Faire ou accomplir la Salãt* ? (1)

21 03 2007

imageprire.bmp 

          Safiya a quatre ans, et pourtant, elle fait la Salãt tout en respectant sa forme et son rituel apparent. Elle murmure debout. Et parfois elle sourit. On peut entendre de sa fine bouche des mots avec sa petite voix comme ALLAH (Dieu), ALLAHOU AKBAR (Dieu est Grand), AL HAMDOULILLAHI RABBI ALALAMINE (louange à Dieu Souverain de l’univers) et bien d’autres Ayates (signes coraniques) prononcées à sa façon !          Safiya ne connaît ni les « Hadiths », ni le recueil de « Al Boukhari » ni celui de « Mouslim ». Elle n’a jamais lu un « Hadith » pour apprendre à faire la Salãt comme le Messager, paix sur lui, l’a fait. Car tout simplement, elle ne sait pas lire, pour l’instant ! 

         En effet, comment se fait-il que Safiya sache faire la Salãt ? Comment se fait-il qu’elle se mette debout quand il le faut ? Qu’elle s’agenouille ? Et qu’elle se prosterne quand il le faut aussi ?           La réponse à ces questions est la clé même de la réponse à toutes les questions en relation avec la forme rituelle, en quelque sorte, de la Salãt

         Safiya voit, bien évidemment, quelqu’un qui fait la Salãt chez elle. Elle ne fait qu’imiter sa façon de faire, en prenant un grand plaisir et en considérant cela comme une sorte de jeu. Pour elle, le rituel de la Salãt s’apprend par la voie d’imitation et de reproduction à l’identique de ce que l’on voit et non pas de ce que l’on a pu lire, en tous cas pas à son âge.          Les parents de Safiya font la Salãt aussi, et ce, depuis leurs jeune âges, à peu près depuis l’âge de Safiya. Ont-ils lu les « Hadiths » de « Al Boukhari » pour pouvoir accomplir le gestuel de la Salãt ? La réponse est : « Non ! ». Ils ont, comme la petite Safiya, vu certainement quelqu’un de leurs familles respectives faire la Salãt. Leurs premiers pas vers la Salãt étaient plutôt imitatifs, reproduire à l’identique, que réflexifs. 

         Les grands parents de Safiya font la Salãt encore et toujours. Ont-ils lu des « Hadiths » pour accomplir sa forme ? Ou pour savoir ses horaires ? Peut être ! Mais la réponse la plus plausible : C’est qu’ils ont vu, comme Safiya, des gens de leurs entourages qui faisaient la Salãt, quand ils étaient tous petits.          Les arrières arrière grands parents de Safiya, ont-ils, à leur tour, eu accès à la lecture des « Hadiths » pour savoir comment prier ? Ni quand prier ? Ni combien prier ? Certainement pas, et cela pour maintes raisons. J’en citerai deux : 

          D’abords, en vivant dans une société maghrébine marquée par la présence de l’islam en général, et de la Salãt en particulier, en moins de cent ans après la mort du Messager Mohamed, paix sur lui, la Salãt, dans ce contexte, se transmettait de père en fils, génération après génération, fondamentalement par le modèle pratique, et relativement par des textes descriptifs, qu’on appelé « Hadiths » par la suite, et qui restaient entre les mains d’une poignée de gens, puisque l’écrit n’était pas démocratisé à l’époque et qu’il n’ y avait pas encore d’imprimerie qui pouvait le rendre accessible à grand échelle.          Rappelant que le monde « arabomusulman » n’a connu l’imprimerie qu’au 18ème siècle, après que l’institution politico-religieuse a toléré son usage restreint ! Et même, en présence de l’écrit, il ne faut pas oublier l’illettrisme, comme frein sérieux à l’accès à la lecture, qui frappait et qui frappe toujours le monde arabomusulman. 

         Aujourd’hui même, et d’après le rapport de la l’Organisation de la Ligue Arabe pour l’Education, les Sciences et la Culture (ALESCO), 70 millions d’arabes sont analphabètes. Au Maroc, on parle de 11 millions de marocains qui sont analphabètes. Selon les statistiques officielles, le taux d’analphabétisme était de 41 %  juste en 2004. Dans le milieu rural ce taux dépasserait les 60% de la population. Chez les femmes, il dépasserait les 70% selon les régions…etc. Mais malgré ces taux colossaux, il ne faut pas tout de même nier les efforts déployés aujourd’hui par l’Etat en matière d’alphabétisation qui reste, au minimum dans les discours politiques, une priorité nationale.          Que peut-on dire de l’illettrisme dans ces même pays, il y a : Un siècle ? Deux siècles ? Dix siècles ? …etc.      

         Ensuite, et à en croire « Al Boukhari » en personne, son recueil n’a été écrit que deux cents ans après la mort du Messager Mohammad, paix sur lui ! Si l’accomplissement de la Salãt ne pouvait – mais aussi ne peut et ne pourra selon les dires des gardiens du Temple « sunnite »- se faire qu’en lisant les « Hadiths » descriptifs rapportés par « Al Boukhari » dans son recueil, comment est-ce que les arrières arrière arrière grands parents de Safiya faisaient-ils la Salãt ? Et surtout ceux qui ont vécu dans la période juste après la mort du Messager et juste avant la naissance de « Al Boukhari » ? Reniaient-ils la « sunna prophétique » ?          Maintenant, supposons que Safiya est née en Iran, là où l’islam chiite duodécimain est majoritaire, entre 70 % à 90 % de la population adhère à cette forme de religion. Les « chiites » duodécimains ont leur « sunna prophétique » à eux, qui est différente de celle des « sunnites ». Ils ne considèrent pas le recueil de « Al Boukhari » comme authenticité, encore moins comme une référence religieuse. Ils ont leurs propres recueils. L’un de ces compilations de « Hadiths » s’appelle AL KAFI  (le suffisant), de son auteur Mohamed AL KELLINI AR-RAZI. Ce livre contient environ 16199 « Hadiths », dont 5072 considérés comme authenticités par leurs Mollahs. Et pourtant, la forme de la Salãt, son nombre et ses horaires, sont les mêmes que chez les « sunnites ». 

         Comment se fait-il, donc, que Safiya, la supposée chiite duodécimaine  par naissance et par héritage religieux et culturel,  fasse la même Salãt  et pareillement comme l’autre Safiya, la française, dont les parents sont d’origine marocaine, là où le sunnisme malikite est majoritaire ?          Comment se fait-il qu’avec deux formes différentes, et souvent contradictoires et guerroyantes, de ladite « sunna prophétique », on arrive a reproduire la même forme de la Salãt ? 

         Et cette unité dans la forme apparente n’est-elle pas conséquence directe de ce que les « sunnites » et les « chiites duodécimains » partagent en commun : Le Coran ?          En effet, que vous soyez en Iran ou en Arabie Saoudite, la forme apparente de la Salãt est la même ! Je parle bien de la forme. Quant au fond, côté « sunnite» comme côté « chiite duodécimain », on a rajouté, le long des 14 siècles précédents,  des choses et des choses. Et cela est un autre sujet à détailler et à traiter ultérieurement !           

         Il est clair que l’apprentissage de la forme rituelle de la Salãt, de ses gestes, de ses paroles et de ses horaires se faisait par le biais de la transmission pratique, génération après génération, jusqu’à nos jours.           Et même en présence des écrits descriptifs, dits « Hadiths », la  Salãt, comme d’autres actes d’adorations s’apprennent d’abord par le biais de l’imitation visuelle,  par héritage de génération en génération, et à moindre degré par le biais de la lecture du recueil de « Al Boukhari ». 

         Chacun, je suppose, a des souvenirs de son premier jour de jeûne pendant le mois de Ramadan. Ne me dites surtout pas que c’est grâce au recueil des « Hadiths » de  « Al Boukhari » que vous avez endurez une journée de jeûne. Mais c’est plutôt parce que l’entourage le faisait, que nous le faisions ! Et c’est à l’âge adulte, quand les habitudes s’encrent davantage et deviennent une partie de notre identité composée (la façon de manger, de se vêtir, de boire, de penser, d’aimer, … etc.) que l’on se met à se poser des questions, si on est conscient de notre condition bien sûr, sur notre façon de vivre son rapport avec Dieu et avec sa créature.          Il s’agit, à ce stade, du passage de l’imitatif au réflexif. De la stagnation à la dynamique. De l’absorption au tri sélectif. Des appartenances inconditionnelles à la distanciation critique. Et ce n’est pas parce que Safiya atteindra l’âge adulte biologique qu’elle atteindra automatiquement l’âge adulte intellectuel. Tout dépendra primo : de son entourage et des valeurs qui façonne celui-ci et secundo : de ses choix personnelles. Car il s’agit bien, et il faut le dire et le signaler, d’un être à part entière qui va/doit choisir et qui, par la suite, va/doit s’assumer individuellement et pleinement devant la Société, devant la Vie, devant la Mort et enfin devant Dieu !       

         Quant à moi, et sans pour autant m’éloigner du sujet principal qui est la Salãt, telle que nous la connaissons aujourd’hui, personnellement, je la vit et je la considère comme l’incarnation de cette responsabilité dont tout un chacun est dépositaire.          La Salãt est le moment parfait permettant d’établir un lien direct, et sans intermédiaires, entre nous et le Seigneur à travers le Coran, qui est la Seule Parole révélée (AL WAHYE) sur le Prophète Mohammad, paix sur lui. 

         Elle est le purificateur qui nous accompagne cinq fois par jours, pour nous rappeler l’essentiel de notre condition humaine ainsi que les valeurs qui doivent être en tête de cette condition, telle que liberté, amour de son prochain, paix permanente, fraternité inconditionnelle et non pas « fraternisme » institutionnel,… etc.          Elle est aussi l’occasion de dire nos besoins au Seigneur qui nous répondra simultanément que nous avons tous les moyens pour les satisfaire. Et cela grâce aux Ayates que nous lisons et que nous devons les méditer attentivement. 

         En effet, je n’ai jamais vu, ni entendu, fort heureusement, quelqu’un dire qu’on peut lire les « Hadiths » de « Al Boukhari » à la place des Ayates coraniques quand on est debout dans la Salãt! Car, si ces « Hadiths » ont une valeur comparable avec les Ayates, et font partie intégrante de la révélation, en suivant cette même logique, on peut – voire même on doit – substituer la lecture d’une Sourate par la lecture d’un « Hadiths » considéré authentique. Par exemple, on peut lire le « Hadith » de Abou HOURAYA qui dit, je cite : « Lorsqu’une femme renonce une nuit à faire l’amour avec son mari, les anges se mettent à la maudire jusqu’au matin  » à la place de la Sourate Al FATIHA.  Néanmoins, si cela s’avère possible, d’abord, de grâce veuillez excuser mon Ignorance et ensuite dites-moi quels « Hadiths » dois-je lire/méditer à la place de Sourate AL FATIHA (Le Prologue) ?!           Enfin de cette introduction, il est important de rappeler que le Coran – dont Mohammad, paix sur lui, était le fidèle transmetteur et aussi celui qui a donné l’exemplarité comportementale en suivant ses recommandations à la virgule près – a été révélé non pas pour proposer aux gens une nouvelle religion, en rupture totale avec ses précédentes, et par la même décréter une nouvelle façon de faire et d’accomplir la Salãt, mais plutôt, ce message est venu pour confirmer ses prédécesseurs, pour s’inscrire dans la continuité, pour réformer ce qui a été déformé, pour reconstruire ce qui a été détruit, et par la même, pour redonner du sens et du fond au gestuel de la Salãt  pratiquée dans sa forme apparente depuis toujours, et aussi pour nous dire que « faire  la Salãt » et « accomplir la Salãt » n’ont ni le même sens, ni la même raisonnasse !          Car on peut se considérer soi-même comme quelqu’un qui fait la Salãt mais, en aucun cas, on ne peut facilement avoir la certitude quant à l’accomplissement de la Salãt. Ce sont plutôt nos actes, nos dires et nos attitudes qui témoignent et témoigneront de cela, dans l’ici-bas et aussi dans l’au-delà.

Salãt*: terme coranique se traduisant par le mot prière.

(A suivre)


Actions

Informations



Laisser un commentaire




Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus