Abdelkrim lance sa nouvelle émission «  L’invité de Farid » sur sa chaine Youtube en ayant comme premier invité Hakim El-Karoui[130] et puis, comme deuxième invité Tareq Oubrou[131] ? Comme le hasard fait bien les choses…

16- Hakim El-Karoui, une vision «néoréaliste»?

Hasard ou pas, une autre question s’impose : quels seraient la motivation et l’intérêt du banquier Hakim El-Karoui pour s’intéresser, à ce point, à la question de l’organisation de l’islam en France, derrière le président Emmanuel Macron, qu’il connait depuis leur rencontre dans les « bureaux feutrés » de la Banque Rothschild & Cie[132]-[133] ? On pourrait penser naïvement qu’il s’agit d’un intérêt personnel, dicté par une ambition louable au service de l’intérêt général. Mais, encore faut-il que l’intérêt général des Français soit dans l’intronisation d’une poche girondine, même édulcorée, des Frères musulmans à la tête d’une autorité cléricale pyramidale qui n’a pas lieu d’être puisqu’elle est illégitime de l’aveu même de Tareq Oubrou, comme cela a été démontré ci-dessus.

Toutefois, à la lumière de nombreux éléments factuels, il paraît évident que l’engagement de Hakim El-Karoui ne reflète guère l’intérêt d’un homme de conviction, au service de l’intérêt général, mais plutôt l’ambition d’un homme de réseau, au service d’un lobby, d’une oligarchie. Pis, ce qui se joue derrière la volonté macronnienne d’organiser l’islam, avec le risque évident de voir l’islamisme remporter définitivement et irréversiblement la bataille culturelle postmodernité en France, c’est la volonté d’une toute petite oligarchie aux intérêts convergents et qui, au sujet de l’islam, en particulier, ici comme ailleurs, adopte une vision atlantiste, mondialiste, pro-islamiste, au moins, depuis le fameux discours de Barack Obama au Caire en 2009, peu de temps avant la chute d’Hosni Moubarak et l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans, soutenus par Washington.

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Cette vision est expliquée, en partie, par le politologue Mohamed Ali Adraoui dans une contribution intitulée : « Les États-Unis et l’islam politique. Composer avec les Frères musulmans égyptiens dans les révolutions arabes »[134] (CNRS-2016). Une vision qui ne considère pas les Frères musulmans comme une menace mais plutôt comme un partenaire légitime. C’est cette même vision que partagent des Young Leaders français nommés Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Hakim El-Karoui, entre autres, à côté de leurs amis américains issus du Parti Démocrate. Dans la bouche d’Hakim El-Karoui cette vision politique, appliquée aux relations avec le monde arabe porte un nom : le « néo-réalisme ». En février 2018, il a expliqué au magazine Jeune Afrique ce que cela voudrait dire : s’il « faut assumer les lignes de démarcation avec l’islamisme – [parlerait-il uniquement des salafistes saoudiens ?, ndlr] – […] Paris peut bien sûr s’entendre avec les islamistes maghrébins, qui gouvernent souvent de manière pragmatique.»[135] Les islamistes maghrébins qui ont gouverné, ou qui gouvernent toujours, sont tous des Frères musulmans. Hakim El-Karoui le sait très bien.

Il devrait savoir aussi que ce n’est pas le pragmatisme qui dicte la gouvernance mais ladite « loi islamique » (charia). Pour exemple, le parti islamiste Ennahda (Frères musulmans), que l’on a présenté ici en France dans une tribune datant du mois de mai 2016, comme « un parti politique, démocratique et civil et qui a un référentiel de valeurs civilisationnelles musulmanes et modernes »[136] a rejeté officiellement, lors de son dernier Conseil consultatif du 26 août 2018, une proposition présidentielle visant à assurer dans le Code du statut personnel l’égalité homme/femme en matière d’héritage[137]. Le parti islamiste Ennahda motive sa décision en disant clairement que la proposition présidentielle contredit « les textes formels et explicites du Coran et de la Sunna »[138]. Preuve que le pragmatisme islamiste ne peut jamais chasser le naturel, l’idéologique, et que ladite charia est une ligne rouge.

17- Des frérosalafistes de la Syria Charity à l’Élysée.

C’est sans doute cette vision qui a permis à Emmanuel Macron de recevoir les Frères musulmans syriens, Syria Charity[139], au sein même de l’Elysée[140], en avril 2018, avec la promesse de leur accorder quelques millions d’euros, puisés dans les caisses de l’Etat. L’on se souvient de ce message de félicitation qu’avait adressé cette organisation islamiste à Emmanuel Macron (voir capture ci-dessous), quelques heures après son élection : « Félicitations à Emmanuel Macron. Nous espérons que le dossier humanitaire syrien sera au cœur de ses priorités. Retweter pour que ceci lui parvienne ». Visiblement, c’est chose faite et le message semble être bien reçu, cinq sur cinq, par le président de la République. Un an plus tard, Emmanuel Macron ouvre les salons de l’Elysée à Syria Charity. Une façon de dire « Merci ! » à ses leaders fréristes qui, de l’avis de l’Institut Montaigne (et d’Hakim El-Karoui), seraient accusés à tort d’appartenir aux Frères musulmans.

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En effet, on croit rêver en lisant ce passage du Rapport de l’Institut Montaigne : « L’ONG Syria Charity a été créée en 2011 afin d’agir exclusivement en Syrie pour y apporter un soutien humanitaire et médical […]. Son président, Mohammad Alolaiwy, ingénieur en télécommunication de 33 ans, est régulièrement accusé d’être proche des Frères musulmans bien que ses liens n’aient jamais été établis. Ses interventions lors du salon annuel des Musulmans de France (ex-UOIF), ainsi que le succès du stand de son association lors de cet événement, ont certainement contribué a alimenté la rumeur »[141]. Pour Hakim El-Karoui et l’Institut Montaigne les liens entre Syria Charity et les Frères musulmans n’ont jamais été établis — ce qui est totalement faux. Parler de ces liens relèverait, selon ce rapport, de  pure « rumeur ». Toutefois, l’on remarque, sept pages plus loin, que ce Rapport même se fait l’écho à son tour de cette supposée « rumeur ». Dans un tableau intitulé « Pages Facebook islamistes avec le plus d’audience (Avril 2018) », Syria Charity vient en troisième position, comptabilisant « 1.085.869 fans ». Dans la colonne « Tendance » de ce tableau, les rédacteurs du rapport ont écrit ce descriptif : « Humanitaire proche des Frères musulmans »[142]. Le lecteur néophyte en perd son latin entre la page 489 et la page 497.

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18- Un «Havre de paix» chez Édouard.

Aussi, c’est sans doute cette vision atlantiste pro-Frères musulmans qui a encouragé Édouard Philippe, le premier ministre – dont le nom est désormais cité à côté d’autres français ainsi que des démocrates américains du clan Clinton dans une affaire révélée par le site Capital : « Affaire Areva : La monstrueuse amende qui menace la France »[143]-[144] — qui lorsqu’il était maire du Havre avait reçu des Frères musulmans marocains au sein de la Mairie de sa ville pour signer avec eux un protocole de jumelage entre la ville de Tanger et Le Havre. La ville de Tanger était dirigée par un maire islamiste issu du PJD (Parti Justice et Développement). D’ailleurs, lorsque j’ai publié cette information, le 11 mai 2017, dans l’article « Edouard Philippe, un futur premier ministre ? »[145], c’est bien Hakim El-Karoui, en personne, qui s’est senti obligé de défendre son ami sur Twitter en deux temps. D’abord, en me répondant : « Ce n’est pas lui [Edouard Philippe] qui a décidé des élections au Maroc ! »[146] Et quand j’ai pianoté sur mon smartphone : « Choisir le jumelage avec une ville dirigée par un islamiste est tout sauf anodin. », Hakim El-Karoui, certainement à court d’arguments, s’est limité à dire : « Grotesque », sans exclamation. Le ton suffisant. Comme d’habitude.

Plus d’un un an plus tard, on voit bien les craintes légitimes d’hier se concrétiser aujourd’hui, l’une après l’autre, atteignant parfois des summums de la bêtise que l’on n’imaginait même pas. Comme lorsqu’un proche d’Emmanuel Macron déclarait au JDD, en février 2018, ceci : « La loi 1905 n’est pas un texte sacré »[147]. ce qui traduit, entre autres, ce « néo-réalisme » cher à Hakim El-Karoui qui essaye de rassurer un tant soit peu ses lecteurs quant au dessein des Frères musulmans à Paris : « Attention, écrit-il, ne faisons pas d’anachronisme : le but des Frères musulmans, notamment en Europe, n’est pas de convertir les chrétiens et d’instaurer une règle juridique où l’on couperait la main des voleurs et où on lapiderait les femmes adultères. Non, ils veulent créer un cadre qui permette aux musulmans de vivre dans la foi et la règle religieuse et sont assez intelligents pour savoir qu’ils ne devront pas décalquer en Europe d’aujourd’hui les règles de vie de l’Arabie du VIIe siècle. »[148] Le même ton rassurant, anesthésiant à dessein, on le trouve aussi dans le rapport de l’Institut Montaigne : « Les Frères musulmans ne prônent pas une séparation physique des musulmans »[149], rassurons-nous, contrairement aux salafistes, ces méchants wahhabites soutenus par l’Arabie Saoudite, qui « préfèrent se mettre à l’écart de la société des « mécréants » »[150] !

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19- Une meilleure assurance charia-compatible derrière Hakim El-Karoui?

Il va falloir interroger l’impact, sur le dossier islam en particulier, de toutes ces relations entretenues, d’un côté, entre des acteurs influents autour desquels a gravité et gravite toujours Hakim El-Karoui, et de l’autre côté, le Qatar qui, lui, gravite autour des Frères musulmans depuis plus de cinquante ans. Des relations qui par leur ambiguïté, leur densité, nourriraient tous les fantasmes, parfois pour de bonnes raisons. Souvent, il ne s’agit même pas de fantasme mais d’un triste « néo-réalisme » que l’on veut imposer à la démocratie française, par le fait du prince et la volonté d’une oligarchie mercantile.Il n’est certainement pas utile d’évoquer les liens entre les Qatariens et les banques Rothschild, tellement ces liens sont forts, allant du « simple » conseil financier[151] jusqu’au rachat de prestigieux bâtiments parisiens[152], sans oublier la célèbre course hippique baptisée : « Qatar Prix de l’Arc de Triomphe » qu’organise France Galop, présidée par Édouard de Rothschild[153]. Évidemment, il ne faudrait voir aucune proximité d’intérêts induisant des réflexes mécaniques chez des ex-salariés des Rothschild : Emmanuel Macron et Hakim El-Karoui. Néanmoins d’autres proximités peuvent interroger tout esprit critique de par un curieux mélange de genres plus que trouble. Le cas d’Henri de Castries, président de l’Institut Montaigne, pour qui travaille Hakim El-Karoui et à qui il doit « son » Essai sur l’islam et ledit rapport « La fabrique de l’islamisme », demeure très énigmatique mais pas tant que ça.

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Alors PDG du groupe AXA — un poste qu’Henri de Castries a gardé de l’année 2000 jusqu’en septembre 2016 — il a rencontré à Doha, la capitale du Qatar, le mercredi 28 novembre 2007, le Qatarien Abdallah Ben Hamad al-Athiey (عبد الله بن حمد العطية). Ce dernier occupait à cette époque pas très lointaine, deux postes ministériels de haute voltige, à la fois vice-premier ministre et, en même temps, ministre de l’Energie et de l’Industrie : un portefeuille régalien dans une pétromonarchie telle que le Qatar.

En effet, à en croire le site Qatarien al-Raya[154] — du sérieux ! — reprenant une dépêche de la QNA (Qatar News Agency) et publiant une photo immortalisant cette rencontre (voir ci-dessous), l’objet fut une discussion bilatérale en vue de la mise en place de divers partenariats entre le groupe AXA et le puissant groupe QP (Qatar Petrolium)[155]. Et ce, en plus de juteux marchés que le même groupe AXA avait déjà remporté quelques semaines plutôt. D’ailleurs, le 1 août 2007, le groupe AXA d’Henri de Castries a été mandaté par le Qatar Petrolium pour assurer ses 12.000 salariés et les 23.000 membres de leurs familles[156].

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En octobre 2009, le groupe AXA, toujours sous la présidence d’Henri de Castries, a remporté le marché d’assurance maladie de la grande compagnie Qatar Telecom (Qtel)[157], connue depuis 2013 sous une nouvelle dénomination sociale : Ooredoo, l’un des principaux sponsors du PSG[158]. Toujours en 2009 et toujours sous la présidence d’Henri de Castries, on apprend que « suite à l’accord du Qatar Financial Centre, l’assureur AXA Insurance Gulf BSB est autorisé à opérer dans le pays. Le groupe français compte développer dans la région des produits Takaful »[159]. Produit Takaful (تكافل) ? Le « produit Takaful »[160] étant un concept issu de la charia et de la finance islamiste, basée, dit-on, sur une responsabilité conjointe de l’assureur et de l’assuré. Une manière de « réinventer le métier d’assureur », certainement, à l’ombre du Qatar et de bien d’autres pays de la région, avec une « petite » dose d’assurance charia-compatible, pouvant rapporter quelques dizaines de milliards de dollars assurément halal[161]. Accessoirement, il faut savoir que le groupe AXA a remporté le prix du meilleur assureur au Qatar[162], « Qatar Insurer of the Year »,  deux années de suite, en 2016 et en 2017…

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20- Un dieu et des hommes …

Résumons ! Henri de Castries fut PDG du groupe AXA de 2000 à 2016, entretenant des relations très commerciales avec le Qatar. En juin 2015, il devient président de l’Institut Montaigne. En septembre 2016, Hakim El-Karoui signe pour l’Institut Montaigne le Rapport « Un islam français est possible ». En août 2017, le même Hakim El-Karoui signe un deuxième Rapport pour le compte du même institut : « Nouveau Monde arabe, nouvelle « politique arabe » pour la France », j’y reviendrai. S’il est vrai que ces deux Rapports évoquent sommairement le Qatar, l’émirat de Tamîm Ben Hamad s’en sort plutôt renforcé, et ses Frères musulmans, presque lavés de tout soupçon de radicalité islamiste, comparable à celle des salafistes wahhabites,  même si, çà et là, quelques formules confuses contredisaient d’autres dans une incohérence presque volontaire et assumée, histoire d’entretenir le flou et « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » !

Quant à l’Essai d’Hakim El-Karoui, publié chez Gallimard, il ne cite même pas le Qatar une seule fois. Un fait. Le dernier Rapport de l’Institut Montaigne assure, de son côté, le minimum syndical s’agissant de cette pétromonarchie en le nommant huit fois moins que l’Arabie Saoudite, loin derrière de nombreux pays arabes qui souffrent de l’islamisme sans en être leurs principales fabriques comme l’est le Qatar. Il le fait disparaitre complètement, volontairement, des conclusions et des orientations politiques. A ce sujet, il ne retient expressément que des préconisations concernant la Turquie, les pays du Maghreb et l’Arabie Saoudite mais rien vis-à-vis du Qatar. Rien d’explicite. En s’orientant vers les annexes dudit Rapport, on découvre que l’équipe de rédaction, composée de dix chercheurs en plus d’Hakim El-Karoui, a rencontré et interviewé 47 chercheurs français et étrangers, parmi lesquels deux « ex-Frères musulmans », Farid Abdelkrim et Michaël Privot, mais pas Mohamed Louizi, qualifié par les auteurs de ce rapport d’ « ancien membre des Frères musulmans devenu virulent à l’égard de la confrérie »[163]. Un compliment, sans doute. L’équipe a aussi interviewé une personnalité algérienne, une personnalité tunisienne, une personnalité belge, dix personnalités égyptiennes, seize personnalités saoudiennes mais aucune personnalité … qatarienne[164]. Pourquoi ?

Ainsi, a-t-on au moins le droit d’interroger, et non d’expliquer, le sens de cette absence ? Ce qui pose aussi la question de l’indépendance de cet Institut et de son degré de liberté de parole à pouvoir traiter des sujets sensibles, impliquant le Qatar sur le territoire français, alors que son président entretenait avec cette pétromonarchie sulfureuse des relations commerciales, pour le compte du groupe qu’il présidait jusqu’à très récemment. A-t-on le droit de chercher à savoir comment ces liens commerciaux établis peuvent  influencer, dans un sens favorable au Qatar et à ses Frères musulmans, la production intellectuelle du Think Tank que préside l’ex-PDG d’AXA ? Peut-on conclure, comme le sociologue Samir Amghar, spécialiste du salafisme et de l’islam politique non interviewé par l’équipe de l’Institut Montaigne, que ce rapport « n’est pas neutre »[165] et qu’il est « marqué politiquement »[166] ? Questions légitimes dans une démocratie d’opinion qui n’a pas peur des questions qui fâchent et qui ne crie pas « Halte au complotisme ! » pour masquer tout débat de fond et botter en touche sur toutes les questions qui gênent.

Maintenant que la « vision »  de ce prétendu « islam français » est en marche forcée dans les coulisses du pouvoir, l’œil rivé sur l’horloge jupitérienne tournant au sens de certains intérêts, elle a besoin de « marcheurs » d’une nature très particulière. Car une « vision » de cette nature, bien qu’elle ait besoin d’un réseautage efficace, influent et surtout discret, où les intérêts disparates de nombreux cénacles coagulent pour faire sens et impulser une direction bénéfique à l’ensemble des parties prenantes, elle a surtout besoin de ressources humaines affichées ou sous-marines qui l’incarnent, la portent et la transportent.

Dans ce sens, Le Monde du 5 juillet 2018, a dévoilé des noms promus par Hakim El-Karoui qui pourraient bien « marcher » pour cette « vision » à l’ombre de l’Elysée. La plupart d’entre eux sont des frérosalafistes : Tareq Oubrou[167], Mohamed Bajrafil[168] — l’élève des islamistes égyptiens Youssef Al-Qaradawi et de Safwat Hegazi[169] bien que présenté dans le rapport de l’Institut Montaigne comme « théologien modéré »[170] –, Azzedine Gaci[171], membre du directoire de l’ex-UOIF et décoré de la légion d’honneur[172] (!) et Abdel-Rahmène Azzouzi. Ce dernier est à la frérosphère islamiste ce qu’Hakim El-Karoui est à l’Institut Montaigne. Son profil présente plus que des similitudes avec d’autres islamistes notoires.

21- Profil d’un presque-marcheur frériste…

Très actif sur le front de la victimisation islamiste, celui de la lutte contre ladite « islamophobie », Abdel Rahmène Azzouzi, franco-algérien que promeut Hakim El-Karoui, s’est illustré en février 2015, à quelques semaines des attentats de Charlie Hebdo, par une démission à grand bruit du Conseil Municipal de la ville d’Angers, à tel point que sa démission, pour cause de « politique islamophobe de l’Etat français », disait-il, a trouvé tout un espace d’expression libre sur le site Le Monde des Religions. Une tribune vindicative dans laquelle il dit que la « laïcité est devenue en réalité l’arme ultime et exclusive contre les musulmans de France »[173] … Avec un tel discours, il va de soi que des islamistes, tels que Nabil Ennasri, ont assuré le relai et la promotion[174] de la lettre de démission sur les réseaux sociaux.

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Aussi, lorsque le supplément du magazine L’Express du 20 au 26 mai 2015, consacré à l’action municipale de Christophe Béchu, maire LR d’Angers, avait rapporté au sujet de ce frériste le témoignage d’une militante PS qui disait : « Abdel-Rahmène a une image archaïque de la laïcité. C’est un salafiste en costume, comme son maître Tariq Ramadan »[175], toute l’islamistosphère numérique s’est mise à sa défense, criant à la diffamation, à l’image du CCIF, entre autres, qui lui a consacré deux communiqués de soutien. D’abord, le 9 juin 2015 sous le titre : « M. Azzouzi diffamé par une militante du PS : silence des membres du parti »[176] et ensuite, le 6 juillet 2015, sous le titre : « Malgré la calomnie, un chirurgien exemplaire »[177]. Normal que le CCIF apporte son soutien à celui qu’il considère comme son « ambassadeur à Angers »[178] !

D’autres faits incontestables témoignent de cette proximité entre ce frériste, promu par Hakim El-Karoui pour un « islam français », et d’autres islamistes que l’on ne présente plus. D’ailleurs, l’on ne compte plus le nombre de fois où il a animé à côté d’un certain Marwan Muhammad, tel un relai de « l’islamisation par le haut », chère à Tariq Ramadan, des séminaires de formation de prétendus futurs « cadres » de la cause islamiste. On ne compte plus les fois où il s’est affiché à côté de l’avant-garde de la frérosphère pour instrumentaliser la cause palestinienne ou pour faire la victime, en osant des provocations irresponsables, comme lors de ce rassemblement où il avait déclaré : « Si une personne qui s’oppose aux bombardements d’enfants est qualifiée d’antisémite, alors oui, je suis antisémite et je l’assume. »[179], suscitant l’indignation de la LICRA[180]. Ce serait une grave erreur d’oublier cette menace à peine voilée à l’adresse de l’Etat français qu’il avait prononcé dans un rassemblement public : « Si l’Etat n’invite pas les musulmans à la table de la République, attention à ce que les musulmans ne lui retournent pas un jour la table sur la tête ! »[181]. C’est dit.  L’association Falsafa, dans laquelle il milite, a bel et bien invité l’islamiste Hassan Iquioussen[182], pour ne citer que lui. Elle a aussi invité par le passé l’organisation frériste Syria Charity.

Ce fan de Tariq Ramadan a soutenu, à l’image d’autres islamistes notoires, la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Lui-même candidat aux élections législatives à la 2ème circonscription de la Maine et Loire, à Angers-Sud, sous l’étiquette de « Majorité présidentielle », il avait choisi comme slogan : « Donnons une majorité à Emmanuel Macron. Votons Abdel-Rahmène Azzouzi ! ». Pour son aventure visant le Palais Bourbon, il a pu compter sur le soutien public de l’islamiste Nabil Ennasri, le défenseur du Qatar à Paris. Toutefois,  ce soutien ne lui a pas été d’une grande utilité. Il n’a obtenu que 3,01% des voix exprimés au premier tour, comptabilisant 1407 voix. Heureusement.

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Celui qui avait cosigné dans le JDD, à côté d’un certain Hakim El-Karoui, la tribune controversée[183] : « Nous, Français et musulmans sommes prêts à assumer nos responsabilités »[184], et à qui Paris Match consacre, de temps en temps quelques pages, quelques portraits, comme ici[185], en le faisant passer pour un fidèle d’un « islam tranquille »[186], est depuis la mi-juin 2018 visé par une enquête judiciaire pour « harcèlement sexuel » à l’égard d’une salariée du CHU d’Angers. A en croire Le Courrier de l’Ouest, Abdel-Rahmène Azzouzi « a été entendu lors d’une garde à vue début juillet avant d’être suspendu de sa fonction de chef du service urologie le 1er août »[187]. On apprend aussi qu’il « reconnaît avoir envoyé des dizaines de SMS et avoir déposé des cadeaux dans la boîte aux lettres de la victime »[188] en prétextant qu’un « traitement médical a modifié son comportement »[189]. Comme son modèle Tariq Ramadan, il se fait passer pour la victime « d’une cabale sur fond de racisme »[190]. Abdel-Rahmène Azzouzi est toujours présumé innocent…

Début juillet, Hakim El-Karoui a proposé son nom pour figurer dans le staff de l’AMIF et il a recommandé, par ailleurs, de « ne pas exclure des personnalités proches de l’UOIF [Union des organisations islamiques de France] du dispositif pour s’adresser à tous »[191]. Le même Hakim El-Karoui, deux mois plus tard, donne l’image de celui qui ne veut plus de l’UOIF et préconise le contraire à quelques semaines d’intervalles en disant : « L’UOIF est enfermée dans des rigidités idéologiques avec un discours victimaire »[192]. Une autre contradiction. Lequel des deux Hakim doit-on prendre au sérieux, celui qui voudrait « intégrer les intégristes » ou celui qui fait mine ne pas les supporter ?

22- Les binationaux du système Macron-Montaigne.

A cette fameuse liste, Hakim El-Karoui a pris soin de rajouter le nom d’un médecin algérien à la retraite et de l’islamologue réformateur franco-marocain Rachid Benzine. Histoire d’anticiper, peut-être, toute critique qui lui serait adressée de n’avoir proposé que des frérosalafistes … Mais Hakim El-Karoui n’est pas sans savoir que Rachid Benzine, par exemple, ne partage ni cette « vision » des choses, au sujet dudit « islam français », ni les solutions que l’Institut Montaigne préconise. Pour s’en apercevoir, il suffit de lire Rachid Benzine, notamment l’article : « les fausses pistes autour de l’islam de France »[193] (février 2018), ensuite surtout la tribune dans Le Monde, un mois plus tard, intitulée « Islam de France : gare aux fausses « bonnes idées » »[194] et, très récemment, sa tribune « Il faut renforcer l’islam des gens » dans lequel il explique que « Le rapport d’Hakim El Karoui sur l’organisation de l’islam de France ne répond pas aux questions liées à la propagation des idées des Frères musulmans dans le pays »[195].

Mais au-delà des noms fuités dans la presse tels des ballons d’essai, il semblerait que cette « vision » soit déjà dotée de femmes et d’hommes qui accompagnent la macronie depuis le premier jour. Mon article, « Présidentielle : Emmanuel Macron, otage du vote islamiste ? »[196], avait pointé la présence de certaines figures tourbillonnant autour de la candidature d’Emmanuel Macron et en avait interrogé le sens. A cette époque des voix se sont levées, y compris dans le camp des laïques, pour relativiser et empêcher ce débat vital à un moment clé de la démocratie française. D’autres criaient au « complotisme » pour discréditer le propos et botter en touche sur les questions légitimes. Les intéressés, eux, ont préféré faire silence, le temps que la tempête passe, et puis, ils ont contre-attaqué sur leur terrain préféré, celui du « jihad des tribunaux ». Le procès se déroulera le 4 décembre au TGI de Lille.

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Le point commun de tous ces islamistes (et de leurs proches), comme de ceux révélés dans Le Monde du 5 juillet 2018, est le fait qu’ils sont majoritairement, pour ne pas dire tous, des « binationaux » : franco-tunisiens, franco-marocains, franco-algériens … Est-ce un hasard ? Difficile, de croire au hasard à ce niveau-là. Car le critère de « la binationalité » relève plutôt chez Hakim El-Karoui et l’Institut Montaigne d’une orientation idéologique qui doit servir un enjeu stratégique majeur de la nouvelle « politique arabe de la France »[197]. Une telle politique n’est certainement pas sans lien avec l’agitation autour de la structuration du prétendu « islam français ».

En effet, cela part d’un constat observé dans le monde arabe et au-delà depuis au moins le début de ce que l’on nomme « Printemps arabes ». Petit-à-petit, l’on a observé deux mouvements « tectoniques » presque simultanés, déplaçant deux centres de gravité de deux axes distincts, d’un axe vers l’autre. Plus explicitement, d’un côté, l’échec des Frères musulmans en Égypte, en juillet 2013, et les pressions maintenues contre le Qatar par les Saoudiens et leurs alliés depuis plus d’un an, ont fait basculer, petit à petit, le centre de gravité des Frères musulmans vers les pays du Maghreb, prioritairement : l’axe Rabat-Tunis s’est vu renforcé, sans oublier bien sûr la puissance du versant turc de l’islamisme. De l’autre côté, l’échec de la candidate démocrate Hillary Clinton face à Donald Trump et malgré le lobbying Qatarien à coup de millions de dollars, dévoilé par l’enquête du Wool Street Journal[198], a déplacé lui aussi le centre de gravité de cette « vision » atlantiste pro-islamistes de Washington vers deux destinations dont les pouvoirs se ressemblent comme deux gouttes d’eau : de Washington vers la France d’Emmanuel Macron, côté européen,  et  de Washington vers le Canada de Justin Trudeau[199], côté américain. En ce sens l’axe Paris-Québec semble désormais plus islamisto-compatible avec l’axe Rabat-Tunis qu’il ne l’était avant. En ce sens, la crise diplomatique[200] entre l’Arabie-Saoudite et le Canada n’est pas étrangère à cette « vision ».

Face à une telle situation, presque nouvelle voire inattendue, et partant d’une lecture considérant que l’avenir dans les pays du Maghreb sera, malgré tout, en faveur des Frères musulmans et que l’avenir diplomatique de la France, au moins dans l’esprit de « Monsieur islam » de l’Institut Montaigne, serait au Maghreb et non au Mashreq, supposé sous influence des pays anglo-saxons, intervient alors la recommandation d’Hakim El-Karoui de : « valoriser des binationaux comme relais d’influence »[201] dans leur pays d’origine. Par conséquent, il conviendrait, dans son esprit, de se préparer à cette probabilité en mettant d’ores et déjà en selle des « binationaux », franco-tunisiens, franco-algériens et franco-marocains, et pourquoi pas des « binationaux » islamistes ou ceux qui leurs sont proches, à défaut, ceux qui ne leur témoignent aucune hostilité et qui font passer l’intérêt économique d’une oligarchie ainsi que l’intérêt personnel avant l’intérêt général de tout une nation qui doute de son avenir.

Tant pis, dans l’esprit d’une bien-pensance, bien vue par le Qatar par ailleurs, si cette nation démocratique est menacée dans son existence par une islamisation forcée qui prend de l’ampleur, année après l’autre, comme le démontre le livre-enquête : « Inch’allah : l’islamisation à visage découvert »[202], qui paraîtra aux éditions Fayard le 22 octobre 2018. Préfacé par les journalistes d’investigation Fabrice Lhomme et Gérard Davet : la « partition » évoquée dans le propos de l’ancien président de la République, François Hollande, est en marche dans un département « laboratoire », le 9-3, et pas que…

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23- L’heure des «binationaux» a-t-elle sonné ?

Dans ce contexte, force est de constater qu’Hakim El-Karoui fait de l’intronisation, à des postes clefs, de ces « binationaux » un enjeu diplomatique. Il écrit : « Afin de valoriser l’atout que représentent les Français d’origine maghrébine pour le renforcement de nos liens avec ces pays, la France pourrait consacrer le rôle des binationaux comme relais d’influence et de dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Une solution pourrait être de mettre en place de véritables conseils stratégiques, qui regrouperaient des binationaux éminents pour conseiller la France dans ses relations bilatérales avec ces pays. »[203] On ne sait pas s’il assure, par de tels propos, sa propre promotion comme « conseiller de l’ombre » d’Emmanuel Macron, son ami, ou celle d’autres que l’on découvre, petit-à-petit, depuis le premier jour de la macronie, que ce soit lors de la campagne électorale qui a réservé une place remarquée  à des soutiens « binationaux » islamistes confirmés (ou pas), ou que ce soit après l’accès au Palais de l’Elysée avec de nombreuses nominations surprenantes qui, pour le moins, interrogent.

Des cas de « binationaux » comme le désormais célèbre Alexandre Benalla ou Mohamed Saou, défendus tous les deux par Emmanuel Macron, ou du franco-pakistanais, Assis Arif, ce « partenaire privilégié de l’Observatoire de la Laïcité »[204] et très proche de Jean-Louis Bianco, ne sont pas des cas isolés. Toutefois, ils collent bien avec cette « vision » diplomatique que promeuvent Hakim El-Karoui et l’Institut Montaigne et que l’Exécutif, a, semble-t-il, assimilé depuis bien avant le 7 mai 2017. Aussi, la nomination par Emmanuel Macron du prétendu « humoriste », le franco-marocain Yassine Belattar, proche des frérosalafistes du CCIF[205], pour siéger au « Conseil présidentiel des villes »[206] n’est pas sans lien avec cette orientation stratégique, même lorsque l’intéressé passe par la case garde-à-vue pour « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique »[207].

L’affaire Macron-Benalla a bel et bien montré comment certains, nommés à de très hautes responsabilités, par le fait du prince, peuvent passer outre le droit commun, sans que cela ne pose problème à ceux qui les ont nommés à ces postes. Ceux-là même qui doivent garantir à toute circonstance le strict respect du droit commun. C’est un peu le cas du député franco-marocain, M’jid El Guerrab (ex-LaREM), mis en examen pour avoir frappé le socialiste Boris Faure en plein Paris à coup de casque[208]. Selon le site Le Point, du 5 septembre 2018, le franco-marocain a reçu récemment un SMS très amical de la part d’Emmanuel Macron, en personne, je cite : « Tu devrais parler avec Richard Ferrand [ex-président du groupe LaREM et président de l'Assemblée Nationale, ndlr] pour retrouver tes marques. Amitiés. » [209] ! Incroyable appel du pied, mais bel et bien vrai !

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On peut multiplier les exemples de tous ces « binationaux » qui accompagnent l’aventure macaroniste à de très hautes responsabilités, sans que l’on soit certains de ce qu’ils cherchent au juste, et sans que l’on puisse sonder les vrais intérêts qu’ils représentent en vérité indépendamment de leurs compétences respectives. Car Yassine Belattar tout comme M’jid El Guerrab jouent, en même temps, sur au moins deux tableaux d’intérêts : marocain et français. Est-ce le propre des « binationaux » ? Je ne le pense pas. En tout cas pas en règle générale. Toutefois, le magazine Marianne, dans son numéro 1080, du 24 au 30 novembre 2017, s’est penché sur le cas de M’jid El Guerrab, entre autres, dans un numéro intitulé « Comment le Maroc infiltre la France » où l’on apprend que la candidature du franco-marocain est le fruit d’une tractation entre des officiels au Maroc et des émissaires de la macronie auprès du roi Mohammed IV, soucieux de préserver « l’amitié franco-marocaine »[210]. Le même M’jid El Guerrab accompagnait à Casablanca François Burgat, l’ami du Qatar et des Frères musulmans[211], dans une conférence-débat tenue lors du Salon international du livre, fustigeant depuis le Maroc la soi-disant « sélectivité » de la liberté d’expression en France…

Quant à Yassine Belattar, en plus de ses proximités avec le CCIF, il s’est associé au CCME[212] (Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger), que préside Abdallah Boussouf, pour la mise en place d’actions communautaires « contre les inégalités d’opportunités et les obstacles à la participation des jeunes issus de tous les milieux »[213] et contre « la stigmatisation et la discrimination des jeunes »[214] issus de l’immigration en… Belgique.

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Si on remonte vers l’étage supérieur, le petit cercle le plus proche du président, « la bande à Macron » à l’Elysée comme on dit, ou auprès d’Edouard Philippe à Matignon, on trouve de nombreux « binationaux » nommés aux postes clefs du pouvoir, comme le préconise l’Institut Montaigne et Hakim El-Karoui, parmi lesquels Ismaël Emilien[215], conseiller spécial de Macron ; Mounir Mahdjoubi, secrétaire d’Etat chargé du numérique ; Mohamed Hamrouni[216]-[217], nommé chef-adjoint du cabinet du premier ministre … à qui il faut rajouter de nombreux « binationaux », femmes et hommes, élus députés sous les couleurs de LaREM.

Aussi, ce n’est pas un hasard, toujours au vu de cette «vision », que la conseillère d’Emmanuel Macron à l’Elysée pour les questions relatives au MENA (Moyen-Orient et Nord Afrique), soit une franco-tunisienne, nommée Ahlèm Gharbi[218]. Dans un document officiel, un dossier de presse datant de février 2012, édité par le Ministère français des affaires étrangères et européennes, intitulé « Egypte, terre de changements », l’actuelle conseillère de Macron est présentée comme étant « la première secrétaire chargée de la politique intérieure à l’Ambassade de France au Caire depuis septembre 2009 »[219]. On apprend que « dès les premières manifestations [contre le régime d’Hosni Moubarak, ndlr], elle a noué des relations avec les leaders de la contestation qui ont été déterminants pour le travail politique de l’Ambassade »[220]. Sur ce document, on voit sa photo, posée à droite d’une manifestante, une femme voilée. A-t-elle noué aussi des relations « diplomatiques » avec les leaders Frères musulmans ?

Ailleurs, sur une vidéo datant du 18 novembre 2011, on la voit prononcer ces mots : « On est le 18 novembre 2011. On est au-dessus de la Place Tahrir. C’est l’une des plus grosses manifestations depuis la révolution du 25 janvier. Et en tout cas, c’est la plus grosse révolution depuis la dernière révolution du 29 juillet dernier. Là, le mot d’ordre de cette manifestation, c’est la fin du régime militaire et […] la mise en place d’un régime islamiste »[221], avant de rajouter : « C’est très impressionnant ! C’est l’une des plus grosses manifestations que j’ai faites. Les prochaines élections. Les prochaines élections vont commencer le 28 novembre prochain et le fait qu’il y a beaucoup d’islamistes sur la Place Tahrir cette après-midi est très révélateur de l’importance de la voix islamiste et salafiste et des Frères musulmans surtout dans le débat politique … »[222]. Lors de cette manifestation qui a rassemblé plus de 50.000 manifestants, ce sont les Frères musulmans et les salafistes qui étaient présents en masse[223].

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Quelques mois plus tard, le 19 juin 2012, la franco-tunisienne s’est montrée très exaltée lors d’une nouvelle manifestation des Frères musulmans à la Place Tahrir au Caire. En commentaire, elle déclara : « C’est assez rare de se retrouver dans une grosse manifestation comme ça. Et ça un côté très très exaltant, très excitant parce qu’on se sent dans l’Histoire. On sent vraiment qu’on vit quelque chose d’historique … C’est une expérience pour moi, inoubliable »[224]. Cette manifestation s’est tenue deux jours après la fin du deuxième tour des élections présidentielles, qui a permis au Frère musulman Mohamed Morsi de revendiquer sa victoire, avec 52% des voix, face à l’autre candidat Ahmed Chafiq qui disait avoir obtenu, de son côté, 51,5 % des voix[225]. Le 24 juin 2012, l’islamiste Mohamed Morsi fut proclamé président de l’Egypte.

Dans un tel contexte favorisant les Frères musulmans, sous la bénédiction active de l’administration Obama, Ahlem Gharbi s’est sentie « dans l’Histoire » … et quelle histoire ! Après ces années passées à l’Ambassade de France au Caire, menant une sorte de « diplomatie de terrain »[226] au risque de confusion avec une démarche plutôt militante, elle a travaillé ensuite à l’ONU, au sein de la représentation permanente de la France. Ensuite, après ces années à la fonction publique, elle rejoint en 2015 le secteur privé et pas n’importe lequel : « le groupe pétrolier Total, en tant que directrice déléguée pour les affaires internationales … plus spécialement chargée de l’Afrique et du Moyen-Orient »[227], précise le magazine Jeune Afrique. Ensuite, elle est revenue à nouveau vers les affaires publiques et conseille Emmanuel Macron à l’Elysée, sous la direction de Philippe Etienne[228]. Une telle situation, sous la présidence de celui qui « promeut le pantouflage »[229], paraît très ordinaire alors que les fonctions de la franco-tunisienne au service de l’Etat, puis au service du groupe pétrolier Total et puis à nouveau au service de l’Etat, interrogent et posent des questions déontologiques tout à fait légitimes.

24- Les «binationaux» musulmans, c’est d’abord un enjeu qatari.

La preuve est désormais faite que la « vision » d’Hakim El-Karoui et de l’Institut Montaigne, s’agissant de « la nouvelle politique arabe de la France » est « efficacement » en marche, depuis l’avant-premier jour de la macronie. Cette « vision » est dotée de ressources humaines répondant toutes, ou presque, aux critères d’un casting très particulier, faisant de la binationalité, notamment franco-magrébine, son pilier majeur. Là aussi, il conviendrait de rappeler que le choix porté sur les « binationaux » pour « influencer » leur pays d’origine, mais pas que, ressemble fort à cette tentative du Qatar, datant de septembre 2012, voulant pour s’occuper de la banlieue française  un vivier de « binationaux ».On se souvient qu’un fond franco-qatari devait alors voir le jour, doté de 50 millions d’euros versé par le Qatar[230]. A l’époque, Mezri Haddad, philosophe et ancien ambassadeur de la Tunisie, qu’Hakim El-Karoui connaît sans doute, avait titré dans L’Obs : « Le Qatar investit dans les banlieues : une tactique pour étendre le néo-wahhabisme »[231]. Et l’ex-diplomate de s’interroger : « Qui finance aujourd’hui l’obscurantisme islamiste au Maghreb, en Syrie, au Nigeria, en Somalie et au Mali ? Enfin, qui a transformé le printemps arabe en hiver islamiste? »[232] La réponse est évidente.

Suite à une polémique salutaire, rappelant à l’Etat ses devoirs de s’occuper de tout le territoire national, à travers une politique de la ville digne de ce nom, et de ne surtout pas abandonner les banlieues entre les mains du Qatar (et donc des islamistes) — d’autant plus que cet émirat avait bel et bien l’intention « de prendre le contrôle de l’Union des Organisations Islamiques de France »[233] en partant du principe suivant « comme la France a la plus importante communauté maghrébine d’Europe, la contrôler via l’une de ses plus puissantes fédérations, cela voulait dire contrôler les musulmans en Europe »[234] — le Qatar avait « renoncé » à ce projet et avait annoncé vouloir réorienter sa mise vers les PME[235].

Il semblerait, toutefois, que « l’argent qatari n’est jamais arrivé »[236]. Comme solution de substitution un autre fonds d’investissement « Impact Partenaires » a vu le jour en octobre 2014, ciblant aussi la banlieue française. Il a été abondé en partie par la Banque Publique d’Investissement et aussi par de grandes entreprises, comme le groupe AXA, dirigé à cette époque par Henri de Castries, l’actuel directeur de l’Institut Montaigne. D’autres personnalités ont aussi contribué à ce fond. Parmi lesquelles Eric de Rothschild et Claude Bébéar[237]. Ce dernier étant le président d’honneur du groupe AXA et aussi le président d’honneur de l’Institut Montaigne[238].

Vouloir limiter l’influence des pays étrangers sur l’islam de France, comme le préconise Hakim El-Karoui sous l’égide de l’Institut Montaigne est une chose louable et nécessaire. Vouloir utiliser, en même temps, des « binationaux », comme le préconise Hakim El-Karoui sous l’égide de l’Institut Montaigne, pour influencer leur pays d’origine, à l’ombre du Qatar et peut-être pour le compte cette pétromonarchie frérosalafiste, pose au moins la question de la réciprocité en matière d’ingérence. S’il n’est pas tolérable que des pays étrangers, arabes en l’occurrence, puissent s’ingérer dans les affaires intérieures de la France concernant la question de l’islam, il n’est pas tolérable non plus, au nom du principe de la réciprocité, que la France, au nom de sa « nouvelle politique arabe », puisse s’ingérer dans les affaires intérieures des pays arabes.

Aussi, comment Hakim El Karoui peut-il à juste titre plaider pour que le conflit entre l’Algérie et le Maroc, au sujet du Sahara marocain, ne s’invite pas en France et ne pèse pas sur le dossier islam et en même temps, faire preuve de beaucoup de partialité, d’abord dans son Essai et puis dans le dernier Rapport de l’Institut Montaigne, en invitant implicitement, sur le territoire français, le conflit entre ces « frères-ennemis » qui sont les Saoudiens et les Qatariens, tout en se montrant plus critique vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et plus mesuré, voire sciemment silencieux au sujet du Qatar ?

25- Rendre à Tony ce qui appartient à Blair.

Quand on lit sur le très renseigné site d’information Intelligence Online, ce titre : « L’ombre de Tony Blair plane sur le rapport El-Karoui »[239], presque tout devient limpide mais les interrogations, elles, se multiplient. Au moment où toute la place médiatique parisienne ne s’enflamme que pour Hakim El-Karoui et pour le rapport d’Hakim El-Karoui, en ne mentionnant à aucun moment les noms qui figurent à la page 609 du Rapport — à savoir les noms de l’équipe de recherche et de rédaction, ces « petites-mains » dit-on — cet article interroge l’essentiel et révèle une information qui ne doit pas passer sous silence au risque de cautionner ce qui pourrait être qualifié, le cas échéant, de conflit d’intérêts flagrants : « Pour écrire le rapport sur les réseaux islamistes en Occident, porté dans les médias par le consultant Hakim el-Karoui pour le compte du think-tank Institut Montaigne, ses auteurs ont interrogé un nombre élevé d’analystes du Tony Blair Institute for Global Change (TBIGC). Stéphanie van de Werve, la chef de projet du rapport, qui se concentre longuement sur l’influence du salafisme saoudien, n’est autre qu’une ancienne de TBIGC. »[240]. A-t-on entendu parler de Stéphanie Van de Werve dans les médias français depuis le 10 septembre ? Non.

Effectivement, à la tête de l’équipe de rédaction, on trouve bel et bien Stéphanie Van de Werve, présentée comme « chef de projet »[241] mais sans aucune autre précision utile. Son profil Linkedin[242] livre d’autres informations et met en avant sa formation universitaire en Belgique et aussi son passage au Liban par l’IFPO (Institut Français du Proche-Orient). Elle a rejoint ensuite la fondation Carengie Europ, un think-tank de pression promouvant les « intérêts des États-Unis sur la scène internationale »[243]. Ensuite, elle a travaillé chez Aleron avant de rejoindre le « Tony Blair Institute for global change »[244]. Aujourd’hui, et depuis huit mois, elle travaille à l’Institut Montaigne en tant que « chef du projet Moyen-Orient ». Néanmoins, son nom ne figure pas parmi la liste des permanents. Son visage est absent de la photo de classe[245].

Par ailleurs, l’information que révèle le site Intelligence Online doit amener à se poser la question de savoir comment ce parcours a pu (ou pas) orienter le travail de recherche de l’équipe de rédaction, influencée par son travail de mai 2016 à décembre 2017 chez Tony Blair Institute for global change. L’on connait les proximités des Blair, Tony et sa femme Cherie, avec la famille du prince Qatari. Côté Cherie Blair, ces relations ont été révélées, en partie, en septembre 2015, par The Guardian britannique dans un article intitulé : « Hillary Clinton emails : Cherie Blair lobbied for Qatari crown prince »[246]. Côté Tony Blair, c’est le quotidien britannique The Telegraph qui avait révélé en mai 2012 son lobbying en faveur des princes Qatariens pour acheter des parts dans de prestigieux hôtels londoniens : « Tony Blair « initiated deal to help Qatari royal family buy hotel stakes », court told »[247].

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Aussi, c’est la société de communication Portland Communications[248], fondée par Tim Allan, le principal conseiller en communication[249] de Tony Blair qui vend, depuis 2014, ses services au pouvoir qatarien pour faire du lobbying aux Etats-Unis en faveur du Qatar[250]-[251]. Information révélée aussi par le site Intelligence Online dès le 1 octobre 2014, il y a quatre ans, jour pour jour, dans un article intitulé : « L’ex-plume de Tony Blair conseille Doha »[252]. Cette information est corroborée aussi par Bérangère Bonte dans son Essai-enquête : La République française du Qatar : « Le gros contrat de relations publiques de l’émirat pour l’international, lui, reste solidement accroché au cabinet anglo-saxon Portland.  L’entreprise créée par l’ancien dircom de Tony Blair … »[253]. L’on se rappelle aussi que l’ex-premier ministre britannique, qui avait soutenu les mensonges américains de l’ère Georges Bush pour détruire l’Irak en 2003 et causé la mort de milliers d’innocent et la déstabilisation de tout le Proche-Orient, comme le démontre le Rapport de « La commission d’enquête Chilcot »[254], avait choisi l’islamiste Tariq Ramadan[255]comme « conseiller » pour lutter contre la radicalisation et le terrorisme alors que l’une des causes majeures du développement du terrorisme est la destruction de l’Irak par le tandem Bush-Blair, servant les agendas d’autres forces régionales comme le Qatar.

Aujourd’hui, Tony Blair se tourne vers l’Arabie Saoudite pour vendre ses services. Son Institut a conclut un accord de 9 millions livres sterling avec les Saoudiens pour les conseiller. Information que l’on trouve sur le site Intelligence Online[256] et que corrobore The Telegraph[257], entre autres. Cela rappelle une fable de La Fontaine, « Le fromage », qui raconte une dispute entre deux chats pour se partager un morceau de fromage. Dirigés vers le « maître clerc Bertrand », un singe, ils lui confièrent le petit morceau pour qu’il le divise en deux, équitablement. Se servant d’une balance, Bertrand coupa le morceau en deux et remarqua qu’un morceau est plus lourd que l’autre. Il en croqua un petit chouia pour rétablir l’équilibre. A chaque pesée, Bertrand croqua un petit morceau, sous les yeux attristés et impuissants des chats. Lorsqu’ils voulaient récupérer le peu qui restait, Bertrand leur a dit : « Mais le reste, messieurs, m’appartient comme épice ». C’est le prix à payer quand on a la qualité de « beaucoup de gourmandise et peu de conscience » !

26- Rendre à Tareq ce qui appartient à Oubrou.

Toutefois, l’une des empreintes de Tony Blair dans le rapport de l’Institut Montaigne est visible à l’œil nu dans ce passage, extrait de la conclusion : « Il est essentiel de disposer d’un discours religieux musulman en français alternatif à celui d’aujourd’hui dominant sur les réseaux sociaux, le discours salafiste. A l’image du dispositif PREVENT mis en place par les Britanniques, la France doit se doter de moyens et de réseaux importants pour diffuser ce contre-discours »[258]. Comme si la France n’avait pas déjà essayé de marcher sur cette voie sans issue en obtenant des résultats que la sénatrice Esther Benbassa (EELV) qualifie de « véritable fiasco »[259] au terme des travaux de la mission d’information sénatoriale 2016/2017 qu’elle a codirigée avec Catherine Troendlé (LR) rendant public un rapport de 116 pages très instructifs [260]. Comme exemple, elle cite le « financement [public] de 930 000 euros »[261] accordé à l’anthropologue Dounia Bouzar, mais pour quel résultat ? « Elle dit avoir déradicalisé plusieurs jeunes femmes mais celle qu’elle a montré dans les médias a fini, je crois, par partir en Syrie ! »[262], déplore la sénatrice Esther Benbassa. Le comble de l’histoire c’est que pour déradicaliser, moyennant des centaines de milliers d’euros de l’argent du contribuable, elle s’est associée à Farid Benyettou,  l’ancien leader de la filière jihadiste des Buttes-Chaumont et mentor des frères Kouachi, avec qui elle a cosigné le témoignage : Mon jihad, itinéraire d’un repenti (Editions Autrement – 2017).

Pour revenir au programme Prevent Strategy, il  a été mis en place par le gouvernement de Tony Blair après les attentats de 2005 à Londres, pour, prétendument, prévenir et contrer la radicalisation islamiste. Ses résultats semblent être mitigés voire médiocres. Il coûterait aux contribuables britanniques pas moins d’1% des 3 milliards prévus pour la lutte contre le terrorisme. Son budget annuel tournerait autour de 40 millions de livres[263] (presque 45 millions d’euros). Les critiques le visant outre-Manche ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà en 2010, le quotidien The Telegraph  avait tiré la sonnette d’alarme, en publiant un article démontrant les limites de ce programme : « The Prevent strategy: a textbook example of how to alienate just about everybody »[264] dans lequel il est démontré comment une partie de l’argent public britannique alloué à ce programme était tombé entre les mains de prosélytes musulmans qui, sous couvert de déradicalisation et de production d’un soi-disant « contre-discours », ne faisaient, en vérité, que prêcher leur vision de l’islam. En France, une telle dérive fort plausible, se heurtera à l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »[265], déradicalisation ou pas déradicalisation.

Aussi, l’année dernière c’est le site de la BBC qui a proposé à ses lecteurs un article questions-réponses relativement précis : « What is the Prevent strategy ? »[266], dans lequel on apprend que les libéraux-démocrates britanniques, entre autres, voudraient bien arrêter ce programme, car il est jugé inefficace et contre-productif. Par conséquent, il est étonnant que l’Institut Montaigne et Hakim El-Karoui puissent proposer en France, dans la conclusion de leur Rapport, ce qui ne semble pas marcher en Grande-Bretagne. La preuve, et sans parler des attentats déjoués par les services de sécurité britannique, ce programme n’a pas su arrêter les attentats dans ce pays[267] parmi lesquels l’attentat de Manchester Arena, commis en mai 2017 par le libyen Salman Abedi, fils d’un Frère musulman[268]. Le programme Prevent Strategy n’a rien vu venir.

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Les Frères musulmans (Libyens) coulaient plutôt des jours tranquilles en Grande-Bretagne. Lorsque la justice britannique avait demandé aux « autorités libyennes » l’extradition d’Hashem Adebi, le frère du terroriste, pour qu’il soit jugé au vu de son implication dans ce massacre, cette demande a été refusée. Le journal émirati The National y voit la signature[269] du jihadiste milliardaire Abdelhakim Belhaj[270] qui exigeait des excuses de la part du gouvernement britannique. C’est désormais chose faite. Theresa May, contrainte de mordre le sable libyen, a fini par présenter des excuses au jihadiste : « au nom du gouvernement de sa Majesté, je m’excuse sans réserve »[271], disait-elle, en mai 2018. Son gouvernement a même annoncé qu’il allait « verser 500.000 livres sterling »[272] à l’épouse de ce jihadiste. Quant aux familles des enfants tués à Manchester Arena, ils devront continuer à financer, par les impôts, le Prevent Strategy de Tony Blair.

Pourquoi l’Institut Montaigne voudrait-il que l’Etat engage une partie des finances publiques dans un tel fiasco ? Y-aurait-il une autre raison derrière la promotion de cette mesure ? Je le crains vraiment. En effet, quand on observe attentivement la liste de l’équipe de rédaction du rapport de l’Institut Montaigne, un autre nom attire la curiosité : Wassef Lemouchi. Il est présenté sans aucune autre précision utile comme « consultant en communication »[273]. Ailleurs, sur l’interface Linkedin, Wassef Lemouchi précise que depuis 2016, il est « chargé de prévention digitale »[274] au sein du CAPRI[275]. CAPRI ? C’est quoi ? C’est qui ? C’est comment ? Il s’agit du « Centre d’Action et de Prévention contre la Radicalisation des Individus », que préside le … Frère musulman Marwan El-Bakhour[276], le délégué régional des « Musulmans de France » (ex-UOIF) en Aquitaine, Limousin et Poitou Charentes et dont l’un des membres fondateurs de son « conseil scientifique est technique », n’est autre que le frérosalafiste Tareq Oubrou[277], qu’Hakim El-Karoui et l’Institut Montaigne voudraient bien voir, un jour, porter les habits de « Grand imam de France », au mépris de ce que souhaiteraient réellement, ou pas, ces musulmans silencieux dont Hakim El-Karoui s’autoproclame  porte-parole.

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Il suffit de lire le papier de blog de Michèle Delaunay[278] (PS) qui raconte cette journée d’inauguration du CAPRI, le samedi 9 janvier 2016, et comment des politiques de gauche et de droite sont partis soutenir les Frères musulmans de Gironde dans leur nouvelle trouvaille : « Inauguration ce samedi 9 janvier 2016 du Centre d’action et de prévention de la radicalisation des individus (CAPRI) sous la présidence de Marwan El Bakhour en présence notamment de Patrick Kanner, Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Pierre Dartout, Préfet, Alain Juppé, Maire de Bordeaux, Marik Fetouh, Adjoint au Maire, Secrétaire général et porte-parole du Capri, Tareq Oubrou, Recteur de la Mosquée de Bordeaux, Alain Rousset, Président de la Région, Denise Greslard-Nédélec, Vice-Présidente du Département, Sandrine Doucet, Députée de la Gironde,Françoise Cartron, Sénatrice de la Gironde et Naïma Charaï, Conseillère régionale. »[279]

On y apprend aussi que cette instance frériste est « subventionnée par l’Etat et les collectivités locales »[280]. C’est ce que confirme le Rapport sénatorial susmentionné de la mission codirigée par la sénatrice Esther Benbassa. Dans l’annexe « Liste des financements au titre de la prévention de la radicalisation par le fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) en 2015 et 2016. », on apprend que le CAPRI a reçu de ce fond 155.000€ comme subventions en deux ans au titre de la « prise en charge de cas individuels ciblés par la cellule de suivi »[281]. A combien s’élèvent les subventions que la Mairie de Bordeaux semble attribuer à ce centre frériste ? Le contribuable français a-t-il au moins le droit d’exiger un audit sur la dépense de cet argent, la qualité des intervenants, les retombées de ces subventions ? En attendant, le CAPRI peut compter sur la promotion officielle que lui garantit le site du Ministère de l’Education Nationale[282]. Et quelle caution !

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Il peut aussi compter sur l’Institut Montaigne qui n’a pas jugé utile d’expliciter les liens entre Wassef Lemouchi, l’un des rédacteurs du Rapport Montaigne, et le CAPRI des Frères musulmans, dans lequel Wassef Lemouchi travaille et qui, si le gouvernement suit la préconisation d’Hakim El-Karoui pour une French Prevent Strategy, s’en sortirait renforcé. La crainte serait que cette stratégie qui voudrait engager les deniers publics pour soi-disant combattre la radicalisation islamiste ne soit, in fine, qu’un subterfuge qui redonnerait aux islamistes l’argent dont ils auraient besoin, puisé dans les deniers publics, quand les sources des financements étrangers s’assèchent progressivement. Le Rapport de l’Institut Montaigne qui préconise de mieux contrôler le financement étranger à la porte de l’islamisme, voudrait-il lui apporter des liquidités par une porte dérobée ou une fenêtre discrète.

Conclusion :

Tout est parti d’un « simple » constat troublant : pourquoi Hakim El-Karoui n’a-t-il pas cité le Qatar, ne serait-ce qu’une seule fois, dans son essai : L’islam, une religion française ? Je ne prétends pas avoir fourni une réponse nette, ferme et définitive malgré tous les éléments de réponse récoltés, comme les pièces d’un puzzle tentaculaire indéfinissable. La question demeure entière. A cette question il va falloir désormais ajouter une autre, plus préoccupante encore : les Frères musulmans, dont l’idéologie se trouve à la racine de toutes les violences, peuvent-ils être considérés, comme le préconise subtilement le Rapport de l’Institut Montaigne, comme une partie de la solution ? Ma réponse à ce sujet est définitive : Non. L’idéologie que véhiculent les Frères musulmans est le cancer de l’islam. Ils ne peuvent être sollicités ni à titre collectif, ni à titre individuel, dans la conception d’un islam réformé.

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Ce n’est pas l’avis du Rapport de l’Institut Montaigne qui a eu le mérite de solliciter des communicants du Qatar et des Frères musulmans pour l’éclairer à ce sujet. Il a même réussi à faire croire qu’il serait hostile aux Frères musulmans tout en les intégrant comme partie prenante des solutions à envisager. Quant à Hakim El-Karoui, on ne peut qu’être admiratif de sa capacité à faire siennes dans « son » essai susmentionné, les quatre principales manœuvres de dissimulation d’usage chez le lobby frérosalafiste pro-Qatar à Paris, le même lobby Qatarien pro-Frères.  Il en a fait la preuve par quatre :

Premièrement, passer sous silence le rôle du Qatar à l’ombre de l’islamisme, au moins en France, et criminaliser, à grand bruit, celui de l’Arabie Saoudite. Deuxièmement, faire croire que l’idéologie des salafistes wahhabites, soutenus de moins en moins par les Saoudiens, serait différente de celle des Frères musulmans, soutenus hier par l’Arabie Saoudite et aujourd’hui par le Qatar. Troisièmement, faire passer les salafistes wahhabites pour de dangereux islamistes et, en même temps, faire passer les Frères musulmans pour des islamistes modernes, modérés et fréquentables. Et, quatrièmement, créer dans les esprits non-initiés, surtout chez les non-arabisants, une séparation d’ordre à la fois épistémologique, historique et géographique entre les Frères musulmans d’hier et ceux d’aujourd’hui ; entre les Frères musulmans du Mashreq et ceux du Maghreb ; entre les Frères musulmans des pays arabes et ceux hyperactifs en France et en Europe.

Dans une démocratie, en bonne santé, c’est la voix de chaque citoyen qui compte et non la voix des lobbys. Mais depuis quand le recours à l’influence lobbyiste est-il un gage de démocratie ? Ma conviction est que les lobbys, quels qu’ils soient, euthanasient les démocraties vieillissantes et avortent celles qui se battent pour naître dans la douleur. De ce fait, le chemin brumeux que préconise Hakim El-Karoui, à l’ombre de l’Institut Montaigne, n’épargnera ni la démocratie française vieillissante qui sent le pourrissement à presque tous les étages, ni les démocraties qui tentent d’émerger de l’autre rive de la Méditerranée après des siècles sous le joug du despotisme et de ses corruptions.

Un débat citoyen, public, franc et responsable devra donc avoir lieu sans que l’on soit pressé par un agenda secret, celui du « maître des horloges ». Car contrairement à ce que préconisent certains, en jouant sur la fibre sensible de la peur, il ne s’agit aucunement d’une « réforme de la dernière chance »[283]. La réforme de l’objet islam a déjà commencé, depuis plus d’un siècle ailleurs, et elle se poursuit à son rythme avec les inerties du passé et ses entraves. Il s’agit, pour la République de choisir si elle considère l’islamisme, y compris toutes les obédiences des Frères musulmans, comme un cancer à éradiquer, ou bien, comme une solution ou partie de la solution à adopter ? Les Frères musulmans sont-ils le problème ou la solution ? Il va falloir trancher cette question, souverainement, dans le respect du droit. Il s’agit, pour les citoyens musulmans français, de prendre le temps de la réflexion pour se poser toutes les questions, y compris celles qui fâchent. Cela aussi a déjà commencé et n’a pas attendu les préconisations d’Hakim El-Karoui ou celles de l’Institut Montaigne. Cela demande du temps, le temps d’une génération, sans doute.

Le sujet « islam » est trop sensible, pour ne pas dire explosif, sans aucun jeu de mot, pour être traité avec des recettes dignes des apprentis sorciers des temps révolus. La réforme de l’islam n’est pas du tout un sujet financier pour qu’il soit approché à travers le prisme fiscal et capitalistique. Comme si la proposition stigmatisante de la « taxation du halal » – avec toutes les questions de constitutionnalité que cette mesure soulève – allait mettre un terme aux diverses violences et outrances  de l’islam politique califal, contre l’humain et contre la société des gens ordinaires. L’on pourrait vraiment craindre que derrière cette agitation anormale ne se joue l’avenir de l’islam politique, en France et en Europe, et même au-delà, tel que conçu et pensé dans d’autres think tanks frérosalafistes, financés par le Qatar, ailleurs comme ici.

L’on pourrait craindre aussi que l’intronisation d’un staff frérosalafiste notoire à la tête de la structure associative que préconisent Hakim El-Karoui et l’Institut Montaigne ne bénéficie, in fine, qu’au projet islamiste des Frères musulmans. Certains robinets semblent désormais fermés et certains gisements asséchés, le fait de mettre des frérosalafistes aux commandes d’une manne financière bénie par l’Etat, cela compenserait l’argent qui manque au projet islamiste pour financer ces « mosquées-cathédrales », existantes et à construire, et pour poursuivre son œuvre de sape du socle républicain et laïque, favorisant une « partition » qui se profile à l’horizon et créant une société dans la société.

La farce consistant à  fustiger des frérosalafistes, première génération usée et leur presque coquille vide nommée « Musulmans de France » (ex-UOIF), et de soutenir et promouvoir, en même temps, des frérosalafistes deuxième et troisième génération, ne peut endormir et tromper que des personnes naïves qui ignorent presque tout de l’islamisme, de son projet, de ses calculs, de ses soutiens, de son opportunisme, de ses mues successives et de ses méthodes structurelles de dissimulation. Faire croire qu’il y aurait plusieurs islamismes, c’est jouer avec le feu. Critiquer l’Arabie-Saoudite et épargner le Qatar n’est pas digne d’un rapport qui surfe sur une prétendue objectivité scientifique. L’islamisme, d’où qu’il vienne, est un et indivisible.

Enfin, « Il n’est désir plus naturel que le désir de connaissance. Nous essayons tous les moyens qui nous y peuvent mener. Quand la raison nous manque, nous y employons l’expérience qui est un moyen plus faible et moins digne ; mais la vérité est chose si grande, que nous ne devons dédaigner aucune entremise qui nous y conduise »,  écrivait jadis Michel de Montaigne (1533-1592) dans ses Essais. Puisse l’Institut Montaigne honorer sa mémoire et poursuivre le chemin au service de la connaissance sans s’arranger avec certaines vérités qui, par nature, ne peuvent garantir les intérêts d’une oligarchie hors sol. Quant à l’Exécutif, il sait pertinemment ce qu’il ne doit surtout pas faire et aussi ce qu’il lui reste à faire pour préserver, sans relâche, sans compromission et sans concession, ce qui fait encore sens pour des millions de Citoyens : la République française, une et indivisible, sa Constitution et sa Laïcité. Dans quelques jours, le 4 octobre, Emmanuel Macron se rendra à Colombey-les-Deux-Églises, pour « rendre hommage au Général de Gaulle »[284] et, peut-être, chercher l’inspiration. Un acte fort symbolique ouvrant les célébrations du 60ème anniversaire de la Vème République (4 octobre 1958 – 4 octobre 2018). Il prononcera ensuite un discours au Conseil Constitutionnel. Va-t-il, enfin livrer toute sa vision de la Laïcité ? Va-t-il écouter la voix des Citoyens ? Va-t-il céder aux pressions des lobbys ?

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Fin

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Notes bibliographiques :


[1]Hakim El-Karoui cite aussi d’autres régions du monde : L’Amérique, l’Afrique, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne, l’Asie centrale, les Etats du Golfe, l’Europe, le Maghreb, le Monde arabe, le Moyen-Orient, le Proche-Orient, le Tiers-Monde et l’Union européenne. On y trouve même des entités souveraines disparues comme l’Union Soviétique, la Gaule, les Provinces-Unies et Rome.

[2] Lire par exemple mon enquête « Les jalons de François Burgat sur le chemin des Frères », ici : http://mohamedlouizi.eu/2017/12/31/les-jalons-de-francois-burgat-sur-la-route-des-freres/

[3] Lire aussi mon décryptage « Pierre, Christophe, Vincent et Raphaël : Quatre petits amis des Frères musulmans », ici : http://mohamedlouizi.eu/2018/03/30/pierre-christophe-vincent-et-raphael-quatre-petits-amis-des-freres-musulmans/

[4] Télécharger un extrait de mon Essai autobiographique analysant la présence et le pouvoir des Frères musulmans au Qatar depuis plus de 50 ans, ici : http://mohamedlouizi.eu/files/2018/05/50-ans-de-tamkine-des-freres-musulmans-au-qatar-mlouizi.pdf

[5] Voir son profil académique ici : https://extremism.gwu.edu/dr-lorenzo-vidino

[6] Lorenzo Vidino, The new Muslim Brotherhood in the West, Columbia University Press, New York, 2010, p.48.

[7] Antoine Peillon, Résistance !, Seuil, Paris, 2016, lire au moins de la page 57 à la page 90.

[8] https://www.wsj.com/articles/the-new-lobbying-qatar-targeted-250-trump-influencers-to-change-u-s-policy-1535554647

[9] https://www.challenges.fr/media/cinq-ans-apres-sa-creation-l-opinion-s-enrichit-avec-des-articles-du-wall-street-journal_579506

[10] https://www.lopinion.fr/auteur/hakim-el-karoui-245158/articles

[11] https://www.lopinion.fr/edition/international/relations-entre-france-qatar-priorite-securite-dans-golfe-l-europe-155647

[12] Ibid.,

[13] Bérengère Bonte, La République française du Qatar, Fayard, Paris, 2017, p. 146.

[14] Lire aussi cet article de Marianne : https://www.marianne.net/politique/france-qatar-le-temps-beni-de-la-cash-machine

[15] https://www.marianne.net/economie/et-maintenant-l-hotel-de-la-marine-comment-le-qatar-est-en-train-de-se-payer-paris

[16] http://www1.alliancefr.com/actualites/qatar-lobby-israelien-liste-influenceurs-trump-emirats-6069746

[17] Ibid.,

[18] https://www.monde-diplomatique.fr/2018/09/GRESH/59047

[19] http://www.institutmontaigne.org/experts/henri-de-castries

[20] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/01/16/35003-20170116ARTFIG00339-henri-de-castries-je-m-engage-pour-francois-fillon.php?redirect_premium

[21] https://lelab.europe1.fr/soutien-inconditionnel-de-fillon-henri-de-castries-soutient-un-candidat-lrem-3351716

[22] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/09/29/20002-20170929ARTFIG00239-henri-de-castries-je-partage-la-vision-du-chef-de-l-etat.php

[23] François Fillon, Vaincre le totalitarisme islamique, Albain Michel, Paris, 2016, p. 85.

[24] https://blogs.mediapart.fr/mohamed-louizi/blog/261015/pourquoi-il-faut-interdire-le-voile-de-la-fnem-islamiste

[25] http://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/rapport-un-islam-francais-est_-possible.pdf (page 52)

[26] http://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/rapport-un-islam-francais-est_-possible.pdf (page 72)

[27] Ici, la version abrégée de ce rapport en PDF : http://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/Version%20Abrege%CC%81e%2090%20pages.pdf

[28] Ibid.,

[29] Hakim El-Karoui, L’islam, une religion française, Gallimard, Paris, 2018, p.18.

[30] Télécharger et lire ici : http://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/nouveau-monde-arabe-nouvelle-politique-arabe-pour-la-france.pdf

[31] Ibid.,

[32] https://www.challenges.fr/finance-et-marche/l-ex-patron-d-axa-henri-de-castries-du-groupe-de-bilderberg-au-fonds-americain-general-atlantic_498965

[33] https://mondafrique.com/ben-ali-grand-hakim-el-karoui-prophete/

[34] http://mohamedlouizi.eu/2018/07/14/ceci-nest-pas-une-revelation-lislam-francais-dhakim-el-karoui-est-en-marche-dans-les-coulisses-du-pouvoir/

[35] https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Emmanuel-Macron-Bernardins-discours-2018-04-09-1200930420

[36] https://www.collegedesbernardins.fr/a-propos/comite-de-parrainage-de-la-fondation-des-bernardins

[37] http://www.aljazeera.net/news/reportsandinterviews/2016/9/23/ مواقف-متباينة-إزاء-دراسة-عن-الإسلام-بفرنسا

[38] Ce passage est tiré de la conclusion dudit rapport, à la page 586 de la version intégrale et à la page 83 de sa version abrégée téléchargeable ici : http://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/Version%20Abrege%CC%81e%2090%20pages.pdf

[39] http://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/la-fabrique-de-lislamisme-cp.pdf

[40] https://fr.timesofisrael.com/quels-pays-participent-a-lintervention-au-yemen/

[41] https://www.al-sharq.com/article/05/06/2017/ قطر-في-اليمن-مشاركة-قوية-في-عاصفة-الحزم

[42] https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Temp%C3%AAte_d%C3%A9cisive

[43] Lire en arabe ici : https://arabic.sputniknews.com/arab_world/201706051024393969/

[44] https://www.courrierinternational.com/article/2013/04/19/au-royaume-de-l-esclavage-moderne

[45] https://www.lemonde.fr/football/article/2016/03/31/mondial-au-qatar-amnesty-denonce-les-conditions-de-vie-desastreuses-des-ouvriers-immigres_4892724_1616938.html

[46] https://www.marianne.net/monde/qatar-un-lycee-voltaire-version-charia-actualise

[47] https://francais.rt.com/international/21969-danoise-est-retenue-qatar-apres

[48] https://www.nouvelobs.com/monde/20160613.OBS2431/qatar-victime-d-un-viol-une-jeune-femme-condamnee-pour-adultere.html

[49] https://www.marianne.net/monde/qatar-violee-une-neerlandaise-de-22-ans-jugee-coupable-dadultere

[50] https://www.20minutes.fr/monde/1525135-20150125-qatar-justice-laisse-famille-americaine-tuee-decider-sentence-accuse

[51] http://tunisie-telegraph.com/2018/04/08/قضية-فخري-الأندلسي-السفير-التونسي-بال-54706

[52] https://www.huffpostmaghreb.com/entry/condamne-a-la-peine-de-mort-au-qatar-la-famille-du-tunisien-fakhri-landolsi-clame-son-innocence-le-ministere-des-affaires-etrangeres-intervient_mg_5ac758fce4b09d0a119292de

[53] https://www.realites.com.tn/2018/04/fakhri-landolsi-ce-tunisien-condamne-a-mort-au-qatar/

[54] http://17-14.com/?p=7646

[55] http://www.amnesty.sn/spip.php?article1749

[56] https://www.cnews.fr/monde/2016-10-11/quand-hillary-clinton-accusait-le-qatar-et-larabie-saoudite-de-soutenir

[57] https://www.lopinion.fr/edition/international/wikileaks-hillary-clinton-l-arabie-saoudite-qatar-financent-daech-111971

[58] https://www.theguardian.com/world/2014/nov/28/support-isis-stronger-arabic-social-media-europe-us-than-syria

[59] https://lemonde-arabe.fr/04/04/2018/en-8-mois-arabie-saoudite-a-fait-plus-de-reformes-quen-40-ans/

[60] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180601-arabie-saoudite-al-qaida-mbs-reformes-societales-pecher

[61] https://arabi21.com/story/1097915/أمير-قطر-يقيم-مأدبة-إفطار-للعلماء-ويحتفي-بالقرضاوي-صور

[62] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 602.

[63] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 105.

[64] Ibid.,

[65] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_ben_Abdelwahhab

[66] http://www.liberation.fr/planete/1995/06/28/l-emir-du-qatar-detrone-en-douce-par-son-fils_136226

[67] Ici son site officiel en arabe : http://www.jameaalemam.com/index.php

[68] https://middle-east-online.com/ قطر-تعتنق-الوهابية-منافسة-للسعودية-أم-مواجهة-لإيران؟

[69] Ibid.,

[70] https://middle-east-online.com/ الأمير-نايف-يرد-على-الوهابية-القطرية-السعودية-قامت-على-السلفية-وستبقى

[71] http://www.jameaalemam.com/index.php?group=view&rid=22746#.W2bdYrgyWUk

[72] http://www.raya.com/home/print/f6451603-4dff-4ca1-9c10-122741d17432/9be8a33d-b32d-4379-a5aa-9593b905066b

[73] https://www.al-qaradawi.net/node/1275

[74] http://www.jameaalemam.com/index.php?group=view&rid=23109#.W2bPWLgyWUk

[75] https://blogs.mediapart.fr/mohamed-louizi/blog/310116/les-preuves-du-financement-saoudien-de-l-islamisation-de-l-universite-par-l-uoif-enquete

[76] http://elqalamcenter.com/2017/12/18/شجرة-الاخوان-المسلمين-زرعها-السعود/

[77] http://www.ikhwanwiki.com/index.php?title=خطابات_حسن_البنا_الشاب_إلى_أبيه

[78] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/7567

[79] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 318.

[80] https://www.almesbar.net/الإخوان-المسلمون-والسعودية-الهجرة-وا/

[81] https://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/18/l-uoif-classee-organisation-terroriste-par-les-emirats-arabes-unis_4525267_3224.html

[82] http://www.aljazeera.net/news/reportsandinterviews/2017/6/18/ الإخوان-المسلمون-وجود-قديم-في-الخليج

[83] https://newspaper.annahar.com/article/72240- الاخوان-المسلمون-والسعودية

[84] http://www.umayya.org/studies-ar/13701

[85] Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Nos très chers émirs, sont-ils vraiment nos amis ?, Michel Lafon, Paris, 2016, p.50.

[86] Hakim El-Karoui, L’islam, une religion française, Gallimard, Pairs, 2018, p.110.

[87] https://telquel.ma/2016/03/31/terrorisme-marocain-europe_1489455

[88] Ibid.,

[89] Ibid.,

[90] Ibid.,

[91] https://www.renenaba.com/qatar-livre-noir-1-4/

[92] https://www.renenaba.com/qatar-livre-noir-2-4-freres-musulmans-mauvais-choix-mauvais-pari/

[93] https://www.renenaba.com/qatar-livre-noir-3-4-cellule-de-doha-vecteur-dinfluence-qatar-sein-courant-salafiste/

[94] https://www.renenaba.com/qatar-livre-noir-4-4-strategie-lobby-qatar-medias-arabes-occidentaux/

[95] https://www.madaniya.info/auteur/rene-naba/

[96] https://www.huffpostmaghreb.com/rene-naba/arabie-saouditeqatar-la-g_1_b_16997872.html

[97] https://www.theguardian.com/world/2018/aug/03/osama-bin-laden-mother-speaks-out-family-interview?CMP=twt_gu

[98] http://alkhabar-sy.com/?p=38741

[99] http://www.lefigaro.fr/international/2018/08/03/01003-20180803ARTFIG00301-la-mere-de-ben-laden-estime-que-son-fils-a-subi-un-lavage-de-cerveau.php

[100] https://www.cairn.info/al-qaida-dans-le-texte–9782130547716-p-113.htm

[101] https://www.bfmtv.com/societe/islamisme-5-predicateurs-saoudiens-parmi-les-comptes-les-plus-suivis-au-monde-sur-internet-1520546.html

[102] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 483.

[103] https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/la-fabrique-de-lislamisme-cp.pdf

[104] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 482.

[105] https://www.alarabiya.net/ar/arab-and-world/syria/2013/06/13/ من-القاهرة-علماء-المسلمين-يدعون-إلى-الجهاد-لنصرة-سوريا.html

[106] http://almoslim.net/node/124591

[107] http://fr.le360.ma/politique/quand-le-mur-deroule-le-tapis-rouge-a-un-predicateur-retrograde-53875

[108] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 482.

[109] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/09/04/97001-20180904FILWWW00137-arabie-saoudite-peine-de-mort-requise-contre-un-religieux.php

[110] Hakim El-Karoui, L’islam, une religion française, Gallimard, Paris, 2018, p.74.

[111] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 483.

[112] https://www.al-qaradawi.net/node/147

[113] https://twitter.com/alqaradawy/status/739771906736459776

[114] Voir la promotion de ce livre à la page 8 de cette revue qatarienne : http://www.raya.com/File/Get/%20347aa9d5-8784-4b80-839b-ab5324b68f73.pdf#pagemode=thumbs

[115] Ibid.,

[116] https://www.lopinion.fr/edition/politique/l-islamisme-n-est-pas-produit-l-occident-chronique-d-hakim-el-karoui-162339

[117] Ibid., p.113.

[118] Ibid.,

[119] Ibid.,

[120] https://www.humanite.fr/node/340288

[121] https://blogs.mediapart.fr/monica-m/blog/120216/mohamed-louizi-definit-lorigine-du-concept-dislamisation

[122] Hakim El-Karoui, L’islam, une religion française, Gallimard, Paris, 2018, p.113.

[123] https://lemuslimpost.com/consistoire-musulman-tareq-oubrou-futur-calife-islam-france.html

[124] http://mohamedlouizi.eu/2018/05/14/tareq-oubrou-un-futur-grand-imam-de-macron/

[125] http://mohamedlouizi.eu/2018/05/10/habemus-magnum-imam/

[126] Ibid., p.244.

[127] Tareq Oubrou, « Coran, clés de lecture », contribution à l’ouvrage : Valeurs d’islam, sous la direction de Dominique Reynié, Fondation pour l’innovation politique, Edition PUF, Paris, Janvier 2016, p.54.

[128] Tareq Oubrou, « Coran, clés de lecture », contribution à l’ouvrage : Valeurs d’islam, sous la direction de Dominique Reynié, Fondation pour l’innovation politique, Edition PUF, Paris, Janvier 2016, p.52.

[129] Farid Abdelkrim, L’islam sera français ou ne sera pas, Les points sur les i, Paris, 2015, p. 103.

[130] https://www.youtube.com/watch?v=E2CwNN2g2rs&list=PLc3sY3i5wyzCOe0r1_QLJi6of3c1jRMsi

[131] https://www.youtube.com/watch?v=ffmwszmXi2I

[132] https://www.nouvelobs.com/rue89/20160830.RUE5451/au-fait-il-faisait-quoi-chez-rothschild-emmanuel-macron.html

[133] http://www.leaders.com.tn/article/23961-hakim-el-karoui-il-m-a-ecoute-j-ignore-si-je-serai-entendu

[134] http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/dossiersduceri/les-etats-unis-et-l-islam-politique-composer-avec-les-freres-musulmans-egyptiens

[135] http://www.jeuneafrique.com/mag/529393/politique/hakim-el-karoui-il-faut-assumer-les-lignes-de-demarcation-avec-lislamisme/

[136] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/05/19/rached-ghannouchi-il-n-y-a-plus-de-justification-a-l-islam-politique-en-tunisie_4921910_3212.html

[137] https://www.hrw.org/fr/news/2018/09/06/tunisie-le-parti-ennahda-rejette-legalite-dans-lheritage

[138] http://www.ennahdha.tn/ البيان-الختامي-للدورة-21-لمجلس-شورى-حركة-النهضة

[139] http://mohamedlouizi.eu/2016/06/15/les-nababs-de-ramadan/

[140] http://mohamedlouizi.eu/2018/04/18/macron-a-recu-des-freres-musulmans-syriens-a-lelysee-va-t-il-les-financer-par-largent-du-contribuable/

[141] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 489.

[142] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 497.

[143] https://www.capital.fr/entreprises-marches/affaire-areva-la-monstrueuse-amende-qui-menace-la-france-1308725

[144] https://www.capital.fr/economie-politique/edouard-philippe-a-lemission-politique-repondra-t-il-sur-la-nouvelle-affaire-areva-1308726

[145] http://mohamedlouizi.eu/2017/05/11/edouard-philippe-futur-premier-ministre/

[146] https://twitter.com/MohamedLOUIZI/status/862946410207031296

[147] Lire mon décryptage ici : http://mohamedlouizi.eu/2018/02/11/un-proche-de-macron-la-loi-1905-nest-pas-un-texte-sacre/

[148] Hakim El-Karoui, L’islam, une religion française, Gallimard, Paris, 2018, p.76.

[149] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 576.

[150] Ibid.,

[151] https://www.marianne.net/politique/ils-ont-livre-la-france-au-qatar

[152] http://www.leparisien.fr/psg-foot-paris-saint-germain/l-emirat-deja-proprietaire-d-adresses-prestigieuses-dans-la-capitale-02-10-2015-5146979.php

[153] http://www.france-galop.com/fr/content/le-qatar-prix-de-larc-de-triomphe-%C3%A0-nouveau-sacr%C3%A9

[154] http://www.raya.com/news/pages/1f7a26ce-5960-4fd0-8b17-7197c00d85f7

[155] https://www.qp.com.qa/ar/pages/home.aspx

[156] http://www.alwasatnews.com/news/244891.html

[157] http://www.raya.com/news/pages/70aabb2c-46f6-46e3-ba02-ed3c6dd37799

[158] https://www.challenges.fr/sport/le-psg-a-trouve-son-nouveau-sponsor-ooredoo-au-qatar_33709

[159] https://www.atlas-mag.net/article/axa-autorisee-a-sinstaller-au-qatar

[160] http://fr.financialislam.com/le-takaful.html

[161] https://www.atlas-mag.net/en/article/axa-insurance-gulf-interested-in-the-takaful-insurance-market

[162] http://www.qatarisbooming.com/article/axa-gulf-wins-qatar-insurer-year-mena-insurance-awards-2017

[163] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 315.

[164] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 609-613.

[165] http://www.mizane.info/samir-amghar-la-france-est-un-pays-ou-on-ne-comprend-plus-ce-quest-la-foi/

[166] Ibid.,

[167] http://mohamedlouizi.eu/2018/05/14/tareq-oubrou-un-futur-grand-imam-de-macron/comment-page-1/

[168] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/10429

[169] http://www.almarjie-paris.com/2300

[170] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p.494 et p.498.

[171] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/8673

[172] https://www.saphirnews.com/Azzedine-Gaci-promu-chevalier-de-la-Legion-d-honneur_a22160.html

[173] http://www.lemondedesreligions.fr/debats/opinions/devrais-je-faire-semblant-10-02-2015-4512_200.php

[174] http://www.les7defis.com/2015/02/abderahmane-azzouzi-cancerologue-repute-demissionne-pour-dire-stop-a-lislamophobie/

[175] Lire la page 11 : http://docplayer.fr/7850592-Date-20-26-mai-15-page-1-11.html

[176] http://www.islamophobie.net/articles/2015/06/09/diffamation-m-azzouzi-par-militante-du-ps-silence-des-membres-du-parti/

[177] http://www.islamophobie.net/articles/2015/07/06/malgre-la-calomnie-un-chirurgien-exemplaire/

[178] https://fr-fr.facebook.com/ccifofficiel/posts/ccif-angerslambassadeur-du-ccif-angers-pr-azzouzi-un-homme-de-talent-et-de-convi/1071488112866708/

[179] https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/angers-49000/la-licra-reagit-aux-propos-dun-elu-2729925

[180] https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/angers-49000/la-licra-reagit-aux-propos-dun-elu-2729925

[181] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/ce-meeting-contre-l-islamophobie-qui-divise-la-gauche_1658750.html

[182] https://www.facebook.com/363640397135854/photos/a.377261595773734/781823128650910/?type=3&theater

[183] http://www.lepoint.fr/societe/le-vibrant-appel-de-42-personnalites-musulmanes-31-07-2016-2058247_23.php

[184] https://www.lejdd.fr/Societe/Religion/TRIBUNE-Nous-Francais-et-musulmans-sommes-prets-a-assumer-nos-responsabilites-800095

[185] https://www.parismatch.com/Actu/Societe/Abdel-Rahmene-Azzouzi-On-ne-parle-jamais-aux-musulmans-francais-1076887

[186] https://www.parismatch.com/Actu/Societe/Islam-tranquille-en-France-148762

[187] https://www.courrierdelouest.fr/actualite/angers-un-medecin-accuse-de-harcelement-sexuel-au-chu-30-08-2018-370807

[188] Ibid.,

[189] Ibid.,

[190] Ibid.,

[191] https://www.lemonde.fr/religions/article/2018/07/05/hakim-el-karoui-propose-de-reguler-le-culte-musulman-par-les-flux-financiers_5326084_1653130.html

[192] https://www.valeursactuelles.com/politique/reforme-de-lislam-un-rapport-choc-remis-au-gouvernement-98691

[193] https://www.huffingtonpost.fr/rachid-benzine/les-fausses-pistes-autour-de-lislam-de-france_a_23358648/

[194] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/03/06/rachid-benzine-islam-de-france-attention-aux-fausses-bonnes-idees_5266169_3232.html

[195] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/11/il-faut-renforcer-l-islam-des-gens_5353219_3232.html

[196] http://mohamedlouizi.eu/2017/04/29/presidentielle-emmanuel-macron-otage-du-vote-islamiste/

[197] https://www.institutmontaigne.org/publications/nouveau-monde-arabe-nouvelle-politique-arabe-pour-la-france

[198] https://www.wsj.com/articles/the-new-lobbying-qatar-targeted-250-trump-influencers-to-change-u-s-policy-1535554647

[199] https://www.marianne.net/monde/justin-trudeau-lidiot-utile-de-lislamisme

[200] https://www.nouvelobs.com/monde/20180807.OBS0620/guerre-diplomatique-entre-le-canada-et-l-arabie-saoudite-la-crise-en-7-actes.html

[201] https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/resume-nouveaux-mondes-arabes-nouvelle-politique-arabe-pour-la-france.pdf

[202] https://www.marianne.net/societe/l-islamisation-visage-decouvert-en-seine-saint-denis-au-coeur-du-prochain-livre-des

[203] https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/nouveau-monde-arabe-nouvelle-politique-arabe-pour-la-france.pdf

[204] https://www.marianne.net/debattons/forum/la-laicite-maitrisee-par-les-outils-de-l-islamisme-ecrasee-entre-le-marteau-et-l

[205] http://www.slate.fr/story/102497/gala-du-ccif

[206] https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/19/yassine-belattar-siegera-bien-dans-le-conseil-presidentiel-des-villes-nomme-par-emmanuel-macron_a_23438724/

[207] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/l-humoriste-yassine-belattar-place-en-garde-a-vue-mardi_1986614.html

[208] https://www.marianne.net/politique/agression-coups-de-casque-le-depute-m-jid-el-guerrab-demissionne-de-lrem-mais-pas-de-son

[209] http://www.lepoint.fr/politique/m-jid-el-guerrab-le-nouvel-ami-d-emmanuel-macron-05-09-2018-2248660_20.php

[210] https://www.marianne.net/politique/legislatives-comment-le-maroc-obtenu-l-eviction-d-une-candidate-lrem-et-soutenu-m-jid-el

[211] http://mohamedlouizi.eu/2017/12/31/les-jalons-de-francois-burgat-sur-la-route-des-freres/

[212] https://www.ccme.org.ma/images/illustrations/fr/2017/05/Communique_Presentation_livre_Islam_et_le_commun_universel_Paris.pdf

[213] http://www.sudinfo.be/art/1840053/article/2017-05-08/un-incubateur-artistique-sera-cree-a-molenbeek-avec-l-humoriste-francais-yassine

[214] Ibid.,

[215] https://www.vanityfair.fr/pouvoir/politique/story/affaire-benalla-qui-est-ismael-emelien-lintrigant-conseiller-de-macron-aujourdhui-en-danger-/3226

[216] https://www.gouvernement.fr/ministre/edouard-philippe

[217] https://fr.linkedin.com/in/mohamed-hamrouni-12aaa7101

[218] http://www.jeuneafrique.com/mag/448697/politique/ahlem-gharbi-nouvelle-conseillere-lafrique-nord-moyen-orient-a-lelysee/

[219] https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=2ahUKEwiD6fnf8a3dAhVDx4UKHdCADrgQFjAAegQIARAC&url=https%3A%2F%2Fam.ambafrance.org%2Fspip.php%3Faction%3Dapi_docrestreint%26arg%3D0%2F0%2Fpdf%2FEgypte_webdocu08-02-12.pdf&usg=AOvVaw2aZlFxaO6k5F2RVbgNa7ZZ

[220] Ibid.,

[221] https://www.youtube.com/watch?v=QndvOV-sZC8

[222] Ibid.,

[223] https://www.rts.ch/info/monde/3593124-egypte-50-000-manifestants-sur-la-place-tahrir.html

[224] https://www.youtube.com/watch?v=mJQqZlgtdlg

[225] http://www.jeuneafrique.com/depeches/53697/politique/egypte-manifestation-au-caire-contre-larmee-accusee-de-saccrocher-au-pouvoir/

[226] http://www.jeuneafrique.com/mag/529425/politique/qui-est-ahlem-gharbi-la-conseillere-specialiste-du-monde-arabe/

[227] http://www.jeuneafrique.com/mag/448697/politique/ahlem-gharbi-nouvelle-conseillere-lafrique-nord-moyen-orient-a-lelysee/

[228] https://www.lopinion.fr/edition/international/ahlem-gharbi-nouvelle-conseillere-d-emmanuel-macron-moyen-orient-l-128443

[229] https://www.marianne.net/politique/macron-promeut-le-pantouflage

[230] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/banque/20120924trib000721081/un-fonds-franco-qatari-a-la-rescousse-des-banlieues-francaises.html

[231] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/649450-le-qatar-et-les-banlieues-une-tactique-pour-etendre-le-neo-wahhabisme.html

[232] Qui finance aujourd’hui l’obscurantisme islamiste au Maghreb, en Syrie, au Nigeria, en Somalie et au Mali ? Enfin, qui a transformé le printemps arabe en hiver islamiste ?

[233] Christian Chesnot, Georges Malbrunot, Nos très chers émirs sont-ils vraiment nos amis ?, Michel Lafon, Paris, 2016, p.30-31.

[234] Ibid.,

[235] https://www.lemonde.fr/societe/article/2012/06/25/le-qatar-reoriente-son-fonds-banlieue-de-50-millions-d-euros-vers-les-pme_1724156_3224.html

[236] https://www.20minutes.fr/societe/1457959-20141009-lancement-fonds-investissement-40-millions-euros-banlieues

[237] https://www.20minutes.fr/societe/1457959-20141009-lancement-fonds-investissement-40-millions-euros-banlieues

[238] https://www.axa.com/fr/a-propos-d-axa/profil/claude-bebear

[239] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/09/12/l-ombre-de-tony-blair-plane-sur-le-rapport-el-karoui,108323244-gra

[240] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/09/12/l-ombre-de-tony-blair-plane-sur-le-rapport-el-karoui,108323244-gra

[241] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 609.

[242] https://uk.linkedin.com/in/stephanie-van-de-werve-60487947

[243] https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Carnegie_pour_la_paix_internationale

[244] https://institute.global/contributors/stephanie-van-de-werve

[245] https://www.institutmontaigne.org/qui-sommes-nous

[246] https://www.theguardian.com/politics/2015/sep/01/hillary-clinton-emails-cherie-blair-lobbied-qatari-royal-family

[247] https://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/constructionandproperty/9260630/Tony-Blair-initiated-deal-to-help-Qatari-royal-family-buy-hotel-stakes-court-told.html

[248] https://www.theguardian.com/world/on-the-middle-east/2015/may/18/qatars-pr-efforts-labour-scandal-backfire-bbc-detention

[249] https://portland-communications.com/our-people/leadership-team/tim-allan/

[250] https://www.prweek.com/article/1306763/qatari-government-awards-wide-ranging-global-brief-portland

[251] https://www.theguardian.com/world/on-the-middle-east/2015/may/18/qatars-pr-efforts-labour-scandal-backfire-bbc-detention

[252] https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-affaires/2014/10/01/l-ex-plume-de-tony-blair-conseille-doha,108040700-art

[253] Bérengère Bonte, La République française du Qatar, Fayard, Paris, 2017, p. 141.

[254] https://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/06/le-royaume-uni-a-decide-d-envahir-l-irak-de-maniere-prematuree-en-2003-juge-le-rapport-chilcot_4964736_3214.html

[255] https://www.lemonde.fr/europe/article/2006/02/24/tariq-ramadan-le-consultant-de-tony-blair_744818_3214.html

[256]https://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/2018/09/12/l-ombre-de-tony-blair-plane-sur-le-rapport-el-karoui,108323244-gra

[257] https://www.telegraph.co.uk/news/2018/07/21/tony-blair-advising-saudi-government-9-million-deal-country/

[258] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 585.

[259] http://www.lagazettedescommunes.com/489492/a-ce-stade-la-deradicalisation-est-un-veritable-fiasco/

[260] A télécharger ici : https://www.senat.fr/rap/r16-633/r16-6331.pdf

[261] Ibid.,

[262] http://www.lagazettedescommunes.com/489492/a-ce-stade-la-deradicalisation-est-un-veritable-fiasco/

[263] https://www.bbc.com/news/election-2017-40151991

[264] https://www.telegraph.co.uk/news/uknews/terrorism-in-the-uk/7540456/The-Prevent-strategy-a-textbook-example-of-how-to-alienate-just-about-everybody.html

[265] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006070169&dateTexte=20080306

[266] https://www.bbc.com/news/election-2017-40151991

[267] Lire ici le bilan des attentats en UK depuis 2005 : http://www.lepoint.fr/monde/les-attentats-en-grande-bretagne-depuis-2005–14-08-2018-2243499_24.php

[268] http://mohamedlouizi.eu/2017/05/26/attentat-de-manchester-arena-et-si-on-parlait-vrai/

[269] https://www.thenational.ae/opinion/when-will-the-uk-stop-turning-a-blind-eye-to-doha-s-meddling-1.678232

[270] http://www.rfi.fr/afrique/20170609-le-libyen-abdelhakim-belhaj-jihadiste-terroriste-milliardaire?ref=tw

[271] https://www.jeuneafrique.com/558945/politique/libye-londres-sexcuse-aupres-de-lancien-chef-islamiste-abdelhakim-belhadj-pour-son-enlevement-en-2004/

[272] Ibid.,

[273] Institut Montaigne, La fabrique de l’islamisme, septembre 2018, p. 609.

[274] https://fr.linkedin.com/in/wassef-lemouchi-3461b889

[275] https://www.liberation.fr/france/2016/01/09/un-discret-centre-anti-radicalisation-islamiste-lance-a-bordeaux_1425364

[276] http://www.uoif-online.com/equipe-de-direction/

[277] http://www.radio-air.fr/en-quete-de-savoir/rencontre-avec-tareq-oubrou-a-la-mosquee-de-bordeaux/215

[278] http://www.michele-delaunay.net/delaunay/bordeaux/inauguration-du-capri-en-presence-de-patrick-kanner

[279] Ibid.,

[280] Ibid.,

[281] Voir la page 107 de ce rapport : http://www.senat.fr/rap/r16-633/r16-6331.pdf

[282] http://www.jeunes.gouv.fr/actualites/actualites-interministerielles/article/lancement-du-centre-d-action-et-de

[283] https://www.saphirnews.com/Islam-de-France-la-reforme-de-la-derniere-chance_a25633.html

[284] https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Info-Match-Macron-se-rendra-sur-la-tombe-du-general-de-Gaulle-1576455


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